Les Journées du matrimoine 2016

Les Journées du matrimoine 2016

 

Rue_PernelleUne manifestation festive, en forme de manifeste. Objectif : mettre en lumière les créatrices du passé et leurs œuvres, parallèlement aux Journées du patrimoine (voir Théâtre du Blog ).
L’égalité entre homme et femme sur le front intellectuel et artistique passe par la revalorisation de cet héritage trop absent des livres d’histoire. L’inégalité reste flagrante : même si depuis dix ans, à l’issue du rapport de Reine Prat, la tendance s’inverse lentement : 26% des femmes signent les mise en scène du réseau conventionnée contre 22% en 2006 ; 21% dirigent des Centres dramatiques nationaux, contre 16% en 2006. À quand la parité ? Quand les femmes constituent 60% des étudiant(e)s des enseignements artistiques supérieurs.

 Pour cette deuxième édition, les différentes branches de la fédération nationale H/F pour l’égalité dans les arts et la culture, mobilisent de nombreux partenaires : en Bretagne ( Rennes), en Normandie (Rouen) et surtout en Auvergne-Rhône-Alpes, avec pas moins de seize événements (expositions, parcours urbains et conférences), du Rhône à la Haute-Loire, de Lyon à Bourg-en-Bresse, en passant par Montluçon et Annecy.

 H/F Île-de-France, pour sa part propose de nombreux événements aux côtés de nouveaux partenaires : Les Éditions de Femmes-Antoinette Fouque qui ont entamé cette réflexion depuis 1973 et ont sorti récemment l’imposant Dictionnaire Universel des Créatrices : 5000 pages couvrant quarante siècles de création dans le monde et dans tous les domaines. La jeune et florissante association AWARE ( Archives of Women Artists, Research and Exhibitions ) fondée en 2014 pour la diffusion des artistes femmes dans les musées et les universités. Des compagnies de théâtre, des lieux de spectacle, des musées et des bars et des cafés les rejoignent pour une programmation étoffée et festive.
À la Maison des Métallos, une exposition interactive sur L’Étoffe des femmes nous attend, avec nos morceaux de tissus, tandis que sept musées ouvrent leur fond au féminin : Jeu de Paume, Musée d’Art Moderne de Paris, Musée Carnavalet, Centre Pompidou, Musée d’Orsay, Petit Palais, Mac/Val (le seul à respecter un parité dans ses acquisitions). Au gré de parcours urbains dans Paris, agrémentés de musiques et de lectures, on découvrira des femmes savantes brûlées comme sorcières, depuis Hypathie la mathématicienne d’Alexandrie au lVe siècle, jusqu’à Pernelle Flamel, l’alchimiste du XVlème siècle… Des interventions artistiques dans le tram T3, une promenade-lecture du restaurant de la Coupole au Cimetière Montparnasse, sur les lieux de prédilections de Simone de Beauvoir et de sa sœur Hélène peintre méconnue … Autant de rendez vous pour évoquer Communardes et compagnonnes, peintres et autrices, poétesses et «scandaleuses », militantes du mouvement de la paix et résistantes, toutes combattantes, inventrices ou créatrices qui ont fait l’histoire en y laissant si peu de traces.

 

Mireille Davidovici

 

17 et 18 septembre : programme complet sur les sites :

www.matrimoine.fr

http://hfauvergnerhonealpes.wixsite.com/matrimoine

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Archive pour août, 2016

Chère Amazone

Chère Amazone d’Alicia Roda , mise en scène de Pascal Quignard Cornélien

 

13907106_528152377381915_7656355369676593595_nLes Éclats de Lettres que dirige la metteuse en scène et comédienne Isabelle Erhart-Le Fur, s’engage dans une nouvelle aventure, avec la métamorphose du relais de diligences de Guémené-sur-Scorff dans le Morbihan, et son ancienne poissonnerie attenante, en un lieu culturel. . 

Le porche de cette maison à pignon, corniches et gargouilles, mène à une cour intérieure pavée  avec des écuries, en partie détruites. Entourée de jardins en fouillis et de murailles anciennes, la maison aux chambrées majestueuses renferme des cheminées provenant sans doute du château.

 

La vocation de La Diligence est de faire vivre à la fois la culture et la vie locale, de s’ouvrir aux écritures contemporaines, en créant des passerelles entre les publics. On y verra sans doute prochainement la compagnie du pays Pourleth, du nom du pays dont la ville de Guémené-sur-Scorff est le centre.

 Chère Amazone,  pièce à deux personnages féminins, a été écrite par la comédienne Alicia Roda qui joue avec Sara Viot qui incarne une femme occupée par un emploi valorisant et bien rémunéré qui la stresse: elle est devenue victime de son propre pouvoir et de sa volonté à vouloir tout ordonner, agencer, contrôler et maîtriser … À la façon regrettable des hommes qui pensent appréhender l’univers en le jugulant.

 Rêve ou cauchemar, ou  dédoublement de la réalité, pour cette demoiselle nommée Aile – jeu de mot sur le pronom féminin singulier de l’art de la narration -, surgit contre toute attente une antique et somptueuse amazone vivante, une apparition merveilleuse et un refuge ultime de survie et de salut quand on est en manque de repos, de répit et de retour sur soi.

 Pour l’inviter à mieux réfléchir et à prendre la dimension réelle de la valeur des combats qu’elle pourrait livrer en tant que femme, une Penthésilée sensuelle, comme sortie d’une fresque, en habit de guerrière, cheveux au vent, cape et fourrures, lacets de cuir, et silhouette décidée, s’empare du plateau: les pavés de la cour des écuries de la Diligence… Avec un souffle entêtant et majestueux, prête encore à lever et tendre son arc mythique qu’elle finira par transmettre à sa jeune protégée interloquée d’abord, bousculée ensuite, avant d’acquiescer finalement aux vœux de la conquérante. Aujourd’hui comme hier, la lutte continue dans l’engagement de la défense des droits de la femme, hors des compromissions, petites soumissions, lâches acceptations et médiocrités inavouables.

Débat mouvementé, dialectique subtile, discours motivé et persuasif, la justesse de la parole déclamée fait plier enfin celle qui se croyait vivre selon une vision juste. Toutes deux reprennent les armes dans la bonne humeur et la vaillance renouvelée. Le jeu de ce théâtre malicieux étonne le spectateur, saisi par le pertinence de deux époques temporelles antithétiques qui se rencontrent naturellement avec tact. Entre sourires et boutades comiques, la pensée suit son chemin dans la grâce.

