Garden Party (Anthropologie de l’Insouciance)

Festival d’Aurillac

Garden Party (Anthropologie de l’Insouciance) par la compagnie N° 8, création collective, sous la direction d’Alexandre Pavlata

Quatre couples- smoking et robe du soir-pénètrent dans ce beau parc ensoleillé. Ils rient, bégayent, s’expriment par borborygmes, dégustent du champagne servi par des valets attentionnés. On voit des étreintes lesbiennes sur la nappe immaculée, et un homme violé par une femme sur un canapé blanc.

Au terme d’un court ballet, nous changeons de lieu sur la musique des Quatre Saisons de Vivaldi. Les femmes s’installent dans des petites voitures, les hommes jouent les chevaux cul nu. On s’enfourche gaiement, et on brame  des opéras italiens. Coups de feu, tout le monde s’écroule à tour de rôle, mais champagne pour les moribonds qui se relèvent.

Sociologie du superflu : troisième changement de lieu. Installé sur une étrange machine, un couple chante, et deux autres personnages font contrepoids. Dernier tableau, des valets servent aux invités des coupes de caca (le public n’est pas dupe de cette crème au chocolat) qui s’en barbouillent en éructant, et dégueulent en dansant. Près de cinq cents spectateurs, le bain de soleil est agréable, les chorégraphies impeccables, mais ce superflu semble vain, presque choquant dans le contexte désolant de ce trentième bis festival d’Aurillac, dont les entrées de rue sont toutes surveillées par des soldats en armes et des vigiles-palpeurs de sacs, et bloquées par de gros blocs de béton.

Edith Rappoport

Parc de la Fraternité jusqu’au 19 août à 16 h.

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Archive pour août, 2016

La DévORée, écriture et mise en scène de Marie Molliens

Festival d’Aurillac:

 

La DévORée, écriture et mise en scène de Marie Molliens

01-Compagnie-Rasposo_La-Devoree-Laure Villain« Je vais te donner un spectacle. » Dans La Machine infernale de Jean Cocteau, la sphinge met Œdipe en garde. Son pouvoir, c’est le verbe : elle va en déployer tous les charmes et tous les attachements. Menace de liens serrés. Ainsi parle le corps de circassienne, aussi fascinant que vulnérable sous les jeux d’ombre et de lumière du chapiteau.
Même dans un langage ici non verbal, il s’agit bien de la même aliénation. Et l’homme tombe dans le piège. Un spectateur fasciné, sort du rang et s’approche de la piste : ses yeux absorbent le corps aérien, gracile et coruscant de la trapéziste, avec la même avidité qu’il  mange du pop-corn . Consommation aveugle. Histoire de la séduction, de la dévorante négociation du désir réciproque: ce sont les règles du jeu du spectacle.

 « Est-ce que tu m’aimes ? Montre-moi. » Bercée par le cirque depuis sa plus tendre enfance-et sur les planches, dès quatre ans-issue de trois générations de femmes-artistes, Marie Molliens maîtrise parfaitement les enjeux du spectacle, « ce qui s’offre aux regards pour susciter émotions et sentiments ». Sur sa piste, se joue la capacité à soutenir un regard, à supporter durablement l’attraction, à saisir la gravité d’un instant, à se laisser aller à la rencontre tout en conservant son mystère.

Aussi a-t-elle choisi d’allégoriser la parade amoureuse et le sublime combat qui s’ensuit à travers le couple mythologique Achille et Penthésilée. On y retrouve toutes les étapes d’une version cruelle de la carte du Tendre : jouer des regards, s’affronter au corps à corps, se porter, se blesser, se donner, se reprendre…
Comme la reine des Amazones, « la femme de cirque » (elles sont ici trois à se relayer autour de l’homme), reste «toujours en équilibre entre la volonté de combattre à tout prix, et celle de se laisser atteindre.» Les performances au trapèze, fil de fer, cerceau, comme les portés acrobatiques trouvent ici une nouvelle résonance.

Dans ce monde d’une sublime cohérente visuelle, tout en blanc, rouge sang et or (au cœur du mot dévORée), la violence symbolique atteint ici un rare degré de maîtrise. On navigue entre tango, chasse à courre et tauromachie. Le tout, sous une pluie de paillettes comme  chez Gustave Klimt.
Que d’images terrifiantes ! Que de moments de grâce ! Notre cœur et notre âme ne cessent de sursauter. Quelle fête de l’intelligence ! Cela tient beaucoup à l’omniprésence des musiciens (un contrebassiste et un percussionniste accompagnés d’une fabuleuse cantatrice à robe de cuir et guitare électrique rouges, Françoise Pierret), mais aussi à  la mise en scène très pertinente.
Marie Molliens tient fermement les rênes de la relation regardant-regardé, et de l’ altérité. Couleurs, lumières, matières (admirable choix de costumes), gestes précis, coups de théâtre cinglants: tout concourt à ce que le spectateur vive dans sa chair l’attraction-confrontation. Sans oublier un saupoudrage d’humour…

 On retiendra en particulier un duo au trapèze d’une fluidité bouleversante, suspendu au-dessus des promesses du lit. Tout en souplesse et reddition. Il y a aussi cet homme-sylphide qui se répand sans cesse en volutes de fumée, zébré de rouge après un sanglant numéro de cerceau, boucherie qui lorgne du côté de Francis Bacon et des représentations de martyrs chrétiens.
Et puis cette scène poignante, acmé de la fable : une femme troublée essaye de reprendre pied, au-dessus du vide, par sauts et glissades sur le fil, en dépeçant un blouson de cuir sur le poignant What power art thou du King Arthur d’Henry Purcell. Danse macabre accompagnée d’un lâcher de trois majestueux lévriers afghans: ils participent, comme dans la légende, au festin du cœur de l’homme aimé.  

Qui dévore ? Qui est dévoré ? Subtiles images de l’amour fou.

Stéphanie Ruffier

Institution Saint-Eugène, Aurillac jusqu’au 19 août, à 19 h.

