1916, Visionnaires et leurs paroles

Festival Interceltique de Lorient:

 1916, Visionnaires et leurs paroles , centenaire de la Rébellion irlandaise,  avec Lorcan Mac Mathuna

 imageIl y a juste cent ans, entre le 24 avril et le 1er mai, la violence appelant la violence, cinq cents personnes trouvent la mort à Dublin au cours d’une révolte dans des combats de rue contre l’oppresseur britannique. Des milices ont été levées au Sud, la Citizen Army ouvrière et les Irish Volunteers nationalistes, réunies par le révolutionnaire, poète et éducateur Patrick Pearse, que mène aussi le Jaurès irlandais, James Connolly.
Ils ont écrit ensemble le texte de la Proclamation de la République, qu’a lu Patrick Pearse sur les marches de la grande poste de Dublin. 

Mais le premier conflit mondial éclate, c’est l’union sacrée, et la guerre civile n’aura donc pas lieu en Irlande. Sur cent soixante-dix mille volontaires, onze mille à peine refusent d’endosser l’uniforme britannique. Manipulés en sous-main par une fraction du conseil militaire secret de l’I.R.B., à peine plus de mille se lancent dans l’insurrection, à Dublin le lundi de Pâques 1916.
Leur résistance désespérée  finira dans un bain de sang. Contre toute attente, ils tiennent pourtant une semaine, dans les ruines fumantes de Dublin. L’horreur des bombardements rase les immeubles de la capitale, sans épargner les civils, soit trois mille morts entre les deux camps!
Les chefs de la rébellion, entre autres James Connolly, Thomas Clarke et Patrick Pearse, se rendent mais sont exécutés quelques jours plus tard. Ce qui suscite l’indignation et un sursaut d’adhésion populaire pour obtenir l’émancipation. Mais cet échec  aboutira quand même à l’indépendance de la République d’Irlande, six ans plus tard, en 1922.

Au Festival Interceltique de Lorient, 1916, Visionnaires et leurs paroles s’impose comme un spectacle de choix, retenu par l’Arts Council of Ireland,  qu’il l’a trouvé apte à célébrer la Rébellion de Pâques, et qui a donc commandé cette œuvre à Lorcan Mac Mathuna, compositeur et interprète de « sean-nos »,  chants traditionnels de son pays.
Visionnaires et leurs paroles explore les écrits des leaders de ce soulèvement, Joseph Plunkett, Patrick Pearse et James Connoly, avec des poèmes dits par Elaine O’Dea, figure scénique radieuse, que soutient l’interprétation musicale, inspirée par la vie et le travail de ces hommes à la conscience éclairée.

 La poésie et la force des textes révolutionnaires perdurent aujourd’hui encore. Grâce à des images d’archives de plus cent ans, le public peut aussi voir, en toile de fond, l’existence misérable, à la campagne comme en ville, de nombreuses familles réduites à se loger à plusieurs dans une petite pièce, inconfortable  et insalubre… non loin de grandes bâtisses bourgeoises, avec fresques au plafond, et cheminée en marbre.

 Les pommes de terre et le blé  ont pourri dans les champs, atteints par le mildiou qui fait des ravages : la famine sévit donc et se voit sur tous les visages. L’éducation catholique irlandaise rigide, prédispose les enfants à la soumission et à l’obéissance aux règles, et condamne radicalement toute liberté. Les femmes, dévolues à la seule maternité, restent prisonnières de leur condition. Entre un catholicisme autoritaire, et le complexe de supériorité des Britanniques, difficile de trouver une voie d’émancipation pour survivre…

 La pensée des visionnaires qui prophétisèrent des lendemains meilleurs,  est aussi révélée et éclairée ici, grâce aux chansons traditionnelles mais aussi à  la musique de Lorcan Mac Mathuna. Le travail théâtral est porté par la belle voix de Ide Nic Mathuna, et par Martin Touurish à l’accordéon envoûtant et entraînant, par Daire Bracken au vilon (fiddl, et Eamonn Galdaubh aux uillean pipes. Un groupe déjà fascinant par sa simple présence…

 Musique et poésie: le spectacle a la couleur d’une belle mélancolie, à la fois grave et subtile, profondément humaine, et possède une étoffe scénique qui donne du baume à l’âme du spectateur, troublé par les sacrifices consentis mais emporté par l’espoir et la vie.

 Véronique Hotte

 Spectacle vu au Grand Théâtre, le 11 août.

 


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