 Véronique Hotte

 La Diligence à Guémené-sur-Scorff (Morbihan), le 27 août.

 

 

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Le Corps de mon père

Le Corps de mon père, de Michel Onfray, mise en scène et interprétation de Bernard Saint Omer

 

le-corps-de-mon-pere-de-michel-onfray-par-bernard-saint-omerMichel Onfray, figure médiatique controversée, auteur de nombreux traités de philosophie et d’esthétique ( Puissance d’exister, Traité d’athéologie, Contre-Histoire de la philosophie…) a tourné le dos à l’Université en fondant l’Université populaire de Caen, relayée par France-Culture. Les cinq volumes de son Journal hédoniste exposent un versant plus intime de sa pensée.

Dans le premier tome, Le Désir d’être un volcan , paru en 1996, il consacre un chapitre à son père. Ce texte autobiographique évoque, avec une émotion retenue, l’ouvrier agricole solide et taciturne qu’il était. « Un père digne », dont la rectitude fut son socle et sa leçon de vie. Ses gestes précis, ses mains habiles, sa force, ses biceps saillants impressionnaient le petit garçon.

« Fils de pauvre », Michel Onfray n’a pas oublié les odeurs de son enfance, celle fade du café cuit et recuit le matin dans la cuisine, pièce à vivre, celle du purin et autres sanies animales collant aux vêtements paternels, ou le « sent bon » de l’après rasage, le dimanche. Ni les sons qui rythmèrent ses années passée dans la campagne normande. Non plus la dureté des « chefs du culture » à l’égard des ouvriers, qui forgea à jamais son esprit de révolte : «  C’est là que j’ai appris le monde du travail (…)   La lutte des classes, création des patrons, de leurs sous-fifres et hommes de main… ».

Bernard Saint Omer s’empare de ce texte sensuel et cérébral, à bras le corps : joignant le geste à la parole, il s’active sur la petite scène encombrée d’outils: il pétrit du pain, qu’il cuit et distribue aux spectateurs, scie des tiges de métal projetant des gerbes incandescentes, fait siffler des flèches tirées à l’arc… Il est à la fois le narrateur, mais aussi par ses actions habiles et incessantes, rend hommage aux gestes simples et efficaces du père, à ce faire qui fascine le fils … Il attise nos sens par les odeurs, les sons, et mouvements qu’il produit. Changeant de costume, il est tour à tour celui qui dit, le fils, bavard, et celui qui fait, taiseux, le père : « Dans le monde où mon enfance se déplie, la tendresse ne se disait pas, écrit Michel Onfray ».

 Ce parti-pris affirmé tout au long par la comédien- metteur en scène- sculpteur évite certes le pathos et le convenu de cet exercice d’admiration, mais tend à parasiter un texte dense et qui se serait suffi à lui-même. « Comment lui dire mon amour ? (…) Le silence est le tiers qui accompagne nos rencontres, écrit le philosophe.»  Espérant peupler le laconisme du père l’acteur habite un peu trop le personnage en creux auquel s’adresse ces paroles d’amour. Reste une mise en scène rigoureuse qui permet de remonter aux années de formation d’un intellectuel aussi contesté fût-il.

Mireille Davidovici

 

Le spectacle, créé à Avignon en 2013 a, depuis, largement tourné. Avec son passage à Paris il commence une seconde vie.

 

Théâtre Essaïon Du 25 Août au 1er octobre 2016 à 19h45
Les jeudis, vendredis et samedis
Du 10 octobre au 1er novembre 2016 à 21h30
Les lundis et mardis

T. 01 42 78 46 42 ; accueilessaion@free.fr

 

 

Livres et revues

Bertolt Brecht et Fritz Lang, Le nazisme  n’a jamais été éradiqué de Danielle Bleitrach, Richard Gehrke, avec la collaboration de Nicole Amphoux

THnazisme-couvRevenons plus longuement sur ce gros volume dont nous vous avions dit le plus grand bien. L’auteure, sociologue mais aussi spécialiste de la mondialisation, parle ici du film de deux célèbres  metteurs en scène allemands Bertolt Brecht, et Fritz Lang qui se sont retrouvés en exil aux Etats-Unis, coauteurs en 1943, Les Bourreaux meurent aussi où ils racontent l’assassinat par les résistants tchèques en 1942 d’Heydrich le Bourreau, le Reichprotetktor de Prague qui participa de à la solution finale qu’il contrôla minutieusement…
L’auteur de L’Opéra de Quat’sous met en valeur, comme le souligne bien Danielle Bleitrach, la complicité des forces conservatrices (armée, police, justice, université, et capital)avec le nazisme. Mais selon elle, il faut “lire ce film sous l’éclairage blafard de la trahison de l’espérance”… et elle  souligne que les tous films  de Fritz Lang, sont “un combat contre le destin dans lequel l’important n’est pas le destin- le triomphe de la mort ou de la violence de la société mais la lute elle-même, et la description d’un mécanisme; et dans Les Bourreaux meurent aussi, ce n’est pas un individu qui combat mais un peuple.”

  Mais le livre très riche,  avec des notes en bas de page d’un grand intérêt, est aussi une analyse des plus pertinentes de l’œuvre de Fritz Lang dont elle pense qu’il est “toujours entre mort et civilisation, avec une fascination pour les pulsions primitives, masques dans nos sociétés”. 
Et, pour elle, Bertolt Brecht le rejoint  sur ce point dans un revendication à la jouissance brutale.
L’auteure consacre aussi un chapitre tout à fait passionnant  à leur collaboration pour ce film avec le compositeur Hanns Eisler qui avait déjà travaillé avec Bertolt Brecht pour L’Opéra de quat’sous en 1928, puis l’année suivante pour Happy end.

En spécialiste du cinéma, Danielle Bleitrach analyse aussi le structure des Bourreaux meurent aussi et remarque  qu’il avait une maîtrise obessionnelle du décor et de l’architecture avec des espaces imaginés bien longtemps avant le tournage ( son père était architecte de la ville de Vienne), autant que du jeu des acteurs). Mais, ce qui le rend proche de Bertolt Brecht avec qui il avait souvent des rapports difficiles, le décor chez lui se revendique comme décor, que montrent bien les nombreuses photos qui illustrent ce livre.

