Magie et illusion à Las Vegas (suite)

 Magie et illusion à Las Vegas (suite): MystèrePremier spectacle permanent à Las Vegas du Cirque du Soleil,  en 1994, et toujours à l’affiche au Treasure Island, un hôtel-casino, ouvert en 1993 sur le thème des Antilles et des pirates.

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La salle du Treasure Island a été spécialement conçue pour le spectacle avec un impressionnant système d’escamotage scénique ! Une marque de fabrique reprise, avec différentes variantes, dans pratiquement tous les spectacles suivants du Cirque du Soleil. Le plus remarquable étant peut-être le plan incliné à la verticale de Ka.

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Nous pénétrons dans une remarquable grande salle à l’italienne avec une grande coupole décorée de tissus représentant bateaux et  fleurs des vents. La scène est encadrée, à cour et jardin par des niches, habillées de projections en camouflage végétal, pour musiciens et comédiens.
Le plateau immense s’avance jusqu’au milieu de la salle par un praticable. Sur scène, deux landaus: on entend les bébés pleurer. Un ventriloque arrive sur scène avec sa marionnette en forme de chenille (mais assez laide!), et sera le monsieur Loyal de la soirée  qui intervient ponctuellement…

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Il y a aussi un trublion qui passe dans les rangées de spectateurs et qui  vient perturber le spectacle. C’est une espèce de clown moderne qui va faire le lien entre  scène et salle. Le plateau s’escamote et apparaissent danseurs et musiciens. De gros tambours tombent des cintres et arrive un autre personnage principal, représentant un homme-oiseau.

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Un gros bébé (joué par un adulte) joue avec un ballon et interpelle une personne dans la salle en croyant reconnaître son père. Un numéro gentillet et… assez vieillot.

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Un jongleur-acrobate fait pivoter un grand cube métallique avec une facilité désarmante, le lançant haut dans les airs et le rattrapant le plus simplement du monde. Impressionnant! Mais un numéro déjà souvent vu…

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Mâts chinois

Des créatures masquées, à double face, semblables à des plantes-araignées, grimpent
sur des mâts. Symbolisent la vie organique qui se perpétue et grandit. Les acrobates réalisent des équilibres incroyables, et finissent par constituer une pyramide végétale. Sans aucun doute, le plus beau tableau du spectacle.

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Clown

Le trublion-clown revient par les dessous avec une échelle et prend une photo de la salle à 360°. Monsieur Loyal vient pour le chasser mais tombe dans la fosse. Un effet spectaculaire…

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Le grand bébé revient pour retrouver son père dans la salle et prend à partie un spectateur. La tête d’un gros escargot gonflable apparaît de la fosse…

Main à main

L’incarnation d’un véritable tour de force et de résistance  avec  deux artistes sur un dôme rotatif. Un numéro qui conjugue force pure, équilibre et précision.

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Le main à main est devenu en quelque vingt ans, une discipline à la mode  et tous les cirques en proposent des numéros… qui se ressemblent tous !  Tant pis pour les spectateurs qui veulent voir de l’originalité.

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Comme tombé du paradis, l’acrobate est l’incarnation d’un être mi-mortel, mi-divin reliant la terre et le ciel. Un ruban disparaît dans les airs et fait apparaître une trapéziste dans une belle transition.

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Le grand bébé revient pour emmener son père avec lui dans une petite voiture motorisée….

Bascule et trampoline

Un remarquable tableau où les athlètes, en costumes impressionnistes  avec des perruques XVIIIème, défilent à toute vitesse, à l’horizontale, sur un trampoline en forme de U ouvert.

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Clown

Une plateforme monte, avec dessus, un échassier costumé en Diable et une grosse boîte d’où sort le trublion/clown du début qui fait venir un spectateur sur scène et l’enferme dans la boîte dont le dos est fait de barreaux.
Puis, il va draguer la femme du spectateur dans la salle et lui propose un verre de champagne. Un homme-oiseau arrive sur scène, subtilise la clé de la boîte au trublion et libère le spectateur qui retrouve sa femme…

Trapèze

Des rêves prennent forme, nés des espoirs que suscite le nouveau millénaire. Le mouvement pendulaire des trapézistes illustre l’écoulement sans fin du temps. Classique mais efficace.

