Avidya-L’Auberge de l’obscurité

 

Avidya-L’Auberge de l’obscurité, texte et mise en scène de Kurô Tanino, spectacle en japonais surtitré en français

 324«Mumyô»-Avidya est le nom de l’établissement traditionnel japonais de bains est aussi celui du premier des douze maillons du bouddhisme, à savoir l’idée d’ignorance, d’illusion ou d’aveuglement. Dans un paysage grandiose aux montagnes aux sommet enneigé, et près de sources thermales chaudes, il y a une auberge, établissement thermal historique et familier à la région, et transmis de génération en génération.

 Une voix féminine, amusée, apprend au spectateur que ce lieu populaire mythique est menacé de perdre sa tranquillité actuelle que ses clients apprécient pour avoir un repos réparateur : le Shinkansen, un TGV, doit absolument passer par ce territoire qui serait dévasté et soumis à une grave pollution sonore ! On reconnaît ici le thème de La Cerisaie de Tchekhov dont les personnages doivent faire le deuil de leur passé. Mais l’auteur et  metteur en scène Kurô Tanino ne s’en tient pas aux souvenirs d’une enfance à jamais perdue, et met en scène le petit peuple humble des campagnes, si éloigné des villes au  temps et à l’espace espace modernes et  aux  plaisirs désordonnés…

 Les âmes errantes trouvent refuge où elles le peuvent, dans les chambres vides ; telles des personnes fragilisées par l’existence, aveugles, ou malades, âgées et isolées, ou des geishas en liberté qui trouvent un répit bienfaisant dans l’auberge pour répéter et jouer leur partition musicale avec leur violon traditionnel chinois-erhu-nécessaire aux banquets dans les campagnes.

 

Le théâtre dans le théâtre impose son mystère avec tact et minutie : deux marionnettistes, un fils adulte et un père âgé et lilliputien, artistes aguerris, surviennent dans la maison de thermes endormie et comme déjà disparue. Ils montrent une lettre où le propriétaire  leur demande de  donner une représentation dans l’auberge, mais il est absent. Alors, tels deux génies, merveilleux ou infernaux, comme dans Théorème de Pier Paolo Pasolini, ils imposent alors simplement leur présence, sans rien demander, mais bousculent la paix installée ici avec ses règles, principes et habitudes. Ils sont, pour les premiers spectateurs, les locataires de l’auberge, une occasion de découvrir leurs rêves intimes et leurs désirs cachés.

 A Paris, le public qui découvre le spectacle, admire ce manège sensuel qui s’établit instinctivement et malgré eux, entre les êtres étonnés. Le dispositif scénique fait tourner quatre plateaux représentant les pièces de l’auberge : entrée, chambre, thermes, et l’étage dévolu aux femmes, mais traite avec précaution de la dimension érotique des bains publics.

Le sansuke, figure virile japonaise de l’époque Edo (1603 à 1868), dont le métier est d’assurer le bon fonctionnement de ces thermes, lave le corps des clients et les coiffe à l’occasion. Personnage muet mais gestuellement explicite. Dans cette salle pleine de vapeur, signe brumeux de la présence de sources chaudes,  les locataires de l’auberge, entièrement nus, prennent leur bain avec pudeur, sous les yeux du  public, entre ombres et lumières jetées sur les parois.Ces hommes nus, silencieux, résistent encore à révéler leur intériorité. Mais une marionnette farcesque, à l’effigie du manipulateur, père sarcastique, caustique et plein d’humour, vole à leur secours.
Une aventure théâtrale savoureuse, proche du sentiment existentiel et de la tension d’une réalité quotidienne brute : chacun se résigne (la servitude de l’Avidya) à affronter une vie à la fois fruste et enjouée.

Véronique Hotte

Maison de la Culture du Japon, Paris /Festival d’Automne, du 14 au 17 septembre. T: 01 44 37 95 01/ 01 53 45 17 17.

 

 

 


Archive pour 15 septembre, 2016

DakhaBrakha, suivi de Nuage

DakhaBrakha,  suivi de Nuage de Stéphane Ricordel

Dakhabrakha.Une soirée en deux parties: un concert de musique ukrainienne en salle, puis une performance  dans le parc, derrière le théâtre.

Le quatuor DakhaBrakha, “donner et prendre“ en ancien ukrainien, conjugue tradition et modernité : à partir de chansons populaires recueillies dans les villages, ces musiciens-chanteurs composent des arrangements vocaux et instrumentaux originaux. Ce “chaos ethnique“, selon leur expression,  superpose  chants aux accents slaves, africains ou asiatiques, accompagnés d’instruments traditionnels (accordéon, bukhalo ou buhay), ou plus récents (violoncelle et claviers) et de percussions exotiques (djembé, darbuka, tablas)

Les voix chaudes des trois femmes  montent parfois dans l’aigu, en solo ou en chœur, le timbre grêle de Nina Garenetska, soutenu par son violoncelle, peut devenir plus guerrir. Marko Halanevych excelle, lui, autant dans le “khoomii “ (chant de gorge diphonique caractérisé par deux notes de fréquence différente) et diverses étrangetés vocales. Dans un style plus jazzy, il  joue aussi avec tact, de la guimbarde et autres instruments. Les artistes n’hésitent pas à ponctuer leurs morceaux, de bruitages : appeaux, sifflets et procédés électroniques imitant les sons de la nature ou, agitant les mains devant les micros, ils reproduisent des bruissements d’ailes…

Autre clin d’œil visible d’entrée de jeu :  des costumes traditionnels un peu décalés :  toques d’astrakan démesurées et longues robes colorées de style oriental pour les femmes, habit brodé pour l’homme. Ce métissage introduit une distance ironique mais n’altère en rien la force de ces chants, et leur profond enracinement dans un terroir d’où il puisent vigueur et conviction.
On sent aussi, dans cette musique, la part active que les femmes revendiquent aujourd’hui en Ukraine. Une émotion et une sensualité contenues, habitent aussi cet époustouflant concert. A voir ou à entendre : le groupe a déjà cinq CD à son actif…

nuageParti en procession derrière les DakhaBrakha, le public prend alors place autour de la pièce d’eau qui jouxte le théâtre. Une haute structure métallique surmontée d’un nuage a été érigée au milieu du bassin. L’heure sonne au clocher de l’église illuminé, à ses pieds un homme, solitaire : Benoit Belleville. Il avance lentement dans  l’eau, puis grimpe le long des tubulures, tout en haut, pour un saut de l’ange vertigineux dans les nuages.
La musique a fait place au silence. « J’ai toujours travaillé sur la question de l’envol et de la chute,  dit le fondateur de la compagnie des Arts Sauts, ancien trapéziste lui-même Avec Nuage, je recherche justement la chute… l’instant de fragilité chez l’homme . »

Un bel instant poétique dans la nuit parisienne…

Mireille Davidovici

 Au Monfort, DakhaBrakha et Nuage jusqu’au 17 septembre.T :01 56 08 35 88. Et le 25 novembre, au Théâtre-Sénart 8 Allée de la Mixité, 77127 Lieusaint. T: 01 60 34 53 60

DakhaBrakha : le 26 novembre, à Saint-Barthélémy d’Anjou (49) ; le 7 décembre au au Metronum, 2 Rond-Point Madame de Mondonville, 31200 Toulouse; le 2 décembre, au Rocher de Palmer, Canon (33) et le 9 décembre au Théâtre des Quinconces  de Vals-les-Bains (07)

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