 Il y a aussi un chapitre très fouillé où Danielle Bleitrach analyse avec précision, ce que signifie pour Bertolt Brecht et pour Fritz Lang, la confrontation, pour ces deux créateurs issus de champ artistique de la Première guerre mondiale, à un autre monde américain où existe la notion de marché et d’investissement financier, avec tout ce que cela comporte de division du travail, et de soumission aux lois capitalistes. Sans aucun doute à des kilomètres de l’univers théâtral encore artisanal du futur directeur du Berliner Ensemble…

  Elle rappelle aussi combien il n’était pas évident pour Fritz Lang comme pour les autres réalisateurs de produire des films antinazis aux Etats-Unis juste avant la guerre.  Et comment il a, avec Bertolt Brecht comme gommé l’extermination anti-sémite et la solution finale dans leur film. Même si Brecht avait prévu un conflit antisémite entres les otages, finalement supprimé par le cinéaste. A une époque où, fait maintenant connu, il faut rappeller qu’Hollywood  était ouvertement antisémite.

  Mais pour Fritz Lang-et Danielle Bleitrach le montre bien-il y a eu d’évidence une différence de traitement entre riches et pauvres dans l’extermination. Et dans la post-face du livre, elle rappelle l’idée de Klaus Mann: ce n’est pas parce qu’ils antisémites qu’il sont pourris mais il le sont parce qu’ils sont pourris. Mais elle conclut avec effroi que le nazisme n’a jamais été éradiqué et qu’il reste peu de choses de cette vérité sur ce cauchemar humain qu’ont cherché les deux auteurs des Bourreaux meurent aussi.
Un livre parfois touffu, mais très argumenté, tout à fait passionnant pour celui qui s’intéresse à Brecht qui, on l’oublie trop souvent, resta exilé près de quatorze ans et à Fritz Lang mais aussi à cette époque soi-disant bien connue, et qui, soixante dix ans après, n’en finit pas de révéler son aventure artistique.

Philippe du Vignal

Editions LettMotif.  29 €

Frictions n° 26

aAQ2oj682fFevO_etnlrHPnUFIkLe dernier numéro de cette  revue qui  fait  toujours prevue d’une grande qualité est consacré aux Etats singuliers de l’écriture dramatique.
“La mémoire et la connaissance étant les choses les plus mal partagées dans notre univers théâtral- cequi permet entre autres consequences désastreuses à des pseudo-novateurs de recycler en toutte impunité ce qui a été expériementé bien avant eux” Dans son édito, Jean Pierre Han ne mâche pas ses mots, et ce numéro offer la part belle aux créateurs actuels comme Régis Hébette et Johny Lebigot, les directeurs du Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet qui ont invité sept auteurs: Gilles Auffray, Claudine Galéa, Julien Gaillard, Jean-René lemoine, Mariette Navarro, Christophe Pellet, Julien Thèves à occuper le théâtre pendant dix jours et à être responsables de la progammation. Avec de beaux textes comme celui de Claudine Galéa découvrant le théâtre avec Paul Claudel, ou celui de Jean-René Lemoine avec le récit de la mort tragique de Dominique Constanza, sociétaire de la Comédie-Française.
A noter aussi un texte de  Robert Cantarella , Le Chantier du personage sur son travail à l’Ecole de la Manufacture de Lausanne, avec des exercices notamment sur les voix enregistrées,  ou sur le développement d’une intention et son application pendant une durée exacte sans varier. L’einetion explique-t-il étant une sorte de main-courante et esayer de se déplacer parmi les formes-mouvements dont il se souvient.
  Il y a aussi dans ce numéro un article accompagné de très belles photos sur la vie quotidienne au Viêt nam de  Marianne Bachelot Nguyen. Texte qui a été à l’origine d’un spectacle, mêlant fiction et documentaire, Les Ombres et les lèvres au Théâtre national de Bretagne cette année et qui y sera repris en janvier 2017.

Ph. du V.

Frictions n° 26. France: 14 € et Etranger: 16 €

Les Cahiers de la République une épopée d’un théâtre en marche


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Signalons enfin la parution de cet ouvrage, sous la direction de Yannick Butel sur la création l’an passé au Festival d’Avignon dans les jardins de la méditathèque Ceccano, de La République de Platon d’Alain Badiou.  (voir Le Théâtre du blog)

Dirigés par Grégoire Ingold, Valérie Dréville  qui jouaint tous les deux dans la fameuse Electre d’Antoine Vitez, et par Didier Galas, les élèves-acteurs de troisème année l’E.R.A.C.  avaient été sensibilisés à l’œuvre de Platon et d’Alain Badiou par leur professeur Michel Corvin, malheureusement décédé entre temps! Mais le spectacle, sous forme de feuilleton quotidien était aussi joué par une trentaine amateurs qui avaient rejoint le groupe d’élèves.
En quelque quarante cinq minutes, à midi, le public pouvait entendre à condtion de trouver de la place ( c’était gratuit)  parler de la justice, de la vérité mais aussi de philosphie par Platon légèrement revu par Alain Badiou sous forme de dialogues  avec le plaisir de  la lecture de grands textes, comme le note Didier Abadie le directeur de l’E.R.A.C.. Ce qui peut être aussi une expérience de théâtre populaire, c’est à dire aussi réjouissant qu’exigeant mais très accessible. C’est à dire sans la prétention qui accable parfois certains spectacles du festival d’Avignon…
Ce livre de photos et de textes, avec les contributions entre autres de  Paul Rondin, Yannick Butel, Grégoire Ingold, Valérie Dréville, Didier Galas… raconte bien ce que fut la réalisation de ce projet né dans une école, ce qui n’est pas si fréquent…

Ph. du V.

L’ouvrage est publié aux Solitaires Intempestifs. 14 €

 

Corps de bataille de Valérie Lang

 imageStanislas Nordey a partagé la vie de Valérie Lang pendant plus de dix ans et dirigé avec elle, de 1998 à 2001, le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis.
 Le metteur en scène acteur et directeur du Théâtre national note, qu’elle ne quittait jamais l’urgence d’écrire, une récurrence thématique :

  « Inlassablement, l’amour de l’autre, l’amour des autres, et cette conviction inébranlable que le théâtre aide à vivre, aide à comprendre le monde qui nous entoure et qu’il doit être accessible à tous et pas simplement à des privilégiés. »

Pour la femme de théâtre, reste à « jeter son corps dans la bataille avec les armes de la poésie », selon la belle formule de Pier Paolo Pasolini…

Corps de bataille rassemble un choix de textes, réalisé par Stanislas Nordey, en accord avec Monique et Jack Lang, et en collaboration avec Frédéric Vossier qui considère l’actrice comme « une guerrière de la parole », associant lutte et combat à la nudité. Nudité qui recouvre l’unité existentielle dans un don dépensier de soi, sans oublier les engagements en faveur des «sans-papiers» et «sans-logement».

