Duncan Chisholm

Festival Interceltique de Lorient :

Duncan Chisholm

(C)Somhairle MacDonald

(C)Somhairle MacDonald

 Habitué des scènes du Royaume-Uni, d’Europe et des Etats-Unis, avec sa rigueur et son sourire franc, Duncan Chisholm,  a, au  F.I.L., maintes fois eu l’occasion de jouer avec son groupe de rock celtique Wolfstone et avec celui de Julie Fowli. Originaire d’Inverness (Highlands),  on le considère comme l’un des grands solistes   au violon (ou « fiddle ») d’Écosse.
Duncan Chilshom est accompagné par de brillants instrumentistes aux guitares, violons, violoncelle et piano, et par Jarlath Henderson aux « uillean pipes » et à la flûte traversière, Patsy Reid, à l’alto et au piano.
Cet ensemble de cordes et cuivres donne une couleur profonde à ses douces mélodies  et privilégie des sonorités variant à l’infini, autour de la prestation à la fois précise et précieuse du « fiddle » de Duncan Chisholm qui fait se succéder les traditionnels écossais
« reel » et gigue, à des compositions personnelles, dont la teneur poétique ouvre largement au souffle des Highlands.

Le violoniste,  en véritable montagnard de cette contrée écossaise, joue de la musique traditionnelle depuis l’âge de huit ans, et donne à entendre à un public fervent des extraits de sa trilogie Strathglass qui regroupe ses derniers albums, dont le dernier, Affric, (2012) fait référence aux paysages d’où son clan est natif depuis sept cents ans, non loin d’Inverness.

Nul besoin de mots pour dire l’indicible beauté du ciel et de la terre,des montagnes et fleuves, aux couleurs changeantes. Les sortilèges de sa musique instrumentale vont droit à l’imagination, et les moindres plaintes et gémissements des cordes de Duncan Chisholm touchent le cœur du public très attentif de ce déferlement de vagues inventives et sensuelles roulant sur les crêtes de l’imaginaire. Douleur des âmes,  joie et fantaisie des jours qui emportent la vie, sont au rendez-vous de ces noces fastes, aux  sonorités musicales.

Les Highlands, symbole de la Nature,   avec leurs formidables paysages épiques et se déploient comme des fresques ancestrales déroulées  par-delà les siècles, ont élu domicile pour un soir, à l’Espace Marine.
Le maître de cérémonie qu’est ce joueur exceptionnel de « fiddle », comme un des musiciens de Brême selon le conte des frères Grimm mais à sa façon, emporte, longtemps après le spectacle, un public fasciné.

Il avoue que jouer à six sur la scène est un bonheur pour ses musiciens et lui, car chacun y va de sa note singulière pour raconter une histoire que le public se réapproprie à sa manière et qui lui permet d’atteindre l’universel: un pari artistique élevé mais magnifiquement tenu.
Avant cette réussite musicale,  il y avait, en première partie, CherryGrove, un groupe de musique traditionnelle et contemporaine, dont le violon et l’accordéon ont donné à cette soirée exceptionnelle, un rythme festif et enlevé…

Véronique Hotte

 

Espace Marine, le 9 août.

 

 

 


Archive pour août, 2016

Un Obus dans le cœur

Festival d’Avignon suite et fin:

Un-Obus-dans-le-coeur

Un Obus dans le cœur d’après le roman de Wajdi Mouawad, mise en scène de Jean-Baptiste Epiard et Julien Bleitrach

Seul en scène, Julien Bleitrach interprète Wahab, une sorte d’alter ego de Wajdi Mouawad. Le jeune exilé, en proie à la solitude, marche dans le froid, le vent et la neige du Québec pour rejoindre l’hôpital où sa mère est en train de mourir.
Tout un passé et  toute son enfance se télescopent alors dans un présent douloureux… Seul apaisement possible: peindre avec amour le visage de cette mère, qui va disparaître à jamais, dans une sorte d’exorcisme poétique et salutaire.
Pour Julien Bleitrach, l’écriture donne « cette sensation de nous être adressée personnellement « . Le spectacle a déjà été joué une bonne centaine de fois depuis 2011 (voir Le Théâtre du Blog) mais a gardé, ce qui n’est pas si fréquent, une grande rigueur de jeu et une fraîcheur exemplaire.
Yano Iatridès, comédienne et  remarquable chorégraphe disparue il y a deux ans, l’avait aidé à le mettre en scène, et cela se voit aussi dans l’intelligence des ses mouvements.
N’en déplaise à M. Goldenberg, ci-devant directeur du Théâtre National de Chaillot, l’Ecole de ce théâtre, qui a accueilli entre autres Julien Bleitrach, lui aura apporté les outils nécessaires pour créer un spectacle aussi réussi que celui-là; le comédien sait être à la fois plein d’humour et émouvant avec une diction impeccable et une gestualité des  plus étudiées.

Aucun doute, les circonstances de la tragédie que vit Wahab, sont bien là dans cette petite  salle inconnue, tôt le matin, devant une trentaine de spectateurs… C’est un des privilèges du off d’offrir cette possibilité à un jeune comédien.
Julien sait dire avec précision et émotion, le trajet en bus qui l’emmène vers son destin, le froid de la rue, l’hôpital avec ses couloirs interminables, et  la chambre où meurt sa mère.
Whabab essayera d’oublier… mais comment oublier celle qui vous a mis au monde, une partie de soi-même. Et son pays natal, le Liban, déchiré par la guerre qu’il l’évoquait dans Littoral. Pays et mère : un seul amour.

Pas d’afféteries, pas d’approximations : la mise en scène de Julien Bleitrach et Jean-Baptiste Epiard va droit au but, exigeante et chaleureuse. Le Off compte des dizaines d’adaptations de textes en monologues mais celui-ci possède une force et une intelligence supérieures. S’il croise votre route, n’hésitez pas.

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué au Théâtre des Trois Soleils, du 7 au 30 juillet à 10h35. Festival d’Aurillac. Et en tournée en France.

Magie et illusion à Las Vegas: David Copperfield

David Copperfield / MGM show

 On distribue des bracelets blancs,  où sont écrits David Copperfield et ses liens : site web, Facebook et Twitter), que le public est invité à se mettre au poignet et à lui envoyer un message (en mentionnant sa ville, sa région et son pays). Le message arrivé se matérialise en un point vert sur une grande mappemonde retransmise sur un écran vidéo, avec indication de l’endroit où habite chaque spectateur.

 Magie et illusion à Las Vegas: David Copperfield mail-14b99

Une vidéo d’introduction fait apparaître des mots qui résonnent comme étant essentiels à la vie et au futur discours de l’illusionniste David Copperfield (« Vous naissez, vous grandissez… vous vivez l’impossible… »)

Apparition

Une grande structure en forme de cadre, décollée du sol, aux quatre côtés recouverts de toile opaque, puis retirée, et apparaît David Copperfield sur une moto. C’est son apparition favorite depuis des décennies et on a vu plus original…

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Twisting hands

L’illusionniste prend la parole et nous refait le coup des Twisting hands de Meir Yedid (usé jusqu’à la corde car présenté par tous les magiciens) pour faire participer le public. C’est mal parti, mais on espère mieux pour la suite !