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Gala des Étoiles de l’Opéra de Paris à Tokyo

 

Gala des Étoiles de l’Opéra de Paris à Tokyo

Cette production privée, avec, cette année, Benjamin Pech, ex-étoile de l’Opéra de Paris, est devenu, en dix ans, le rendez-vous incontournable des Tokyoïtes, dans l’imposant théâtre Bunkamura. Des tableaux classiques ou néo-classiques se succèdent durant deux heures quarante-cinq, qui témoignent de l’excellente technique des danseurs.

Nous retiendrons dans le programme B, Le Rendez-Vous, travail toute en finesse d’Amandine Albisson et Benjamin Pech, dans le décor projeté d’un réverbère parisien, une chorégraphie de Roland Petit, toujours respecté et joué à l’étranger, et les trois duos dépouillés du Roméo et Juliette de Rudolf Noureev, où un lit drapé de blanc, à jardin, permet à Léonore Baulac et Germain Louvet, Dorothée Gilbert, Hugo Marchand, Amandine Albisson et Mathieu Ganio de donner libre cours à leur talent.
Enfin Abandon dans Le Parc d’Angelin Preljocaj, dansée par Eleonora Abbagnato et Benjamin Pech, soulève l’émotion du public japonais, en empathie avec tous ces interprètes, lors des très longs saluts chorégraphiés, un spectacle en soi, à l’intérieur de cette pièce.

Autre rendez-vous rituel, la longue file organisée à la sortie du spectacle pour la signature d’autographes. Nul autre pays ne révère autant ces artistes français, élevés ici au rang de stars.
L’Opéra de Paris et sa nouvelle Directrice de la danse, Aurélie Dupont  y  sont attendus avec ferveur en mars prochain.

Jean Couturier

Joué au Bunkamura Orchard Hall du 3 au 7 août.

www.bunkamura.co.jp

      

Don Quichotte

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Don Quichotte de Cervantès, mise en scène de Jérémie Le Louët

Trentième édition des fêtes nocturnes de Grignan  avec  pour cadre le magnifique château installé sur un promontoire, dont on trouve les premières traces dès 1035, et surtout connu pour les séjours qu’y fit Madame de Sévigné au XVIIème siècle. Le petit village provençal a conservé l’empreinte de la marquise avec un autre festival celui  de la Correspondance, chaque année en juillet.

Ces fêtes nocturnes consistaient au départ,  en une déambulation par petits groupes dans le château, avec parfois, un final sur une scène. Devant le succès grandissant, c’est désormais un gradin en arc-de-cercle de 600 places devant la cour d’honneur qui accueille le public. Après les créations d’Yves Faure, co-fondateur des fêtes nocturnes, on y a vu des metteurs en scène de plus en plus connus, avec des spectacles coproduits et repris. 
Hamlet par Jean-Luc Revol avec Philippe Torreton et Catherine Salviat, Mesure pour Mesure par Adel Hakim, Lucrèce Borgia avec Béatrice Dalle dans la mise en scène humide de David Bobée ou Le Roi s’amuse, par François Rancillac avec Denis Lavant. Avec chaque année, 40 représentations qui ne désemplissent pas.

Pour la trentième édition, c’est Jérémie Le Louët qui été choisi avec ce Don Quichotte, merveilleux texte intemporel, rempli de malice et d’intelligence. Le metteur en scène situe l’action sur le plateau d’un tournage de film (on connaît la malédiction qui pèse sur les adaptations cinématographiques du Quichotte (Orson Welles, Terry Gilliam!).
On assiste ici  à une conférence de presse, où Jérémie Le Louët, déjà en armure, peine à répondre aux questions de journalistes assis dans les gradins. Départ bien conventionnel! Mais on comprend vite qu’on a en face de nous le vrai Don Quichotte et cela en devient émouvant.
On glisse de notre réalité vers l’histoire de Don Quichotte. Entre le faux et le vrai, en particulier quand une voix synthétique nous fait un résumé historique : « Les meilleures feuilles de Cervantès ont été écrites à Grignan ! »

Jérémie Le Louet assume une mise en scène épique et baroque,: «J’aime que cohabitent dans un spectacle, tradition et expérimentation,  grandiloquence et réalisme trivial, moquerie satirique et hommage vibrant,  tragédie classique et  canular. Mes choix de répertoire sont toujours guidés par l’envie de décloisonner les genres, bousculer les codes, et contester la notion de format. Parce que son héros est un insoumis, Don Quichotte cristallise ce rapport au théâtre, ce rapport au monde »

Dans cette mise en scène protéiforme, on sent que tout peut arriver, de la participation du public, à l’aparté sur l’équipe du spectacle et les conditions de mise en scène. Cela a pour avantage de créer beaucoup d’inattendu. Le décor, faussement bricolé, est aussi tout à fait dans le thème, manipulé à vue par les techniciens…

De là, soit le spectateur, un peu comme Quichotte, imagine que ce cheval en bois et à pédales est un fidèle destrier, soit il ne voit, comme un Sancho, qu’une rosse bricolée. Ceux qui aiment Don Quichotte par dessus tout, seront touchés par la détermination du comédien Le Louët, complètement imprégné par son rôle. Dominique Massat, seule femme de la distribution, captive, avec une voix prenante et grave, et Julien Buchy campe un Sancho emprunté, gauche mais fidèle, idéal de bon sens  imaginé par Cervantès.
L’émotion fait place au rire, le rire à la tristesse, et tout s’enchaîne dans un beau bazar très organisé qui laisse peu de répit au spectateur durant ces deux heures. Seul petit bémol, d’initules apartés cassent le rythme du récit épique, par exemple, quand  Jérémie Le Louët reçoit un Molière… On sent une volonté de mise en abyme mais cela fait beaucoup et nous détourne du récit.