 Actrice, femme d’institution et militante, Valérie Lang est avant tout passionnée. L’ont marquée l’expérience du festival mondial de théâtre universitaire de Nancy qu’organisent ses parents  de 1964 à 1977,  les premiers cours personnels de théâtre à Paris avec Michelle Kokossowski, l’entrée au Conservatoire dans la classe de Jean-Pierre Vincent pour lequel elle éprouve une belle admiration et la rencontre enfin avec Stanislas Nordey dont elle dessine un portrait amusé : «Dans les escaliers, je croisais un jeune homme avec une tête de Tintin, des lunettes à moitié cassées, un sac à dos pourri, des santiags défoncées, un sourire, et des yeux gentils et brillants. Un très jeune homme qui paraissait d’une extrême fragilité et d’une grande générosité, en dehors des modes.» Elle avoue ne plus l’avoir lâché. L’expérience au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis est inaugurale : l’amoureuse joue Calderon de Pasolini avec Sarah Chaumette, dirigée par Stanislas Nordey, dans la petite salle du sous-sol dite le Terrier, au plus près du public.

 À côté de la dimension visuelle de l’imaginaire d’un théâtre ressenti, s’imposent d’abord les tessitures et les couleurs de la voix pour les spectateurs qui reçoivent «des courants électriques dans le corps au niveau de la langue » : «Il y avait une chose de l’énergie de l’acteur dans cette langue-là qui faisait que la poésie, comme l’aurait fait la musique, entrait dans le corps du public… Je sentais le rapport charnel avec le public, parce que je lui transmettais quelque chose réellement.

Les acteurs peuvent et doivent faire de l’or sur le plateau, avec leur voix, leur corps et leurs mots : ils sont précisément à l’endroit du sublime-ce qui ne veut pas dire que l’interprétation soit parfaite mais qu’il doit y avoir, en échange, une relation physique et profonde au texte, «un vrai rapport au théâtre, c’est-à-dire qui coûte sa vie. C’est sa vie qu’on met en danger sur un plateau, c’est une question de vie ou de mort. »

La formule consiste en quelque sorte, à  se mettre au service, au sens propre et au sens figuré, à se donner au théâtre, au public-à tous les public-et au texte...L’engagement de cette femme de théâtre dans la cité témoigne d’une énergie et d’une volonté sans faille, figure féminine et artistique présente dans les écoles, collèges, lycées et théâtres en Seine-Saint-Denis. La comédienne a écrit à nombre d’interlocuteurs, cherchant le dialogue, traquant l’échange et la possibilité politique de construire ensemble une société autre, et des relations dans l’urgence d’une réflexion raisonnée et distanciée.

 Elle écrit à Patrick Brouaezec, maire communiste de Saint-Denis de 1994 à 2004 et encline aux écrits, dits citoyens, et rédige, entre autres textes, le compte-rendu d’une réunion avec des enseignants dans une école de Saint-Denis, des notes pour des interventions publiques, une réflexion sur la place des jeunes et sur la Direction de la Jeunesse de la Ville de Saint-Denis, les lignes d’une rencontre publique avec Marjorie Nakache et Xavier Marcheschi du Studio Théâtre de Stains, un article paru dans l’Humanité en 1999, un discours encore au collège Elsa Triolet de Saint-Denis.

 Sensible à la misère du monde, Valérie Lang multiplie les déclarations et les appels, déclarant en 1997, sous l’ère de Jacques Chirac : «Il n’y a pas un jour où le gouvernement ne tente d’organiser un discours tendant à cristalliser toutes les angoisses des Français autour de « l‘étranger ». C’est ça que je trouve grave, car en réalité, le problème, ce n’est pas l’étranger, mais la pauvreté et le chômage. Il faut désenclaver les ghettos des banlieues. On parle de fracture sociale. Ce n’est pas à coups d’événements spectaculaires et médiatiques que l’on changera le quotidien des citoyens. »

 Après vingt ans, les violences sociales n’ont fait que croître : a-t-il été pris acte de ces constats d’urgence qu’on considère trop facilement comme rebattus ? Valérie Lang manque sur les plateaux de théâtre, visage radieux et regard lumineux, présence scénique entière, engagée, généreuse, attentive et à l’écoute de l’autre.

Corps de bataille restitue la voix chaude et le visage d’une femme de convictions.

 Véronique Hotte

Le livre est publié aux  Éditions Les Solitaires Intempestifs

 

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Festival d’Aurillac: Rivages, réalisation de La Folie Kilomètre

Festival d’Aurillac:  (suite et fin)

105_MG_3804Rivages, réalisation de La Folie Kilomètre, Collectif  la Folie Kilomètre de Marseille.

Surprise totale que ce spectacle indescriptible, « road-movie hallluciné et poétique » concocté par une équipe d’une vingtaine d’artistes issue de la FEAR (Formation avancée des arts de la rue de Marseille) et coproduite par une vingtaine de structures.
On nous donne rendez-vous en voiture sur le parking d’un centre commercial d’Aurillac pour une virée guidée, grâce à une chaîne de radio précieuse, car nous suivons une trentaine de véhicules dans la nuit noire, sur des routes incertaines pendant une heure et demie.
Soit six séquences: du Drive In à La  Transition Libre, mais jamais en 45 ans de  spectacles un peu partout, de telles surprises ne nous avaient été réservées…De Drive In à Regarder l’horizon, en passant par Prendre le large, Rentrer dans les coulisses, Transition Rodéo, Tourner en rond, Transition libre et Accéder au rêve, on ne sait plus où donner de la tête ! Le récit se déploie dans un paysage se déroule comme une scène de cinéma derrière les vitres de notre voiture… Des images apparaissent puis s’effacent.
Mais il ne faut pas déflorer une telle surprise pour les futurs spectateurs. Cette compagnie remporte haut la main pour moi, le grand prix du Festival d’Aurillac 2016.

www.lafoliekilomètre.org

 

Surmâles par la compagnie Gérard Gérard

Capture dcran 2015-06-25  12.25.16L’ombre d’Alfred Jarry rôde sur ce spectacle absurde dont on ne parvient pas à saisir le fil rouge dans cette cour d’école où les compagnies mettent leurs recettes en commun. Alexandre Moisescot, Julien Bleitrach et  Maxime Donnay entrent en scène coiffés de têtes de canard, de chien et de cochon.
Ils se mettent à table, le chien fume, le cochon ouvre un journal, ils s’esclaffent, boivent un café, rugissent, se tirent dessus, se relèvent.