Webster et Frank

Traverse alors sur scène son oie préférée Webster, sa marque de fabrique depuis longtemps, qu’il a l’habitude d’inviter dans ses spectacles. L’illusionniste parle ensuite de son enfance et de son jouet préféré : un squelette de T-Rex nommé Frank (ce sera le fil rouge du spectacle jusqu’à la fin). Nous le voyons en compagnie du dinosaure en photo sur l’écran dans un diaporama cocasse (« Frank et moi à la page, Frank et moi à la neige, etc ».)

Twitter transposition

David Copperfield a rencontré une personne via Twitter et dont le rêve est de réaliser un tour avec le magicien; cela tombe bien puisqu’elle est dans la salle ce soir et va réaliser son souhait.
Six  spectateurs sont invités à monter sur la scène pour former un cercle. Des assistants du magicien viennent placer deux plates-formes sur pied, transparentes, dans la salle, au milieu des fauteuils. David Copperfield et son spectateur volontaire montent dessus. Les assistants déploient deux grandes arches par-dessus eux, pour montrer qu’il n’y a pas d’attaches quelconques.

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David Copperfield recouvre alors le spectateur d’un drap et le fait léviter hors de la plate-forme dans une sorte d’Asrah. Nous voyons ses pieds dépasser du drap et brusquement le tissu est retiré et il disparaît dans les airs… pour réapparaître sur scène !

Une disparition/transposition magnifique, réalisée complètement entourée, visible de partout, à 360°. De la VRAIE magie, incompréhensible. Enfin ! Pas de doute, Copperfield est de retour avec ce coup de maître, et le spectacle va aller crescendo jusqu’à la fin.

Lottery prediction

David Copperfield parle de son grand-père de façon mélancolique. Il avait un rêve : posséder une voiture Lincoln convertible verte. Pour cela, il jouait à la loterie nationale toujours les mêmes numéros, espérant remporter le gros lot pour s’acheter son véhicule. Une prédiction dans un coffre transparent est amenée sur scène, ainsi qu’un petit sac en velours. Deux spectateurs sont conviés à surveiller de près ces objets en ayant une main dessus. Un frisbee est lancé dans la salle pour choisir au hasard des spectateurs qui, à tour de rôle, vont donner une série de deux numéros jusqu’à composer une série de  six nombres.
Quatre spectateurs fournissent chacun une clé à un cinquième spectateur sur scène désigné pour ouvrir le coffre d’où est retirée une enveloppe avec une clé USB à l’intérieur. Clé est lue par un poste et on entend une voix annoncer les nombres sélectionnés par les différents spectateurs au début.

Pour couronner le tout, le spectateur sur scène donne le sac en velours à David Copperfield; il contient deux plaques minéralogiques de voiture, avec gravées dessus les numéros choisis par le public ! (Licence plate, inventée par Chris Korn pour David Copperfield). Ses assistants  installent ensuite quatre plots sur scène et des spectateurs constituent autour une chaîne humaine à 360°. Quatre voiles disposés sur les côtés, et au-dessus des plots,  forment un tunnel face au public.
Nous voyons à l’intérieur du tunnel vide apparaître d’un seul coup, une voiture Lincoln verte à l’horizontale sur les plots ! Le rêve du grand-père de David Copperfield s’est réalisé ce soir dans un bel hommage. Pour prouver que ce n’est pas une maquette en carton,  il grimpe dans la voiture et démarre.

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Ce numéro avait déjà été réalisé par l’illusionniste, notamment, lors de sa tournée européenne de 2005 mais dans une version écourtée. Du grand art et un modèle de construction dramatique qui touche les gens.

Télékinésie ballon

Redéfile sur l’écran vidéo une photo de David Copperfield enfant avec son compagnon Frank, le T-Rex. Le magicien gonfle un ballon qu’il place dans la salle et le fait éclater à distance par la force de sa pensée. Il répétera l’opération, mais cette fois-ci, en enfermant le ballon noir dans un ballon transparent, le tout disposé dans une boîte de plexiglass transparente. Sans contact, le ballon noir éclate en laissant intacte le ballon transparent. Un bel effet de télékinésie, très épuré dans sa forme.

L’arbre des mots

Tous les spectateurs sont invités à lever leur poing en l’air, armé du bracelet du début. La lumière s’éteint et l’on distingue sur un seul de ses bracelets, une croix qui se matérialise sous l’action d’ultraviolets. Elle désigne au hasard la volontaire qui va monter sur scène assister  le magicien pour sa prochaine expérience. Une seconde spectatrice est choisie, aussi au hasard, grâce à deux croix orange en mousse jetées dans la salle.
David Copperfied demande aux spectatrices sur scène si elles ont une collection quelconque ? Le magicien, lui, aime collectionner les mots. Apparaissent alors sur scène des centaines de mots suspendus à des ficelles blanches et rouges comme une sculpture cinétique de Jésus-Rafale Soto. Au dos des mots, sont inscrits des chiffres.

La première spectatrice appuie sur une télécommande qui déclenche une musique (David Copperfield danse avec elle ( gag!). La deuxième est invitée à se placer en dessus des mots, les yeux bandés et au déclenchement du buzzer, doit se déplacer ou elle veut et s’arrêter. La structure se met à tourner comme un carrousel et la spectatrice s’arrête à un endroit. Le magicien lui demande: « droite ou gauche ? » et elle décroche le mot suivant son choix : elle tombe sur  Truth ( la vérité).

Le mot apparaît alors sur le bracelet de la deuxième spectatrice sur scène qui devient malgré elle, la prédiction du magicien ! Mais le plus beau arrive… Les lumières de la salle s’éteignent et tout le monde est invité à lever son poing et apparaît alors le mot choisi sur TOUS les bracelets ! Magnifique effet dans sa symbolique et son impact émotionnel qui joue sur la communion humaine. Mais jusqu’où va aller David Copperfield dans ses prochaines illusions ? Avec une barre déjà tellement au sommet…

Squeeze box

Webster l’oie revient sur scène et le magicien la saisit puis la présente au public. Cette dernière intimidée urine (pour de faux) sur les spectateurs. Du mauvais goût, mais de courte durée, heureusement.

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Sur une musique du groupe Prodigy et de sons métalliques, David Copperfield entre dans une grande boîte horizontale et se réduit lui-même progressivement jusqu’à ce que sa tête touche ses pieds. Présentation éclair de la Squeeze box inventée par André Kole.

Floating rose

Nous arrivons à un moment solennel avec un close-up présenté dans la salle à une spectatrice privilégiée et retransmis sur écran vidéo. Le magicien froisse un morceau de papier et le fait léviter dans ses mains, puis dans celle de la spectatrice. Il sculpte ensuite une rose avec le papier, la fait léviter et la transforme en vraie fleur, offerte à son assistante d’un soir (Référence : Floating rose de Kevin James sur une idée de Finn Jon).

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David Copperfield  réalise à la perfection ce classique qu’il présente depuis des décennies à son auditoire, toujours charmé par tant de poésie. Un tour à l’image de l’illusionniste: délicat et léger. Puis il convoque ses grands thèmes: lévitation et émotion participative.
La retransmission vidéo, assurée par un cadreur équipé d’une caméra full HD, donne à l’image, un rendu digne d’une image cinéma. David Copperfield est passé maître dans l’art de jouer avec la caméra et son jeu d’acteur décuple ses effets magiques car il permet de faire un lien visuel (la puissance de son regard) avec tout  le public, comme si chaque spectateur vivait le numéro devant lui.
L’illusionniste a notamment collaboré avec le grand Francis Ford Coppola pour un spectacle à Broadway et pour son tableau sur le spiritisme (Barclay house).