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Escargot

La fosse s’ouvre et réapparait l’énorme escargot gonflable à tête humaine (?) qui s’avance vers le public. Les autres artistes entourent l’animal et saluent le public.

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Que reste-t-il de cette première création à Las Vegas, vingt-deux ans après ? Impression mitigée. Scénographie, costumes et musique sont toujours aussi impressionnants. Comme le très efficace dispositif scénique qui fait apparaître et disparaître les artistes, et qui permet toutes les fantaisies. Ce qui rend vraiment magique les transitions entre tableaux.
De très beaux costumes mixent judicieusement les formes organiques, minérales et animales avec le corps des athlètes.  Sur une musique de René Dupéré, toujours aussi intemporelle.

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Mais mise en scène, scénario et performances des circassiens ne sont plus  guère au goût du jour. L’absence de logique et de narration nous fait perdre pied et on ne saisit pas tout des différents personnages,  des tableaux, et de l’escargot qui semblent déconnectés du reste.
La réalisation-exemplaire-reste très classique, et malgré l’intérêt historique du spectacle,  n’a pas, à part le tableau des mâts chinois, le grain de folie des dernières créations du Cirque du Soleil…  Bref, Mystère est arrivé à bout de souffle et gagnerait à être remplacé par un autre spectacle de la compagnie qui n’en manque pas !

Sébastien Bazou

A lire: le fabuleux livre Vegas, les vrais secrets (1995) de Jean Merlin qui rend compte des premières représentations de Mystère.
Et One de Michael Jackson.
Crédit photo ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

 

 

 

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Archive pour août, 2016

Magie et illusion à Las Vegas

Magie et illusion à Las Vegas

 A la suite au voyage qu’il a fait au printemps à Las Vegas, Sébastien Bazou nous a raconté les numéros de magie et d’illusion qu’il a pu voir, dont pour commencer, ceux des spectacles du grand magicien Nathan Burton…
Impressionnant carnet de route accompagné de belles photos, que nous vous présenterons en feuilleton pendant ce mois d’août!

 

 La carrière de Nathan Burton décolle entre 1987 et 1991, quand il remporte quatre successivement trophées internationaux. En 1996, la chaîne de télévision NBC lui propose de faire partie de la troisième saison des World’s Greatest Magic.  et l’année suivante, il travaille pour l’hôtel et casino d’Atlantic City.
Suivra ensuite une tournée de spectacles en Allemagne et pour plusieurs télévisions européennes. Il travaillera aussi en Corée du Sud puis revient à Las Vegas, et en 2003, il travaille au V Theater dans The Ultimate Variety Show.

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En 2005, il a sa propre émission à la télévision sur E ! Entertainment puis participe à  America’s got talent et se hisse jusqu’en demi-finale .
Il monte ensuite Nathan Burton Comedy Magic au V Theater, dans l’hôtel et Casino Aladdin (devenu entre temps  Planet Hollywood). Le spectacle migrera un temps au Flamingo en 2008  mais  Nathan Burton le joue toujours à Las Vegas.

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Première partie avec le comique et magicien Russ Merlin dans le rôle du chauffeur de salle qui propose à quelques spectateurs volontaires de venir s’asseoir sur des chaises disposées en ligne. Il affuble chacun d’un masque caricatural et leur demande à tous de faire un geste précis à chaque fois qu’il leur tapera sur l’épaule. Merlin joue avec eux, comme avec des marionnettes qu’il actionne quand il veut, en les doublant, par moments, avec une voix différente.

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Il leur donne ensuite des ballons à gonfler dans une sorte de concours déjà joué d’avance: les dés sont pipés  et le dernier  des spectateurs est le bouc émissaire. Numéro de Russ Merlin  divertissant qui fait participer tout le public, sans ridiculiser les volontaires…

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Comedy Show

Arrive sur scène, Nathan Burton, introduit par Russ Merlin. Sans parler, il va enchaîner cinq illusions :

 

Apparition flash de quatre girls dans une vitrine transparente sur roulettes et qui tourne à 360° puis vision d’une boule de bowling dans un dessin : Bowl-A-Rama de Kevin James, puis disparition éclair d’une partenaire sur une chaise.
No Feet illusion d’André Kole avec une variante sur un échafaudage. Eclipse illusion de Mark Kalin, où une femme disparaît d’une moitié de lune, pour réapparaître dans l’autre.

