Dom Juan de Molière mise en scène de Jean-François Sivadier

Dom Juan  de Molière mise en scène de Jean-François Sivadier

dom-juan-sivadier-sg-et-dj-br-enguerandLa pièce créée en 1665, fut seulement jouée quinze fois puis la veuve de Molière douze ans plus tard en fit faire par Thomas Corneille, une version expurgée intitulée Le Festin de pierre  douze ans plus tard.
Mais Don Juan ne fit pas jamais un tabac, même si le thème intéressa plus d’un dramaturge comme, entre autres, Carlo Goldoni, George Bernard Shaw, Edmond Rostand, Odön von Hörvath, Max Frisch… La pièce de Molière commença surtout à intéresser vraiment les  metteurs en scène, après que Louis Jouvet l’eut recréé il y a soixante dix ans, en en faisant une sorte de drame métaphysique, et en en jouant le personnage principal.
 Elle a, même si elle est difficile à monter  depuis été toujours à l’affiche, surtout  après la mise en scène de Jean Vilar au T.N.P. en 1953  avec lui-même en Don Juan,  » mousquetaire cartésien et athée » pour reprendre les mots de Gilles Sandier, Daniel Sorano (Sganarelle), et Monique Chaumette (Elvire).
Avec la garantie à chaque reprise, d’un formidable succès public et de la joie de des comédiens, sauf un : Philippe Noiret, qui, nous avait-il raconté,  avait le tout petit rôle de la statue du Commandeur ! Jean Vilar jouera ainsi la pièce pendant cinq ans, dans vingt-trois pays pour quelque 370.000 spectateurs !

Après bien des metteurs en scène, dont Antoine Vitez, Beno Besson, Patrice Chéreau, Roger Planchon, Jacques Lassalle avec le grand Andrzej Seweryn, Jacques Livchine, et enfin Marcel Bluwal avec sa remarquable adaptation pour la télévision, avec Michel Piccoli et Claude Brasseur, Jean-François Sivadier se lance dans l’aventure.
Il insiste sur le fait que « Don Juan est un véritable athée (…)qui va, pendant deux heures,  aller de blasphèmes en blasphèmes, cracher sur la croix et piétiner toutes les formes du sacré, à commencer par le mariage (…) Sganarelle fait rire le public en ridiculisant le point de vue de l’Eglise, la morale chrétienne, dans le même temps où il prétend les défendre. »

Et  le metteur en scène a raison de préciser « qu’avant d’être un personnage, Dom Juan, tout comme le texte de la pièce, est un espace de projection ouvert à toutes les interprétations possibles ».

 Effectivement, il y a eu, ainsi au milieu du XVIIème siècle, une sacrée provocation dans l’air, comme peu d’auteurs français se le sont permis sur une scène de théâtre! Reste trois siècles après, à donner des couleurs à cette histoire de ce jeune homme cynique  à la complète amoralité qui pense d’abord surtout sexe et le claironne, qui ne fait qu’une bouchée des belles jeunes femmes, et s’amuse à jouer avec la mort.
Les méthodes de séduction, Don Juan les connaît parfaitement, en grand professionnel qu’il est, et dans une course vertigineuse contre son destin, rien ne doit lui résister : il maîtrise parfaitement les situations les plus scabreuses, et  méprise «le faux honneur d’être fidèle ». Comme le disait Jean Vilar,  ce héros hors-normes, «se promène à la recherche de Dieu, se présente seul devant «Lui», nie «Ses» pouvoirs jusqu’au moment où une vengeance extraordinaire le foudroie. »

Et sur le plateau, cela donne quoi ? A la fois, le meilleur, surtout au début, avec le couple Sganarelle/Don Juan que Jean-François Sivadier rend tout à fait crédible, avec une direction d’acteurs exemplaire. Nicolas Bouchaud, impose tout de suite ce séducteur hors pair, à la fois élégant, persuasif, irrésistible, insolent mais aussi odieux et cynique. Du grand art.
Vincent Guédon, au début, semble avoir quelque mal avec son Sganarelle, et tape sur la fin des mots quand il fait l’éloge du tabac, mais ensuite, tout proche de son maître, il impose aussi le personnage de ce curieux valet qui, remarque justement Jean-François Sivadier, ne se lance pas dans des intrigues, mais reste l’indispensable témoin dont a besoin Don Juan-approuvant-sincèrement ou pas, on ne le saura jamais et qu’importe, quand  son maître hors-normes se lance dans ce pari existentiel qu’il sait sans doute perdu d’avance.

Mais on comprend moins que Jean-François Sivadier fasse autant crier Marie Vialle (qui joue aussi Mathurine, la jeune paysannne) ; du coup,  son Elvire est peu convaincante ! Ni pourquoi il impose à Stéphen Butel (Pierrot) une diction telle qu’on comprend mal son texte…
 En fait, plus ennuyeux : on saisit mal où Jean-François Sivadier veut nous emmener, malgré les nombreux arguments de sa note d’intention. Bien peu convaincante, cette scénographie signée  Christian Tirole, et Daniel Jeanneteau qu’on a connu mieux inspiré. Sur le beau plateau nu de l’Odéon, il y a tout un arsenal: tabourets blancs et noirs, grosses boules de fer et de verre, ampoules à filaments suspendues, échafaudage métallique, toiles en plastique,  fausse neige,  praticable en planches de bois qui, à la fin, se déconstruit,c statues de type romain, et compteur  indiquant le nombre de fois où est mentionné le mot « ciel » dans le texte… Ce gadget, on en conviendra, est d’un extrême intérêt pour la compréhension de la pièce!