On annonce un débat, ayant « marre de brailler du théâtre de rue », mais le public est là. « Au début, c’était des performances pour les pizzerias, moi c’est Tadeusz Kantor, l’acteur n’est pas un objet, mais l’objet est un acteur… » affirme Alexandre. Ils se disputent, esquissent un petit ballet avec des ombrelles, Alexandre se coiffe d’une perruque verte, brandit un drapeau tricolore : « De quoi rêvent les Français ? « . On pose des questions ridicules sur les engagements, on annonce la dissolution de l’Assemblée Nationale, Superman débarque sur un engin à roulettes, on s’étreint dans un caddie, un chat doré surgit de ces amours. Tout dégénère dans une débauche foldingue. « Arrête de douter, ton texte est fin, peu d’acteurs de rue sont de vrais acteurs ! »
On ne sait plus trop où donner de la tête dans cette débauche d’objets tirés d’un magasin de Walt Disney, malgré un humour décapant qui ravit  un public nombreux. Il existe une version pour salle de spectacles plus concentrée qu’on aimerait voir.

Le Nid  création de Doriane Morietus et Patrick Dordoigne

Patrick Dordoigne qui accompagne depuis des années le remarquable travail du Rire Médecin auprès des enfants malades dans les hôpitaux, avait réalisé L’Envol, sur une bande de retraités s’échappant de l’hôpital pour vivre leurs vies, spectacle solaire et régénérant.

 Le Nid traite du début de la vie d’adultes. Après un long dédale autour des centres commerciaux qui cernent la banlieue d’Aurillac, nous arrivons dans une clairière boisée autour d’un grand champignon, et plus de 500 personnes y sont rassemblées. Des mains émergent, des bras, des têtes de couples qui se regardent, on entend des bruits d’oiseaux, des ballons surgissent, des visages masqués, des chapeaux de fête.
Deux  garçons montrent leurs torses nus, on voit des vêtements voler.
Les couples s’étreignent dans la fête, on s’arrache les bonnets, une planche-plongeoir surgit du champignon, certains sautent, d’autre s’y suspendent. Tout le monde descend pour en faire le tour, chacun propose son projet au public. On voit un conseil de classe, on entend un discours de François Hollande sur le changement climatique. Le spectacle se termine par un belle course éperdue.

Un spectacle singulier, plein d’une ironie décapante présenté par une dizaine de jeunes acteurs acrobates, co-produit par la majorité des Centres Nationaux des Arts de la Rue en France..

crc3a9dit-photo-sidonie-fauquenoi-9Quatre-vingt treize d’après Victor Hugo par la compagnie de la Grenade .

 Marseillaise chantée avec le public. Nous sommes le premier jour de juin 1793 en Vendée, nous assistons à un interrogatoire, les Vendéens chantent… La Vendéenne. « Fusillez les blessés, les prisonniers ! ». Un mois plus tard, c’est la revanche républicaine, tout est consanguin, on chante : « Ah, ça ira, les aristocrates à la lanterne, sache qu’il faut faire la guerre … ».
On recherche les enfants enfermés, on les trouve, on les protège. Au cours d’un procès « Si on guillotine les gens parce qu’ils ont tait de bonnes actions, alors guillotinez-moi (…) craignez que la terreur ne soit la calomnie de la Révolution, il faut que le droit entre dans la loi ! ».

Interprété par une équipe de cinq comédiens qui jouent tous les rôles, nobles comme sans culottes, ce texte de Victor Hugo fait retentir la nécessité d’une solidarité humaine par delà les clivages politiques.

lagrenadegraintheatral.wordpress.com

Entre eux  d’Emmeline Guillaud avec douze  acteurs musiciens.

Une scénographie  bi-frontale, de part et d’autre d’un espace jonché de vêtements, bordé d’un orchestre de percussions. Au dessus de nos têtes, de longs fils à linge sur trois niveaux.
Les six acteurs se précipitent pour balancer les vêtements sur les côtés aux rythmes de la batterie, pour ne laisser subsister que les noirs, avec un discours sur l’Espagne et les Tontons Macoutes dont la liste ne sera jamais close. Ils s’agglutinent en un tas noir, qui remue et roule dans un fracas.

On s’enlace, on tombe, on tire. Une danseuse suspendue sur un fil à grande hauteur, est rejointe par un homme, ils s’étreignent. Du linge sèche sur deux niveaux, un acteur enfile à l’envers une robe de chambre, un autre un pantalon. Au sol, des Barbapapas s’étreignent, pendant qu’un acrobate saute sur un fil. Au sol, des poupées, des monceaux de vêtements dont des acteurs émergent. Cinq d’entre eux se voilent et font une danse aborigène. Le tout sur des rythmes d’enfer …Insolite, vous avez dit insolite ?
Malaxe a été créé à Marseille en 2011.

Trouble  de Ben Farey, compagnie Tricyclique Dol, textes de Fabrice Melquiot

TROUBLEcTricycliqueDol003Étrange voyage en ville, du jamais vu ni entendu de mémoire de vieille spectatrice ! Cette écriture dans l’espace public prend naissance dans une petite bibliothèque où l’on nous confie un livre qui nous servira de guide à travers le quartier pour écouter d’étranges affiches colorées sur lesquelles il faut poser son oreille, là où on recèle une protubérance. Il faut poser son oreille dessus et se boucher les oreilles pour parvenir à écouter avec son corps et entendre les murs. Le livre qu’on nous a confié sert de guide, mais le repérage au sein d’un quartier bariolé d’affiches du off est difficile. Heureusement, c’est la dernière et un gentil guide m’escorte. Préoccupée par le repérage les souvenirs du texte se sont évanouis.

www.tricycliquedol.com  

La Deuche joyeuse,  Opéra de parvis de Générik Vapeur, Trafic d’Acteurs et d’Engins, auteur et mise en scène Pierre Berthelot, direction artistique Cathy Avram

Une première représentation avait été annulée la veille à coup de bombes lacrymogènes qui avaient dispersé les manifestants en train d’abattre les « barrières de sécurité » soit disant destinées à protéger le public des attentats. Dans la soirée, les grilles incendiées sont déblayées, et le dispositif de surveillance  allégé. La pluie s’est heureusement arrêtée au moment où le spectacle commençait.