Mais quel bonheur de retrouver ce héros fondateur ! Jérémie Le Louët propose une mise en scène inventive, avec la recette qui a fait le succès des fêtes nocturnes de Grignan : un texte classique, une mise en scène « populaire » mettant en valeur le château. Contrat rempli ! Il faut seulement espérer que cela fonctionne aussi bien sur un plateau de théâtre…

Julien Barsan

Château de Grignan jusqu’au 20 août, à 21h.
Et  Théâtre 13/Seine, Paris, du 8 septembre au 9 octobre T. 01 45 88 62 21. Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine le 14 octobre T : 01 55 53 10 60.  Théâtre André Malraux,  Chevilly-Larue le 18 novembre T : 01 41 80 69 60. Salle Lino Ventura, Athis-Mons le 10 décembre T : 01 69 57 81 10. Théâtre de la Madeleine,  Troyes le 13 décembre.  T : 03 25 43 32 10.

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La trente et unième édition du Festival d’Aurillac

 

Festival international d’Aurillac: 31ème édition

 

DR

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Quatre jours de spectacle, dans les rues, places et salles de spectacle, au centre d’une agglomération de plus de 35.000 habitants qui, pour quatre jours du 17 au  20 août, va accueillir des dizaines de milliers de spectateurs, dans une centaine de lieux  du in et du off (quelques centaines de compagnies «invitées») avec, on s’en doute des  impératifs  de sécurité draconiens, surtout après l’attentat de Nice. Comme ceux maintenant habituels dans la capitale et qu’ont prévus Jean-Marie Songy, directeur du festival, et Pierre Mathonier, maire d’Aurillac, la préfecture, et les services de police et de gendarmerie, et les ministères concernés, dont évidemment ceux de l’Intérieur et de la Culture… En proportion, festival d’Aurillac est aussi fréquenté que celui d’Avignon, puisqu’il ne dure  que quelques jours…
Vingt compagnies cette année mais très différentes, dont la moitié n’est jamais venue à Aurillac. Une programmation plus diversifiée qu’au début du festival. Il y aura comme d’habitude à la fois du théâtre, du cirque et d’autres formes de spectacle  parfois proches de la performance, et des arts visuels, ce qui est un peu la marque  d’Aurillac

 La compagnie KompleX KapharnaüM présentera son nouveau spectacle-performance  L’Immobile, une sorte de conte urbain, où le public est invité à goûter aux plaisirs de la ville du pape Géraud. Mais il y aura aussi le collectif de danse Malaxe, avec Icônes, d’Anne-James Chaton, un hommage aux héroïnes du XX ème siècle
Et Leurre H  par la compagnie l’Escale, une création collective d’une  anticipation politique en 80 minutes, écrite par  Grit Krausse et Hugues Hollenstein et Solen Henry qui a été créée en juin dernier au festival Parades à Nanterre (92). Le thème ?  En 2017, élections présidentielles : un parti d’extrême droite a gagné ! Un groupe décide alors à d’entrer en résistance. Pour  échapper à une vie clandestine, ils se camouflent en troupe de cirque itinérante. Mais le spectacle qu’il montre, devient la coulisse de  ses préparations secrètes. La radio transmet les informations : la société  française se transforme…
Trois  ans plus tard, le moment d’intervenir arrive enfin mais le  groupe est divisé : l’art pourrait-il pas suffire ou  le groupe devra-t-il s’engager dans l’action ?
Leurre H, construit comme un spectacle de cirque, se joue comme une vraie représentation mais entre fiction et réalité. Avec numéros, scènes d’actions, vie de groupe,  réflexions, et  retour historique sur cent ans avant, avec la fin de la 1ère guerre mondiale, la  Révolution russe, la montée du nazisme en Allemagne, l’assassinat de  Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht à Berlin….

Il y aura aussi Hôtel particulier de la compagnie Carabosse créé l’an dernier, qui reprend un peu la belle idée d’André Engel, avec son fameux  Hôtel moderne d’après Kafka (1979). Avec douze comédiens, le public est invité à vivre une partie de la nuit ( soit un peu plus d’une heure dans un hôtel des années trente, accueilli par un majordome..
Cet Hôtel Particulier s’installe selon les possibilités dans un parc, une zone désaffectée, une place etc. et Carabosse invite le public à passer un moment sur nos rêves, entre complexe réalité et banale fiction.

Côté nouveau cirque, la compagnie Rasposo présentera La DévORée »qu’elle vient de créer au festival d’Hasselt en Belgique. On pourra voir aussi Garden Party  par la Compagnie N° 8, une création collective mise en scène par Alexandre Pavlata. La France va mal, s’écroule et a perdu de sa dignité ; valeurs et vertus en ruine, avec repli sur soi et désespoir à la clé.  Mais une caste/élite,  la bourgeoisie  résiste encore mais déprime… Elle donnera un cours de savoir-vivre, en une suite de tableaux champêtres et naïfs,  sur  le bonheur et les valeurs, dans une invitation à une promenade du déni.

Signalons aussi  la présence de l’incontournable du théâtre de rue, Generik vapeur avec La Deuche joyeuse, opéra de parvis, une création de cette compagnie qui a été cette année en résidence au Parapluie d’Aurillac. Un orchestre se rend dans une ville pour s’y produire, mais personne pour les accueillir… Pour contrer l’ennui et jouer coûte que coûte, un big band, fait de volutes métalliques, tulipes d’acier, engrenages et pièces de carrosserie, va tout donner pour monter La Deuche Joyeuse, mise en scène de Pierre Berthelot. «Opéra de parvis, c’est comme un sursaut musical qui précède le silence, la musique du vivant. Une aventure humaine qui emprunte au lego, le ludique, la simplicité, construire, bâtir pour faire exister au moins le contour du rêve, avant qu’il ne s’effondre comme les mandalas ou les châteaux de sable des enfants. »

Voici un avant-goût de ce que vous pourrez voir dans ce festival qui aura quand même lieu, alors qu’en France,  tant d’autres manifestations artistiques ont été annulées. Pour le moment, l’heure est aux Préambules, avec toute une série de spectacles dans les villages aux alentours d’Aurillac…

 Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac du 17 au 20 août http://www.aurillac.net/

 

 

 

 

 

Eschyle pièces de guerre

 

Festival d’Avignon (suite et fin) :

Eschyle, pièces de guerre, mise en scène d’Olivier Py

 160721_rdl_3228L’époque d’Eschyle, le plus ancien des trois grands poètes tragiques connus de la Grèce antique (525/457 avant J.C.)  vit la naissance de la démocratie à Athènes, et celle de la tragédie reposant sur un mythe, qui assumait alors un rôle de prolongation du sacrifice religieux. Cela perdure encore chez Sophocle; mais chez Euripide, adviendra de façon marquante, la décroissance de l’élément sacré dans la tragédie, notamment dans sa dernière pièce Les Bacchantes.