 Le metteur en scène justifie tous ces accessoires par le fait que « le public de Molière veut voir des machines, des effets spéciaux, ce qui ne l’empêchera pas de s’étonner devant des choses magiques, de l’inexplicable, une statue qui marche et le sol qui s’ouvre. »
 On veut bien mais que peut bien signifier« matérialiser le ciel»  « ou le ciel devait était regardé comme habité par Sganarelle» ? Cela ralentit le rythme de cette pièce déjà longue, et, plus ennuyeux, ne met pas du tout en valeur les comédiens, comme un peu égarés  dans cet ensemble disparate d’accessoires. Désolé, mais les dispositifs scéniques très épurés  comme celui de Camille Demangeat  pour la mise en scène de Jean Vilar, ou celui de Claude Lemaire pour celle d’Antoine Vitez, étaient d’une autre efficacité…

Le metteur en scène aurait pu aussi nous épargner ces petits ajouts au texte du genre: «couilles et sexe» dans des répliques de Sganarelle, et cette inattendue et longue citation d’un  extrait de La Philosophie dans le boudoir du Marquis de Sade commençant par le célèbre : «Français, encore un effort », ou encore ces effets bien faciles, usés depuis longtemps, comme ces arrivées de comédiens par la salle, où Nicolas Bouchaud offre des fleurs à une spectatrice puis les lui reprenant pour les offrir à une autre… Sganarelle chante Les Passantes de Georges Brassens, et Don Juan  Sexual Healing de Marvin Gaye, et à la fin,  disparait dans une débauche de fumigènes! Tous aux abris!

 La jeune lycéenne à côté de nous, s’ennuyait, regardait le ciel de la salle mais fort peu la scène, et les applaudissements, on le comprend, furent juste polis. A force de jouer sur le système : plateau nu, et théâtre dans le théâtre, malgré la précision de sa mise en scène et quelques belles images, Jean-François Sivadier, a sans doute atteint ici les limites du genre, et la ainsi pièce malmenée n’apporte pas grand chose. Quelle tristesse!
Reste le plaisir d’écouter encore et encore, ce texte surprenant, multiforme, qui mélange les genres, où Molière règle visiblement ses comptes un an après créé Tartuffe  en écrivant nombre de scènes d’une rare violence, et devenues célèbres…Comme celle où Don Juan veut offrir à un mendiant un louis d’or contre un blasphème et qui sera retirée à la deuxième représentation, ou celle où Don Juan dit que les médecins ne font que «bénéficier des faveurs du hasard et des forces de la nature ».

Voilà. Les 2h 30 sans entracte de ce Don Juan sont bien longues et décevantes… Evitez donc à tout prix d’y emmener des lycéens ou étudiants: ils ne vous le pardonneraient pas!

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris jusqu’au 4 novembre. Théâtre de Vidy-Lausanne du 23 novembre au 2 décembre. Le Grand T du 7 au 17 décembre.
Théâtre National de Strasbourg du 3 au 14 janvier. MC 2 de Grenoble du 19 au 29 janvier.

 

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Archive pour septembre, 2016

Nissim Aloni, il était une fois un roi

Nissim Aloni, il était une fois un roi de Doron Djarassi

 

nissimLe grand dramaturge israélien Nissim Aloni (1926-1998) resterait un parfait inconnu en Europe, sans ce documentaire original qui nous plonge dans l’univers des années cinquante et soixante,  grâce à des interviews d’acteurs, musiciens, producteurs et scénographes qui furent  les témoins de sa carrière. Héritier d’un Eugène Ionesco et du théâtre parisien des années cinquante, il bouleversa, tel un ovni, la scène israélienne, jusque là confinée dans le théâtre commercial ou classique.

Le  jeune réalisateur brosse un intéressant portrait de cet auteur-metteur en scène à l’humour décapant. Films et photos d’archives font revivre des répétions houleuses de ses spectacles et son acharnement à toujours, sur le métier, remettre son ouvrage. Des extraits de ses  mises en scènes et séances d’écriture montrent que sa fantaisie et son inventivité fulgurante sont compatibles avec une grande exigence littéraire : amoureux de la langue, il polit ses textes jusqu’à la dernière minute, à la recherche du mot juste, et prolonge le travail de répétition des mois entiers, au grand dam des comédiens et directeurs théâtraux.