Attila l’Alien

Le magicien parle maintenant de son père parti trop tôt et qui lui a appris un geste avec les mains signifiant :« Je t’aime ».

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Un projecteur 8mm, placé sur une petite commode dans la salle, diffuse des extraits d’une bande familiale où l’on voit le père de David Copperfield, qui n’a pas eu le temps de lui dire: « je t’aime », avant qu’il décède.

Il lui a laissé des clés qui ouvrent la porte d’un grenier où sont entassés d’innombrables objets qui  lui ont appartenu. Des meubles en vrac et une petite caisse ouverte sur ses quatre côtés et montrée vide ont été disposés sur scène. La caisse est ensuite placée sur un piédestal transparent au milieu de la salle, entourée par des spectateurs.
Une caméra retransmet les actions à venir en gros plan, et plonge dans la caisse vide avant qu’elle se referme, et fait apparaître, dans un grondement et une production de fumée, un petit Alien du nom d’Attila. Une magnifique marionnette animatronique originale, dessinée spécialement pour David Copperfield (comparable à celle utilisée dans certains films).

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David Copperfield revient sur scène avec son nouveau compagnon et converse avec lui. Attila discute et bouge comme une vraie personne. Ses antennes, composées de diodes ondulent comme celles d’un escargot. Attila a connu son père et donne à David une photo de lui pendant la guerre ainsi qu’une de ses lettres…
Un gros sablier se met en route sur scène pour faire un saut dans le futur et David Copperfield demande à la salle de faire le signe des mains: je t’aime, et de se concentrer dessus. Une grande affiche est suspendue sur scène mais cachée au public. Le magicien demande ensuite au public d’allumer son téléphone portable et de le placer dans les boîtes noires prévues à cet effet.

Il choisit ensuite un spectateur au hasard qui lui donne le nom d’une ville, d’une personne avec qui il veut partir, et combien de temps. Il monte ensuite sur scène et est invité à penser à une personnalité célèbre et d’écrire son nom sur un tableau en papier caché du public.

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Le poster-prédiction typographique, réalisé à la façon d’un portrait maniériste de Giuseppe Archimboldo, est révélé et dévoile la célébrité choisie par le spectateur (nom écrit sur le tableau de papier).
Mais ce n’est pas tout. Une caméra zoome sur le portrait qui dévoile une multitude de mots correspondant aux réponses données par la spectatrice au début de la séance (nom de la ville, personne avec qui il veut partir et le temps du voyage). Tous les téléphones sont alors ouverts et tous les spectateurs ayant envoyé un mail à David Copperfield au début reçoivent la prédiction de l’affiche sur leur écran.

Attila a une défaillance et manque de mourir. David Copperfield vient à son secours en faisant le signe des mains. Dans la salle alors plongée dans le noir absolu, apparaît sur scène, un énorme vaisseau spatial qui flotte dans les airs.
Cette soucoupe volante se dirige au-dessus des spectateurs médusés et lévite puis revient sur scène et disparait. Apparition hallucinante ! Il faut vivre cette expérience pour mesurer l’impossibilité de cette illusion. Une apparition que le public cru rêver et pour cause. On ne s’en remet toujours pas…
Attila fait un dernier câlin à David en lui disant que son père l’a protégé et disparaît derrière un voile avant de lui avoir confié une lumière. Son vaisseau réapparaît sur la vidéo, à l’extérieur de la salle, et l’on voit Attila monter dedans et s’éloigner du MGM, avec sa famille, pour partir rejoindre sa galaxie.

David Copperfield monte sur une grande caisse transparente, se recouvre d’un voile, lévite au-dessus et disparaît dans les airs pour aller rejoindre son père dans la vidéo projetée sur un côté de la scène  (disparition saisissante !). Le magicien apparaît dans le ciel et va embrasser son père, avec dans sa main, la lumière d’Attila qu’il lance en direction de la salle, et il réapparait en vrai parmi le public pour faire signe à son père, en dehors de l’image. Ainsi se termine cette magnifique histoire de filiation: le public dubitatif au début,  se laisse emporter à mesure que la dramatisation se met en place. Un moment inoubliable pour toute la salle !

Webster the duck

David Copperfield revient à des choses plus légères avec son oie blanche qu’il fait disparaître d’une boîte, qui est ensuite démontée en plusieurs morceaux. L’animal réapparaît dans un seau, montré au préalable vide, tenu par un spectateur.
Puis il refait le tour mais au ralenti ,avec l’aide d’un assisstant. Le seau est de nouveau montré vide à l’aide d’une torche et l’oie revient sous la forme d’une marionnette animée par David Copperfield.
Une fois l’oie mise dans la boîte, l’assistant va la placer dans le seau tenu par le spectateur. Le seau est à nouveau ré ouvert et apparaît le vrai Webster.

Frank le T-Rex

Pour conclure son spectacle, David Copperfield résume la magie qu’il pratique à une métaphore de la vie où les rêves sont le moteur pour accéder à nos motivations les plus profondes. Il se place dans une cabine vide : «Cela commence toujours avec rien, dit-il.«  Des torches balaient les grands panneaux placés autour de la cabine, et apparaît alors  un gigantesque squelette de T-Rex mécanique qui s’anime sous nos yeux en rugissant comme dans  Jurassic Park. David Copperfield concrétise ici un rêve d’enfant et retrouve son jouet préféré grandeur nature. Il se place vers sa tête et lui fait un câlin en faisant le signe des mains appris de son père.

Nous nous étions rendus avec beaucoup de réserves, au dernier spectacle du magicien car nous avions été déçus par ses numéros lors de sa piètre tournée en Europe en 2005. Mais ici magnifique surprise: on redécouvre le maître ressuscité et toujours dans la course, offrant aux spectateurs (et aux magiciens) une véritable leçon de magie théâtralisée et scénarisée.
C’est dans ce registre que l’illusionniste excelle entre théâtre et cinéma. Il sait créer un monde personnel, en jouant sur l’inconscient collectif avec maestria, soulevant des questions existentielles que tout le monde se pose. Avec un impact émotionnel toujours au centre de son dispositif.
L’exemple de l’Alien Attila est représentatif de l’art de David Copperfield qui sait transporter son auditoire dans une histoire captivante qui transfigure ses illusions. Plus que jamais, comme l’annonce son affiche sur les façades du MGM, il reste «le plus grand illusionniste de notre temps », et sait encore se renouveler, en captivant son public et en médusant ses collègues magiciens.
Avide de nouvelles techniques et de nouveaux challenges, David Copperfield est passé maître dans les procédés dramatiques qu’il met en place pour toucher le plus grand monde. Courez voir ce spectacle exceptionnel, si vous avez un jour l’opportunité d’aller à Las Vegas, il fera date!

Sébastien Bazou

A lire : David Copperfield / IllusionWorld Tour 2005Et David Copperfield, une vie de magie de Benoît Grenier. Editions Amalthée (2008).