 

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Nathan Burton introduit l’illusion suivante où il est question de jeux. Sur une musique, Barbie world, du groupe Aqua, il amène sur scène un chariot où est disposée une boîte d’emballage de poupée Barbie , transparente et vide que recouvre un voile. Très vite apparaît une vraie Barbie

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humaine et bien vivante qui sort de sa boîte et change de robe dans un effet de  changement instantané.

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Nathan Burton apporte alors un sèche-cheveux rose géant (le Turbo drive 16 000) qu’il met en marche. Sa poupée/partenaire se place devant et commence à léviter à l’horizontale,  sous le soi-disant effet du souffle de l’appareil (subtilité des rubans qui volent au vent pour renforcer l’illusion de lévitation!). Le cadre d’un grand miroir est ensuite passé autour de la partenaire et du sèche-cheveux, pour anéantir toute idée de fils qui soutiendraient la jeune femme…

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Lévitation

Nathan Burton fait venir un jeune garçon sur scène, lui demande de se coucher sur une petite table à roulettes  puis le fait léviter à l’horizontale, sans support apparent. Application de la Spontus 360, un impressionnant  numéro  en close-up, c’est à dire très proche du public et sans réels apports personnels.

Neige japonaise

Une serviette en papier, plongée dans un verre d’eau se transforme en flocons de neige artificielle. Pour finir, une motoneige avec une assistante apparaît soudain derrière le magicien…

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Que dire de cet effet plus qu’usé, et utilisé par tous les magiciens sans exception depuis un siècle…

Evasion

Un spectateur assiste Nathan Burton pour lui passer une camisole de force transparente (pour être sûr qu’il ne cache pas d’armes ni de couteau sur lui). Sur une musique cocasse d’Harlem shake,  le magicien « escapologiste » se libère en faisant des grimaces (visibles grâce à la transparence du matériel). Rien de révolutionnaire… mais une présentation originale.

Cabine d’essayage

Deux assistantes entament une chorégraphie sur deux plots lumineux avant d’entrer dans une cabine. On voit qu’elles retirent leurs vêtements. Le rideau s’ouvre et apparaît alors Nathan Burton, tandis qu’elles reviennent dans la salle. Une illusion très efficace…

Bière

Le magicien montre un sac en papier vide. Une jeune femme arrive dans la salle avec un panier de boissons (qu’elle vend vraiment aux spectateurs lors du spectacle). Nathan Burton prend une bouteille de bière Bud, et la fait disparaître dans ce sac (gag du sac retourné et de la bouteille maintenue). L’opération est répétée, mais cette fois elle disparaît vraiment comme on peut le voir puisque le sac est froissé en boule.

Postman

Une partenaire entre dans une structure composée d’une échelle et d’une boîte suspendue qui ressemble à un colis postal qu’il découpe  en quatre  avec une lame.  Les quatre parties de la boîte tombent alors au sol une par une, et la  jeune femme réapparaît entière. Une illusion très impressionnante conçue par Jim Steinmeyer (Bits and Pieces illusion).

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Prédiction n°2

Un enfant invité sur scène, est déguisé en Elvis pour être à la hauteur des partenaires de Nathan Burton, habillées avec des plumes roses (gag).  Il lui demande ce qu’il voudrait manger: une pizza, aller voir au cinéma voir: Star wars, un jeu vidéo qu’il voudrait Jurassic world et lui demande enfin ce qu’il dirait à sa partenaire qui veut se marier dans une white Chapel de Vegas: non.
Une prédiction visible affichée sur un chevalet descend alors des cintres: tout correspond  aux choix de l’enfant! Pour finir, la mariée lui fait un bisou et lui offre un DVD de Nathan Burton…

Armando Vera

Intermède de close-up avec le magicien mexicain Armando Vera, invité de marque, avec un enchaînement de manipulations de cartes sur table… Les effets s’enchaînent en musique. Disparition de l’étui du jeu, étalement double, éventails, changement instantané d’une carte-figure en carte blanche, jeu qui devient tout blanc et réapparait imprimé, coupe sur les quatre as, et apparition de quatre pièces sous les as, billets de un dollar transformés en billets de cent, feuille blanche passée dans un rouleau, imprimée en billets qui est retournée pour découvrir le mot: Thank you.
Fin de cette routine esthétique et très bien réalisée, mais un peu gâchée par une retransmission vidéo mal cadrée et de mauvaise qualité. Dommage…

La Cabine

Sur Nathan Burton attaché avec des chaînes à un poteau, un rideau circulaire se referme et sa partenaire prend sa place. Et le magicien,  lui, finit d’ouvrir le rideau dans le même mouvement. Une illusion déjà vue mais bien réalisée  dans un bon « timing ».

