Livres et revues

Bertolt Brecht et Fritz Lang, Le nazisme  n’a jamais été éradiqué de Danielle Bleitrach, Richard Gehrke, avec la collaboration de Nicole Amphoux

THnazisme-couvRevenons plus longuement sur ce gros volume dont nous vous avions dit le plus grand bien. L’auteure, sociologue mais aussi spécialiste de la mondialisation, parle ici du film de deux célèbres  metteurs en scène allemands Bertolt Brecht, et Fritz Lang qui se sont retrouvés en exil aux Etats-Unis, coauteurs en 1943, Les Bourreaux meurent aussi où ils racontent l’assassinat par les résistants tchèques en 1942 d’Heydrich le Bourreau, le Reichprotetktor de Prague qui participa de à la solution finale qu’il contrôla minutieusement…
L’auteur de L’Opéra de Quat’sous met en valeur, comme le souligne bien Danielle Bleitrach, la complicité des forces conservatrices (armée, police, justice, université, et capital)avec le nazisme. Mais selon elle, il faut “lire ce film sous l’éclairage blafard de la trahison de l’espérance”… et elle  souligne que les tous films  de Fritz Lang, sont “un combat contre le destin dans lequel l’important n’est pas le destin- le triomphe de la mort ou de la violence de la société mais la lute elle-même, et la description d’un mécanisme; et dans Les Bourreaux meurent aussi, ce n’est pas un individu qui combat mais un peuple.”

  Mais le livre très riche,  avec des notes en bas de page d’un grand intérêt, est aussi une analyse des plus pertinentes de l’œuvre de Fritz Lang dont elle pense qu’il est “toujours entre mort et civilisation, avec une fascination pour les pulsions primitives, masques dans nos sociétés”. 
Et, pour elle, Bertolt Brecht le rejoint  sur ce point dans un revendication à la jouissance brutale.
L’auteure consacre aussi un chapitre tout à fait passionnant  à leur collaboration pour ce film avec le compositeur Hanns Eisler qui avait déjà travaillé avec Bertolt Brecht pour L’Opéra de quat’sous en 1928, puis l’année suivante pour Happy end.

En spécialiste du cinéma, Danielle Bleitrach analyse aussi le structure des Bourreaux meurent aussi et remarque  qu’il avait une maîtrise obessionnelle du décor et de l’architecture avec des espaces imaginés bien longtemps avant le tournage ( son père était architecte de la ville de Vienne), autant que du jeu des acteurs). Mais, ce qui le rend proche de Bertolt Brecht avec qui il avait souvent des rapports difficiles, le décor chez lui se revendique comme décor, que montrent bien les nombreuses photos qui illustrent ce livre.

 Il y a aussi un chapitre très fouillé où Danielle Bleitrach analyse avec précision, ce que signifie pour Bertolt Brecht et pour Fritz Lang, la confrontation, pour ces deux créateurs issus de champ artistique de la Première guerre mondiale, à un autre monde américain où existe la notion de marché et d’investissement financier, avec tout ce que cela comporte de division du travail, et de soumission aux lois capitalistes. Sans aucun doute à des kilomètres de l’univers théâtral encore artisanal du futur directeur du Berliner Ensemble…

  Elle rappelle aussi combien il n’était pas évident pour Fritz Lang comme pour les autres réalisateurs de produire des films antinazis aux Etats-Unis juste avant la guerre.  Et comment il a, avec Bertolt Brecht comme gommé l’extermination anti-sémite et la solution finale dans leur film. Même si Brecht avait prévu un conflit antisémite entres les otages, finalement supprimé par le cinéaste. A une époque où, fait maintenant connu, il faut rappeller qu’Hollywood  était ouvertement antisémite.

