C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde

C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde de Claire Fretel, Thiphaine Gentilleau et Chloé Olivères

 

c'est un peu compliquéComédiennes confirmées, elles ont envie de jouer, mais de jouer ce qui leur tient à cœur, et au ventre. Voilà : elles se sont baptisées « les filles de Simone », S de B signifiant Simone de Beauvoir et non salle de bains, encore que cette pièce ait à voir avec le début de l’histoire. Un test de grossesse, positif : tandis que la nature «reprend ses droits» (qui ne sont pas des droits mais des faits biologiques), la société entière accable la future « maman » (car on ne peut parler d’elle qu’avec les mots de l’enfant à venir). D
Discours anxiogène et mécaniste du médecin, discours lénifiant, obstinément optimiste, rose bonbon de la gourou des accouchements « naturels », images de la vierge à l’enfant, et avec ça, la (grand) mère possessive qui s’empare du bébé. « C’est tout toi ! », dit-elle. « Non, c’est-elle », rectifie la jeune mère…

Les trois comédiennes-auteures se sont donc emparées de leur expérience de la maternité : manque de solidarité professionnelle des femmes face à une consœur (?) enceinte,  désir ou non d’avoir un enfant, dans une société qui s’empare de la femme concernée tout en l’excluant, de la joie à la dépression post-natale, désir de retrouver son amoureux, tout en constatant que ça fait mal…
Dit comme cela, le spectacle semble et est très sérieux. Mais aussi irrésistiblement drôle. Et fait  comment? Justement de la vérité d’une expérience que la plupart des femmes connaissent, d’un paquet de langues de bois qu’elles reconnaissent, de leurs angoisses et de leurs roucoulements devant la petite merveille.  Elle disent aussi ce qui leur est pris: quatre-vingt-dix-neuf pour cent de leur liberté et de leur temps, et ce qui leur est donné (quand tout va bien) : le plus beau bébé du monde, le bambin le plus futé de sa petite section de maternelle…

Elles incluent même le partenaire masculin dans cette affaire. Il faut voir de quoi est faite une barbe : aussi (dé)culotté que du Jérôme Savary (pour ceux qui ne l’ont pas oublié!). Ce n’est pas Shakespeare, ni Tchekhov. Non, elles ne veulent pas revisiter Les Trois sœurs, juste faire circuler entre les deux comédiennes et qui n’ont pas peur de provoquer le public, les différents rôles qu’on attribue à la mère, ou à la maman, et à tous ceux qui sont mêlés à l’affaire.
La série de situations, vivement enlevées, va plus loin que le sketch : ni ironie ni dérision, le rire naît, encore une fois, du vrai et de ses contradictions. Et aussi de la virtuosité des deux filles : il faut entendre la tirade débitée à deux cent à l’heure, sur la journée d’une comédienne en répétition qui doit déposer son enfant à la crèche, alors que son compagnon, justement ce jour-là, rentre tard… On se dit que le théâtre est vraiment une belle chose, qui fait d’un réel tourment, d’une angoisse quotidienne, une heure et quart de rire, avec quelques beaux silences.
L’émotion, quand même…

Christine Friedel

Théâtre du Rond-Point, Paris T: 01 44 95 98 21, jusqu’au 2 octobre.

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Archive pour 24 septembre, 2016

C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde

C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde de Claire Fretel, Thiphaine Gentilleau et Chloé Olivères

 

c'est un peu compliquéComédiennes confirmées, elles ont envie de jouer, mais de jouer ce qui leur tient à cœur, et au ventre. Voilà : elles se sont baptisées « les filles de Simone », S de B signifiant Simone de Beauvoir et non salle de bains, encore que cette pièce ait à voir avec le début de l’histoire. Un test de grossesse, positif : tandis que la nature «reprend ses droits» (qui ne sont pas des droits mais des faits biologiques), la société entière accable la future « maman » (car on ne peut parler d’elle qu’avec les mots de l’enfant à venir). D
Discours anxiogène et mécaniste du médecin, discours lénifiant, obstinément optimiste, rose bonbon de la gourou des accouchements « naturels », images de la vierge à l’enfant, et avec ça, la (grand) mère possessive qui s’empare du bébé. « C’est tout toi ! », dit-elle. « Non, c’est-elle », rectifie la jeune mère…

Les trois comédiennes-auteures se sont donc emparées de leur expérience de la maternité : manque de solidarité professionnelle des femmes face à une consœur (?) enceinte,  désir ou non d’avoir un enfant, dans une société qui s’empare de la femme concernée tout en l’excluant, de la joie à la dépression post-natale, désir de retrouver son amoureux, tout en constatant que ça fait mal…
Dit comme cela, le spectacle semble et est très sérieux. Mais aussi irrésistiblement drôle. Et fait  comment? Justement de la vérité d’une expérience que la plupart des femmes connaissent, d’un paquet de langues de bois qu’elles reconnaissent, de leurs angoisses et de leurs roucoulements devant la petite merveille.  Elle disent aussi ce qui leur est pris: quatre-vingt-dix-neuf pour cent de leur liberté et de leur temps, et ce qui leur est donné (quand tout va bien) : le plus beau bébé du monde, le bambin le plus futé de sa petite section de maternelle…

Elles incluent même le partenaire masculin dans cette affaire. Il faut voir de quoi est faite une barbe : aussi (dé)culotté que du Jérôme Savary (pour ceux qui ne l’ont pas oublié!). Ce n’est pas Shakespeare, ni Tchekhov. Non, elles ne veulent pas revisiter Les Trois sœurs, juste faire circuler entre les deux comédiennes et qui n’ont pas peur de provoquer le public, les différents rôles qu’on attribue à la mère, ou à la maman, et à tous ceux qui sont mêlés à l’affaire.
La série de situations, vivement enlevées, va plus loin que le sketch : ni ironie ni dérision, le rire naît, encore une fois, du vrai et de ses contradictions. Et aussi de la virtuosité des deux filles : il faut entendre la tirade débitée à deux cent à l’heure, sur la journée d’une comédienne en répétition qui doit déposer son enfant à la crèche, alors que son compagnon, justement ce jour-là, rentre tard… On se dit que le théâtre est vraiment une belle chose, qui fait d’un réel tourment, d’une angoisse quotidienne, une heure et quart de rire, avec quelques beaux silences.
L’émotion, quand même…

Christine Friedel

Théâtre du Rond-Point, Paris T: 01 44 95 98 21, jusqu’au 2 octobre.

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