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Même si le jeu du magicien est parfois sommaire et stéréotypé (une gestuelle caricaturale pour marquer ses effets), le public passe un très agréable moment et les magiciens savent être originaux en proposant de nouvelles variantes de numéros d’illusion. C’est aussi un spectacle financièrement abordable à Las Vegas car la concurrence est rude.  Nathan Burton ne lésine pas sur les moyens et a  en plus deux invités de qualité….

 

Sébastien Bazou

 

 

 

 

Festival de Saint-Amant Roche Savine : La Belle Rouge

 

Festival de Saint-Amant Roche Savine : La Belle Rouge

labelle-rougeLa Belle rouge, onzième édition de ce festival organisé par la compagnie Jolie Môme qui présente ses spectacles depuis vingt ans, dans ce joli village de 900 habitants, à proximité d’Ambert. La municipalité dynamique y a préservé un collège avec un pensionnat, une poste, et une boulangerie-épicerie…
Il y a aussi un Village-Vacances Famille qui accueille les salariés d’EDF/GDF et un camping largement utilisé par les festivaliers.Tout le village reste d’une étonnante propreté pendant La Belle Rouge, avec plus d’un millier de spectateurs. Michel Roger et sa bande mobilisent chaque année 80 à 120 brigadistes (terme plus tonique que bénévole), pour monter les trois chapiteaux, organiser l’accueil pour les spectateurs qui acquittent leur forfaits, et leur préparer des repas toujours délicieux.
Seuls, une cuisinière, les artistes et les techniciens professionnels sont rémunérés. Et on peut déjeuner et dîner dans la cour du collège, dont André Chassaigne, l’ancien maire toujours député du Puy de Dôme, a été le principal. Débats et concerts sous le chapiteau politique,  stands de RESF, avec  beaucoup de livres militants  mais aussi avec des boissons et de la nourriture bio, et des films notamment sur la fermeture de P.S.A. Aulnay, et des spectacles in et aussi off à travers le village.

Le public très mélangé attire beaucoup de vieux militants, avec leurs petits-enfants  mais aussi plein de jeunes gens, qui se pressent aux portes des débats, concerts et  spectacles qui sont toujours pleins. Pour lancer la Belle Rouge, Jolie Môme lance en juin un appel d’offres pour acheter des forfaits, il en faut six cent pour lancer le festival et chaque année: record pulvérisé.

Nous avons participé à un débat avec le Réseau Éducation sans Frontières,  concernant une quarantaine de jeunes internes qui se retrouvent dans la rue, à Clermont-Ferrand pendant les week-ends et les vacances. Ils sont soumis à des tests osseux illégaux, ce qui les fait renvoyer dans leurs pays d’origine au delà de leurs dix-huit ans. L’aide sociale à l’enfance ne représente que 5% du budget, alors que les dépenses militaires sont passées de 37 à 52 millions… Cherchez l’erreur!

Cake  par La Crieuse (off)

Un spectacle sur l’art et la fin du manger. Nous prenons environ 55.000 repas dans une vie. Madame Paloma affirme que nous creusons nos tombes avec nos dents. La gastrosophie gourmande diffère de la gastrologie qui équivaut au sexe. Elle coupe des légumes pendant que la marionnette tombe en pâmoison. Elle évoque Archimboldo, il faudrait devenir végétarien. L’ogresse incarne les dangers de l’avidité orale incontrôlée. Elle compose les enjeux symboliques du manger.
Après Comme des lions un film sur la fin de P.S.A. Aulnay et sur la lutte qu’ont mené pendant deux ans ses ouvriers, perturbé par une grêle intense au cours de la projection, nous pouvons rejoindre le grand chapiteau pour voir le troisième spectacle de Nicolas Lambert après Elf, la pompe à fric et Avenir radieux, une fission Française.