  Mais pour Fritz Lang-et Danielle Bleitrach le montre bien-il y a eu d’évidence une différence de traitement entre riches et pauvres dans l’extermination. Et dans la post-face du livre, elle rappelle l’idée de Klaus Mann: ce n’est pas parce qu’ils antisémites qu’il sont pourris mais il le sont parce qu’ils sont pourris. Mais elle conclut avec effroi que le nazisme n’a jamais été éradiqué et qu’il reste peu de choses de cette vérité sur ce cauchemar humain qu’ont cherché les deux auteurs des Bourreaux meurent aussi.
Un livre parfois touffu, mais très argumenté, tout à fait passionnant pour celui qui s’intéresse à Brecht qui, on l’oublie trop souvent, resta exilé près de quatorze ans et à Fritz Lang mais aussi à cette époque soi-disant bien connue, et qui, soixante dix ans après, n’en finit pas de révéler son aventure artistique.

Philippe du Vignal

Editions LettMotif.  29 €

Frictions n° 26

aAQ2oj682fFevO_etnlrHPnUFIkLe dernier numéro de cette  revue qui  fait  toujours prevue d’une grande qualité est consacré aux Etats singuliers de l’écriture dramatique.
“La mémoire et la connaissance étant les choses les plus mal partagées dans notre univers théâtral- cequi permet entre autres consequences désastreuses à des pseudo-novateurs de recycler en toutte impunité ce qui a été expériementé bien avant eux” Dans son édito, Jean Pierre Han ne mâche pas ses mots, et ce numéro offer la part belle aux créateurs actuels comme Régis Hébette et Johny Lebigot, les directeurs du Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet qui ont invité sept auteurs: Gilles Auffray, Claudine Galéa, Julien Gaillard, Jean-René lemoine, Mariette Navarro, Christophe Pellet, Julien Thèves à occuper le théâtre pendant dix jours et à être responsables de la progammation. Avec de beaux textes comme celui de Claudine Galéa découvrant le théâtre avec Paul Claudel, ou celui de Jean-René Lemoine avec le récit de la mort tragique de Dominique Constanza, sociétaire de la Comédie-Française.
A noter aussi un texte de  Robert Cantarella , Le Chantier du personage sur son travail à l’Ecole de la Manufacture de Lausanne, avec des exercices notamment sur les voix enregistrées,  ou sur le développement d’une intention et son application pendant une durée exacte sans varier. L’einetion explique-t-il étant une sorte de main-courante et esayer de se déplacer parmi les formes-mouvements dont il se souvient.
  Il y a aussi dans ce numéro un article accompagné de très belles photos sur la vie quotidienne au Viêt nam de  Marianne Bachelot Nguyen. Texte qui a été à l’origine d’un spectacle, mêlant fiction et documentaire, Les Ombres et les lèvres au Théâtre national de Bretagne cette année et qui y sera repris en janvier 2017.

Ph. du V.

Frictions n° 26. France: 14 € et Etranger: 16 €

Les Cahiers de la République une épopée d’un théâtre en marche


les-carnets-de-la-republique
Signalons enfin la parution de cet ouvrage, sous la direction de Yannick Butel sur la création l’an passé au Festival d’Avignon dans les jardins de la méditathèque Ceccano, de La République de Platon d’Alain Badiou.  (voir Le Théâtre du blog)

Dirigés par Grégoire Ingold, Valérie Dréville  qui jouaint tous les deux dans la fameuse Electre d’Antoine Vitez, et par Didier Galas, les élèves-acteurs de troisème année l’E.R.A.C.  avaient été sensibilisés à l’œuvre de Platon et d’Alain Badiou par leur professeur Michel Corvin, malheureusement décédé entre temps! Mais le spectacle, sous forme de feuilleton quotidien était aussi joué par une trentaine amateurs qui avaient rejoint le groupe d’élèves.
En quelque quarante cinq minutes, à midi, le public pouvait entendre à condtion de trouver de la place ( c’était gratuit)  parler de la justice, de la vérité mais aussi de philosphie par Platon légèrement revu par Alain Badiou sous forme de dialogues  avec le plaisir de  la lecture de grands textes, comme le note Didier Abadie le directeur de l’E.R.A.C.. Ce qui peut être aussi une expérience de théâtre populaire, c’est à dire aussi réjouissant qu’exigeant mais très accessible. C’est à dire sans la prétention qui accable parfois certains spectacles du festival d’Avignon…
Ce livre de photos et de textes, avec les contributions entre autres de  Paul Rondin, Yannick Butel, Grégoire Ingold, Valérie Dréville, Didier Galas… raconte bien ce que fut la réalisation de ce projet né dans une école, ce qui n’est pas si fréquent…

Ph. du V.

