Hôtel particulier par la compagnie Carabosse

Festival d’Aurillac:

Hôtel particulier par la compagnie Carabosse, direction et coordination artistique de Gérard Court et Nadine Guinefoleau, mis en scène et direction d’acteurs de Martin Petit Guyot

web_crea_hotel_particulier_photo_sylvie_monier_imgp2468w.jpg__133x200_q85_crop_upscaleCarabosse, un collectif d’artistes concepteurs, scénographes, comédiens, constructeurs, musiciens, inventeurs, et plasticiens  s’est surtout fait connaître par ses spectacles en plein air, résultant d’une écriture collective, favorisant la proximité avec le spectateur, et utilisant la musique  et le feu vif, à une échelle qui dépasse largement celle des plateaux de théâtre, pour atteindre parfois des images de grande beauté. Son espace : les petites rues, lieux et places publiques des centres ville, voire les sinistres zones semi-industrielles à la périphérie d’un seul coup transformées avec poésie à la nuit tombante…

Cela se passe sur le terrain de sports à côté du gymnase de la Jordanne, là où il y a quelques années nous avions vu le tournage d’un western par le Royal de Luxe.
Nous attendons devant l’entrée d’un hôtel aux fenêtres désespérément fermées, et aux murs sales qui tombent en loques, et à la véranda possédant encore quelques vitres; deux grooms minables en uniforme noir accueillent le public qu’ils invitent à entrer sur un terrain sablonneux rectangulaire, fermés de murs en contre-plaqué quelques colonnes de faux-marbre,  et sous l’éclairage d’une merveilleuse et grosse lune pâle, et surtout de torchères et de quelques projecteurs-mal disposés ils éblouissent souvent le public. Debout il peut voir et revoir: soit un chambre d’hôtel un assez minables, à deux portes portant le numéro 13, encombré de valises avec une femme de chambre en  robe noire et petit tablier blanc, d’autrefois, et une cliente très exigeante. Ou plus loin,en face, une salle à manger des années trente avec une grande bourgeoise qui reçoit à dîner  un professeur de sciences neurologiques il y a aussi un bureau-bibliothèque  où deux hommes en noir discutent poésie et littérature. 
Sur deux des murs, une reproduction d’une œuvre du douanier Rousseau, de la Joconde, des nus, une vanité style XVIIème, et des tableaux d’inspiration cubiste et surréaliste… Au fond, sur une petite scène,  une affichette plaquée sur un ancien pare-feu en bois, annonce une conférence du professeur Pélissard sur les implications du cerveau et du sommeil dans la production des rêves: au mur, quelques photos d’artistes dédicacées comme celle de Fred Astaire, etune jeune femme chante au micro face public. Elle se plaint de l’influence grandissante qu’exerce un homme imposant, chauve, à rouflaquettes, en costume noir rayé qui lui dit que son nouveau piano va arriver.
Le public debout comprend  vite qu’il doit se déplacer, pour recomposer un scénario qui finalement lui échappera, même si les petites scènes se répètent, de façon à ce que tout le monde puisse avoir vu l’ensemble.
  Petit ennui : on entend très mal les dialogues joués sans micro, et trop bien la chanteuse… Et passé l’étonnement que présente cet univers pictural, les quelque deux cent cinquante spectateurs qui vont d’un univers à l’autre, sans y trouver vraiment un grand intérêt, essaye de se trouver une place assise sur le petit escalier d’arrivée. Comment s’intéresser en effet à ces personnages qui sont plutôt des silhouettes, certes intéressantes sur le plan plastique mais qui évoluent dans une dramaturgie qu’on a du mal à saisir. Et ces deux heures d ‘un spectacle qui commence déjà en retard deviennnent  interminables
D’autant qu’il y a une seconde partie avec une fausse/vraie conférence- heureusement au micro, sur les sciences neurologiques du professeur Pélissard mais guère convaincante. Et cette fois l’hémorragie de spectateurs s’accentue.
 «Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’un bon scénario est absolument essentiel, peut être même l’essentiel pour un film dit  le grand Sydney Pollack ». Et cela vaut aussi pour un spectacle, surtout en plein air.
“L’écriture de nos créations et nos multiples manières de les offrir, porte un regard sur le monde plein de revendications, de coups de gueule, de tendresse, d’humour et de liberté dit la compagnie Carabosse. »  Peut-être mais ici dommage, on reste sur sa faim, et on s’ennuie vite, malgré la beauté visuelle de certains moments et une bonne direction d’acteurs. Mais cela ne suffit pas.
Quelle déception !

 Philippe du Vignal

 Gymnase de la Jordanne jusqu’au 19 août. Accès payant.