Quatorze interprètes entrent en scène et déballent des morceaux de 2 CV de leurs enveloppes de papier. Ils en sortent des instruments de musique dissimulés derrière. Goobie se déchaîne « Mâchez les mots, laissez rentrer les gros billets (…) Travailler plus pour gagner plus, Moi Président de la République …». Un fille avec un gilet de sauvetage est hissée en haut d’une pyramide, « ceci n’est pas un mur, je hais les murs, pas de mur ! ». On fait des pulvérisations bleu, blanc, rouge pour Madame France et la 2 CV Citroën, « objet modeste, fille naturelle de Pégase et d’un moulin à légumes ».
Sur un rythme musical endiablé, la voiture est reconstituée et fait son départ triomphal au sein de plusieurs  autres 2 CV conduites par des collectionneurs locaux. « Les 2 CV rasent les murs, les 4/4 font le trottoir ! ».

Spectacle décapant, plein d’une ironie qui en dit long aux propriétaires de ces voitures dont nous avons été, cette Deuche Joyeuse rend tout son sens à un festival qui a su faire tomber les barrières.

www.generikvapeur.com

Edith Rappoport

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Les Chevaliers, mise en scène de Michel Dallaire et Okidok

Festival d’Avignon (suite et fin) :

 

Les Chevaliers, mise en scène de Michel Dallaire et Okidok

 BAOKIDOK« Ah ben oui », « évidemment », a-t-on envie de reprendre, à tout bout de champ, en sortant du chapiteau Kabarouf. Ces gimmicks tenaces, sont la marque distinctive des chevaliers admirablement croqués par Xavier Bouvier et Benoît Devos, les comédiens belges d’Okidok.
Il y a donc ici l’intellectuel, du moins, celui doté d’un langage articulé. Tel le clown blanc, même s’il n’en arbore pas le teint cérusé, il acquiesce à la moindre découverte. Chauve, doté d’anachroniques lunettes et d’un collier de barbe à la Robert Hue (souvenez-vous, le député du Parti communiste français!), il fait preuve d’un flegme réjouissant.
 A ses côtés, apparaît dans un second temps, une « armoire à glace », digne des jeux vidéos de fantasy, qui arbore, avec un air ahuri: bottes à griffes impressionnantes, et armoiries rouges à tête de phacochère. Tempérament : guerrier, mais aussi viril que maladroit !
Heureusement ici, on n’est pas dans le virtuel et dans le mythe de l’invulnérabilité ! Corps et objets ne cessent de faire obstacle,  comme chez Charlie Chaplin ou Buster Keaton. Avec de nombreux et magnifiques ratages, pour notre plus grand plaisir…

 On l’aura compris, ce duo clownesque tire sur les vieilles ficelles de la complémentarité : féminin/ masculin, réflexion/action … Mais, avec, sous les gros gags, une belle finesse dans les personnages ! Et décors et costumes, redoutables d’efficacité, fleurent bon le plaisir du bricolage forain.
Devant un rideau peinturluré figurant les hauts lieux de la chevalerie moyenâgeuse : forêt, puis fontaine magique, paradis et enfer,  ces deux personnages vivent un périple initiatique, où la peur est toujours teintée de franche rigolade.  Nous naviguons ainsi dans des tableaux qui rappellent, pêle-mêle, délices du Grand-Guignol , peintures de Jérôme Bosch, promenade terrifiante de Dante Alighieri, et aventures des Chevaliers de la Table ronde…

 Au fur et à mesure, les personnages se font de plus en plus attachants et comiques. Burlesque et absence de paroles permettent au public de tout  âge, de goûter à ce voyage qu’agrémentent jonglage, acrobaties, apparitions d’êtres fabuleux et grosses blagues scatologiques…
Le duo fonctionne à merveille  avec une belle et réjouissante complicité. Un excellent moment à partager en famille!

Stéphanie Ruffier

 

Le spectacle a été joué au Karabouf Barthelasse ; du 6 au 30 juillet ; puis tournée en France et en Belgique.

Compagnie OKIDOK  Xavier Bouvier & Benoît Devos,  259 rue Saint-Eleuthère 7500 Tournai ( Belgique). T : +32 475 35 15 42 (B) +32 473 59 81 52 (X)  info@okidok.be

 

Truckstop de Lot Vekemans, mise en scène d’Arnaud Meunier

Festival d’Avignon (suite et fin) :


Truckstop  de Lot Vekemans, traduction de Monique Nagielkopf, mise en scène d’Arnaud Meunier

160711_rdl_0072 Ana  gère Truckstop, un restaurant au bord d’une route du Brabant, à la clientèle de routiers. Kataljine, sa fille, victime d’hyperactivité et de troubles mentaux, et ne peut vivre seule. La mère la protège et s’occupe donc de la vie de sa fille.
Mais Remco, un routier, séduit Kataljine.
Ana sent que l’homme est peu fiable et que sa fille pourrait s’en aller. Mais Kataljine rêve de liberté et veut partir avec lui.. « Ce qu’il a de curieux dans la découverte : c’était déjà là, et on ne le savait pas. », observe Katalijne.

 La singulière narration de ce texte contemporain procède de même et draine le drame à venir. Tout est déjà écrit, et on sait très tôt qu’il y aura coup de couteau et accident de voiture mortel, mais on ignore tout des circonstances et des coupables. Ainsi, le dialogue qui se noue entre cette fille un peu simple, sa mère et son amoureux maladroit, est-il lardé de prolepses.
Dans cette ambiance hyper-réaliste, les commentaires distanciés des personnages, voix d’outre-tombe, créent des brèches surréalistes, quasi-fantastiques. Cette construction narrative si particulière et l’exhibition de la fiction, avec un très subtil travail de lumières, constituent les plus belles fulgurances de ce spectacle.