L’ouvrage est publié aux Solitaires Intempestifs. 14 €

 

Corps de bataille de Valérie Lang

 imageStanislas Nordey a partagé la vie de Valérie Lang pendant plus de dix ans et dirigé avec elle, de 1998 à 2001, le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis.
 Le metteur en scène acteur et directeur du Théâtre national note, qu’elle ne quittait jamais l’urgence d’écrire, une récurrence thématique :

  « Inlassablement, l’amour de l’autre, l’amour des autres, et cette conviction inébranlable que le théâtre aide à vivre, aide à comprendre le monde qui nous entoure et qu’il doit être accessible à tous et pas simplement à des privilégiés. »

Pour la femme de théâtre, reste à « jeter son corps dans la bataille avec les armes de la poésie », selon la belle formule de Pier Paolo Pasolini…

Corps de bataille rassemble un choix de textes, réalisé par Stanislas Nordey, en accord avec Monique et Jack Lang, et en collaboration avec Frédéric Vossier qui considère l’actrice comme « une guerrière de la parole », associant lutte et combat à la nudité. Nudité qui recouvre l’unité existentielle dans un don dépensier de soi, sans oublier les engagements en faveur des «sans-papiers» et «sans-logement».

 Actrice, femme d’institution et militante, Valérie Lang est avant tout passionnée. L’ont marquée l’expérience du festival mondial de théâtre universitaire de Nancy qu’organisent ses parents  de 1964 à 1977,  les premiers cours personnels de théâtre à Paris avec Michelle Kokossowski, l’entrée au Conservatoire dans la classe de Jean-Pierre Vincent pour lequel elle éprouve une belle admiration et la rencontre enfin avec Stanislas Nordey dont elle dessine un portrait amusé : «Dans les escaliers, je croisais un jeune homme avec une tête de Tintin, des lunettes à moitié cassées, un sac à dos pourri, des santiags défoncées, un sourire, et des yeux gentils et brillants. Un très jeune homme qui paraissait d’une extrême fragilité et d’une grande générosité, en dehors des modes.» Elle avoue ne plus l’avoir lâché. L’expérience au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis est inaugurale : l’amoureuse joue Calderon de Pasolini avec Sarah Chaumette, dirigée par Stanislas Nordey, dans la petite salle du sous-sol dite le Terrier, au plus près du public.

 À côté de la dimension visuelle de l’imaginaire d’un théâtre ressenti, s’imposent d’abord les tessitures et les couleurs de la voix pour les spectateurs qui reçoivent «des courants électriques dans le corps au niveau de la langue » : «Il y avait une chose de l’énergie de l’acteur dans cette langue-là qui faisait que la poésie, comme l’aurait fait la musique, entrait dans le corps du public… Je sentais le rapport charnel avec le public, parce que je lui transmettais quelque chose réellement.

Les acteurs peuvent et doivent faire de l’or sur le plateau, avec leur voix, leur corps et leurs mots : ils sont précisément à l’endroit du sublime-ce qui ne veut pas dire que l’interprétation soit parfaite mais qu’il doit y avoir, en échange, une relation physique et profonde au texte, «un vrai rapport au théâtre, c’est-à-dire qui coûte sa vie. C’est sa vie qu’on met en danger sur un plateau, c’est une question de vie ou de mort. »

La formule consiste en quelque sorte, à  se mettre au service, au sens propre et au sens figuré, à se donner au théâtre, au public-à tous les public-et au texte...L’engagement de cette femme de théâtre dans la cité témoigne d’une énergie et d’une volonté sans faille, figure féminine et artistique présente dans les écoles, collèges, lycées et théâtres en Seine-Saint-Denis. La comédienne a écrit à nombre d’interlocuteurs, cherchant le dialogue, traquant l’échange et la possibilité politique de construire ensemble une société autre, et des relations dans l’urgence d’une réflexion raisonnée et distanciée.