 

 

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Plage des six pompes à la Chaux-de-Fonds (Suisse)

Festival de la Plage des six pompes à la Chaux-de-Fonds ( Suisse)

image23e édition de cet étonnante manifestation de théâtre de rue, organisé par Manu Moser et accompagné par des centaines de moussaillons armés de grandes besaces multicolores, et présents à la sortie de tous les spectacles, pour collecter les dons qui assurent les cachets des artistes.
Les subventions ont en effet diminué et on voit de grands messages de protestation en lettres blanches, affichées dans les ruelles où beaucoup de petits bars-restaurants indiens ou chinois, sont heureusement couverts, car il pleut beaucoup ce 4 août.

Une cinquantaine de spectacles disséminés dans le centre ancien de la ville, dont plusieurs ont dû se réfugier dans le temple allemand.
Autour de Manu Moser, une vingtaine de professionnels se multiplient, assistés d’une centaine de «maîtres nageurs» et de gestionnaires des bars…

Démocratie I love you

Le collectif Acmur burkinabè retrace les prises de pouvoir incessantes dans un pays ébranlé en permanence par des combats fratricides.
Ils sont trois comédiens à mettre en scène des guerres sanglantes qui ne manquent pas d’humour,  malgré l’horreur des déchirements.
Mais la pluie intense nous oblige à aller nous mettre à l’abri.

Mainmise par la compagnie Polymorphes (France)

Un couple sur un canapé joue à se manipuler. L’homme et la femme ont un sac avec un gâteau, des balles, un marqueur. L’homme empoigne la femme, la jette sur le canapé, mais elle lui répond avec une célérité spectaculaire.
Ils sont mimes, danseurs, acteurs et souvent drôles.
Deux beaux complices…

Le Quasi Quatuor par  Les Barbarins Fourchus

Avec le retour du soleil, on peut goûter le concert de ces trois musiciens qui accompagnent un chanteur, au pied d’une immense usine. Un mélange de classique et de contemporain, pour une fresque sonore de vingt-cinq ans de créations.
Flûtes, saxophones et violoncelle accompagnent la voix brute et suave de Delfino, un barbu caché sous sa casquette. Ce mélange baroque apporte un souffle bienvenu dans cette succession de spectacles

Cirque démocratique de la Belgique par la compagnie Pol & Freddy

Créé en 2006 à l’école de cirque de Bruges par Bram Dobbelaere et Sander de Cuyper, qui furent rejoints par Gab Bondewel, cette compagnie remporterait la palme de la Plage des Six Pompes. Leur première création, Ready était un spectacle mêlant jonglerie novatrice et acrobatie, avec des emprunts au film muet,  et teinté d’humour absurde. Il a été lauréat des festivals Humorologie (2007) et Mira Miro (2008).

 


Plage des six pompes à la Chaux-de-Fonds (Suisse)  About-us-83305
Dans Cirque démocratique de la Belgique, un spectacle inspiré par les événements d’une Belgique détentrice du record mondial du pays ayant connu la plus longue période sans gouvernement (541 jours!), les trois copains enchaînent les numéros les plus improbables, comme un numéro de jonglage avec des porcelaines, un  autre, de claquettes avec chaussures de ski, et enfin un saut de quatre mètres dans une piscine de  trente cms de profondeur…
Cette enquête des plus sérieuses sur les limites de la démocratie, interprété par d’excellents comédiens à l’accent des plus belges, font écrouler de rire le public que l’on a muni de cartons rouges et jaunes, et que l’on appelle  à voter à l’issue de chaque sketch.


Nous terminons la journée par la visite de Ki Ké KoÏ de Plonk & Replonk au Hall central des anciens abattoirs, «grande exposition populaire offerte à la cité horlogère pour titiller la curiosité des cinq à nonante-cinq ans (et des autres) à travers les créations visuelles, poétiques et paradoxales mises en scène par des artisans bidouilleurs qui nous font revivre un passé plus vrai que nature, ké ! ».
Une gazette très drôle de la Plage des Six Pompes est éditée chaque jour par une équipe de douze journalistes, deux illustrateurs, et un rédacteur en chef…

Edith Rappoport

AMzer d’Alan Stivell

 

Festival Interceltique de Lorient:

 AMzer  d’Alan Stivell

imageEn cinquante années de carrière, le chanteur a su allier patience, tradition et modernité, et reste le maître incontesté de la musique celtique.
Alan Stivell dont le fer de lance est la défense de la langue bretonne, comme de la langue gaëlique et de toutes les langues minoritaires, a fait les honneurs de présenter ici à son public,  des extraits de son dernier opus.
En six langues celtiques répertoriées : le gaélique irlandais, le gaélique écossais, le mannois, le gallois, le cornique et le breton utilisent ce joli nom poétique d’AMzer sous-titré Seasons pour les anglophones pour évoquer «le temps qu’il fait», sous les nuances de toutes les lumières, ombres et couleurs, et «le temps qui passe », inexorable mais au moins enrichissant.

Belle occasion pour Alan Stivell de rendre hommage à la poésie irlandaise et bretonne : avec les mots choisis d’un collégien de l’école bilingue breton-français Diwan à Quimper, ou ceux du grand écrivain irlandais Séamus Heaney (1939-2013) avec un de ses poèmes que le président de l’Irlande Michael D. Higgins avait lui-même lu ici il y a deux ans et qui rappelle ceux d’un barde, en passant par le haïku japonais. Un regard et une méditation sur le monde, sur les saisons qui passent sous la férule de temps. Un rendez-vous musical enchanteur, entre électro inspirée, et chant sublime.

Sérénité et envol sur la terre et le ciel des ancêtres : les mêmes exactement que ceux de notre post-modernité mouvementée et heurtée par des guerres auxquelles le chanteur pacifiste fait une allusion discrète avec une chanson: Brian Boru. Un imaginaire presque incarné dans la délicatesse accomplie d’une saison printanière, inspirée par les résonances de la harpe celtique, les flûtes diverses et autres sons électroniques.

 La voix d’Alan Stivell s’impose, subtile et au bel équilibre, dans l’une ou l’autre de ces langue, chantée ou bien parlée. Soit successivement ou alternativement en breton, gaélique, français et anglais, accompagnée aussi par une chanteuse irlandaise. On peut entendre aussi un haïku d’une interprète japonaise en habit traditionnel.
La musique d’Alan Stivell, teintée de mysticisme et de spiritualité, va vers la contemplation et l’incarnation d’un rêve qu’on pourrait qualifier de new age, entre folk d’avant-garde, et approche électronique expérimentale. Et dont les sources qui obéissent d’abord à un geste conceptuel, une exploration sonore et une ouverture aux cultures du monde.

 En seconde partie, on entend, pour le bonheur du public averti et fidèle de Lorient, quelques succès d’Alan Stivell : Suite des Montagnes, Pop Plinn, Suite Armoricaine, An Alarc’h, Ian Morrison Reel, Tri Martolod…
Le temps passe mais Alan Stivell avance, fidèle à son art et à ses convictions. AM’zer: un concert des plus prégnants que le plaisir de jouer démultiplie encore.

 Véronique Hotte

Concert entendu à l’Espace Marine de Lorient, le 7 août.