A la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, dans l’église gothique Sainte-Marie (XIV ème siècle maintenant à ciel ouvert, Olivier Py met en scène Prométhée enchaîné, Les Suppliantes, Les Sept contre Thèbes et Les Perses, seules pièces avec L’Orestie, à nous être parvenues, sur la centaine qu’il aurait écrites : et encore, elles sont souvent la première partie d’une trilogie  où  elles trouvaient tout leur sens aux concours organisés. Ici, de part et d’autre de la nef, sont alignées trois rangées de chaises. Avec au milieu, une plate forme étroite et surélevée. Cette bi-frontalité  permet  selon Olivier Py, au public de «se contempler lui-même, contemplant les acteurs.» Les quelque quatre heures trente de spectacle commencent sous le soleil pour finir à la nuit tombée, et s‘ouvre sur Prométhée enchaîné. Prométhée (Frédéric Le Sacripan), a été condamné par les dieux de l’Olympe, pour avoir délivré à l’homme, le feu de la connaissance et de la vie,  la science et les arts, la médecine et l’astrologie. Le spectacle s’achèvera avec Les Perses, et ce même comédien, y  jouera Xerxès, le roi vaincu

  La mise en scène, sans aucun artifice, avec des costumes sombres et intemporels, est d’une simplicité extrême, loin de tout spectaculaire: un «théâtre pauvre », peu habituel dans l’esthétique et le travail d’Olivier Py. Une belle découverte… Très vite, au cœur de cet édifice religieux, le public se laisse emporter par cette sobriété  et  part à la rencontre de ces lointains récits merveilleux et tragiques, avec les batailles de Marathon et Salamine auxquelles Eschyle participa. Pour  le metteur en scène, «Eschyle parle depuis un monde ancien qui est pourtant déjà le nôtre ».

Philippe Girard, Frédéric Le Sacripan et Mireille Herbstmeyer, se partagent tous les rôles et s’emparent avec force et maîtrise de ces tragédies et de leur chant poétique. Jamais caricaturaux, même s’ils jouent parfois avec emphase «les dieux et les suppliantes, les rois et les vieillards, l’océan et les foules ».  Dans cet unique décor que constituent les murs de l’église Sainte-Marie, l’émotion et la parole tragique sont là. Avec cette création, Olivier Py donne véritablement vie  à la tragédie antique qui, ici, ne se réduit pas à un objet de mémoire  culturel et esthétique.  Le temps n’a pas de prise, et dans l’écriture de ces quatre tragédies, la présence du dialogue entre l’homme et le divin interpelle le transcendant. En effet, l’homme ne peut se résoudre à l’injustice de sa destinée malheureuse. Et cet état existentiel s’inscrit dans ces pièces du théâtre antique, traversant les siècles et les civilisations depuis toujours, et qui résonne dans cette mise en scène.

Les Grecs au temps d’Eschyle pouvaient croire aux dieux. Mais nous, spectateurs du XXI ème siècle, sommes surpris par la pérennité des propos  spirituels, politiques ou sociaux du grand dramaturge,. Un souffle tragique contemporain traverse cette mise en scène. La situation des migrants, dans Les Suppliantes, est pour nous, saisissante d’actualité : condamnés à fuir leur pays en traversant la Méditerranée dans des conditions effroyables pour trouver refuge, ou encore, l’inutilité des guerres qu’Eschyle dénonce dans Les Perses.

 Olivier Py réussit là, avec ce théâtre, le plus ancien de l’humanité et qui possède une superbe langue poétique, à installer le public dans une écoute profonde et sous tension. Et, si ce « théâtre pauvre »et les choix esthétiques de sa mise en scène de ces « pièces de guerre », peuvent paraître insuffisamment novateurs et politiques, pour ne pas dire vieillots à certains spectateurs, c’est peut-être dû à notre société consumériste et matérialiste…   qui éprouve un certain malaise face à la transcendance.

 Elisabeth Naud

Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon. Tournée en  2017

1916, Visionnaires et leurs paroles

Festival Interceltique de Lorient:

 1916, Visionnaires et leurs paroles , centenaire de la Rébellion irlandaise,  avec Lorcan Mac Mathuna

 imageIl y a juste cent ans, entre le 24 avril et le 1er mai, la violence appelant la violence, cinq cents personnes trouvent la mort à Dublin au cours d’une révolte dans des combats de rue contre l’oppresseur britannique. Des milices ont été levées au Sud, la Citizen Army ouvrière et les Irish Volunteers nationalistes, réunies par le révolutionnaire, poète et éducateur Patrick Pearse, que mène aussi le Jaurès irlandais, James Connolly.
Ils ont écrit ensemble le texte de la Proclamation de la République, qu’a lu Patrick Pearse sur les marches de la grande poste de Dublin. 