 Elle écrit à Patrick Brouaezec, maire communiste de Saint-Denis de 1994 à 2004 et encline aux écrits, dits citoyens, et rédige, entre autres textes, le compte-rendu d’une réunion avec des enseignants dans une école de Saint-Denis, des notes pour des interventions publiques, une réflexion sur la place des jeunes et sur la Direction de la Jeunesse de la Ville de Saint-Denis, les lignes d’une rencontre publique avec Marjorie Nakache et Xavier Marcheschi du Studio Théâtre de Stains, un article paru dans l’Humanité en 1999, un discours encore au collège Elsa Triolet de Saint-Denis.

 Sensible à la misère du monde, Valérie Lang multiplie les déclarations et les appels, déclarant en 1997, sous l’ère de Jacques Chirac : «Il n’y a pas un jour où le gouvernement ne tente d’organiser un discours tendant à cristalliser toutes les angoisses des Français autour de « l‘étranger ». C’est ça que je trouve grave, car en réalité, le problème, ce n’est pas l’étranger, mais la pauvreté et le chômage. Il faut désenclaver les ghettos des banlieues. On parle de fracture sociale. Ce n’est pas à coups d’événements spectaculaires et médiatiques que l’on changera le quotidien des citoyens. »

 Après vingt ans, les violences sociales n’ont fait que croître : a-t-il été pris acte de ces constats d’urgence qu’on considère trop facilement comme rebattus ? Valérie Lang manque sur les plateaux de théâtre, visage radieux et regard lumineux, présence scénique entière, engagée, généreuse, attentive et à l’écoute de l’autre.

Corps de bataille restitue la voix chaude et le visage d’une femme de convictions.

 Véronique Hotte

Le livre est publié aux  Éditions Les Solitaires Intempestifs

 

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Archive pour 24 août, 2016

Livres et revues

Bertolt Brecht et Fritz Lang, Le nazisme  n’a jamais été éradiqué de Danielle Bleitrach, Richard Gehrke, avec la collaboration de Nicole Amphoux

THnazisme-couvRevenons plus longuement sur ce gros volume dont nous vous avions dit le plus grand bien. L’auteure, sociologue mais aussi spécialiste de la mondialisation, parle ici du film de deux célèbres  metteurs en scène allemands Bertolt Brecht, et Fritz Lang qui se sont retrouvés en exil aux Etats-Unis, coauteurs en 1943, Les Bourreaux meurent aussi où ils racontent l’assassinat par les résistants tchèques en 1942 d’Heydrich le Bourreau, le Reichprotetktor de Prague qui participa de à la solution finale qu’il contrôla minutieusement…
L’auteur de L’Opéra de Quat’sous met en valeur, comme le souligne bien Danielle Bleitrach, la complicité des forces conservatrices (armée, police, justice, université, et capital)avec le nazisme. Mais selon elle, il faut “lire ce film sous l’éclairage blafard de la trahison de l’espérance”… et elle  souligne que les tous films  de Fritz Lang, sont “un combat contre le destin dans lequel l’important n’est pas le destin- le triomphe de la mort ou de la violence de la société mais la lute elle-même, et la description d’un mécanisme; et dans Les Bourreaux meurent aussi, ce n’est pas un individu qui combat mais un peuple.”

  Mais le livre très riche,  avec des notes en bas de page d’un grand intérêt, est aussi une analyse des plus pertinentes de l’œuvre de Fritz Lang dont elle pense qu’il est “toujours entre mort et civilisation, avec une fascination pour les pulsions primitives, masques dans nos sociétés”. 
Et, pour elle, Bertolt Brecht le rejoint  sur ce point dans un revendication à la jouissance brutale.
L’auteure consacre aussi un chapitre tout à fait passionnant  à leur collaboration pour ce film avec le compositeur Hanns Eisler qui avait déjà travaillé avec Bertolt Brecht pour L’Opéra de quat’sous en 1928, puis l’année suivante pour Happy end.