 

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Hors contrôle, par la compagnie Zalzaros

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Hors contrôle, par la compagnie Zalzaros

 

Du centre équestre au théâtre, il était une fois un couple, une famille d’amoureux des chevaux. Ils ont fait de leur métier, une passion qu’ils nous donnent. L’équitation, une affaire sérieuse : dressage, obstacle, voltige forment une grammaire qui se révèle peu à peu, être pure poésie. Qui deviendra un  spectacle, puis un autre…  La vie pour la compagnie Zalzaros, c’est aussi celle des tournées au pas des chevaux, et des roulottes, une vie de travail et de bohème, partie de Montillot, à quelques kilomètres de Vézelay, et pour tout l’été. Christophe et Darinka Martin mettent en scène quelque chose de leur vie, libre, autonome, écolo sans le dire : simplement, la récup’ y joue un grand rôle, pratique et poétique.  Ils se sont fait gitans, sans faux-semblants ni folklore, en hommage sincère aux peuples nomades, libres et mal aimés.

Leur dernier spectacle, cet Hors Contrôle, s’inspire avec humour des diverses tracasseries (le mot est faible) qui accompagnent la vie de ces nomades : permis de circuler, certificats vétérinaires, lois sur le travail des enfants, etc. Car, dans les familles du spectacle, ceux-ci (par ailleurs, brillants à l’école), déjà musiciens, ont grandi entre les jambes des chevaux. Les Zalzaros appartiennent à une tribu, fluctuante, avec ses chevaux, un chien, quelques musiciens qui les rejoignent pour une saison ou plus longtemps, des acrobates venus s’intégrer, et toute une famille d’apprentis-voltigeurs qui les suivent et qui trouveront peut-être leur place  dans un spectacle. Car spectacle, il y a : genre cirque Romanès croisant Bartabas. Cela commence dès la caisse : mise en scène de la vente des billets, avec ce qu’il faut d’improvisation en fonction de l’affluence avec un humour sincère, direct, et original, qui va s’entrelacer avec les moments d’émotion.  La fiction d’un contrôle à tout prix (héroïque fonctionnaire!) s’installe, tirant le fil des numéros d’acrobatie et de voltige. Le public se fait complice, jusqu’au moment où il ne peut que retenir son souffle. L’un ses sommets d’émotion ? Le «déshabillage» du cheval : son cavalier Christophe Martin lui ôte selle et mors, puis licol et, sans même un bout de corde, le dirige, l’accompagne de la main, en une danse lente aussi belle que la nuit.

Les musiciens, ici, se sont faits voltigeurs, et les cavaliers, musiciens.  Dans cette tournée pas facile, tout le monde, à la tâche pour le montage de Hors contrôle, habite les roulottes qui servent aussi de décor et de coulisses.   Cela peut arriver : quelqu’un craque mais, transparait la joie qui anime la tribu, hommes et bêtes. Pour la quatrième année, les Zalzaros reprennent la route, l’été, en Bourgogne, et pour la deuxième saison, présentent Hors contrôle qui a mûri, sans s’être figé : nouveaux musiciens (excellents), nouveau voltigeur, (le fils de la maison étant requis par les championnats d’Europe) et surtout plaisir et joie de jouer chaque soir, grâce à la vitalité et à la générosité de la troupe. Alors, si vous voyez, quelque part en Bourgogne, leur affiche flamboyante, ou mieux encore les roulottes des Zalzaros, suivez-les.

Christine Friedel

Prochaines dates : Saint-Fargeau, les mardi 9 et mercredi 10 août à partir de 21 h30

Magie et illusion à Las Vegas

Yan Rouven Fuechtener, illusionniste allemand, a travaillé à Europapark à Rust vers 2000, puis intègre ensuite le cabaret de Kirrwiller en Alsace en 2003 et 2004.  Puis il participe à une émission de télévision : The next Uri Geller.
En 2011, il tente l’aventure américaine à Las Vegas où le Clarion puis le Riviera l’engagent pour trois ans. Fin 2014, il migre au Tropicana avec The New Illusions.

Apparition

Une femme en robe voilée danse à l’avant-scène. Le rideau se lève et six danseurs viennent l’accompagner dans une chorégraphie contemporaine.

Magie et illusion à Las Vegas apparition-3e9e0

Une grande structure métallique ouverte  pivote comme une balançoire, de bas en haut et à plusieurs reprises. Dans la brume des fumigènes, apparaît alors Jan Rouven, surnommé l’homme aux neuf vies  (en rapport avec sa relation à la mort dans ses numéros d’illusion dont il sort toujours vivant).

Double buzz saw illusion

 Deux scies circulaires dont il frappe les lames d’un bâton pour prouver qu’elles sont bien réelles. Une assistante avec une cape à capuche, assiste Yan Rouven, aux mains visibles du public, qui est enchaîné et enfermé dans un box entre les lames de scie. On fait brûler une ficelle qui retient les deux lames. Le magicien doit se libérer à temps mais les lames s’abattent sur lui. La jeune femme à capuche revient ouvrir le box… qui est vide. La femme se retourne : Jan Rouen a pris sa place dans une belle transposition!

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Hand stab

Jan Rouven présente un couteau, cinq socles et cinq chapeaux en papier kraft pour les recouvrir. U spectateur désigné comme assistant malgré lui examine le couteau qui est ensuite placé sur un socle par un deuxième spectateur sous le couvert d’une planche horizontale. Les cinq chapeaux sont replacés, et les socles mélangés au hasard sans que personne ne sache ou est placé le couteau !

La roulette russe commence. Le premier spectateur assiste Jan Rouven qui va  écraser un par un, les trois premiers chapeaux. Restent deux socles, le magicien prend la main du spectateur et écrase un quatrième chapeau… Le couteau est sous le cinquième ! Une variante du tour Smash and Stab avec pics et  gobelets, à la mode chez beaucoup de magiciens qui en abusent…

Transposition

 Jan Rouven entre dans une boîte à l’avant transparent dont ses mains dépassent. Une assistante, habillée d’une longue cape, monte sur le dessus. L’avant devient opaque et la femme referme sa cape dessus. En une fraction de seconde, Jan Rouven se retrouve à la place de son assistante sous la cape et la fille dans la boîte (le verre opaque devient transparent). Très belle illusion de transposition-éclair, variante de la malle indienne, avec un subtil effet optique.

Mâchoires de la mort

Jan Rouven, enfermé dans une camisole de force, est pendu par les pieds sur une structure munie de mâchoires d’acier (hinged trap with spikes). Un fil entre les mâchoires est mis en feu, et le magicien-escapologiste a 44 secondes pour se libérer : ce qu’il fait!

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Mais numéro raté:  la faute à un manque de suspense. Dans la version présentée par Darcy Oake, un chronomètre géant fait monter l’adrénaline ! Mais à cause d’une erreur d’appréciation, Jan Rouven anéantit l’illusion.

Eclipse illusion

Quatre danseuses dansent sur des plots habillés de voilages, qui flottent grâce à une soufflerie. Sur une structure en forme de lune divisée en deux, une partenaire de Jan Rouven se place dans une moitié et disparaît en ombre chinoise derrière un écran de papier. La structure est montrée vide des deux côtés, avant que le magicien ne replace la demi-lune de l’autre côté pour que réapparaisse sa partenaire en vrai.