 Scénographie plutôt grise, triste celle d’une salle de restaurant aux murs éteints et aux mi-rideaux en crochet. Tout est propre et impersonnel, un peu fade. Le texte évoque pourtant « tout ce brun » et un lieu qui, à l’inverse de ses concurrents, paraît vieillot. On se croirait plutôt dans un appartement témoin, trop neutre. L’espace vide à l’avant-scène, réservé aux projections du rêve, donne une sensation de maigre marge de manœuvre.
Règnent donc ici l’ennui et la mélancolie, banale, normalisée, celle des intérieurs contemporains impersonnels, alors qu’on aurait attendu la sale mélancolie d’un vieux restaurant baignant dans son jus…

L’histoire a de quoi toucher un public adolescent. L’envie d’espace pour faire vivre son amour, sa carrière professionnelle, l’espoir d’une autre vie qui ne soit pas indexée aux craintes d’une mère castratrice. Mais on le devine : « Plus de cent morceaux, c’est impossible à recoller. »
 Guère de possibilité de fuite. La mère, (Claire Aveline), joue bien sa partition ambiguë, mais Manon Rafaelli, avec  une fragilité enrobée d’une folle naïveté, est moins subtile et peu convaincante.
L’ensemble souffre de lenteur. Et on se surprend à vouloir en hâter la fin tragique…

 St. R.

 

Le spectacle s’est joué du 12 au 16 juillet 2016 à la Chapelle des Pénitents blancs.

 

 

 

 

Prochainement par le groupe ZUR

Festival d’Aurillac:

Prochainement par le Groupe Zur

 

theatre-de-rue-eclat-aurillac-groupe-zur-a-peyrolles_2796733Cela fait quelques trente ans que ce groupe ZUR (Zone Utopiquement Reconstituée ) installé à Saint Barthélémy d’Anjou, près d’ Angers rassemble des artistes considérant l’acte de création comme une occasion d’aventure et d’expériences. «Pour cela, nous travaillons nos spectacles dans des lieux inattendus, nous imaginons in situ des interventions qui réagissent aux lieux de présentation ».
Avec une volonté évidente de développer, « un art entre l’image et l’acte, l’écrit et la parole, le muet et le sonore, le plan et le volume, le frontal et la proximité, où les formes picturales et cinématographiques dansent avec les formes théâtrales et sonores.
  Pas de texte ni même de courts dialogues ; cela se passe sur un terrain de sport dans un quartier périphérique d’Aurillac, où est installé une salle de cinéma en plein air.  Sur l’écran, projection d’un film regroupant plusieurs histoires de voyage. On voi un minuscule triporteur emprunter une route impressionnante  de redoutables sinuosités à flanc de montagne, croiser un énorme semi-remorque, puis deux jeunes homme traînant, à la force du poignet, une barque au sommet d’une colline dans les herbes puis la faire redescendre de l’autre côté, une bobine de films s’échappant du triporteur dévaler une pente avant de s’arrêter sur une plage à quelques mètres  de la mer…
Pas de récit unique, on voit les mêmes personnages dans des endroits tout à fait différents dans la montagne ou en ville qui entreprennent un voyage… : au public de se faire son  film personnel par le biais de ces belles images p filmées avec lenteur et désir évident de picturalité… Puis, progressivement derrière l’écran de projection, des ombres passent, et une jeune femme avec une grosse pendule accrochée sur son dos et  accompagnée d’un enfant choisi dans le public s’avance jusqu’à l’écran.
On l’aura compris, le spectacle n’est surtout pas que le film projeté. Quelques temps après, l’image  sur l’écran se met à vibrer et la toile se lacère d’elle même… Une voix off au mégaphone, donne des ordres à des techniciens de plateau, et le public comprend vite qu’il peut traverser ce qui reste de l’écran pour rejoindre un lieu de tournage avec travelling, installations plastiques…Comme entre autres, cette très belle projection de branches destinée à figurer le dessin d’une maison. On voit aussi se tourner une séquence de film avec  travelling, avec évidemment les mêmes acteurs que dans le film et on retrouve aussi le triporteur du film dont le pare-brise sert de petit écran à un film de Charlot. Il y a aussi un peu plus loin un bon feu de bois qui fait du bien dans la nuit un peu fraîche. « La dématérialisation de l’espace de projection, dit le groupe ZUR, coïncide avec l’ouverture d’un hors-champ jusqu’alors insoupçonné » avant .
  Dernière et merveilleuse image avant l’oubli ; celle d’un groupe rock en ombres chinoises sur un écran que les autres personnages vont crever et lacérer petit à petit.
 Bilan : mitigé. Le film possède de belles trouvailles poétiques et cette intrusion dans cette prairie avec tous ces accessoires de plateau de cinéma dont de gros ventilateurs, a un charme indéniable, mais l’ensemble gagnerait  à être construit sur une dramaturgie plus solide. Cette histoire-un peu longuette-de film dans le film, rappelle en effet singulièrement celle du théâtre dans le théâtre qui  sévit toujours…
Et le Groupe ZUR aurait eu intérêt à serrer davantage les boulons de ce spectacle créé l’an dernier et qui doit donc être considéré comme rodé. Mais, malgré une réalisation tout à fait précise, ce Prochainement en partie déambulatoire, gagnerait beaucoup à être resserré….
Que cela ne vous empêche pas d’y aller faire un tour.

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac jusqu’au 20 août
www.groupe-info@groupe-zur.com


Hôtel particulier par la compagnie Carabosse

Festival d’Aurillac:

Hôtel particulier par la compagnie Carabosse, direction et coordination artistique de Gérard Court et Nadine Guinefoleau, mis en scène et direction d’acteurs de Martin Petit Guyot

web_crea_hotel_particulier_photo_sylvie_monier_imgp2468w.jpg__133x200_q85_crop_upscaleCarabosse, un collectif d’artistes concepteurs, scénographes, comédiens, constructeurs, musiciens, inventeurs, et plasticiens  s’est surtout fait connaître par ses spectacles en plein air, résultant d’une écriture collective, favorisant la proximité avec le spectateur, et utilisant la musique  et le feu vif, à une échelle qui dépasse largement celle des plateaux de théâtre, pour atteindre parfois des images de grande beauté. Son espace : les petites rues, lieux et places publiques des centres ville, voire les sinistres zones semi-industrielles à la périphérie d’un seul coup transformées avec poésie à la nuit tombante…