En spécialiste du cinéma, Danielle Bleitrach analyse aussi le structure des Bourreaux meurent aussi et remarque  qu’il avait une maîtrise obessionnelle du décor et de l’architecture avec des espaces imaginés bien longtemps avant le tournage ( son père était architecte de la ville de Vienne), autant que du jeu des acteurs). Mais, ce qui le rend proche de Bertolt Brecht avec qui il avait souvent des rapports difficiles, le décor chez lui se revendique comme décor, que montrent bien les nombreuses photos qui illustrent ce livre.

 Il y a aussi un chapitre très fouillé où Danielle Bleitrach analyse avec précision, ce que signifie pour Bertolt Brecht et pour Fritz Lang, la confrontation, pour ces deux créateurs issus de champ artistique de la Première guerre mondiale, à un autre monde américain où existe la notion de marché et d’investissement financier, avec tout ce que cela comporte de division du travail, et de soumission aux lois capitalistes. Sans aucun doute à des kilomètres de l’univers théâtral encore artisanal du futur directeur du Berliner Ensemble…

  Elle rappelle aussi combien il n’était pas évident pour Fritz Lang comme pour les autres réalisateurs de produire des films antinazis aux Etats-Unis juste avant la guerre.  Et comment il a, avec Bertolt Brecht comme gommé l’extermination anti-sémite et la solution finale dans leur film. Même si Brecht avait prévu un conflit antisémite entres les otages, finalement supprimé par le cinéaste. A une époque où, fait maintenant connu, il faut rappeller qu’Hollywood  était ouvertement antisémite.

  Mais pour Fritz Lang-et Danielle Bleitrach le montre bien-il y a eu d’évidence une différence de traitement entre riches et pauvres dans l’extermination. Et dans la post-face du livre, elle rappelle l’idée de Klaus Mann: ce n’est pas parce qu’ils antisémites qu’il sont pourris mais il le sont parce qu’ils sont pourris. Mais elle conclut avec effroi que le nazisme n’a jamais été éradiqué et qu’il reste peu de choses de cette vérité sur ce cauchemar humain qu’ont cherché les deux auteurs des Bourreaux meurent aussi.
Un livre parfois touffu, mais très argumenté, tout à fait passionnant pour celui qui s’intéresse à Brecht qui, on l’oublie trop souvent, resta exilé près de quatorze ans et à Fritz Lang mais aussi à cette époque soi-disant bien connue, et qui, soixante dix ans après, n’en finit pas de révéler son aventure artistique.

Philippe du Vignal

Editions LettMotif.  29 €

Frictions n° 26

aAQ2oj682fFevO_etnlrHPnUFIkLe dernier numéro de cette  revue qui  fait  toujours prevue d’une grande qualité est consacré aux Etats singuliers de l’écriture dramatique.
“La mémoire et la connaissance étant les choses les plus mal partagées dans notre univers théâtral- cequi permet entre autres consequences désastreuses à des pseudo-novateurs de recycler en toutte impunité ce qui a été expériementé bien avant eux” Dans son édito, Jean Pierre Han ne mâche pas ses mots, et ce numéro offer la part belle aux créateurs actuels comme Régis Hébette et Johny Lebigot, les directeurs du Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet qui ont invité sept auteurs: Gilles Auffray, Claudine Galéa, Julien Gaillard, Jean-René lemoine, Mariette Navarro, Christophe Pellet, Julien Thèves à occuper le théâtre pendant dix jours et à être responsables de la progammation. Avec de beaux textes comme celui de Claudine Galéa découvrant le théâtre avec Paul Claudel, ou celui de Jean-René Lemoine avec le récit de la mort tragique de Dominique Constanza, sociétaire de la Comédie-Française.
A noter aussi un texte de  Robert Cantarella , Le Chantier du personage sur son travail à l’Ecole de la Manufacture de Lausanne, avec des exercices notamment sur les voix enregistrées,  ou sur le développement d’une intention et son application pendant une durée exacte sans varier. L’einetion explique-t-il étant une sorte de main-courante et esayer de se déplacer parmi les formes-mouvements dont il se souvient.
  Il y a aussi dans ce numéro un article accompagné de très belles photos sur la vie quotidienne au Viêt nam de  Marianne Bachelot Nguyen. Texte qui a été à l’origine d’un spectacle, mêlant fiction et documentaire, Les Ombres et les lèvres au Théâtre national de Bretagne cette année et qui y sera repris en janvier 2017.