Mais le premier conflit mondial éclate, c’est l’union sacrée, et la guerre civile n’aura donc pas lieu en Irlande. Sur cent soixante-dix mille volontaires, onze mille à peine refusent d’endosser l’uniforme britannique. Manipulés en sous-main par une fraction du conseil militaire secret de l’I.R.B., à peine plus de mille se lancent dans l’insurrection, à Dublin le lundi de Pâques 1916.
Leur résistance désespérée  finira dans un bain de sang. Contre toute attente, ils tiennent pourtant une semaine, dans les ruines fumantes de Dublin. L’horreur des bombardements rase les immeubles de la capitale, sans épargner les civils, soit trois mille morts entre les deux camps!
Les chefs de la rébellion, entre autres James Connolly, Thomas Clarke et Patrick Pearse, se rendent mais sont exécutés quelques jours plus tard. Ce qui suscite l’indignation et un sursaut d’adhésion populaire pour obtenir l’émancipation. Mais cet échec  aboutira quand même à l’indépendance de la République d’Irlande, six ans plus tard, en 1922.

Au Festival Interceltique de Lorient, 1916, Visionnaires et leurs paroles s’impose comme un spectacle de choix, retenu par l’Arts Council of Ireland,  qu’il l’a trouvé apte à célébrer la Rébellion de Pâques, et qui a donc commandé cette œuvre à Lorcan Mac Mathuna, compositeur et interprète de « sean-nos »,  chants traditionnels de son pays.
Visionnaires et leurs paroles explore les écrits des leaders de ce soulèvement, Joseph Plunkett, Patrick Pearse et James Connoly, avec des poèmes dits par Elaine O’Dea, figure scénique radieuse, que soutient l’interprétation musicale, inspirée par la vie et le travail de ces hommes à la conscience éclairée.

 La poésie et la force des textes révolutionnaires perdurent aujourd’hui encore. Grâce à des images d’archives de plus cent ans, le public peut aussi voir, en toile de fond, l’existence misérable, à la campagne comme en ville, de nombreuses familles réduites à se loger à plusieurs dans une petite pièce, inconfortable  et insalubre… non loin de grandes bâtisses bourgeoises, avec fresques au plafond, et cheminée en marbre.

 Les pommes de terre et le blé  ont pourri dans les champs, atteints par le mildiou qui fait des ravages : la famine sévit donc et se voit sur tous les visages. L’éducation catholique irlandaise rigide, prédispose les enfants à la soumission et à l’obéissance aux règles, et condamne radicalement toute liberté. Les femmes, dévolues à la seule maternité, restent prisonnières de leur condition. Entre un catholicisme autoritaire, et le complexe de supériorité des Britanniques, difficile de trouver une voie d’émancipation pour survivre…

 La pensée des visionnaires qui prophétisèrent des lendemains meilleurs,  est aussi révélée et éclairée ici, grâce aux chansons traditionnelles mais aussi à  la musique de Lorcan Mac Mathuna. Le travail théâtral est porté par la belle voix de Ide Nic Mathuna, et par Martin Touurish à l’accordéon envoûtant et entraînant, par Daire Bracken au vilon (fiddl, et Eamonn Galdaubh aux uillean pipes. Un groupe déjà fascinant par sa simple présence…

 Musique et poésie: le spectacle a la couleur d’une belle mélancolie, à la fois grave et subtile, profondément humaine, et possède une étoffe scénique qui donne du baume à l’âme du spectateur, troublé par les sacrifices consentis mais emporté par l’espoir et la vie.

 Véronique Hotte

 Spectacle vu au Grand Théâtre, le 11 août.

Las Vegas Mickael Jackson/Cirque du Soleil

Michael Jackson / Cirque du Soleil,  réalisation et écriture de Jamie King. Direction créative de Welby Altidor, conception musicale de  Kevin Antunes, scénographie et accessoires de François Séguin, costumes de Zaldy Goco

Avant de pénétrer dans la salle, nous traversons l’Hôtel-Casino du Mandalay Bay construit en 1999), une tour dorée baignée par le soleil avec, à ses pieds, un superbe écrin de verdure luxuriante sur le thème de la Birmanie.

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Devant la salle, de grands caissons lumineux nous montrent Michael Jackson réaliser son moonwalk comme une décomposition photographique à la Etienne-Jules Marey/ La boutique de souvenirs propose  objets et autres vêtements à l’effigie du roi de la pop.

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Les portes de la salle sont décorées comme le veston rouge et doré de la star avec des cordes tressées. Le hall? Un bel espace avec velours rouge et  grands lustres en cristal. Les ouvreurs sont tous habillés comme Michael Jackson, veston noir et doré, chapeau et pantalon à bandes latérales. Des paparazzis, habillés en imperméable rouge, proposent aux spectateurs de se faire prendre en photo…

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Nous pénétrons dans une immense salle entièrement équipée d’un Dolby surround comme au cinéma, avec, cerise sur le gâteau, un système audio incorporé, pour immersion totale, dans chacun des 1.804 sièges munis de trois enceintes acoustiques. Et  l’équipement scénique n’est pas en reste … Sur les côtés,  six grands panneaux rectangulaires pour projection vidéo. La salle,  avec  300 projecteurs D.E.L. intégrés aux différents éléments scénographiques, 26 vidéoprojecteurs, un dispositif de géocalisation GPS des vidéos, et onze écrans numériques et un mur D.E.L. de 9,1 mètres de haut sur  12,2 de large! Des couvertures de magazines à sensation commencent à apparaître sur les écrans avec en une, les portraits des spectateurs qui se sont fait prendre en photo par les paparazzis à l’entrée.

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Au milieu de la scène, sur un écran transparent, les quatre symboles de Michael Jackson : lunettes,  chapeau,  chaussures, et gant:  objets iconiques tournant autour d’un tabouret de bar renversé. Les paparazzis se déplacent parmi les spectateurs pour les prendre en photo par surprise, et nous découvrons  quatre jeunes filles et garçons : Shy, Smarty Pants, Clumsy et Sneaky jouant les spectateurs, changeant de place, chahutant, se retrouvant sur scène pour prendre des photos, se faisant virer de la salle mais revenant par une petite porte…

 Sneaky  c’est  le jongleur-magicien et comédien Xavier Mortimer qui  assurera tous les numéros de prestidigitation. Les quatre compères reviennent puis disparaissent par une porte et se retrouvent. La voix off de Michael Jackson retentit : « it’s me, Michael… » et ses quatre objets fétiches en vrai  tournent toujours sur eux-mêmes (cette fois-ci en vrai) et Sneaky vole le gant de la star. Tout se déchaîne alors autour de lui. Lumière et décor changent, et des hommes  volent dans la salle, au-dessus des spectateurs, et sur la scène. Les quatre compères vont alors traverser différentes épreuves illustrées par une série de tableaux musicaux.

