Le Radeau de la Méduse

Festival d’Avignon :

 

Le Radeau de la Méduse de Georg Kaiser, mise en scène de Thomas Jolly, traduction d’Huguette et René Radrizzani

 160716_rdl_2770Le groupe 42 de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg  raconte cette odyssée de douze enfants dérivant en mer sur une chaloupe; isolés, ils tentent de survivre en créant une société égalitaire, partageant tout, à l’inverse des grandes personnes responsables de la guerre : «Nous voulons seulement fuir, devant les horreurs des adultes. Les adultes sont si horribles. Nous sommes des enfants qui ne font jamais un mal aussi épouvantable. On cesserait d’être cruel si on nous voyait. Si on voyait comment l’une d’entre nous, qui est aussi dans la détresse, répartit ses quelques gouttes de lait et fait boire tout le monde ».  Mais quand ils découvrent Petit Renard caché dans la cale, la belle utopie va basculer : on ne peut être treize à table, encore moins sur un bateau !

Thomas Jolly, après son mémorable Henry VI (voir Le Théâtre du Blog), revient à Avignon avec une pièce moins épique d’un auteur expressionniste (1878-1945),  qui eut son heure de gloire avant-guerre mais que d’autres dramaturges allemands ont évincé depuis, malgré quelque soixante-quatorze pièces !.
En 1940, un vapeur qui devait conduire au Canada des enfants de villes anglaises bombardées, fut torpillé en pleine mer. Un avion allié finira par les repêcher au bout de quelques jours. A partir de cet événement, l’écrivain, alors exilé en Suisse, compose un drame noir : un huis-clos d’une semaine, dans les brumes de l’océan.

Une barque siglée : 42, placée sur une tournette, s’oriente face public ou de profil, au gré des vents et marées, tandis que défilent, projetés en fond de scène, des nuages sur un ciel changeant. De belles images naissent dans une atmosphère de plus en plus lourde. On sent venir la tempête et le dénouement sera à la hauteur de nos attentes : tragique.

Dans le brouillard, on distingue à peine les personnages, engoncés dans leurs gilets de sauvetage. Le but n’était de montrer ces élèves-acteurs au travail mais de les distribuer dans une création professionnelle, tremplin vers l’avenir. Deux d’entre eux se détachent de ce chœur d’enfants: Ann qui serre contre elle un thermos de lait chaud et Allan qui lui offre son écharpe. Allan et Ann : leurs prénoms sonnent comme s’ils étaient « seuls au monde ».
L’intrigue va se focaliser sur leur amour naissant et sur le conflit idéologique qui les opposera violemment : elle croit en Dieu et aux préceptes de l’Eglise, jusqu’à la superstition, et lui, croit en l’homme et prône la solidarité entre les êtres. Cédant aux sirènes de l’intolérance brandies par Ann, les rescapés, masse amorphe et passive, commettront l’impensable.

La mise en scène suit la construction de la pièce : un baisser de rideau clôt chacune des sept journées, ce qui donne un rythme un peu pesant, d’autant que la pièce distille assez longuement la polémique autour de Petit Renard, l’intrus en surnombre. La langue aussi semble dater un peu. Est-ce à cause de la traduction? On a connu des réalisations de Thomas Jolly plus enlevées.

Mais les six filles et les six garçons du groupe 42 sont excellents. Leur jeunesse les rapproche des rôles qu’ils interprètent, sans qu’ils aient à  » jouer les enfants ». Le texte n’a d’ailleurs pas recours à un langage enfantin. Ce choix de répertoire s’avère judicieux, et puisse le spectacle voguer encore longtemps.

 Cette pièce noire nous met mal à l’aise, car elle démonte les mécanismes de pouvoir au sein d’une société d’êtres réputés innocents. Mais il ne faut pas oublier les circonstances  de son écriture, et c’est toujours un plaisir de (re)découvrir un auteur comme Georg Kaiser.

 Mireille Davidovici

Gymnase du Lycée Saint Joseph jusqu’au 19 juillet. La pièce est publiée chez L’Arche éditeur.

 


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