Le Maniement des larmes de  Nicolas Lambert

Cette fois, ils sont trois pour incarner vingt-deux personnes compromises dans l’attentat de 2002 à Karachi. De Bernard Cazeneuve, alors député-maire de Cherbourg, à Ziad Takieddine homme d’affaires franco-libanais, qui a servi d’intermédiaire dans les contrats d’armement, en passant par Mouammar Kadhafi, guide de la Jamahiriya arabe lybienne de 1969 à 2011, Brice Hortefeux, ministre de 2005 à 2011, et Thierry Gaubert, ancien conseiller du maire de Neuilly, un certain Nicolas Sarkozy, et par ailleursmembre du cabinet d’Edouard Balladur en 1993, et d’autres comparses: on voit ici que tout est fait pour développer le commerce des armes qui enrichit la France, au mépris de toute morale humaine.

La complexité de ces invraisemblables magouilles politiques ne rend pas très lisible le spectacle qui dénonce les turpitudes des pouvoirs en place, de quelque bord qu’ils se réclament. On se rappelle tout de même que la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy a été financée par Kadhafi qui fut assassiné par un des bombardements auxquels la France a participé. Tant d’hommes politiques, parfois dits de gauche, ont été compromis dans les affaires de ventes d’armes, qu’on n’ose à peine y croire!
Nicolas Lambert excelle toujours dans ses portraits de Nicolas Sarkozy et aussi d’Edouard Balladur et Michel Rocard. On comprend à la fin que les ventes d’armes restent secret/défense et que les électeurs, de gauche comme de droite, n’ont pas leur mot à dire.  Mais le  spectacle, malgré ses qualité est un peu long et surtout trop complexe pour les non-initiés.

Le texte du spectacle établi par Nicolas Lambert, Erwan Temple et Karl Laske de 123 pages a été publié par les éditions L’Échappée, comme ceux des deux précédents spectacles de Nicolas Lambert.
info@lechappee

Les Sonnets de William Shakespeare  par la compagnie Ton und Kirschen

Magarethe Biereye et David Johnston ( voir Le Théâtre du Blog) ont conçu cet étonnant spectacle sur les Sonnets de Shakespeare. Ils ont d’abord accompagné le Footsbarn Theatre né en Cornouailles Anglaise en 1971, puis installé à la Chaussée dans le Massif Central en 1984, et rayonnant dans le monde.
Ils ont fondé Ton und Kirschen Wandertheater en 1990, à la frontière des deux Allemagnes au moment de la réunification et monté une douzaine de spectacles qui ont rayonné dans le monde entier, jusqu’en Colombie. Comme Jean Lachance de Brecht qu’ils avaient présenté à la Belle Rouge en 2013.

Des chaises  face à face devant leur Chariot-Théâtre dissimulé derrière un rideau de cordes. Six acteurs dont deux femmes jouent avec Shakespeare. Un premier poème est chanté en anglais, l’acteur se lave les mains, on lui verse du sel. Il parle du temps dévorant : « Mais malgré toi, mon amour restera toujours jeune ! »
Margarethe chante, accompagnée par la guitare et le violoncelle. Une fille se balance: «Je ne voudrais pas ,dit-elle, changer avec les rois ! ». Un vieil homme, accompagné par un orchestre se fait aider pour monter sur le plateau. Une danseuse et un requiem : « Pour moi, mon bel amour, tu ne vieilliras pas ! »

Des cuivres jouent une marche guillerette, Margarethe chante en allemand, les hommes se font face, en miroir. « Moi, je suis ce que je suis, tous les hommes sont mauvais et leur méchanceté règne ! ». À la fin de cette errance à travers une vingtaine des 154 Sonnets de Shakespeare, les acteurs renversent les chaises, détruisent le plancher du théâtre. « L’art est muselé par l’autorité (…) Fatigué de tout cela, je voudrais tout quitter, si mourir n’était pas laisser mon amour esseulée ! » On voit une paire de bottes traverser la scène.
Une promenade ludique, pleine d’humour d’une très grande et modeste compagnie internationale qui fascine le public assis sur la colline.

Le spectacle sera joué vendredi 19 août à Postdam (Allemagne).

Cabaret état d’urgence par la compagnie Jolie Môme

Aucune distribution n’est précisée, ils sont une vingtaine qui proclament les textes, chantent, jouent de la musique (trompette, violon, trombone, accordéon), en brandissant les drapeaux rouges sur une pyramide de caisses. Michel Roger le fondateur venu voilà plus de vingt ans du Théâtre de l’Épée de Bois, entouré de ses fidèles, tient la plume sur le plateau, accompagné de son accordéon. Il travaille l’hiver et termine le spectacle sur le plateau avec ses comédiens.