Ph. du V.

Frictions n° 26. France: 14 € et Etranger: 16 €

Les Cahiers de la République une épopée d’un théâtre en marche


les-carnets-de-la-republique
Signalons enfin la parution de cet ouvrage, sous la direction de Yannick Butel sur la création l’an passé au Festival d’Avignon dans les jardins de la méditathèque Ceccano, de La République de Platon d’Alain Badiou.  (voir Le Théâtre du blog)

Dirigés par Grégoire Ingold, Valérie Dréville  qui jouaint tous les deux dans la fameuse Electre d’Antoine Vitez, et par Didier Galas, les élèves-acteurs de troisème année l’E.R.A.C.  avaient été sensibilisés à l’œuvre de Platon et d’Alain Badiou par leur professeur Michel Corvin, malheureusement décédé entre temps! Mais le spectacle, sous forme de feuilleton quotidien était aussi joué par une trentaine amateurs qui avaient rejoint le groupe d’élèves.
En quelque quarante cinq minutes, à midi, le public pouvait entendre à condtion de trouver de la place ( c’était gratuit)  parler de la justice, de la vérité mais aussi de philosphie par Platon légèrement revu par Alain Badiou sous forme de dialogues  avec le plaisir de  la lecture de grands textes, comme le note Didier Abadie le directeur de l’E.R.A.C.. Ce qui peut être aussi une expérience de théâtre populaire, c’est à dire aussi réjouissant qu’exigeant mais très accessible. C’est à dire sans la prétention qui accable parfois certains spectacles du festival d’Avignon…
Ce livre de photos et de textes, avec les contributions entre autres de  Paul Rondin, Yannick Butel, Grégoire Ingold, Valérie Dréville, Didier Galas… raconte bien ce que fut la réalisation de ce projet né dans une école, ce qui n’est pas si fréquent…

Ph. du V.

L’ouvrage est publié aux Solitaires Intempestifs. 14 €

 

Corps de bataille de Valérie Lang

 imageStanislas Nordey a partagé la vie de Valérie Lang pendant plus de dix ans et dirigé avec elle, de 1998 à 2001, le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis.
 Le metteur en scène acteur et directeur du Théâtre national note, qu’elle ne quittait jamais l’urgence d’écrire, une récurrence thématique :

  « Inlassablement, l’amour de l’autre, l’amour des autres, et cette conviction inébranlable que le théâtre aide à vivre, aide à comprendre le monde qui nous entoure et qu’il doit être accessible à tous et pas simplement à des privilégiés. »

Pour la femme de théâtre, reste à « jeter son corps dans la bataille avec les armes de la poésie », selon la belle formule de Pier Paolo Pasolini…

Corps de bataille rassemble un choix de textes, réalisé par Stanislas Nordey, en accord avec Monique et Jack Lang, et en collaboration avec Frédéric Vossier qui considère l’actrice comme « une guerrière de la parole », associant lutte et combat à la nudité. Nudité qui recouvre l’unité existentielle dans un don dépensier de soi, sans oublier les engagements en faveur des «sans-papiers» et «sans-logement».