Pour rendre la poétique et l’univers absurde de ses pièces, Doron Djarassi a fait appel au dessin animé : des croquis colorés, souvent naïfs, de son scénographe attitré, le peintre Yosel Bregner deviennent des personnages costumés qui s’envolent, emportés par des ballons rouges, des poissons sillonnent l‘espace, et des chevaux de bois cavalcadent… Et dans La Fiancée et le chasseur de papillons, étrange pièce surréaliste, un ballet de papillons envahit l’écran …

La réussite de Nissim Aloni n’eut qu’un temps : la critique, d’abord désarçonnée, puis enthousiaste, lui reprochera vite des productions trop coûteuses et des fables obscures. Après le succès des Habits du roi (1961), réécriture des Habits de l’empereur de Hans Christian Andersen, une pièce comme Napoléon mort ou vif  s’en prend indirectement à Moshe Dayan. Nissim Aloni y met en scène un tueur à gages aux trousses d’un dictateur polymorphe qu’il ne parvient pas à descendre; devenu fou, il se prend lui-même pour Napoléon et met fin à ses jours

Dans le même style, Eddie King (1976) ascension d’un maffieux, ne verra jamais le jour,  faute de financement. Le dramaturge, découragé, se reconvertira alors dans la traduction et écrira des sketches de cabaret, entrés depuis dans la culture de son pays. Puis Hanoch Levin, dans les années quatre-vingt, évincera cette étoile filante de la scène.

 Le cinéma parvient ici, sans recours à la captation de spectacles, à rendre le théâtre vivant, et nous fait découvrir une œuvre importante, même si elle paraît aujourd’hui un peu vieillotte. Les pièces de Nissim Aloni n’ont pas encore été traduites en français, cela viendra peut-être un jour…

 Mireille Davidovici

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, dans le cadre du festival Lettres d’Israël, jusqu’au 29 septembre.
Le 22 septembre à 18 heures : Le théâtre d’Israël, lectures par le Jeune Théâtre National, 13 rue des Lions Saint-Paul, 75004 Paris.

Le Hibou, recueil de nouvelles de Nissim Aloni, est publié aux éditions Viviane Hamy.

 

 

Avidya-L’Auberge de l’obscurité

 

Avidya-L’Auberge de l’obscurité, texte et mise en scène de Kurô Tanino, spectacle en japonais surtitré en français

 324«Mumyô»-Avidya est le nom de l’établissement traditionnel japonais de bains est aussi celui du premier des douze maillons du bouddhisme, à savoir l’idée d’ignorance, d’illusion ou d’aveuglement. Dans un paysage grandiose aux montagnes aux sommet enneigé, et près de sources thermales chaudes, il y a une auberge, établissement thermal historique et familier à la région, et transmis de génération en génération.

 Une voix féminine, amusée, apprend au spectateur que ce lieu populaire mythique est menacé de perdre sa tranquillité actuelle que ses clients apprécient pour avoir un repos réparateur : le Shinkansen, un TGV, doit absolument passer par ce territoire qui serait dévasté et soumis à une grave pollution sonore ! On reconnaît ici le thème de La Cerisaie de Tchekhov dont les personnages doivent faire le deuil de leur passé. Mais l’auteur et  metteur en scène Kurô Tanino ne s’en tient pas aux souvenirs d’une enfance à jamais perdue, et met en scène le petit peuple humble des campagnes, si éloigné des villes au  temps et à l’espace espace modernes et  aux  plaisirs désordonnés…

 Les âmes errantes trouvent refuge où elles le peuvent, dans les chambres vides ; telles des personnes fragilisées par l’existence, aveugles, ou malades, âgées et isolées, ou des geishas en liberté qui trouvent un répit bienfaisant dans l’auberge pour répéter et jouer leur partition musicale avec leur violon traditionnel chinois-erhu-nécessaire aux banquets dans les campagnes.

 

Le théâtre dans le théâtre impose son mystère avec tact et minutie : deux marionnettistes, un fils adulte et un père âgé et lilliputien, artistes aguerris, surviennent dans la maison de thermes endormie et comme déjà disparue. Ils montrent une lettre où le propriétaire  leur demande de  donner une représentation dans l’auberge, mais il est absent. Alors, tels deux génies, merveilleux ou infernaux, comme dans Théorème de Pier Paolo Pasolini, ils imposent alors simplement leur présence, sans rien demander, mais bousculent la paix installée ici avec ses règles, principes et habitudes. Ils sont, pour les premiers spectateurs, les locataires de l’auberge, une occasion de découvrir leurs rêves intimes et leurs désirs cachés.

 A Paris, le public qui découvre le spectacle, admire ce manège sensuel qui s’établit instinctivement et malgré eux, entre les êtres étonnés. Le dispositif scénique fait tourner quatre plateaux représentant les pièces de l’auberge : entrée, chambre, thermes, et l’étage dévolu aux femmes, mais traite avec précaution de la dimension érotique des bains publics.

Le sansuke, figure virile japonaise de l’époque Edo (1603 à 1868), dont le métier est d’assurer le bon fonctionnement de ces thermes, lave le corps des clients et les coiffe à l’occasion. Personnage muet mais gestuellement explicite. Dans cette salle pleine de vapeur, signe brumeux de la présence de sources chaudes,  les locataires de l’auberge, entièrement nus, prennent leur bain avec pudeur, sous les yeux du  public, entre ombres et lumières jetées sur les parois.Ces hommes nus, silencieux, résistent encore à révéler leur intériorité. Mais une marionnette farcesque, à l’effigie du manipulateur, père sarcastique, caustique et plein d’humour, vole à leur secours.
Une aventure théâtrale savoureuse, proche du sentiment existentiel et de la tension d’une réalité quotidienne brute : chacun se résigne (la servitude de l’Avidya) à affronter une vie à la fois fruste et enjouée.