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Ce tour, de Mark Kalin… et de nombreux magiciens,  ici très bien réalisé a un fort impact sur le public, lors de la disparition totale de la jeune fille.

Lévitations

Un homme et une femme, habillés en blanc, dansent sensuellement  à l’avant-scène. Le rideau se lève: deux autres couples les accompagnent. Jan Rouven arrive avec une partenaire qui s’allonge sur une petite table blanche en fond de scène.  Elle lévite puis redescend sur la table.
Le magicien la couvre d’un voile et la fait léviter de nouveau, mais beaucoup plus haut, jusque vers les cintres. Il la rejoint en lévitant lui-même (chemise ouverte !) et la fait descendre avec lui. Les trois couples dansent sur une musique techno et le rideau se ferme sur le couple du début…

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Cette double lévitation, bien amenée par les danseurs n’est pas fluide dans sa première phase où l’on ressent des secousses… Par contre, la lévitation de Rouven est bluffante car il est presque torse nu, ce qui renforce l’impossibilité de l’illusion.

Prédiction

Une enveloppe à prédiction dans une main de Jan Rouven. Une spectatrice est invitée à dire le nom d’une personnalité de son choix. La prédiction est sortie de l’enveloppe et on voit cette personnalité bébé (gag!). Si la spectatrice avait annoncé Barak Obama, par exemple, le magicien avait aussi un bébé de couleur en roue de secours (il retourne la photo). Et le tour s’arrête là sans que l’on sache pourquoi ?! Problème technique ou négligence ?

Drill of death

Arrive sur scène une vis géante devant laquelle le magicien se place attaché; mise en route, elle va le transpercer progressivement. Un voile est placé devant son torse, jusqu’au moment où l’on voit la vise lui traverser la poitrine. Jan Rouven empalé, la machine se met à la verticale et soulève le magicien en haut des cintres, puis la vise tourne sur elle-même ! La vise revient en position horizontale et se retire du torse de l’illusionniste, mais progressivement… sous un voile.

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Drill of death, créé par André Kole pour la magicienne Melinda Saxe  appartient aussi au répertoire du hollandais Christian Farla. Une illusion très impressionnante qui procure une forte dose d’adrénaline.

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Origami illusion

Rouven rend hommage à ses magiciens préférés : Siegfried and Roy, véritables mythes de Las Vegas qui ont officié pendant treize ans au Mirage. Uun moyen pour lui de continuer à faire fructifier ici l’héritage des magiciens allemands  comme lui-même.

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On projette un extrait de l’illusion Origami de Jim Steinmeyer  réalisé par le duo. Jean Rouven propose de refaire ce numéro, à l’avant-scène. Une partenaire prend place dans la boîte,  qui, refermée et réduite à un petit cube, est transpercée par trois sabres.  Il tourne la structure sur roulettes dans tous les sens, et le public se demande vraiment où est passée la jeune femme qui réapparait ensuite, une fois la boîte dépliée. Très bonne présentation de Jan Rouven qui insiste sur le côté impossible de l’illusion.

Underwater escape

Après une chorégraphie de la troupe de danseurs, Rouven introduit sa prochaine illusion en parlant d’Harry Houdini, le maître de l’escapologie. Il présente une cuve remplie d’eau entourée d’une structure avec des pendrillons ouverts.

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Le magicien fait vérifier par une spectatrice les menottes, collier et  couvercle de la cuve. Puis enchaîné et enfermé, il doit se libérer en moins de quarante-cinq secondes (toujours pas de chronomètre visible!).
Une assistante monte sur la cuve et abaisse les pendrillons, soulevés par moments pour que le public puisse voir le magicien se libérer. Suspense!  Jan Rouven surgit au-dessus de la cuve en se jetant par terre, alors que sa partenaire a pris sa place dans la cuve d’eau.  Deux illusions  en une : une belle « malle indienne » couplé à une « cuve d’eau ».  Fascinant!

L’illusion des danseurs : à travers l’hélice

Jan Rouven, tout mouillé, parle au public de la « chorégraphie » de ses techniciens qui nettoyent le plateau couvert d’eau, et va ensuite en coulisses se changer et se recoiffer avec du gel ! Puis il annonce le prochain tableau avec ses danseurs qui vont évoluer sur une musique douce. On met en route une hélice  dont les palles sont cachées par un tissu. On voit le bas de l’hélice tourner et un danseur met sa main à travers, puis son bras, sans accident. Et un autre danseur passe tout son corps à travers. Une séquence anecdotique, pour meubler, avec une illusion vieillotte peu justifiée (Trough propeller illusion).

Poteau

Jan Rouven est attaché par des chaînes sur un poteau et autour de lui, on dispose un rideau que son assistante referme; elle va se retrouver à la place du magicien enchaîné. Jan Rouven ouvre le rideau… Une transposition flash, mais déjà vue…

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Malle indienne à double transposition

Jan Rouven annonce que sa prochaine illusion provoque toujours des réactions euphoriques, affirme qu’il n’a pas de jumeau, et va faire signer son bras par un spectateur pour l’authentifier, quand il réalisera la transposition.

Une structure composée d’un escalier et d’un coffre où une assistante dans des chaînes cadenassée, est enfermée  puis Jean Rouven le hisse en hauteur et se place en dessous,  met un voile sur lui et disparaît en un éclair, l’assistante apparait à sa place et on voit le bras signé du magicien sortir du dessus de la caisse.
L’assistante redescend avec difficulté le coffre au sol, grâce à une corde, aidée par un assistant (belle subtilité pour renforcer l’idée que le magicien est bien à l’intérieur). Des pics transpercent alors le coffre de part en part, qui est… vide. Le magicien réapparaît dans la salle !

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Magnifique illusion, et tableau le plus réussi du spectacle. Toute la salle a été estomaquée, y compris les magiciens.

Puzzle Paradoxe

Pour finir sur une note métaphorique, Jan Rouven présente le Tile puzzle de Winston Freer à la verticale, sur un panneau aimanté. Il défait une par une les pièces du puzzle, correspondant à différents sentiments. Et il rajoute par deux fois une pièce supplémentaire symbolisant la destinée et le puzzle reste toujours le même, et  finit par réintégrer son cadre d’origine.

 Jan Rouven a  surtout axé son spectacle sur des numéros de transposition et d’évasion qui ont un peu tendance à tous se ressembler. Cela donne du sens au surnom de Jan Rouven, « l’homme aux neuf vies », mais les danseurs, à la technique approximative, semblent être plus là pour meubler, que pour apporter une progression  aux numéro d’illusion. Pendant ce  temps Jan Rouven part en effet en coulisses pour se changer et se recoiffer !