 Actrice, femme d’institution et militante, Valérie Lang est avant tout passionnée. L’ont marquée l’expérience du festival mondial de théâtre universitaire de Nancy qu’organisent ses parents  de 1964 à 1977,  les premiers cours personnels de théâtre à Paris avec Michelle Kokossowski, l’entrée au Conservatoire dans la classe de Jean-Pierre Vincent pour lequel elle éprouve une belle admiration et la rencontre enfin avec Stanislas Nordey dont elle dessine un portrait amusé : «Dans les escaliers, je croisais un jeune homme avec une tête de Tintin, des lunettes à moitié cassées, un sac à dos pourri, des santiags défoncées, un sourire, et des yeux gentils et brillants. Un très jeune homme qui paraissait d’une extrême fragilité et d’une grande générosité, en dehors des modes.» Elle avoue ne plus l’avoir lâché. L’expérience au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis est inaugurale : l’amoureuse joue Calderon de Pasolini avec Sarah Chaumette, dirigée par Stanislas Nordey, dans la petite salle du sous-sol dite le Terrier, au plus près du public.

 À côté de la dimension visuelle de l’imaginaire d’un théâtre ressenti, s’imposent d’abord les tessitures et les couleurs de la voix pour les spectateurs qui reçoivent «des courants électriques dans le corps au niveau de la langue » : «Il y avait une chose de l’énergie de l’acteur dans cette langue-là qui faisait que la poésie, comme l’aurait fait la musique, entrait dans le corps du public… Je sentais le rapport charnel avec le public, parce que je lui transmettais quelque chose réellement.

Les acteurs peuvent et doivent faire de l’or sur le plateau, avec leur voix, leur corps et leurs mots : ils sont précisément à l’endroit du sublime-ce qui ne veut pas dire que l’interprétation soit parfaite mais qu’il doit y avoir, en échange, une relation physique et profonde au texte, «un vrai rapport au théâtre, c’est-à-dire qui coûte sa vie. C’est sa vie qu’on met en danger sur un plateau, c’est une question de vie ou de mort. »

La formule consiste en quelque sorte, à  se mettre au service, au sens propre et au sens figuré, à se donner au théâtre, au public-à tous les public-et au texte...L’engagement de cette femme de théâtre dans la cité témoigne d’une énergie et d’une volonté sans faille, figure féminine et artistique présente dans les écoles, collèges, lycées et théâtres en Seine-Saint-Denis. La comédienne a écrit à nombre d’interlocuteurs, cherchant le dialogue, traquant l’échange et la possibilité politique de construire ensemble une société autre, et des relations dans l’urgence d’une réflexion raisonnée et distanciée.

 Elle écrit à Patrick Brouaezec, maire communiste de Saint-Denis de 1994 à 2004 et encline aux écrits, dits citoyens, et rédige, entre autres textes, le compte-rendu d’une réunion avec des enseignants dans une école de Saint-Denis, des notes pour des interventions publiques, une réflexion sur la place des jeunes et sur la Direction de la Jeunesse de la Ville de Saint-Denis, les lignes d’une rencontre publique avec Marjorie Nakache et Xavier Marcheschi du Studio Théâtre de Stains, un article paru dans l’Humanité en 1999, un discours encore au collège Elsa Triolet de Saint-Denis.

 Sensible à la misère du monde, Valérie Lang multiplie les déclarations et les appels, déclarant en 1997, sous l’ère de Jacques Chirac : «Il n’y a pas un jour où le gouvernement ne tente d’organiser un discours tendant à cristalliser toutes les angoisses des Français autour de « l‘étranger ». C’est ça que je trouve grave, car en réalité, le problème, ce n’est pas l’étranger, mais la pauvreté et le chômage. Il faut désenclaver les ghettos des banlieues. On parle de fracture sociale. Ce n’est pas à coups d’événements spectaculaires et médiatiques que l’on changera le quotidien des citoyens. »

 Après vingt ans, les violences sociales n’ont fait que croître : a-t-il été pris acte de ces constats d’urgence qu’on considère trop facilement comme rebattus ? Valérie Lang manque sur les plateaux de théâtre, visage radieux et regard lumineux, présence scénique entière, engagée, généreuse, attentive et à l’écoute de l’autre.

Corps de bataille restitue la voix chaude et le visage d’une femme de convictions.

 Véronique Hotte

Le livre est publié aux  Éditions Les Solitaires Intempestifs

 

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