Les Chevaliers, mise en scène de Michel Dallaire et Okidok

Festival d’Avignon (suite et fin) :

 

Les Chevaliers, mise en scène de Michel Dallaire et Okidok

 BAOKIDOK« Ah ben oui », « évidemment », a-t-on envie de reprendre, à tout bout de champ, en sortant du chapiteau Kabarouf. Ces gimmicks tenaces, sont la marque distinctive des chevaliers admirablement croqués par Xavier Bouvier et Benoît Devos, les comédiens belges d’Okidok.
Il y a donc ici l’intellectuel, du moins, celui doté d’un langage articulé. Tel le clown blanc, même s’il n’en arbore pas le teint cérusé, il acquiesce à la moindre découverte. Chauve, doté d’anachroniques lunettes et d’un collier de barbe à la Robert Hue (souvenez-vous, le député du Parti communiste français!), il fait preuve d’un flegme réjouissant.
 A ses côtés, apparaît dans un second temps, une « armoire à glace », digne des jeux vidéos de fantasy, qui arbore, avec un air ahuri: bottes à griffes impressionnantes, et armoiries rouges à tête de phacochère. Tempérament : guerrier, mais aussi viril que maladroit !
Heureusement ici, on n’est pas dans le virtuel et dans le mythe de l’invulnérabilité ! Corps et objets ne cessent de faire obstacle,  comme chez Charlie Chaplin ou Buster Keaton. Avec de nombreux et magnifiques ratages, pour notre plus grand plaisir…

 On l’aura compris, ce duo clownesque tire sur les vieilles ficelles de la complémentarité : féminin/ masculin, réflexion/action … Mais, avec, sous les gros gags, une belle finesse dans les personnages ! Et décors et costumes, redoutables d’efficacité, fleurent bon le plaisir du bricolage forain.
Devant un rideau peinturluré figurant les hauts lieux de la chevalerie moyenâgeuse : forêt, puis fontaine magique, paradis et enfer,  ces deux personnages vivent un périple initiatique, où la peur est toujours teintée de franche rigolade.  Nous naviguons ainsi dans des tableaux qui rappellent, pêle-mêle, délices du Grand-Guignol , peintures de Jérôme Bosch, promenade terrifiante de Dante Alighieri, et aventures des Chevaliers de la Table ronde…

 Au fur et à mesure, les personnages se font de plus en plus attachants et comiques. Burlesque et absence de paroles permettent au public de tout  âge, de goûter à ce voyage qu’agrémentent jonglage, acrobaties, apparitions d’êtres fabuleux et grosses blagues scatologiques…
Le duo fonctionne à merveille  avec une belle et réjouissante complicité. Un excellent moment à partager en famille!

Stéphanie Ruffier

 

Le spectacle a été joué au Karabouf Barthelasse ; du 6 au 30 juillet ; puis tournée en France et en Belgique.

Compagnie OKIDOK  Xavier Bouvier & Benoît Devos,  259 rue Saint-Eleuthère 7500 Tournai ( Belgique). T : +32 475 35 15 42 (B) +32 473 59 81 52 (X)  info@okidok.be

 


Archive pour 20 août, 2016

Truckstop de Lot Vekemans, mise en scène d’Arnaud Meunier

Festival d’Avignon (suite et fin) :


Truckstop  de Lot Vekemans, traduction de Monique Nagielkopf, mise en scène d’Arnaud Meunier

160711_rdl_0072 Ana  gère Truckstop, un restaurant au bord d’une route du Brabant, à la clientèle de routiers. Kataljine, sa fille, victime d’hyperactivité et de troubles mentaux, et ne peut vivre seule. La mère la protège et s’occupe donc de la vie de sa fille.
Mais Remco, un routier, séduit Kataljine.
Ana sent que l’homme est peu fiable et que sa fille pourrait s’en aller. Mais Kataljine rêve de liberté et veut partir avec lui.. « Ce qu’il a de curieux dans la découverte : c’était déjà là, et on ne le savait pas. », observe Katalijne.

 La singulière narration de ce texte contemporain procède de même et draine le drame à venir. Tout est déjà écrit, et on sait très tôt qu’il y aura coup de couteau et accident de voiture mortel, mais on ignore tout des circonstances et des coupables. Ainsi, le dialogue qui se noue entre cette fille un peu simple, sa mère et son amoureux maladroit, est-il lardé de prolepses.
Dans cette ambiance hyper-réaliste, les commentaires distanciés des personnages, voix d’outre-tombe, créent des brèches surréalistes, quasi-fantastiques. Cette construction narrative si particulière et l’exhibition de la fiction, avec un très subtil travail de lumières, constituent les plus belles fulgurances de ce spectacle.

 Scénographie plutôt grise, triste celle d’une salle de restaurant aux murs éteints et aux mi-rideaux en crochet. Tout est propre et impersonnel, un peu fade. Le texte évoque pourtant « tout ce brun » et un lieu qui, à l’inverse de ses concurrents, paraît vieillot. On se croirait plutôt dans un appartement témoin, trop neutre. L’espace vide à l’avant-scène, réservé aux projections du rêve, donne une sensation de maigre marge de manœuvre.
Règnent donc ici l’ennui et la mélancolie, banale, normalisée, celle des intérieurs contemporains impersonnels, alors qu’on aurait attendu la sale mélancolie d’un vieux restaurant baignant dans son jus…

L’histoire a de quoi toucher un public adolescent. L’envie d’espace pour faire vivre son amour, sa carrière professionnelle, l’espoir d’une autre vie qui ne soit pas indexée aux craintes d’une mère castratrice. Mais on le devine : « Plus de cent morceaux, c’est impossible à recoller. »
 Guère de possibilité de fuite. La mère, (Claire Aveline), joue bien sa partition ambiguë, mais Manon Rafaelli, avec  une fragilité enrobée d’une folle naïveté, est moins subtile et peu convaincante.
L’ensemble souffre de lenteur. Et on se surprend à vouloir en hâter la fin tragique…

 St. R.

 

Le spectacle s’est joué du 12 au 16 juillet 2016 à la Chapelle des Pénitents blancs.

 

 

 

 

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