Malgré un répertoire d’illusions déjà vues et une présentation qui tient plus de la démonstration que d’une histoire scénarisée, on retient de ce spectacle de beaux moments de frissons avec la vis géante, et la malle indienne avec double transposition. Dans la tradition des spectacles de magie à sensations où les boîtes se succèdent sans véritable lien entre elles mais juste avec de la performance et du spectaculaire pour en mettre plein la vue.
A noter : la disponibilité de  Jan Rouven qui, après  chaque représentation, prend le temps de signer affiches et cartes postales,  et de se laisser prendre en photo avec des spectateurs, à la limite de l’auto-satisfaction. Le Tropicana a suspendu les représentations de Jan Rouven, le mercredi 16 mars 2016, après  son arrestation dans une affaire de vidéos à caractère pédophile, retrouvées sur son disque dur d’ordinateur…

Sébastien Bazou

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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Lady First, texte de Sedef Ecer

Festival de Bussang:

 

Lady First, texte de Sedef Ecer,, mise en scène de Vincent Goethals

Lady7506-Photo J. Jacques Utz« Une république bananière  d’aujourd’hui, quelque part, du côté de l’ancienne Mésopotamie, où il y a quelque chose de pourri…»: telles sont les premières didascalies de la pièce  de la comédienne et auteure dramatique d’origine turque, Sedef Ecer.

 Lady First, personnage éponyme  est la première dame du régime autoritaire d’un Moyen-Orient où ont lieu des révolutions «qui n’ont pas fini de transformer le monde ».
Pour parler d’une société troublée, Sedef Ecer évoque l’intimité de la dame en majesté.  dont son tyran d’époux s’est évidemment enfui à l’étranger, comme ses enfants égoïstes. La First Lady n’a rien des mouvements d’opposition et des marches rebelles dans les rues bruyantes de la ville. Les instances gouvernementales qui la manipulent lui ont manifestement caché une menace qui se rapproche toujours davantage du Palais d’été présidentiel…

 Pour calmer le peuple en colère, les conseillers en communication du régime ont proposé que la dame soit interviewée par une journaliste locale bien sous tous rapports, avec port du voile, au prénom persan de fleur: Yasmine (le jasmin, symbole de la révolution). L’interview se fait via Skype, Facebook, Twitter, et autres réseaux sociaux. Les deux femmes se rencontrent à peine, et par écrans interposés, la réalité fuyant toujours plus loin, dans une relecture irréelle et potentielle d’un monde qui leur échappe, sur  un no man’s land de plateau et d’imaginaires en question.

La First Lady vit au plus près de ses désirs compulsifs de consommation luxueuse: robes et atours, bijoux… (Autant de clichés rebattus!). À ses côté, sa première femme de chambre Gazal, (il faut entendre: ma gazelle, d’autant que la costumière et esthéticienne se réclame d’un transgenre assumé, preuve vivante de l’ouverture à la différence d’une First Lady opprimée.

 Gazal raconte sa vie à tout va, livrant sans pudeur ses atermoiements d’enfance, désirant être précisément la petite fleur des montagnes qu’était la jeune Yasmine : « Quand je voulais descendre dans la rue. Pour devenir leader du mouvement LGBT dans ce pays d’homophobes fascistes ! Mais attention, pas question de négliger mon « look », je voulais aussi avoir les cheveux dans le vent et les mains manucurées tout en criant des slogans : Pédés/gouines/queers/trans tous-unis-tous-à-la-rue/Toutes-à-la-rue ! »

 Pas de surprise: la pièce ne livre aucune clé, si ce n’est celles débattues au café du commerce,  mettant en vain le doigt sur les souffrances, sans les désigner plus avant. Le monde semble divisé entre ceux qui prient et ceux qui achètent : nulle sortie. Que déplore finalement la dame incomprise, et dépassée par les événements ?« Les nouveaux pharaons construiront partout des temples et des commerces pour que vous passiez vos journées à prier et à acheter… L’Occident fermera les yeux et s’arrangera avec eux. Certains s’en accommoderont, d’autres regretteront notre ex-petite tyrannie artisanale et familiale mais ça sera trop tard. » … Et pour que le monde change, il y faudra, attendue encore une autre révolution, avec la déploration d’autres sacrifices obligés de civils – enfants, femmes et vieillards.

 Dure perspective en ces temps difficiles! Ici Sedef Ecer expose des idées  qu’on aimerait voir débattues dans l’urgence d’une politique nouvelle à initier, mais dommage! elle n’imprime guère d’une griffe personnelle, ce bel engagement… Malgré le jeu de bons acteurs dirigés avec précision par Vincent Goethals: Bernard Bloch (le chef de cabinet machiavélique), Anne-Claire (la First Lady), Angèle Baux Godard (la journaliste) et Sinan Bertrand (le conseiller personnel de la First Lady).

 Véronique Hotte

Bussang, les 6, 10, 11, 12, 13, 17, 18, 19, 20, 24, 25, 26 et 27 août. T: 03 29 61 62 47 reservation@theatredupeuple.com

Le texte de la pièce est publié aux éditions L’avant-scène théâtre.

 

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Festival Interceltique de Lorient (FIL) – concert de Joan Baez

 

Festival Interceltique de Lorient (F.I.L.):

 Joan Baez

 

7784357718_l-artiste-joan-baez Aux côtés de Bob Dylan, à ses débuts et dans la fidélité  à une indépendance toujours revendiquée, Joan Baez reste l’inspiratrice à la jolie voix de soprano et au timbre à l’élégance ailée, de la musique folk des années 1960 à 1970.  Symbole de la chanson de protestation et militante des droits civiques.

 La muse de temps historiques a défendu la cause des Noirs avec détermination, marchant avec Bob Dylan aux côtés de Martin Luther King, et chantant We shall overcome (Nous n’avons pas peur) avec 350.000 personnes le 28 août 1963 à Washington, le jour où  il a prononcé son célèbre I have a dream.

Joan Baez reste à l’écoute atemporelle de ce discours-phare du pasteur baptiste afro-américain, militant non-violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, pour la paix et contre la pauvreté, assassiné le 4 avril 1968 à Memphis. Elle a chanté à Woodstock, rassemblement emblématique de la culture hippie en 1969, mais aussi à Hanoï sous les bombes en 1972, luttant sans relâche contre toutes les guerres et les conflits, le Vietnam d’abord, l’Irak ensuite, soutenant entre temps Solidarnosc  en Pologne, le dissident André Sakharov en Russie, les mères de disparus en Argentine et au Chili, etc. Elle fait toujours patiemment sienne la défense paisible des dissidents, réfugiés…

 A l’Espace Marine, le public retrouve l’icône de toute une époque, avec la politisation d’une jeunesse très engagée pour la paix et le soutien des opprimés. Joan Baez, la jeune brune d’autrefois à la dignité royale et aux cheveux d’argent, est restée fidèle à ses convictions,  encore plus perceptibles en ces temps troublés de guerres, de crise migratoire et d’attentats meurtriers.  S’accompagnant de sa guitare folk, une jeune chanteuse parfois à ses côtés, et deux musiciens dont son fils Gabriel Harris aux percussions, elle reste la figure légendaire d’une génération politisée et porteuse d’humanisme.
We shall overcome fait évidemment partie de la soirée, mais aussi Farewell Angelina d’un Bob Dylan, attentif aux «mitraillettes qui rugissent» et aux «démons qui clouent des bombes à retardement aux aiguilles des horloges». Joan Baez commente au préalable ses chansons, invite le public à refuser la guerre et à s’ouvrir à la tolérance et à l’arrivée des migrants, réfugiés et autres déportés, pour des raisons politiques et économiques.  Ils nous apportent bien plus que nous ne leur donnons en échange: avec un renouvellement spirituel, l’appréhension d’autres cultures, et la reconnaissance des valeurs universelles.