Véronique Hotte

Maison de la Culture du Japon, Paris /Festival d’Automne, du 14 au 17 septembre. T: 01 44 37 95 01/ 01 53 45 17 17.

 

 

 

DakhaBrakha, suivi de Nuage

DakhaBrakha,  suivi de Nuage de Stéphane Ricordel

Dakhabrakha.Une soirée en deux parties: un concert de musique ukrainienne en salle, puis une performance  dans le parc, derrière le théâtre.

Le quatuor DakhaBrakha, “donner et prendre“ en ancien ukrainien, conjugue tradition et modernité : à partir de chansons populaires recueillies dans les villages, ces musiciens-chanteurs composent des arrangements vocaux et instrumentaux originaux. Ce “chaos ethnique“, selon leur expression,  superpose  chants aux accents slaves, africains ou asiatiques, accompagnés d’instruments traditionnels (accordéon, bukhalo ou buhay), ou plus récents (violoncelle et claviers) et de percussions exotiques (djembé, darbuka, tablas)

Les voix chaudes des trois femmes  montent parfois dans l’aigu, en solo ou en chœur, le timbre grêle de Nina Garenetska, soutenu par son violoncelle, peut devenir plus guerrir. Marko Halanevych excelle, lui, autant dans le “khoomii “ (chant de gorge diphonique caractérisé par deux notes de fréquence différente) et diverses étrangetés vocales. Dans un style plus jazzy, il  joue aussi avec tact, de la guimbarde et autres instruments. Les artistes n’hésitent pas à ponctuer leurs morceaux, de bruitages : appeaux, sifflets et procédés électroniques imitant les sons de la nature ou, agitant les mains devant les micros, ils reproduisent des bruissements d’ailes…

Autre clin d’œil visible d’entrée de jeu :  des costumes traditionnels un peu décalés :  toques d’astrakan démesurées et longues robes colorées de style oriental pour les femmes, habit brodé pour l’homme. Ce métissage introduit une distance ironique mais n’altère en rien la force de ces chants, et leur profond enracinement dans un terroir d’où il puisent vigueur et conviction.
On sent aussi, dans cette musique, la part active que les femmes revendiquent aujourd’hui en Ukraine. Une émotion et une sensualité contenues, habitent aussi cet époustouflant concert. A voir ou à entendre : le groupe a déjà cinq CD à son actif…

nuageParti en procession derrière les DakhaBrakha, le public prend alors place autour de la pièce d’eau qui jouxte le théâtre. Une haute structure métallique surmontée d’un nuage a été érigée au milieu du bassin. L’heure sonne au clocher de l’église illuminé, à ses pieds un homme, solitaire : Benoit Belleville. Il avance lentement dans  l’eau, puis grimpe le long des tubulures, tout en haut, pour un saut de l’ange vertigineux dans les nuages.
La musique a fait place au silence. « J’ai toujours travaillé sur la question de l’envol et de la chute,  dit le fondateur de la compagnie des Arts Sauts, ancien trapéziste lui-même Avec Nuage, je recherche justement la chute… l’instant de fragilité chez l’homme . »

Un bel instant poétique dans la nuit parisienne…

Mireille Davidovici

 Au Monfort, DakhaBrakha et Nuage jusqu’au 17 septembre.T :01 56 08 35 88. Et le 25 novembre, au Théâtre-Sénart 8 Allée de la Mixité, 77127 Lieusaint. T: 01 60 34 53 60

DakhaBrakha : le 26 novembre, à Saint-Barthélémy d’Anjou (49) ; le 7 décembre au au Metronum, 2 Rond-Point Madame de Mondonville, 31200 Toulouse; le 2 décembre, au Rocher de Palmer, Canon (33) et le 9 décembre au Théâtre des Quinconces  de Vals-les-Bains (07)

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Le Dépeupleur de Samuel Beckett

Le Dépeupleur de Samuel Beckett, spectacle conçu par Alain Françon, Jacques Gabel et Joël Hourbeigt

 

Il s’agit d’une revisitation d’un texte qui avait déjà fait-il nous en souvient- l’objet d’une lecture en 1978 dans un petit théâtre du off avignonnais  par  Serge Merlin avec Pierre Tabard, puis en 2003, toujours par Serge Merlin aux Ateliers Berthier, déjà dirigé par Alain Françon. Bref, un long compagnonnage de l’acteur avec le metteur en scène et Samuel Beckett.