L’intrigue du spectacle est centrée autour de ces « marginaux » qui vont entrer dans le monde de Michael Jackson grâce à leur curiosité, en recevant chacun, un objet personnel du chanteur : ses chaussettes blanches et chaussures noires, ses lunettes de soleil, son chapeau, et son gant blanc. Ces objets représentent les valeurs principales de Jackson : agilité,  courage, jeu et amour. La musique de Beat it retentit et deux grandes structures métalliques apparaissent en fond de scène avec des danseurs en costume blanc à l’intérieur. Au-dessus des cintres est disposé un bungee rotatif où les acrobates tournent à tour de rôle comme des toupies.

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Et Gina Gleason, une guitariste virtuose, fait son apparition pour un solo endiablé (elle reviendra régulièrement dans le spectacle…)Les compères réapparaissent par des trappes au-dessous de la scène. Sneaky voit le gant de Michael léviter et les hommes en rouge (la menace) reviennent autour de lui danser sur 2 Bad. Des vitrines sur roulettes arrivent sur scène, avec, à l’intérieur, un squelette et un homme unijambiste à béquilles. Sneaky reste prisonnier des hommes en rouge.

Noir dans la salle. Une chanteuse, assise sur une demi-lune, arrive dans les airs du fond de la salle, à l’avant-scène. Des projections de neige et de visages qui s’évaporent constituent un beau tableau nostalgique que vient magnifier un acrobate réalisant des figures sur une corde descendue des cintres.

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Sneaky traverse la scène avec le gant de Michael, poursuivi par les hommes en rouge,  et une tempête de neige virtuelle secoue l’acrobate, qui tombe de sa corde au sol. Le visage de Jackson apparaît en projection dans la neige, et fait éloigner la lune qui repart dans la salle. Superbe.
Un tableau urbain avec pour toile de fond, un métro, une structure métallique et de grands élastiques jaunes tendus de cour à jardin, où des acrobates, arrivés en tyrolienne, tentent des équilibres, rebondissent et réalisent des sauts périlleux virtuoses. La guitariste réapparait pour un solo à mettre le feu.
Les chaussures de Michael Jackson arrivent toutes seules sur scène et réalisent le moonwalk. Un des compères, Clumsy avec ces chaussures, entame une danse et des acrobaties sur les élastiques jaunes. Puis, deux hommes en imperméable arrivent en tyrolienne de la salle rejoindre les trois autres danseurs, inspirés des yakuza, coiffés de chapeaux Fedora et en costumes rayés.
Derrière eux, dans les structures métalliques, évoluent seize autres danseurs-acrobates. Arrivent les hommes en rouge, et les garçons en imperméable changent de costume, qui deviennent fluorescents et jonglent dans le noir.

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Des hommes en blanc réalisent des équilibres impossibles (dont la fameuse illlusion anti-gravité  à 45°, breveté en 1992),  ainsi que des sauts tout en suspension et rebonds comme sur des ressorts.

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Sneaky  revient sur scène en essayant de rattraper le gant qui court tout seul sur la scène à la manière de « la chose » de la famille Adams. Arrive un coffre où se trouvent des affaires personnelles de Michael que l’on ouvre Ce dernier est ouvert et sur l’écran apparait les photos de l’album-souvenirs de Jackson enfant. Sneaky découvre un pied de micro qui lévite entre ses mains à la manière d’une canne volante. Un voile est alors tendu à l’horizontale et apparaît son comparse Clumsy en habit de lumières (à paillettes) qui tourne sur lui-même comme un jouet sortant d’une boîte à musique.

Sur l’écran, apparaissent des baffles menaçantes qui prennent l’apparence de plantes carnivores et entourent Shy, qui casse une vitrine où se trouvent les lunettes de Michael. Elle met celles-ci sur son nez, saisit un bâton et commence à réaliser des figures d’art martiaux avec, se battant contre les HP vidéos et six autres « méchants » danseurs qui disparaissent dans une trappe. Seize danseurs arrivent sur des structures en forme de miroirs sur roulettes, s’inclinent et font office d’écran où sont projetées des lettres en vidéo formant un mot. La guitariste réapparaît d’une trappe et joue un solo. Le tableau se termine par un message : « Hope, comfort, dreams, believe ».

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L’écran d’avant-scène est éclairé par l’arrière et commence une séance d’ombres chinoises avec les danseurs et comédiens, comme dans les spectacles d’Alwin Nikolais et de la compagnie Pilobolus. Leurs corps dessinent un arrosoir humain, un éléphant et des éléments architecturaux.

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Sneaky et Smarty Pants s’emparent du chapeau de Michael,  qui s’échappe par deux fois ( numéro du chapeau volant par Mortimer). Finalement, Smarty Pants s’en empare en mode mime (effet de la valise avec un chapeau),  rejoint par des jongleurs qui font voler leur couvre-chef dans tous les sens, tout en réalisant des équilibres… Un tableau qui dépoussière sacrément cette discipline considérée comme ringarde, et ici justifiée. Une vidéo montrant des chapeaux qui flottent dans l’air au ralenti, accompagne les artistes sur scène.

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Deux structures avec bras métalliques, une voiture tremplin, un banc et une cabine téléphonique suspendus composent le prochain tableau sous le signe de pin-up qui apparaissent d’une grande cabine, avec des partenaires coiffés punk aux cheveux fluo.