État d’urgence commence avec Manuel Vals: «Rien à dire, rien à comprendre, car comprendre c’est déjà excuser ! Ceux qui n’ont rien à dire, le font savoir». Plusieurs citations célèbres souvent mises en chanson avec une énergie des plus toniques : « Les Roms, ils font leurs mauvaises têtes, parce qu’ils ne sont pas invités (…) Les Africains, ils ne sont pas assez entrés dans l’histoire (…) Intervention, guerre, guerre, guerre (…) certains ne voient pas la mer, tellement il y a de pétrole dessus (…) Quand partout on compte les morts, elle est passée où, l’Internationale ? ».
On voit des projections de ruines, des migrants, puis une discussion entre François l’État et Pierre MEDEF : «C’est l’argent qui crée l’opinion ! ». Puis l’histoire de la Cagoule avec Madame Bettencourt et Pierre Gattaz…

« L’État d’urgence, on n’en veut plus avec ou sans papiers ! ». On voit un reportage sur la destruction d’un hôpital: «Donnez l’espoir pour les enfants du monde entier (…) Si loin, si proche, la guerre est dans toutes les têtes ».
Une revue revigorante interprétée par une troupe soudée, complice de cette belle aventure humaine de la Belle Rouge à Saint-Amant Roche Savine depuis tant d’années. Un beau climat de liberté dans cet étonnant village, aucun contrôle à subir. Mais pas une ligne sur ce magnifique festival dans La Montagne, le journal de la Région.

La Belle Rouge se termine par un concert de la Rabia, «du rock combattif et sombre, touchant et révolté », dirigé par un ancien membre de Jolie Môme.

Edith Rappoport

Les spectacles du festival ont eu lieu du 29 au 31 juillet
http://www.cie-joliemome.org

Double, chorégraphie de Nono Battesti

Festival d’Avignon:

Double, chorégraphie de Nono Battesti

double_-benjamin_struelens-Cette création belge  de 2015 (voir Le Théâtre du Blog) a connu un grand succès, et a reçu le prix du Off du public/catégorie danse, grâce à l’engagement total de Juliette Colmant, Quentin Halloy, Dyna B et Nono Battesti soit un musicien, une chanteuse, un musicien, une danseuse et un danseur, lui-même chorégraphe d’origine haïtienne qui a construit un mélange de solos, duos ou trios, accompagnés de chant et musique en direct, pour une heure de spectacle survolté.

  Avec une curieuse scénographie : un fond noir où se détachent des tubulures verticales, ce qui permet des jeux de lumières évoquant des roseaux.  La fidélité pendant le festival  mais aussi durant le reste de l’année, ainsi que la proximité du public avec les danseurs est un atout majeur du théâtre Golovine.

 Cette scène permanente de la danse est devenue, en quelques  décennies, un repère qui compte dans la vie culturelle de la ville. Créé en 1975 par Catherine et Georges Golovine, puis dirigé par leur fils, Yourik, de 2005 à 2014 qui ouvrira alors le théâtre au hip-hop. Aude Barralon qui a pris sa suite, a inscrit une phrase de Pina Bausch en exergue de son éditorial de saison : «Dansez, dansez, sinon, nous sommes perdus».

  Le Théâtre Golovine présente de nombreux spectacles, avec une prédilection pour les danses urbaines et le hip-hop, accueille cette année, en résidence de création, trois compagnies, dont Havin’Fun. « Dirigée par Julien Gros, elle est associée au théâtre, dit Aude Barralon. Avec les enjeux d’accompagnement que cela suppose; son idée m’a intéressé et je l’ai suivi, depuis le début de sa création en coproduction jusqu’à sa programmation pendant la durée du festival. On lancera sans doute un autre appel à projet pour renouveler l’expérience, la prochaine saison. »


Ce petit mais très beau lieu entretient aussi un partenariat avec les établissements scolaires de la région, de façon à former de futurs artistes et spectateurs de danse.
Aude Barralon a accueilli sur vingt-quatre jours de juillet, neuf compagnies dont deux de la région PACA, soit au total, dix spectacles de danse, pour 139 représentations avec un fréquentation en hausse de 15 %, et une exposition de photos…