On oubliera les trente minutes d‘attente pour mettre au point (mais mal!) le décor pas très convaincant de Jacques Gabel avant de pouvoir entrer dans la salle. Soit un cube noir très fermé et sans aucun dégagement avec, au centre, un cylindre symbolisant celui prévu par l’écrivain: “C’est l’intérieur d’un cylindre surbaissé ayant cinquante mètres de pourtour et seize de haut pour l’harmonie», autour duquel Serge Merlin va s’emparer du texte. Avec, à l’intérieur, de très petits personnages blancs et des échelles appuyées sur le mur, éclairés par une lumière zénithale, crépusculaire, tour à tour verte, jaune, rouge ou blanche.
 Silence de quelques minutes, quand entre, par la porte de la salle, comme un diable,  Serge Merlin-pantalon noir rayé, chemise blanche, lavallière noire et  et très ample manteau court, vert pomme. Serge Merlin a une apparence fantastique, comme en ont peu de comédiens: visage aux yeux brillants, buriné et encadré de cheveux longs mais aussi des bras et mains qui, dans la pénombre, paraissent démesurés. Et il a cette  voix inimitable, rocailleuse que l’on reconnaît tout de suite et qui va nous envelopper pendant quelque soixante minutes, sans aucune baisse de tension.
Il possède un art du geste des plus rares : impossible aussi d’échapper à ce regard qui vous scrute au plus profond de vous-même, et on sent chez lui une passion exceptionnelle de la langue. Il faut l’entendre faire un sort à chaque phrase mais avec une grande légèreté, et aussi par exemple,  à certains mots comme « harmonie » qui revient plusieurs fois dans le texte, en mettant l’accent sur le i final, comme ne le se permettrait aucun comédien confirmé. Mais il sait parfaitement où il va et tout d’un coup, merveille de drôlerie, cela éclaire la phrase de Samuel Beckett. Du grand art de la prosodie, et d’une belle intelligence théâtrale.

Le texte de quelque cinquante pages, clair, concis et d’une rare densité-mais comment dire les choses-reste à la fois simple  et toujours accessible. Et on éprouve aussitôt une sorte de jubilation à écouter Serge Merlin, quand il s’empare de ces courtes phrases souvent nominales qui font parfois penser aux descriptions ethnologiques d’une population des tropiques par Claude Lévi-Strauss: « Séjour où des corps vont cherchant chacun son dépeupleur. Assez vaste pour permettre de chercher en vain. Assez restreint pour que toute fuite soit vaine. Séjour où des corps vont cherchant chacun son dépeupleur. Assez vaste pour permettre de chercher en vain. Assez restreint pour que toute fuite soit vaine. (…)Lumière. Sa faiblesse. Son jaune. Son omniprésence comme si les quelque quatre-vingt mille centimètres carrés de surface totale émettaient chacun sa lueur. Le halètement qui l’agite. Il s’arrête de loin en loin comme un souffle sur sa fin. Tous se figent alors. Leur séjour va peut-être finir. Au bout de quelques secondes tout reprend. Conséquences de cette lumière pour l’œil qui cherche. Conséquences pour l’œil qui ne cherchant plus fixe le sol ou se lève vers le lointain plafond où il ne peut y avoir personne. Température. Une respiration plus lente la fait osciller entre chaud et froid. Elle passe de l’un à l’autre extrême en quatre secondes environ. Elle a des moments de calme plus ou moins chaud ou froid. Ils coïncident avec ceux où la lumière se calme. Tous se figent alors. Tout va peut-être finir. Au bout de quelques secondes tout reprend. Conséquences pour les peaux de ce climat. Elles se parcheminent. Les corps se frôlent avec un bruit de feuilles sèches. Les muqueuses elles-mêmes s’en ressentent. Un baiser rend un son indescriptible. Ceux qui se mêlent encore de copuler n’y arrivent pas. Mais ils ne veulent pas l’admettre. »

  On a vu Serge Merlin en faire parfois beaucoup, voire vraiment trop, mais ici, Alain Françon a fait ici un travail des plus remarquables tout en nuances, d’une exigence absolue, compte-tenu des petites dimensions du plateau, et il a dirigé, avec beaucoup de maîtrise, son acteur-fétiche dans cette performance exceptionnelle… A la fin, Serge Merlin salue sobrement, le regard encore plein de malice,comme s’il nous avait joué un bon tour, le temps d’une heure, avant de se sauver, malgré l’ovation qui continue longtemps. Le privilège des très grands.

 Seul bémol : il vous faudra débourser 30€, ou si on est jeune et beau, enseignant, professionnel, etc. :18 et 26 €. Mais allez-y ; ce court mais très beau spectacle en vaut largement bien d’autres à la mode-suivez notre regard- qui durent plusieurs heures…

Philippe du Vignal

Théâtre des Déchargeurs 3 rue des Déchargeurs 75001 Paris T: 01 42 36 00 50, jusqu’au 1 octobre du lundi au samedi à 21h30; et du 3 octobre au 19 décembre le lundi à 21h30.
Théâtre des Halles,  Avignon, les 11 et 12 novembre à 20h.
Le texte est publié aux Editions de Minuit.

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Actes probables: Oratorio autour d’Armand Gatti

Didascalie-se-promenant-seule-300x128Actes probables : Oratorio autour d’Armand Gatti coordonné par Mohamed Mellah

Ce sont les derniers feux de cette Maison de l’Arbre qu’Armand Gatti et Jean-Jacques Hocquard font vivre depuis une trentaine d’années! Un appel d’offres a été lancé par le Conseil Général du 93, propriétaire des lieux, sans précision sur les moyens mis à disposition pour leur successeur… et six personnes se seraient portées candidats.

