Ouvrage(s), exposition Pierre Bernard :

Ouvrage(s), exposition Pierre Bernard :

13975239_200844736996793_1751315736304602958_oQuand la main et l’esprit ne font qu’un : Pierre Bernard savait tirer le fil continu des choses de la vie et de la pensée. Architecte, urbaniste, sculpteur, … il a rempli de ses Ouvrage(s) les longs trajets qui reliaient ses différents métiers. Car il ne pouvait les penser séparés.
Imaginez, dans le RER A, un homme d’apparence raisonnable, appliqué à un “ouvrage de dame“. Matériaux : un crochet, toujours du même calibre et une pelote de coton écru. Geste : la répétition de la même maille, mais doublée, serrée, multipliée jusqu’à engendrer les formes les plus diverses. Pierre Bernard  travaillait à la main, étudiait chemin faisant, la génération des formes animales ou végétales, ou tout simplement la croissance et la multiplication des cellules, qui nous font passer de la blastula à ce que nous sommes. Nouement et dénouement : pour Pierre Bernard, les deux bouts du fil de la vie…

Les ouvrages au crochet réalisés dans les transports en commun, ou dans des ateliers menés dans des quartiers «difficiles», c’est à dire pauvres et délaissés où Pierre Bernard a travaillé, avec, entre autres, l’architecte Patrick Bouchain, ont aussi le mérite de faire parler. Autre nouage, la conversation qui fait du lien social. Idée matérielle, que l’on retrouve dans ses Articulations, deux bâtons d’un bois lissé qui atteint la qualité de l’os poli, réunis par un réseau au crochet.
Comment croire que nous sommes seuls ? Nous sommes articulés, maillés entre nous et au monde. Le tout dit avec simplicité et humour : Pierre Bernard tricote aussi les mots, en remplit son filet à provisions, emblème de la vie même. Au pied de la grande cascade, dans le jardin anglais (secret) du château de la Roche-Guyon, il s’était «maillé» avec la chorégraphe Martine Harmel pour Trans-forme, imaginant des filets de «méga-mailles», des costumes-sculptures pour les danseurs, des vêtements pour les arbres… Tout se tisse.

Pierre Bernard, malade, a choisi de couper le fil de sa vie. Mais l’exposition au château de La Roche-Guyon, par amitié, prolonge ce travail extraordinaire. Christine Bouvier-Bernard, son épouse, elle aussi artiste, a distribué, avec l’aide de sa tribu, les œuvres en plusieurs pôles. Le crépi brutal des communs du château répond harmonieusement au bois, au métal de quelque cent trente-cinq objets qui y sont installés…
 Deux chaises  en métal nichent avec modestie au pied du grand escalier, le cabinet de curiosités reprend les thèmes de l’os et du tricot, des bricolages, et répond avec discrétion aux questions qu’on a pu se poser. Ses dessins préparatoires se sont nichés dans les boulins du pigeonnier…
Sans oublier des photos, et le film de Clovis Prévost où l’on voit Pierre Bernard présenter ses objets un à un, comme des animaux familiers, un peu monstrueux, un peu inquiétants, troués d’entrailles, protecteurs comme des nids, transformables parfois, et, pour finir, si l’on tire la dernière maille, réduits au fil que les a constitués et qui a la force d’une dynamo…

En un mot, le parcours approfondit le regard sur ces formes organiques. Sérieusement, et avec le sourire, l’exposition nous offre un concentré de vie, une pensée active sur le temps et sur le monde.

Christine Friedel

Château de La Roche-Guyon. 1 Rue de l’Audience, 95780 La Roche-Guyon. T :01 34 79 74 42, jusqu’au 27 novembre.

 

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