 Joan Baez chante en français le fameux poème antimilitariste Le Déserteur  de Boris Vian,  après avoir déjà entamé dans la langue de Molière, avec le public et dans un tonnerre d’applaudissements, la Chanson pour l’Auvergnat de Georges Brassens, dont les paroles  font mouche: «Elle est à toi, cette chanson, Toi, l’Auvergnat qui, sans façon, M’as donné quatre bouts de bois Quand, dans ma vie, il faisait froid… »

Hommage aussi  à Simon et Garfunkel, et à John Lennon avec Imagine : » Imagine no possessions… Imagine all the people Sharing all the world» Aux saluts et à la reprise, Here’s to you fait le bonheur des 4.500 spectateurs réunis à Lorient, chanson écrite en mémoire des anarchistes américains d’origine italienne, Sacco et Vanzetti.  Elle chantera aussi Another World, une quête politique d’un autre monde avec arbres, abeilles et humanisme retrouvé.
La grande dame est restée égale à elle-même, absolument radieuse…

 Véronique Hotte

 Festival Interceltique de Lorient le 6 août.

 

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Le Songe d’une nuit d’été

 

 

le songe à Bussang

 

 

Festival de  Bussang (Vosges) :

Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, traduction de Françoise Morvan et André Markowicz, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

 

Quoi de mieux pour cette réalisation lumineuse que le décor naturel de la majestueuse forêt vosgienne ? Même si le scénario de cette pièce qui se déroule en Grèce, est complexe et sinueux, à l’image de la vie primesautière et de ses rencontres de hasard: coups de foudre et amours interdites, soit tout le sel d’une existence.

Deux couples de jeunes amants, pleins de vie et d’envies, voient leur désir contrarié, celui-ci n’aimant pas celle-là comme dit, ou bien telle autre aimant untel qui ne lui était pas destiné, un penchant malheureux qui porte ombrage encore à un tiers trop précipitamment élu, selon un cours anticipé du temps qu’on croyait maîtriser. Hélène aime Démétrius qui aime Hermia qui aime Lysandre. Or, le père de la seconde ordonne que sa fille honore ses premiers engagements. Reste dès lors aux jeunes gens sous l’emprise d’ un père autoritaire, à errer dans une ombreuse forêt, avec clairières et refuges, havres de paix et abîmes de vertige : métaphores physiques d’un imaginaire insondable.

Dans cette forêt royale envoûtante, un noble personnage que laisse entrevoir dans un premier temps l’ouverture effective et discrète de deux panneaux verticaux en fond de scène. Nous contemplons la beauté des bois – tels des lais peints d’une tenture japonaise, le comble de l’art qui dépasserait la nature vivante. Or, la forêt respire bien et fraîchit. Profusion verdoyante des arbres généreux et des lourds branchages où se dessine le tronc noueux d’un hêtre ancestral, gage d’éternité dans un monde où flamboyance et mouvements incertains se disputent la prééminence, soit le geste contre la mort.

 Mais le mystère de la forêt ne serait pas entier, si n’y apparaissaient, les habitants traditionnels des contes et légendes : fées, elfes et esprits. Ainsi, Obéron, roi des elfes, ordonne à son facétieux Puck de verser une potion sur les paupières de son épouse Titania, la reine languissante des fées, qui lui refuse un jeune page convoité. L’Élégante tombera amoureuse du tisserand Bottom, un bonhomme brut de farce populaire qui joue dans la tragédie Pyrame et Thisbé que préparent les artisans du village pour les fêtes de noces princières…

 L’artisan un peu balourd, se retrouve avec le masque d’une tête d’âne, figure bestiale et malencontreuse qui porte atteinte à la dignité féminine royale. Obéron encore, à l’écoute des malheurs des amours enfantines, demande alors à son fidèle Puck de restituer chacun à sa chacune, en jouant aux cartes, les deux couples mis violemment à mal et bousculés dans leurs attirances respectives. Mais Puck, livré à l’incertitude approximative des jeunes amants non identifiés, fait une erreur, et pousse plus loin le bouchon comique des quiproquos sentimentaux: il ne verse pas le philtre d’amour sur la bonne paupière!

Elissa Bier privilégie les sensations d’envol et de légèreté, et a imaginé une scénographie avec des morceaux de papier crépon de toutes les couleurs, aire ludique enfantine et de libération radicale des songes, à moins que ce ne soit un rappel subversif de continents souillés de sacs plastique. Mauvais rêves tendancieux, fantasmes et pressentiments: William Shakespeare s’amuse des prétentions humaines à vouloir contrôler ses moindres agissements : vanité des vanités quand les jours passent.

 Et en attendant la mort, l’heure est aux divertissements joyeux, avec mots d’esprit et situations loufoques: un monde où acteurs et public sortent réjouis. Saluons l’équipée joyeuse des amateurs et professionnels ici réunis: Sébastien Amblard, Pierre-Alain Chapuis, François Kergoulay, Anne Le Guernec, les pétillantes Jessica Vedel et Clémentine Verdier, et tous les autres…

Véronique Hotte

Festival de Bussang (Vosges), depuis le 14 juillet, et les 7, 10, 11, 12,13, 14, 17, 18, 19, 20, 21, 24, 25, 26 et  27 août. T : 03 29 61 62 47 reservation@theatredupeuple.com

 

Le spectacle a été repris pendant une semaine en mai au Théâtre des Quartiers d’Ivry mais le charme qui devait opérer dans le merveilleux écrin qu’est le théâtre de Bussang semble avoir disparu en route.

Pourtant sur le grand plateau exemplaire de la toute nouvelle salle d’Ivry, nous avons vite compris que rien n’était vraiment dans l’axe! On comprenait très mal les acteurs qui criaient tout le temps, surtout au début, comme si désemparés, ils avaient peur de ne pas se faire entendre. Et les couples, en particulier Titiana comme Obéron étaient trop peu crédibles. L’ensemble avait quelque chose d’assez fade et conventionnel. Bref, aux antipodes des passions et des fantasmes sexuels qui agitent ces personnages pendant cette nuit d’été. On ne ressentait guère plus les conflits avec la société, et les scènes comiques avec les artisans étaient du genre bâclées et mal jouées…

Quant à la scénographie, nous n’avons pas bien compris  ce que signifiait cette dispersion de petits papiers de crépon chiffonné, vert, jaune, rouge fuschia, et ces dessins réalisés au sol par des rayons lasers multicolores, de ceux que l’on voit partout dans les concerts rock…  A créer une certaine poésie? A mettre une touche de ludique?

Désolé, ici, cela ne fonctionnait pas du tout. Certes Le Songe d’une nuit d’été n’est pas une pièce facile à mettre en scène. Mais qu’est-il arrivé à Guy-Pierre Couleau, pourtant homme d’expérience ( voir Le Théâtre du Blog) pour que ce texte merveilleux soit sur cette scène aussi  peu efficace? Pourquoi a-t-il enfin choisi de faire durer la pièce près de trois heures! Ce qui est beaucoup trop long pour Le Songe.

Résultat: on ne s’y retrouvait pas bien et l’ensemble distillait un ennui pesant! Le théâtre contemporain a parfois des mystères insondables…

Philippe du Vignal

 

 

 

 

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