Mohamed Mellah présente le spectacle, fruit d’une expérience à Strasbourg menée avec  neuf comédiens amateurs et professionnels,  autour de textes d’Armand Gatti . Prémisses d’une écriture sur la traversée des langages, avec des «loulous», et des groupes de l’université permanente. On y parle de physique quantique mais aussi d’Évariste Galois, grand mathématicien français né en 1811 à Bourg-la-Reine, et mort à Paris dans un duel à  vingt ans! Et de Jean Cavaillès, philosophe et logicien né en 1903. Résistant et cofondateur du réseau Libération-Nord, il rejoint le réseau Libération-Sud mais sera  fusillé par les Allemands en 1944. Son corps est enterré dans la chapelle de la Sorbonne.`

Cette lecture-oratorio est célébrée sous d’immenses photos de cinq grandes cathédrales de France, et devant les portraits des disparus. Après la complainte des chrysanthèmes accompagnée au piano et à la guitare, on évoque les protons, les neutrons, les introns, la dernière nuit d’Évariste Gallois : «Allumez une bougie et vous aurez remonté quelques siècles ! ».

Les comédiens annoncent: «Ce n’est pas un spectacle, c’est sa probabilité (…) Nous vous racontons l’histoire du livre d’Évariste Galois qui n’a jamais été écrit ! (…) Le rire n’est-il pas un contre-sens absolu (…) le mot spectacle est suspect  ». Chaque page est lue, jouée, chantée, jetée par terre, on chante Le Cantique des quantiques, «Nous serons les oxymores des anaphores ! ». On évoque la forêt qui brûle, et les acteurs chantent quelques mesures du Chant des Partisans « Ils ont tenu debout toute une poignée de secondes, ils continuent dans leur mort».
On reste pétrifié devant cet étonnant voyage porté par une équipe internationale déterminée qui porte un message compréhensible pour des analphabètes scientifiques comme nous.
Armand Gatti et son fidèle Jean-Jacques Hocquard  sont là au premier rang, attentifs…

Edith Rappoport

Maison de l’Arbre Montreuil. Le spectacle sera repris à la Maison de l’Amérique Latine de Strasbourg du 30 septembre au 9 octobre.

Michaël Kolhaas, l’homme révolté

Michaël Kolhaas, l’homme révolté d’après Henrich von Kleist

Gilbert PonteNous avions encore un souvenir vivace d’une lecture très ancienne de ce roman  paru sous forme de feuilleton de 1808 à 1810 dans de Phöbus, le magazine littéraire d’Henrich von Kleist.
C’est au milieu du XVIème siècle, l’histoire d’un marchand de chevaux, Michael Kohlhaas, qui s’insurge et qui veut se rendre justice selon sa devise: »Fiat justitia et peereat mundus » («Que la justice s’accomplisse, le monde dût-il s’effondrer»). Les adaptations de l’œuvre au théâtre comme au cinéma sont aussi nombreuses qu’inégales...

Le célèbre écrivain
retrace l’épopée désastreuse de ce riche éleveur, parti avec son valet pour vendre des chevaux au marché de Dresde. En route, sous une pluie battante, il est arrêté par un barrage dressé par un propriétaire, le riche baron von Tronck, et pour passer, doit laisser en gage ses deux plus belles bêtes, sous la garde de son fidèle valet qui  va les soigner. À son retour, trois semaines plus tard, il les retrouve dans un état pitoyable, décharnées, blessées et enfermées dans une porcherie…Son valet lui aussi méconnaissable n’a pu les protéger.
Il rentre chez lui, furieux, bien décidé à se venger, si on ne lui rend pas ses bêtes dans l’état où il les a laissées. Son entourage lui dit de laisser tomber: « Ce ne sont que deux chevaux » mais il  veut que justice soit faite. Lisette, son épouse, part en faire la demande à l’empereur, mais ne peut l’approcher, et blessée, revient mourir auprès de son époux.

Une fureur vengeresse s’empare alors de Michaël Kolhaas et, malgré les avertissements de ses proches, recrute une armée qui met la Saxe à feu et à sang. Michaël Kolhaas, bon père, modèle du  citoyen sans reproche, va se  transformer en bête furieuse  à cause d’une injustice.
Où se situe la frontière entre lutte armée politique et meurtres, entre résistance à l’oppression et terrorisme ? Michaël Kolhaas pose déjà cette question troublante, et Gilbert Ponte nous emmène dans  cette histoire de façon remarquable. Cet acteur et conteur italien avait déjà monté plusieurs solos depuis 2005, d’après La Ferme des animaux de George Orwell et Le Bar sous la mer de Stefano Benni.

Edith Rappoport

Théâtre Essaïon, 6 Rue Pierre au Lard, 75004 Paris jusqu’au 22 novembre, les lundis et mardis à 19 h 45.

 

Festival ActOral, festival des arts et des écritures contemporaines

 

Festival ActOral, festival des arts et des écritures contemporaines:

 

actoral +Une ronde de vêtements aussi bigarrés qu’enchevêtrés : tel est le magnifique visuel de cette nouvelle édition d’ActOral, festival marseillais mené par l’équipe de Montévido. Invite-t-il à l’engagement, clignant de l’œil  vers l’actualité et l’urgence de venir en aide aux migrants ? A moins qu’il n’évoque des luttes intestines plus anciennes (on croit reconnaître le motif d’un keffieh) ? Que nenni ! Rien de cet acabit dans ce festival plutôt  axé  sur  la question du corps, la plasticité et la transdisciplinarité. «Le politique, dit Hubert Colas, est à débusquer dans la démarche artistique».