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Une femme, habillée de rouge et de noir, descend du fond de la salle en tyrolienne jusqu’au plateau où sont disposées deux barres de pole danse, à cour et à jardin, et une barre serpentine au centre. L’acrobate-danseuse Jenyne Butterfly  évolue, virtuose, en couplant ses figures classiques d’exploits athlétiques (réalisant, entre autre, le drapeau humain).  Puis disparait avec sa barre serpentine dans les cintres.

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Sur fond de vraies flammes projetées en arrière scène, une des séquences les plus sensuelles et sidérantes du spectacle.

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Sneaky Mortimer, revient sur scène avec une valise à la main d’où sort le gant de Michael qui le gifle. Sneaky ouvre la valise et en retire le haut du costume de Michael qui s’anime tout seul. Le gant sort une nouvelle fois et gifle Sneaky qui arrache le gant de la valise. Il s’anime tout seul, sirotant même un jus d’orange pour le recracher ! Le gant essaie ensuite d’étrangler Sneaky et finit par l’assommer avec un micro. Un beau numéro soliste de Xavier Mortimer, qui montre son talent de mime avec des effets magiques adaptés à la sauce Jackson, justifiés par le matériel utilisé.

Le clip Billie Jean du chanteur dansant le moonwalk. La salle est ensuite plongée dans le noir et deux danseurs, habillés de combinaisons à diodes, descendent de part et d’autre du cadre de scène, à la verticale !

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Onze danseurs apparaissent sur scène progressivement et leurs costumes changent de couleur suivant  la chorégraphie. Incroyable effet cinétique avec tout un panel d’effets magiques : apparitions, disparitions, transpositions, multiplications, etc. Les danseurs disparaissent ensuite dans un scintillement.

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Marey et Muybridge sont convoqués dans cette séquence hautement cinématographique. Puis Les compères  et un voleur vient subtiliser le gant de Michael dans les mains de Sneaky. Quatre autres hommes-loups surgissent et entourent la bande. La suite du tableau est projetée en forme de dessin animé où l’on retrouve ces héros d’un soir  en dessin animé, se battant contre les méchants dans un style japonisant. Ils finissent par se faire enlever leurs fétiches, un par un…

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Les hommes loups envahissent la scène comme des zombies avec  des figures acrobatiques sur tremplins, et marchent sur un mur vertical et de la fumée inonde la scène, ce qui leur permet de se cacher.  Quatre zombies surgissent des cintres de la salle, en élastique, parmi les spectateurs. Le court-métrage de Thriller est diffusé en même temps sur l’écran géant où l’on voit la transformation de Jackson en loup-garou. Les zombies commencent la danse des morts-vivants sur scène et dans la salle : sensations et frissons garantis -!
Ils reviennent par des trappes surmontant et Clumsy, en habit de lumières, se met à danser comme Michael et ses compères récupèrent un à un leur fétiche.

Sneaky produit une lumière scintillante à la pointe de son gant (D’light) qu’il envoie dans la salle qui fait apparaître huit trapézistes  au dessus des spectateurs, entièrement habillés avec des diodes blanches semblables à des constellations. Une vidéo de comètes et d’étoiles filantes défilent sur l’écran d’avant-scène. Les costumes commencent à changer de couleur et Sneaky reprend sa lumière en faisant disparaître les huit trapézistes dans le noir absolu. Grandiose.

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Une vidéo représentante le portail de NeverLand apparait sur l’écran et un arbre se transforme en profil de Michael Jackson. La scène s’ouvre alors et l’on découvre l’hologramme de Jackson entouré des quatre héros. Michael Jackson danse, apparaît puis disparaît en poussière d’étoiles dorées, puis revient parmi les danseurs venus rejoindre les quatre compères. Puis transportés par la poussière dorée, ils sont  ramenés sur le devant de la scène. Michael revient pour une dernière fois virtuellement sous les traits d’un enfant et disparaît
Quatre sphères métalliques descendent sur scène de la salle où les héros se placent dedans avant de repartir par les airs vers les spectateurs.
Extrait de la vidéo du clip Black or White avec le comédien Macaulay Culkin et apparition de la guitariste de la trappe pour un dernier solo rageur. La scène se transforme pour laisser apparaître une plate-forme avec  tous les artistes de la soirée… Des jongleurs lancent leur chapeau et font voler leur lasso ; les hommes en rouge se déplacent en monocycles électriques, la pole-danseuse fait sont apparition et les quatre héros reviennent sur la scène à bord d’un petit vaisseau spatial qui arrive de la salle par les airs.

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Des drapeaux de pays du monde entier sont projetés et  les artistes défilent alors dans la salle pour remercier le public et les invitent à danser avec eux…  Un fabuleux spectacle du Cirque du Soleil dans une débauche de moyens visuels, sonores et acrobatiques. Le pari de toucher à une icône telle que Jackson, était risqué mais encore plus celui de mixer arts du cirque et musique. Il fallait éviter les multiples hommages en forme d’imitation avec un clone jouant le rôle du « roi de la pop » et s’aventurer dans une expérience inédite.
Mais le Cirque du Soleil québécois a su magnifiquement réussir ce spectacle en dosant chaque ingrédient à la perfection. Avec un Michael Jackson bien vivant, inspirateur et symbole d’un monde en communion…

Sébastien Bazou

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

 

 

Ceol Mor-Light and Shade de Patrick Molard

Festival Inter-celtique de Lorient :

Ceol Mor -Light and Shade de Patrick Molard

 

4947312_6_dc65_2016-06-10-d6c6034-17517-1qgkgw6_0d80d1460b30dcdd2cdde589f2fc8c33Le musicien breton Patrick Molard, sonneur averti de cornemuses, joue à plaisir des uillean-pipes, du biniou-khoz et du bag-pipe, depuis bientôt cinquante ans. L’artiste international brille dans le monde du Ceol Mor ou Grande Musique, un genre ancestral des clans dont la tradition remonte à des temps lointains.L’instrument privilégié dans l’interprétation des chefs-d’œuvre des XVII et XVIIIèmes siècles reste fondamentalement la cornemuse, objet étrange et fascinant.

