J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin

Festival d’Avignon:

J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin d’après Spoutnik de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Virginie Thirion

 f7434fff2d« Une fois que j’aurai disparu, qui peut attester que ceux-là, sur la photo, sont mes parents ? Qui regarde la photo, dira ce qu’il voit : une femme, un homme, deux personnes autour de la quarantaine, dans un jardin. » C’est pour sortir ces personnages de l’anonymat d’une image sans légende, que Jean-Marie Piemme a écrit Spoutnik. Ce témoignage, destiné à l’origine à sa fille pour son anniversaire, est devenu un livre et, aujourd’hui, une pièce. 

 « Je suis né à Seraing, dans la cave, sous les bombardements. » L’auteur revient sur son enfance, dans ce paysage d’usines et de hauts fourneaux qui rythma sa vie, jusqu’à l’Université, grâce à laquelle il quitta cet univers, sans jamais l’oublier : « Je suis l’enfant d’un désir de mouvement qui vient de loin, dit-il (…) Nous étions l’aile avancée d’un prolétariat qui rêve de ne plus l’être mais n’entend pas pour autant s’arracher à ses racines. »

Il évoque avec humour les moments marquants de ces années, entre une mère-poule, socle de la famille, et un père ouvrier et fier de l’être.  Mais au-delà des  anecdotes familiales,  Jean-Marie Piemme  ressuscite une époque, un milieu et une région: le Bassin liégeois.
 Un monde aujourd’hui disparu, où le dernier haut-fourneau s’est éteint.  «  Je suis de ce pays là, je suis du pays de l’usine , écrit-il (… ) J’ai des racines, elles enjambent la Meuse et s’accrochent à ses flans. Je suis du pays de l’usine. »

 L’adaptation de Spoutnik, à laquelle s’ajoutent d’autres textes de l’auteur, privilégie les temps forts du récit et les met en images dans une modeste cuisine des années cinquante. La vie ordinaire de cette  famille ordinaire a quelque chose d’universel qui nous touche. Nous retrouvons les déceptions de l’enfance, quand on apprend que le Père Noël n’existe pas (ici Saint-Nicolas), les premiers émois  de l’adolescence devant les affiches de Gina Lollobrigida, les antagonismes père-fils, l’agacement vis-à-vis d’une mère trop protectrice, les joies, émotions et deuils de l’existence. Le tout joué avec l’humour distillé par le texte, et accompagné des musiques originales d’Éric Ronsse, et de chansons d’époque.

Philippe Jeusette incarne le narrateur avec tendresse et une feinte naïveté; Claire Bodson est une mère omniprésente à l’arrière-plan. Le réalisme de la scénographie, agrémentée de quelques projections vidéos, ne nuit pas à la force évocatrice de ces mémoires.

«Le récit que j’ai entrepris ne vient-il pas de transformer deux êtres de chair et de sang en personnages de roman ? (…) Et si tout était inventé, qu’est-ce que cela changerait ? s’interroge le dramaturge belge dans un dernier clin d’œil.  »
On pourrait répondre que la metteuse en scène propose ici de vrais personnages de théâtre, dont l’épaisseur tient à la qualité des interprètes, et non pas à la véracité des faits.

Mireille Davidovici

Théâtre des Doms jusqu’au 27 juillet, à 18h17.
Spoutnik est publié aux Editions Aden.

 

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