 Quoi d’audacieux dans ce festival qui se donne surtout pour vocation de valoriser les arts et les écritures contemporaines ? Tout d’abord, le parrain, Théo Mercier. D’habitude, un auteur occupe cette place privilégiée. Mais cette année, ce plasticien issu d’une école de création industrielle, qui a conçu des robes pour Björk et dans le sillage de Matthew Barney, imposera son humeur.
La transdisciplinarité tout d’abord. Il la maîtrise plutôt bien, lui qui s’est fait remarquer par une sculpture monumentale en spaghettis (Le Solitaire), comme par ses performances. Il promet du décloisonnement, des frontières ouvertes, un refus de se laisser enfermer dans des limites imaginaires (sont-elles toutes si imaginaires que cela, Théo Mercier?) … au risque de tomber dans la confusion facile dont notre époque se repaît.
Il fantasme Marseille en «vieille transformiste folle» invitant «à la grande partouze» où s’accoupleraient tragédie grecque, philo, techno, science-fiction, etc. Au-delà de la provocation et de l’énergie transgressive affichées, on verra si ce joyeux bordel tient ses promesses. Théo Mercier expose au Musée d’Art Contemporain, The Thrill is gone, une archéologie «entre futurisme et technologie» et rejoue Radio Vinci park (déjà programmé à la Ménagerie de Verre à Paris), un affrontement d’un motard et d’un danseur sur la musique d’un clavecin, dans un parking de la Friche de la Belle de Mai. Combat entre brutalité et sensualité.
Il proposera aussi une performance musicale avec Flavien Berger, Jacques et Julia Lanoë (chanteuse de l’irrévérencieux et percutant groupe Sexy Sushi). La coloration musicale est très présente dans la programmation… 

Cette année, après d’autres pays francophones comme le Canada et la Suisse, la Belgique est la grande invitée. Au programme, en tête d’affiche, de fameux chorégraphes comme Alain Platel qui présentera un spectacle qui vient d’être créé, croisant des chants polyphoniques congolais avec la musique de Gustav Malher. Et Jan Fabre, a écrit pour le performeur Antony Pizzi avec Drugs kept me alive, un monologue sur une vie au bord du gouffre.
Parmi les belles curiosités : Alexander Vantournhout qui joue de son long cou, entre cirque et danse,  et Benjamin Verdonck qui propose une boîte à images burlesque, et traite, dans un autre spectacle, du réchauffement climatique à travers les Quatre Saisons. Le jeune Salvatore Calgagno revient avec un projet sur le décès du père, avec Ennio Morricone en bande-son.

 Et dans une centaine de propositions éclectiques, retenons  aussi L’Objet des mots,  fait de duos d’écriture sous la houlette de la SACD : des créations singulières made in Montevidéo. Des lectures seront aussi données à la Bibliothèque départementale (Sylvain Prudhomme, Antonio Moresco, Julie Kretzschmar…).
Le théâtre dansé de Toshiki Okada offrira une esthétique épurée qui sera sans doute la bienvenue. Et Federico Len jouera avec la création en train de se faire, grâce à une étonnante table de ping-pong interactive (un peu Germinal ?). 
Philippe Quesne nous emmènera dans l’univers des taupes. Et on pourra voir ou revoir Lotissement (voir Le Théâtre du Blog), prix Impatience 2016, ainsi qu’un Dynasty pour intellos où il sera question de désir et d’ennui (Les Sœurs H).
Enfin Marie Brassard mettra en scène les élèves de l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes,  avec un texte d’Alexandra Badea sur la résistance dans un pays en guerre.

 Deux projets semblent prometteurs, en termes de renouvellement de la relation entre artistes et public. Celui de Jan Martens et Lucas Dhont  fondé sur un constat : on ne communique qu’à travers des écrans (ou presque). Démarche fragile et passionnante, qui se veut une expérience sociale  et qui prendra la forme d’un projet de danse participative avec des amateurs, comme l’affectionnent Jérôme Bel ou Boris Charmatz.
 Superbe enjeu : former des duos inédits sur scène, créer le choc de la première rencontre, renouveler l’appréhension du mouvement. David Freeman, lui, nous promet une soirée spéciale où l’art contemporain rencontrera le karaoké ! Avec l’aide de vingt-cinq artistes, il a concocté des vidéo-clips décapants : les spectateurs en interprèteront les chansons…
Signalons enfin ce titre cocasse d’Eric Noël : Mon cul se plaignait, ma tête était légère. Quel programme !?!

Stéphanie Ruffier

A Montévidéo, La Friche Belle de Mai, La Criée, Théâtre des Bernardines, Mac, Mucem, Ballet national de Marseille…du 27 septembre au 15 octobre.
Le festival fait aussi des petits à Montpellier et Montréal. (Voir programme complet sur Internet).www.actoral.org/

 

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Ouvrage(s), exposition Pierre Bernard :

Ouvrage(s), exposition Pierre Bernard :

13975239_200844736996793_1751315736304602958_oQuand la main et l’esprit ne font qu’un : Pierre Bernard savait tirer le fil continu des choses de la vie et de la pensée. Architecte, urbaniste, sculpteur, … il a rempli de ses Ouvrage(s) les longs trajets qui reliaient ses différents métiers. Car il ne pouvait les penser séparés.
Imaginez, dans le RER A, un homme d’apparence raisonnable, appliqué à un “ouvrage de dame“. Matériaux : un crochet, toujours du même calibre et une pelote de coton écru. Geste : la répétition de la même maille, mais doublée, serrée, multipliée jusqu’à engendrer les formes les plus diverses. Pierre Bernard  travaillait à la main, étudiait chemin faisant, la génération des formes animales ou végétales, ou tout simplement la croissance et la multiplication des cellules, qui nous font passer de la blastula à ce que nous sommes. Nouement et dénouement : pour Pierre Bernard, les deux bouts du fil de la vie…

