Zéro avril, mise en scène Anne Corté

Festival d’Aurillac:

Zéro avril, mise en scène Anne Corté

 

zéro avril« Est-ce que vous êtes chauds ? » demande un message imprimé sur le tee-shirt blanc d’un fantôme. Ben, oui, plutôt. On nous vend un concept de la mort; on va pouvoir se costumer et participer au spectacle. Il suffira de choisir son camp, dix minutes avant le début de la représentation : mourir ou regarder ceux qui ont choisi de mourir.  Soixante-dix participants peuvent ainsi revêtir un suaire blanc, bénéficier d’une formation express et se lancer sur scène avec les pros. Les fantômes débarquent  ensemble, en désordre, tous confondus.

 Oui, mais voilà, tout ça devient vite d’un ennui mortel. On veut bien que ça lorgne du côté de l’absurde, de la pataphysique ou de dada… ! Mais quand on voit les âmes en peine errer sur le terrain vague et les spectateurs fuir sans précaution les gradins, on est en droit de penser que l’association Roure est malheureusement passée à côté d’un concept du feu de Dieu. D’autant qu’il y avait du public aux balcons alentour, de ce public qu’on ne voit pas dans les théâtres.

 Dans un espace pourtant prometteur : un terrain pour la pratique de divers sports, entre les barres de la cité Montade. De grands panneaux blancs annoncent la couleur : Crève générale, Morts précoces, vivants frigides, même combat,  Souris blanches partout, lapins blancs nulle part. Sur cette scène très ouverte et très laide (mais on pourrait s’en accommoder!), un fatras de projecteurs, de balles en plastique coloré, d’estrades  mais aussi de cotillons, chapeaux, feux d’artifice, tirés d’un gros sac de sport, d’abord repéré comme suspect. Le but affiché : chercher un moment d’intensité ensemble.

Il y a quelques bonnes scènes où quelque chose pourrait prendre : ce bon papa, à énorme tête de statue grecque, dont on prend soin dans des coussins. Et une très vague réflexion sur l’état du monde à travers les drapeaux de pays dans l’errance et la « crise » (Syrie, Nigéria, France, Etats-Unis…). L’apparition de têtes noires de type Ile de Pâques, criblées de flèches. Quelques effets de groupe.
Et puis cette exploration à la caméra d’un cimetière de mégots, spectres de cigarettes. On sent que le sexe pourrait nous sortir de notre torpeur: en arrière-plan, des «partouzeurs en colère» semblent une invitation… Mais l’ensemble est si foutraque et distendu, que cela ne prend guère.
Un type nous montre régulièrement son cul nu où est écrit FIN en lettres noires, d’où la sensation pénible et récurrente d’assister à plusieurs fausses fins (il n’y aura pas, on l’aura compris, ni début ni clôture: « the show must go on »).
Aucun rythme. Pas de pensée. Cela fait songer à une vague répétition pour nous éviter la déception : préparez-vous, de l’autre côté, ce sera aussi mal organisé et vulgaire qu’ici et ça n’aura aucun sens parce qu’en réalité, il n’y a pas de vrai meneur, ni de bonté. On sait pourtant qu’il y a du beau monde sous les draps blancs : l’énergie d’Alix Montheil, de Panxo Gimenez et de Catherine Fornal en particulier.
On ne peut qu’approuver ce cri de désespoir: « On s’est fait chier toute notre vie pour vivre ça dans la mort ? » Et puis, comme le dit encore un autre personnage :  « J’ai pas pris de plaisir, même pas eu le temps d’aimer ».

Stéphanie Ruffier

 

 


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