Jean Couturier

Théâtre Golovine jusqu’au 30 juillet à 22h. www.theatre-golovine.com

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Antigone de Jean Anouilh

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©Kiki_Papadopoulou

 

Festival d’Athènes:
 
Antigone de Jean Anouilh, traduction de Stratis Paschalis, mise en scène d’Hélène Efthymiou
 
L’auteur veut montrer le lien entre la vie et le fait théâtral qui la dépasse, et décrit la partie métonymique des occupations  quotidiennes. Ainsi, la métaphore fonctionne à partir du moment où elle traduit le passage d’une réalité historique à la fiction. Il a gardé intacte la fable, mais en la situant en 1944, quand fut créée la pièce en France. La pièce se construit à mesure que l’entre-deux-guerres fournit des exemples de tortures qui poussent intellectuels, écrivains et artistes dénoncer le totalitarisme, l’esprit nazi, le fascisme. Bref, tout ce qui les a entrainés à  la résistance aux horreurs et atrocités de la seconde guerre mondiale.

L’Antigone antique, déjà synonyme de résistance, se place aux côtés de ceux qui  veulent exercer leur devoir de citoyen consciencieux, face à ceux qui détiennent le pouvoir.  Au profit d’une cité pacifique, ils réclament le droit à la désobéissance envers un système politique qu’ils considèrent comme injuste. Jean  Anouilh a actualisé Antigone mais a respecté la matière première symbolique de Sophocle:  il met en valeur le discours de la bravoure et du sentiment, face  à celui du devoir et de la raison. Le conflit paraît inévitable, vu l’intransigeance des uns et des autres. L’auteur français montre ici l’homme qui  se mesure  à son ego, en proie au tragique.

 La metteuse en scène a situé la pièce dans une maison de retraite ou un hôpital d’invalides, un espace bien mis en valeur par la scénographe Zoé Molyvda Fameli: des ventilateurs tournent en circuit fermé, alors que les «habitants» du lieu, semblent eux, condamnés à l’immobilité. Stratis Paschalis se met au service de la pièce et montre ce personnage mythique issu de l’Antigone de Sophocle, où Jean Anouilh prend ses distances  avec l’antiquité et met en scène ce grave conflit dans un huis-clos, pour nous emmener au plus profond d’un discours sur la guerre. Pour Stratis Paschalis,  c’est aussi  une occasion de traiter des  problèmes de l’actualité la plus cruelle…

Côté interprétation, Vassiliki Troufacou donne plutôt l’impression de raconter l’itinéraire du personnage d’Antigone, sans mettre en valeur sa tragédie personnelle. Mais Stelios Maïnas (Créon), emmène le spectacle vers des horizons plus solides: il est bien un  dirigeant politique malmené par les circonstances. Le Chœur, incarné  par Phédon Kastris, exprime le conflit avec Antigone. Aneza Papadopoulou (la Nourrice) crée, elle, un personnage fait de sympathie et de résignation. L’Ismène de Jeanne Mavréa et l’Hémon de Georges Frintzilas jouent entre mesure et démesure. Marie Liami, (la muette Eurydice) traverse majestueusement l’espace dans sa marche vers le suicide.
   
La pièce finit sur les paroles du Chœur : « Il ne reste plus que les gardes. Eux, tout ça, cela leur est égal ; c’est pas leurs oignons. Ils continuent à jouer aux  cartes… ».  Mais la mise en scène passe outre les indications de l’auteur qui, lui, montre bien l’indifférence des gardes face à cette tragédie : pour eux, le destin fait son travail, et, à Thèbes, on attend le retour du Sphinx et d’Œdipe, comme si de rien n’était….
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Spectacle joué au Théâtre Rex d’Athènes, les 21 et 22 juillet. Puis, en tournée en Grèce.