Les ouvrages au crochet réalisés dans les transports en commun, ou dans des ateliers menés dans des quartiers «difficiles», c’est à dire pauvres et délaissés où Pierre Bernard a travaillé, avec, entre autres, l’architecte Patrick Bouchain, ont aussi le mérite de faire parler. Autre nouage, la conversation qui fait du lien social. Idée matérielle, que l’on retrouve dans ses Articulations, deux bâtons d’un bois lissé qui atteint la qualité de l’os poli, réunis par un réseau au crochet.
Comment croire que nous sommes seuls ? Nous sommes articulés, maillés entre nous et au monde. Le tout dit avec simplicité et humour : Pierre Bernard tricote aussi les mots, en remplit son filet à provisions, emblème de la vie même. Au pied de la grande cascade, dans le jardin anglais (secret) du château de la Roche-Guyon, il s’était «maillé» avec la chorégraphe Martine Harmel pour Trans-forme, imaginant des filets de «méga-mailles», des costumes-sculptures pour les danseurs, des vêtements pour les arbres… Tout se tisse.

Pierre Bernard, malade, a choisi de couper le fil de sa vie. Mais l’exposition au château de La Roche-Guyon, par amitié, prolonge ce travail extraordinaire. Christine Bouvier-Bernard, son épouse, elle aussi artiste, a distribué, avec l’aide de sa tribu, les œuvres en plusieurs pôles. Le crépi brutal des communs du château répond harmonieusement au bois, au métal de quelque cent trente-cinq objets qui y sont installés…
 Deux chaises  en métal nichent avec modestie au pied du grand escalier, le cabinet de curiosités reprend les thèmes de l’os et du tricot, des bricolages, et répond avec discrétion aux questions qu’on a pu se poser. Ses dessins préparatoires se sont nichés dans les boulins du pigeonnier…
Sans oublier des photos, et le film de Clovis Prévost où l’on voit Pierre Bernard présenter ses objets un à un, comme des animaux familiers, un peu monstrueux, un peu inquiétants, troués d’entrailles, protecteurs comme des nids, transformables parfois, et, pour finir, si l’on tire la dernière maille, réduits au fil que les a constitués et qui a la force d’une dynamo…

En un mot, le parcours approfondit le regard sur ces formes organiques. Sérieusement, et avec le sourire, l’exposition nous offre un concentré de vie, une pensée active sur le temps et sur le monde.

Christine Friedel

Château de La Roche-Guyon. 1 Rue de l’Audience, 95780 La Roche-Guyon. T :01 34 79 74 42, jusqu’au 27 novembre.

C’est donc ici que les gens viennent pour vivre

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C’est donc ici que les gens viennent pour vivre de Rainer Maria Rilke par l’Équipage de l’Antilope 

Mettre en scène la poésie est toujours difficile, et en particulier l’œuvre âpre et sans concession du poète autrichien mort en 1926, même si elle continue de nous fasciner. Stefan Zweig disait de lui que «son extraordinaire sensibilité ne supportait pas que rien, ni personne, l’approchât de trop près, et tout particulièrement un caractère masculin très marqué excitait en lui une sorte de malaise physique ».

Ce collectif propose une sorte d’abrégé des Cahiers de Malte Laurids Brigge, un de ses livres parmi les plus célèbres. Jean Burucoa et Alexandre Beaulieu se tiennent de chaque côté de la scène, avec un musicien derrière eux. Au centre, une grande plaque de plexiglas qu’Humphrey Vidal peindra avec des encres, en utilisant des éponges, de l’eau et des raclettes,.

En première partie, un homme rongé par la solitude et l’ennui : la mort rôde et le poète déploie une misanthropie féroce et désespérée. La plaque se teinte d’encre noire, sur la musique de Doriane Ayxandri et Thibault Marchal, plus bruitiste que mélodique. Les deux comédiens se partagent la lecture,  avec une voix forte.
Une tension suffocante étreint alors la petite cave; cette vision  close de l’humanité et ce tourbillon de pensées sinistres, sans clartés ni respirations, sont difficile à supporter.

Nous éprouvons un soulagement quand  la couleur fait son apparition sur l’écran : les dégoulinades de jaune, bleu et rouge, d’un bel effet, rappellent les pages de garde des livres du XIXème siècle. La musique s’adoucit, le violoncelle n’est plus torturé et le vibraphone donne un son aérien et doux…Une respiration trop brève dans cette pièce où le metteur en scène n’a pas trouvé l’équilibre entre parole du poète et forme scénique. L’accompagnement musical gagnerait à prendre une vraie place, avec plus d’engagement. Et le peintre, malgré sa performance gestuelle intéressante, comme bloqué par la puissance du texte, ne propose que des effets de matière…
Dommage.

Julien Barsan

Théâtre de Nesle, Paris VIème.

 

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