Cela se passe sur le terrain de sports à côté du gymnase de la Jordanne, là où il y a quelques années nous avions vu le tournage d’un western par le Royal de Luxe.
Nous attendons devant l’entrée d’un hôtel aux fenêtres désespérément fermées, et aux murs sales qui tombent en loques, et à la véranda possédant encore quelques vitres; deux grooms minables en uniforme noir accueillent le public qu’ils invitent à entrer sur un terrain sablonneux rectangulaire, fermés de murs en contre-plaqué quelques colonnes de faux-marbre,  et sous l’éclairage d’une merveilleuse et grosse lune pâle, et surtout de torchères et de quelques projecteurs-mal disposés ils éblouissent souvent le public. Debout il peut voir et revoir: soit un chambre d’hôtel un assez minables, à deux portes portant le numéro 13, encombré de valises avec une femme de chambre en  robe noire et petit tablier blanc, d’autrefois, et une cliente très exigeante. Ou plus loin,en face, une salle à manger des années trente avec une grande bourgeoise qui reçoit à dîner  un professeur de sciences neurologiques il y a aussi un bureau-bibliothèque  où deux hommes en noir discutent poésie et littérature. 
Sur deux des murs, une reproduction d’une œuvre du douanier Rousseau, de la Joconde, des nus, une vanité style XVIIème, et des tableaux d’inspiration cubiste et surréaliste… Au fond, sur une petite scène,  une affichette plaquée sur un ancien pare-feu en bois, annonce une conférence du professeur Pélissard sur les implications du cerveau et du sommeil dans la production des rêves: au mur, quelques photos d’artistes dédicacées comme celle de Fred Astaire, etune jeune femme chante au micro face public. Elle se plaint de l’influence grandissante qu’exerce un homme imposant, chauve, à rouflaquettes, en costume noir rayé qui lui dit que son nouveau piano va arriver.
Le public debout comprend  vite qu’il doit se déplacer, pour recomposer un scénario qui finalement lui échappera, même si les petites scènes se répètent, de façon à ce que tout le monde puisse avoir vu l’ensemble.
  Petit ennui : on entend très mal les dialogues joués sans micro, et trop bien la chanteuse… Et passé l’étonnement que présente cet univers pictural, les quelque deux cent cinquante spectateurs qui vont d’un univers à l’autre, sans y trouver vraiment un grand intérêt, essaye de se trouver une place assise sur le petit escalier d’arrivée. Comment s’intéresser en effet à ces personnages qui sont plutôt des silhouettes, certes intéressantes sur le plan plastique mais qui évoluent dans une dramaturgie qu’on a du mal à saisir. Et ces deux heures d ‘un spectacle qui commence déjà en retard deviennnent  interminables
D’autant qu’il y a une seconde partie avec une fausse/vraie conférence- heureusement au micro, sur les sciences neurologiques du professeur Pélissard mais guère convaincante. Et cette fois l’hémorragie de spectateurs s’accentue.
 «Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’un bon scénario est absolument essentiel, peut être même l’essentiel pour un film dit  le grand Sydney Pollack ». Et cela vaut aussi pour un spectacle, surtout en plein air.
“L’écriture de nos créations et nos multiples manières de les offrir, porte un regard sur le monde plein de revendications, de coups de gueule, de tendresse, d’humour et de liberté dit la compagnie Carabosse. »  Peut-être mais ici dommage, on reste sur sa faim, et on s’ennuie vite, malgré la beauté visuelle de certains moments et une bonne direction d’acteurs. Mais cela ne suffit pas.
Quelle déception !

 Philippe du Vignal

 Gymnase de la Jordanne jusqu’au 19 août. Accès payant.

 

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Zéro avril, mise en scène Anne Corté

Festival d’Aurillac:

Zéro avril, mise en scène Anne Corté

 

zéro avril« Est-ce que vous êtes chauds ? » demande un message imprimé sur le tee-shirt blanc d’un fantôme. Ben, oui, plutôt. On nous vend un concept de la mort; on va pouvoir se costumer et participer au spectacle. Il suffira de choisir son camp, dix minutes avant le début de la représentation : mourir ou regarder ceux qui ont choisi de mourir.  Soixante-dix participants peuvent ainsi revêtir un suaire blanc, bénéficier d’une formation express et se lancer sur scène avec les pros. Les fantômes débarquent  ensemble, en désordre, tous confondus.

 Oui, mais voilà, tout ça devient vite d’un ennui mortel. On veut bien que ça lorgne du côté de l’absurde, de la pataphysique ou de dada… ! Mais quand on voit les âmes en peine errer sur le terrain vague et les spectateurs fuir sans précaution les gradins, on est en droit de penser que l’association Roure est malheureusement passée à côté d’un concept du feu de Dieu. D’autant qu’il y avait du public aux balcons alentour, de ce public qu’on ne voit pas dans les théâtres.

 Dans un espace pourtant prometteur : un terrain pour la pratique de divers sports, entre les barres de la cité Montade. De grands panneaux blancs annoncent la couleur : Crève générale, Morts précoces, vivants frigides, même combat,  Souris blanches partout, lapins blancs nulle part. Sur cette scène très ouverte et très laide (mais on pourrait s’en accommoder!), un fatras de projecteurs, de balles en plastique coloré, d’estrades  mais aussi de cotillons, chapeaux, feux d’artifice, tirés d’un gros sac de sport, d’abord repéré comme suspect. Le but affiché : chercher un moment d’intensité ensemble.

Il y a quelques bonnes scènes où quelque chose pourrait prendre : ce bon papa, à énorme tête de statue grecque, dont on prend soin dans des coussins. Et une très vague réflexion sur l’état du monde à travers les drapeaux de pays dans l’errance et la « crise » (Syrie, Nigéria, France, Etats-Unis…). L’apparition de têtes noires de type Ile de Pâques, criblées de flèches. Quelques effets de groupe.
Et puis cette exploration à la caméra d’un cimetière de mégots, spectres de cigarettes. On sent que le sexe pourrait nous sortir de notre torpeur: en arrière-plan, des «partouzeurs en colère» semblent une invitation… Mais l’ensemble est si foutraque et distendu, que cela ne prend guère.
Un type nous montre régulièrement son cul nu où est écrit FIN en lettres noires, d’où la sensation pénible et récurrente d’assister à plusieurs fausses fins (il n’y aura pas, on l’aura compris, ni début ni clôture: « the show must go on »).
Aucun rythme. Pas de pensée. Cela fait songer à une vague répétition pour nous éviter la déception : préparez-vous, de l’autre côté, ce sera aussi mal organisé et vulgaire qu’ici et ça n’aura aucun sens parce qu’en réalité, il n’y a pas de vrai meneur, ni de bonté. On sait pourtant qu’il y a du beau monde sous les draps blancs : l’énergie d’Alix Montheil, de Panxo Gimenez et de Catherine Fornal en particulier.
On ne peut qu’approuver ce cri de désespoir: « On s’est fait chier toute notre vie pour vivre ça dans la mort ? » Et puis, comme le dit encore un autre personnage :  « J’ai pas pris de plaisir, même pas eu le temps d’aimer ».

Stéphanie Ruffier

 

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