Le Serviteur de deux maîtres

Le Serviteur de deux maîtres  de Carlo Goldoni, mise en scène d’Andy Massingham

 

odyssey-theatre3La compagnie Odyssey, solidement ancrée dans le Canada anglophone, fait revivre depuis trente ans la commedia dell’arte, chaque été à Ottawa, et présente cette année une nouvelle version de la célèbre pièce de Carlo Goldoni.
Intrigue avec sous-intrigues bien compliquée: Truffaldino, le protagoniste, est au service de Florindo, l’amant de Béatrice,  et de son frère Federigo.  Tout se complique  quand Clarisse  (la fille de Pantalone)  qui aime Silvio (le fils du Docteur Lombardi) est promise à Federigo sans qu’on sache que le fiancé est décédé. Celui qui se présente à sa place, est sa sœur  Beatrice  travestie, ce qui ajoute du piquant aux relations tempétueuses qui bouleversent ce  microcosme qu’est la société vénitienne. Nombreux malentendus, jeux d’identité  et d’intrigues  secrètes…

 Truffaldino  qui a juré de respecter l’anonymat de ses deux employeurs, provoque   des  rencontres rocambolesques qui frôlent la farce la plus pure.  Et qui font courir le serviteur, les maîtres et tout les domestiques. Les grand moments de drôlerie, déjà existants chez Goldoni, ont ici subi l’influence du comique du cinéma muet. Pour Andy  Massingham, cela représente  l’évolution  d’une pratique  corporelle  qui a connu ses origines en Italie au XVIème siècle,  et qui en s’inspirait du style populaire de foire, d’un jeu délicieusement vulgaire, avec scénarios, masques, types de personnages et lazzis  appartenant aux différents dialectes italiens,  avec chacun leur  signification. Carlo Goldoni  a apporté à cette comédie  (1785) un goût plus raffiné,  et une substance psychologique plus profonde, servie par un jeu corporel important.

  Mais le metteur en scène a  choisi de teinter la pièce d’un comique mêlé de tristesse : le pauvre Truffaldino,  écrasé par son état de serviteur est follement amoureux de la soubrette, la belle  Smeraldina qui allume les hommes  sans la moindre hésitation… La compagnie d’Ottawa qui joue toujours  en plein air,  respecte bien l’esprit de Goldoni,  sans  tomber dans une imitation de la pièce d’origine. Avec une expression comique et affective de l’actualité, où musiques populaires, tango, hip hop et d’opéra jouent un rôle  important.
Jesse Buck, (Truffaldino) s’est libéré de son personnage de clown conventionnel du Cirque du Soleil, qu’il a pratiqué pendant des années,  pour adopter un jeu comique  ou mélodramatique. Mince, léger et souple, l’acteur masqué opère une véritable transformation du pauvre Zani qui passe d’un désespoir amoureux,  à une danse folâtre avec Brighella l’hôtelier, lui aussi masqué. 

La course hystérique du valet pour éviter que les deux maîtres  ne se rencontrent, commence quand  les deux Zanis tentent de les servir simultanément, en leur apportant leurs plats dans des  coins opposés du restaurant.

Les bouteilles de vin s’envolent, le pain et les plats glissent d’un panier, et d’une main à l’autre. On attend une collision catastrophique mais non! Dans cette machine très bien huilée, les gags ont été calculés  à la seconde près! Les vieux Pantalone et le Docteur forment un duo comique à la Laurel et Hardy;  Smeraldina, femme de chambre de Clarice, une danseuse extraordinaire, et Florindo, le jeune dandy,  s’amusent à parodier l’opéra moderne et à mettre en valeur ces musiques de toute origine.
Cette lecture de Goldoni semble être  bien ancrée dans la nouvelle conscience  européenne, ou américaine quand la langue anglaise, devenue un parler populaire  familier, remplace ici les dialectes de Venise, de Turin etc… employés par Carlo Goldoni. Dans un vrai pot-pourri culturel et joyeux dans une mise en scène  d’une très grande qualité…

De beaux costumes  semblent croiser toutes les époques  et quatre  masques magnifiques signalent les différences de classe sociale. Des praticables aux couleurs brillantes, facilement déplacés par les acteurs,  évoquent un jardin, la ville et les rues de Venise, au bord des canaux… Tout ce  monde de fantaisie, imaginé par Carlo Goldoni, loin  de la vulgarité de la commedia, se rapprochait  de l’opéra-comique, où la musique de diverses origines avait une fonction importante.
La compagnie a trouvé ici un style  qui  pourrait devenir un modèle du genre, quand, au théâtre, on veut passer d’une époque éloignée comme celle de Carlo Goldoni  à la nôtre… 

 Alvina Ruprecht

 Spectacle présenté à Strathcona Park, à Ottawa, jusqu’au 21 août.

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