 

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Archive pour 18 août, 2016

Zéro avril, mise en scène Anne Corté

Festival d’Aurillac:

Zéro avril, mise en scène Anne Corté

 

zéro avril« Est-ce que vous êtes chauds ? » demande un message imprimé sur le tee-shirt blanc d’un fantôme. Ben, oui, plutôt. On nous vend un concept de la mort; on va pouvoir se costumer et participer au spectacle. Il suffira de choisir son camp, dix minutes avant le début de la représentation : mourir ou regarder ceux qui ont choisi de mourir.  Soixante-dix participants peuvent ainsi revêtir un suaire blanc, bénéficier d’une formation express et se lancer sur scène avec les pros. Les fantômes débarquent  ensemble, en désordre, tous confondus.

 Oui, mais voilà, tout ça devient vite d’un ennui mortel. On veut bien que ça lorgne du côté de l’absurde, de la pataphysique ou de dada… ! Mais quand on voit les âmes en peine errer sur le terrain vague et les spectateurs fuir sans précaution les gradins, on est en droit de penser que l’association Roure est malheureusement passée à côté d’un concept du feu de Dieu. D’autant qu’il y avait du public aux balcons alentour, de ce public qu’on ne voit pas dans les théâtres.

 Dans un espace pourtant prometteur : un terrain pour la pratique de divers sports, entre les barres de la cité Montade. De grands panneaux blancs annoncent la couleur : Crève générale, Morts précoces, vivants frigides, même combat,  Souris blanches partout, lapins blancs nulle part. Sur cette scène très ouverte et très laide (mais on pourrait s’en accommoder!), un fatras de projecteurs, de balles en plastique coloré, d’estrades  mais aussi de cotillons, chapeaux, feux d’artifice, tirés d’un gros sac de sport, d’abord repéré comme suspect. Le but affiché : chercher un moment d’intensité ensemble.

Il y a quelques bonnes scènes où quelque chose pourrait prendre : ce bon papa, à énorme tête de statue grecque, dont on prend soin dans des coussins. Et une très vague réflexion sur l’état du monde à travers les drapeaux de pays dans l’errance et la « crise » (Syrie, Nigéria, France, Etats-Unis…). L’apparition de têtes noires de type Ile de Pâques, criblées de flèches. Quelques effets de groupe.
Et puis cette exploration à la caméra d’un cimetière de mégots, spectres de cigarettes. On sent que le sexe pourrait nous sortir de notre torpeur: en arrière-plan, des «partouzeurs en colère» semblent une invitation… Mais l’ensemble est si foutraque et distendu, que cela ne prend guère.
Un type nous montre régulièrement son cul nu où est écrit FIN en lettres noires, d’où la sensation pénible et récurrente d’assister à plusieurs fausses fins (il n’y aura pas, on l’aura compris, ni début ni clôture: « the show must go on »).
Aucun rythme. Pas de pensée. Cela fait songer à une vague répétition pour nous éviter la déception : préparez-vous, de l’autre côté, ce sera aussi mal organisé et vulgaire qu’ici et ça n’aura aucun sens parce qu’en réalité, il n’y a pas de vrai meneur, ni de bonté. On sait pourtant qu’il y a du beau monde sous les draps blancs : l’énergie d’Alix Montheil, de Panxo Gimenez et de Catherine Fornal en particulier.
On ne peut qu’approuver ce cri de désespoir: « On s’est fait chier toute notre vie pour vivre ça dans la mort ? » Et puis, comme le dit encore un autre personnage :  « J’ai pas pris de plaisir, même pas eu le temps d’aimer ».

Stéphanie Ruffier

 

Garden Party (Anthropologie de l’Insouciance)

Festival d’Aurillac

Garden Party (Anthropologie de l’Insouciance) par la compagnie N° 8, création collective, sous la direction d’Alexandre Pavlata

Quatre couples- smoking et robe du soir-pénètrent dans ce beau parc ensoleillé. Ils rient, bégayent, s’expriment par borborygmes, dégustent du champagne servi par des valets attentionnés. On voit des étreintes lesbiennes sur la nappe immaculée, et un homme violé par une femme sur un canapé blanc.

Au terme d’un court ballet, nous changeons de lieu sur la musique des Quatre Saisons de Vivaldi. Les femmes s’installent dans des petites voitures, les hommes jouent les chevaux cul nu. On s’enfourche gaiement, et on brame  des opéras italiens. Coups de feu, tout le monde s’écroule à tour de rôle, mais champagne pour les moribonds qui se relèvent.

