Nasha Moskva

Festival d’Avignon : 

 

Nasha Moskva, d’après les trois sœurs de Tchekhov, adaptation, mise en scène et interprétation de Marie Bos, Estelle France et Francesco Italiano

 NASHA_MOSKVA_10__Theo_Boermans-siteSoit trois personnages, Olga, Macha et Irina des Trois sœurs de Tchekhov. Soit trois comédiens qui les interprètent et les rêvent au présent : Sabine, Edith et Bernard. Soit trois fous.  Cette réécriture qui tisse les trames narratives, avec un enchevêtrement de personnages et d’époques, fait songer au film de Stephen Daldy, où on passait subtilement du quotidien de Virginia Woolf en train d’écrire Mrs Dalloway, à celui de Laura en train de le lire, pour découvrir parallèlement celui de Clarissa Vaughn, avatar moderne du personnage du roman.

De même, la proposition de la compagnie Colonel Astral mêle réalité et fiction. Le plateau, irrigué par une veine psychanalytique, est vécu comme chambre d’échos de problématiques récurrentes : anniversaire, mort du père, recherche du sens, sentiment d’absurdité face au monde… Comment trouver sa place au sein d’une famille ? Qu’elle soit fratrie, troupe de théâtre, compagnons d’internement : du pareil au même. En société, « qu’on regarde ici ou là, c’est la merde ». Et, comme le martèle avec désespoir Edith : « On finit toujours par s’enculer (…) On ne saura jamais ce qu’il y a derrière le cul. »
Très russes dans l’âme, beckettiens en diable, les personnages ne cessent de s’interroger sur le rôle du travail : « Je m’ennuie », « Si vous voyez la vie en sombre, c’est que vous ne travaillez pas », « Quel ennui de vivre en ce monde », « Je vais me suicider. » Ad libitum.

  Comme toujours chez Tchekhov, on vieillit, on lutine la folie, et on devient maître en procrastination (ah ! aller, ou pas, à Moscou). Interrogeant l’éventuel titre du spectacle, Check in pour le off , on égratigne au passage velléités et ego des artistes. On tente de réanimer le théâtre, à moins que ça ne soit le sens de la vie. La scénographie pour la pièce de Tchekhov joue habituellement avec l’extérieur. Mais, ici enfermé dans la boîte noire du théâtre des Doms, on se sent plus à l’étroit que jamais. Et le passage de frontières paraît plus difficile encore. Des pendrillons de voilage écru laissent entrevoir le décor des spectacles qui suivront, et alimentent une ambiance oppressante de dispensaire. L’univers reposant sur des miroirs, des vêtements, des sources de lumière, plastiquement cohérent, est très réussi.

 Mais ce tissage complexe, a ses faiblesses, et on se perd parfois dans les niveaux de lecture. L’ennui, comme dans l’histoire, est tapi dans l’ombre, et cette proposition exigeante tient surtout  grâce à l’engagement des acteurs.
Le choix de faire incarner une des  sœurs par un homme en robe surannée crée un petit décalage judicieux. Marie Bos, surtout, est une folle très poignante, avec son timbre de voix, son rire fêlé, ses mèches qu’elle ne cesse de réajuster, et son corps sec d’oiseau blessé qui sont saisissants. On rêve de la voir s’épanouir dans un espace plus ouvert.

 

Stéphanie Ruffier

 

Théâtre des Doms jusqu’au 27 juillet, à 14h30, relâche les 13 et 21. T : 04 90 14 07 99

 

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