«Ceol Mor», appelé aussi «pilbroc’h», musique traditionnelle écossaise, discipline exigeante et réputée difficile, recouvre un genre musical et poétique, un art éloquent, à la fois évanescent et tangible, celui des Highlands écossais, la beauté inouïe des Hautes Terres, dite en notes, et non plus en mots impuissants.

Patrick Molard,  avec Ceol Mor-Light and Shade pour six instruments, puise dans la force des somptueux Highlands, pour se libérer avec tact et précision, dans les arrangements conçus par son frère Jacky qui est aussi au violon, avec  Hélène Labarrière à la contrebasse, Yanick Jory au saxophone, Simon Goubert à la batterie et Éric Daniel à la guitare.
 Ils font gronder le pilbroc’h dans une musique revisitée, teintée de contemporain et de jazz : les cuivres brillent et les cordes glissent admirablement, suggérant tonnerre et éclairs, comme  le bruit immense et la fureur incontrôlée des éléments en colère, les flots d’un déluge, pour retrouver plus tard, l’ensoleillement et la paix intérieure de ces contrées sauvages. « La force de cet instrument, dit le musicien, c’est son pouvoir de déclencher des émotions, avec neuf notes seulement » .

 Les contrastes vont et viennent sur la gamme de ces neuf notes que la cornemuse facétieuse joue, pour plus d’expression, à travers un jeu subtil entre  longues et courtes, un secret que l’ancien apprenti tient de ses maîtres Bob Brown et Robert Nicol, les deux sonneurs personnels de la reine Elisabeth, qui dispensaient un enseignement au château de Balmoral, résidence royale écossaise d’été, quand le sonneur était assistant de français à Aberdeen…

 Le maître de la cornemuse a relevé le défi de transmettre sa musique à ses compagnons de jeu «non-pipers». Cette musique savante (ou Grande Musique) rythmait la vie des chefs de clans, écrite sur partition dès l’époque victorienne, mais, qui fut, de tous temps, transmise de maître à élève ou à disciple, à travers un système vocal particulier.
Ce qu’a expérimenté le sonneur en chantant, durant un an, l’âme du Ceol Mor à  ses musiciens pour qu’il s’imprègnent  de ses pièces. Le public écoute attentivement les mystères indicibles de cette grande musique classique de la cornemuse écossaise, différente de celle,  festive, des marches et des gigues.
La peinture du sentiment règne dans cette création où se distille l’âme de la musique, dans l’incarnation d’un jeu magistral.

 Véronique Hotte

 Concert entendu  au Grand Théâtre de Lorient, le 10 août.

 

Métamorphoses de la scène

Métamorphoses de la scène, réalisée par l’Association Jean Vilar et  la Comédie-Française

 

Maquette de Stéphanie Mathieu de "Juste la fin du monde". (P. Lorette/collection Comédie-Française

Maquette de Stéphanie Mathieu de « Juste la fin du monde ». (P. Lorette/collection Comédie-Française

Il y a dix ans, la Maison Jean Vilar avait exposé cinquante-six des plus beaux costumes, des débuts du Festival  en 1947 jusqu’à la dernière mise en scène de Jean Vilar au Festival d’Avignon en 1963. On doit à Paul Puaux, son proche collaborateur puis son successeur d’avoir su rassembler cette collection exceptionnelle de plus de 1.200 costumes.
Soigneusement gardée au Palais des papes, c’est en France une mémoire exceptionnelle de ce que fut la grande aventure du Théâtre National Populaire ; on retrouve certains de ces costumes à l’entrée de l’exposition dans le hall de la Maison Jean Vilar. Formidablement vivants même si on n’a pas le recul nécessaire pour les apprécier, puisqu’ils étaient conçus pour être vus dans la salle du palais de Chaillot de plus de 2.000 places ou dans la Cour d’honneur. Certains semblent comme hypertrophiés mais comment juger, en les ayant si près des yeux ! Mais quelle émotion car on ne les voit que très rarement.
Et est aussi exposés une très belle et grande maquette, qui passionne les visiteurs, de la Cour d’honneur à la création en 1947 de Richard II. Avec une scène relativement petite et de simples chaises de jardin, au lieu de l’impressionnante série de gradins actuelle… Emouvant car bien rares sont les Avignonnais et les autres encore vivants qui ont pu voir le spectacle…
Pus à l’étage, sont présentées quelque soixante maquettes de spectacles créés à la Comédie-Française, et étonnamment bien conservées. Ces esquisses de spectacle, réalisées en volume et pour l’essentiel en carton, balsa et papier, sont aussi éphémères, et subissent les effets de la poussière, du soleil et/ou disparaissent souvent.

  La plupart de qualité inégale.  On peut voir celle de décorateurs comme entre autres, Christian Bérard qui avait beaucoup travaillé avec Louis Jouvet surtout, de Georges Wakhévitch ou  Suzanne Lalique, très influencés par la peinture souvent classique. Mais aussi celle d’André Acquart, Jean-Paul Chambas, ou Eric Ruf metteur en scène devenu depuis administrateur de la Comédie-Française. Mais pourquoi ne pas avoir présenté en même temps des photos des spectacles concernés, et des programmes : volonté de discrétion ?
On s’explique mal en tout cas le peu d’éléments de lecture offerts aux visiteurs qui, pour la plupart, n’ont jamais vu les spectacles présentés et ne peuvent donc qu’avoir une idée très approximative des spectacles. Si bien que malgré la qualité de la présentation, on reste sur sa faim. Dommage!

Philippe du Vignal

Maison Jean Vilar, rue de Mons,Avignon. L’exposition a été ouverte tous les jours  pendant le festival  et le restera  de 9h à 20h, en août et septembre, de de 10h30 à 19h.  
Entrée : 5 € , catalogue : 7,50 € . Forfait entrée + catalogue : 10€ 
9,50 € avec la visite du Palais des papes.

Cahiers de la Maison Jean Vilar n° 99

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