Sociologie du superflu : troisième changement de lieu. Installé sur une étrange machine, un couple chante, et deux autres personnages font contrepoids. Dernier tableau, des valets servent aux invités des coupes de caca (le public n’est pas dupe de cette crème au chocolat) qui s’en barbouillent en éructant, et dégueulent en dansant. Près de cinq cents spectateurs, le bain de soleil est agréable, les chorégraphies impeccables, mais ce superflu semble vain, presque choquant dans le contexte désolant de ce trentième bis festival d’Aurillac, dont les entrées de rue sont toutes surveillées par des soldats en armes et des vigiles-palpeurs de sacs, et bloquées par de gros blocs de béton.

Edith Rappoport

Parc de la Fraternité jusqu’au 19 août à 16 h.

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La DévORée, écriture et mise en scène de Marie Molliens

Festival d’Aurillac:

 

La DévORée, écriture et mise en scène de Marie Molliens

01-Compagnie-Rasposo_La-Devoree-Laure Villain« Je vais te donner un spectacle. » Dans La Machine infernale de Jean Cocteau, la sphinge met Œdipe en garde. Son pouvoir, c’est le verbe : elle va en déployer tous les charmes et tous les attachements. Menace de liens serrés. Ainsi parle le corps de circassienne, aussi fascinant que vulnérable sous les jeux d’ombre et de lumière du chapiteau.
Même dans un langage ici non verbal, il s’agit bien de la même aliénation. Et l’homme tombe dans le piège. Un spectateur fasciné, sort du rang et s’approche de la piste : ses yeux absorbent le corps aérien, gracile et coruscant de la trapéziste, avec la même avidité qu’il  mange du pop-corn . Consommation aveugle. Histoire de la séduction, de la dévorante négociation du désir réciproque: ce sont les règles du jeu du spectacle.

 « Est-ce que tu m’aimes ? Montre-moi. » Bercée par le cirque depuis sa plus tendre enfance-et sur les planches, dès quatre ans-issue de trois générations de femmes-artistes, Marie Molliens maîtrise parfaitement les enjeux du spectacle, « ce qui s’offre aux regards pour susciter émotions et sentiments ». Sur sa piste, se joue la capacité à soutenir un regard, à supporter durablement l’attraction, à saisir la gravité d’un instant, à se laisser aller à la rencontre tout en conservant son mystère.

Aussi a-t-elle choisi d’allégoriser la parade amoureuse et le sublime combat qui s’ensuit à travers le couple mythologique Achille et Penthésilée. On y retrouve toutes les étapes d’une version cruelle de la carte du Tendre : jouer des regards, s’affronter au corps à corps, se porter, se blesser, se donner, se reprendre…
Comme la reine des Amazones, « la femme de cirque » (elles sont ici trois à se relayer autour de l’homme), reste «toujours en équilibre entre la volonté de combattre à tout prix, et celle de se laisser atteindre.» Les performances au trapèze, fil de fer, cerceau, comme les portés acrobatiques trouvent ici une nouvelle résonance.

Dans ce monde d’une sublime cohérente visuelle, tout en blanc, rouge sang et or (au cœur du mot dévORée), la violence symbolique atteint ici un rare degré de maîtrise. On navigue entre tango, chasse à courre et tauromachie. Le tout, sous une pluie de paillettes comme  chez Gustave Klimt.
Que d’images terrifiantes ! Que de moments de grâce ! Notre cœur et notre âme ne cessent de sursauter. Quelle fête de l’intelligence ! Cela tient beaucoup à l’omniprésence des musiciens (un contrebassiste et un percussionniste accompagnés d’une fabuleuse cantatrice à robe de cuir et guitare électrique rouges, Françoise Pierret), mais aussi à  la mise en scène très pertinente.
Marie Molliens tient fermement les rênes de la relation regardant-regardé, et de l’ altérité. Couleurs, lumières, matières (admirable choix de costumes), gestes précis, coups de théâtre cinglants: tout concourt à ce que le spectateur vive dans sa chair l’attraction-confrontation. Sans oublier un saupoudrage d’humour…

 On retiendra en particulier un duo au trapèze d’une fluidité bouleversante, suspendu au-dessus des promesses du lit. Tout en souplesse et reddition. Il y a aussi cet homme-sylphide qui se répand sans cesse en volutes de fumée, zébré de rouge après un sanglant numéro de cerceau, boucherie qui lorgne du côté de Francis Bacon et des représentations de martyrs chrétiens.
Et puis cette scène poignante, acmé de la fable : une femme troublée essaye de reprendre pied, au-dessus du vide, par sauts et glissades sur le fil, en dépeçant un blouson de cuir sur le poignant What power art thou du King Arthur d’Henry Purcell. Danse macabre accompagnée d’un lâcher de trois majestueux lévriers afghans: ils participent, comme dans la légende, au festin du cœur de l’homme aimé.  

Qui dévore ? Qui est dévoré ? Subtiles images de l’amour fou.

Stéphanie Ruffier

Institution Saint-Eugène, Aurillac jusqu’au 19 août, à 19 h.

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