L’Enfant caché dans l’encrier de Joël Jouanneau

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L’Enfant caché dans l’encrier de Joël Jouanneau

 On connaît l’auteur et metteur en scène de pièces destinées au jeune public, et  celui des textes de Samuel Beckett, Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek… Dans Le Marin d’eau douce (2007), il racontait déjà l’histoire d’un enfant, appelé juste Enfant, qui s’ennuyait  dans son grand château.
Pour rompre cet ennui, il décidait de prendre la mer, et à l’issue de ce périple, rencontrait Minnie, sa presque sœur qui le baptisait Ellj.
C’est ce même personnage qu’on rencontre dans cette nouvelle pièce. L’enfant s’ennuie toujours, livré à lui-même, et passe ses grandes vacances dans le château de son père, un grand amiral toujours absent.
Un jour, il entend une voix sortir de l’encrier, celle d’une petite sœur inconnue qui l’appelle au secours et le voilà donc parti sur les routes pour la délivrer. Pendant son voyage sur terre et sur mer, Ellj retranscrit sur un cahier d’écolier ses aventures qui vont prendre vie sur le plateau, par la magie de la lumière, du son, et de quelques accessoires.
Sur le plateau, quelques meubles tirés d’un grenier : un lit en fer, un coffre, un vieux matelas,un escabeau de bois, quelques objets et peluches…
Un seul acteur, Dominique Richard, conteur et acteur de sa propre histoire, s’adresse directement aux enfants dans une langue étrange où tous les verbes sont à l’infinitif, un procédé d’écriture qui plonge le spectateur dans une immédiate étrangeté.
Dans un hors-temps où règnent aventure et magie. Il n’y a plus ni présent, ni passé, ni futur mais une mystérieuse simultanéité.
Tout devient possible : coups du sort, et rencontres fortuites : Basile, l’Ardoizoo, un infortuné compagnon de voyage et enfin Annj, la petite fille inuïte, en qui se réincarne  la presque-sœur tant recherchée.

Grâce à la scénographie de Vincent Desbats, l’espace confiné du plateau s’ouvre sur tous les horizons, les objets s’animent et les meubles se transforment. Le jeu des lumières: petite bougie allumée, cercle de sable coloré, brouillard nocturne, contribue avec la musique à recréer cet univers merveilleux de l’imaginaire enfantin mais où toute mièvrerie est absente ; l’errance de cet orphelin le fait se heurter aux blessures, aux obstacles et murailles des cités.

Joël Jouanneau offre ici une vision ambigüe de l’enfance, miracle de rêverie mais aussi douleur de l’errance : « Les Orphelins !  dit-il, ce pourrait être le titre générique de mes pièces pour enfants. […] Or, si les enfants qui habitent mes textes sont placés, adoptés ou trouvés, ils ne portent pas plainte pour autant. […] Ils ont été mis au monde, comme on dit, et c’est précisément de ce monde qu’ils se sentent orphelins. […] Ils le cherchent, ce monde promis, mais ne le trouvent pas, ou se heurtent à ses murs, clôtures, frontières et autres barbelés. Interdit d’entrer. Papiers ou circulez : il n’y a rien à voir. D’où leur errance et cet esprit nomade qui les habite. »

Le spectateur adulte d’aujourd’hui, quand il entend: « naufrages, murs, clôtures, papiers ou sinon circulez !  se met à trembler et à penser que le monde interdit aux enfants l’est aussi  leurs parents !

Michèle Bigot

Spectacle vu le 26 octobre au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence.

 


Archive pour octobre, 2016

Assommons les pauvres, par le Grand Théâtre Tilhomme

Assommons les pauvres, par le Grand Théâtre Tilhomme, d’après Victor Hugo, Léon Bloy, Roger Vaillant et Charles Baudelaire

tritonÉvelyne Pieller a rassemblé  des textes de Victor Hugo, Léon Bloy, Roger Vaillant autour de l’effrayant Assommons les pauvres ! de Charles Baudelaire.
Le poète raconte   que, vers 1848, il avait passé quinze jours à lire de la littérature à la mode, puis avait ressenti le besoin de prendre l’air,  » car le goût des mauvaises lectures engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants. »

A l’entrée d’un cabaret, le narrateur rencontre un vieux mendiant qui demande l’aumône.  Et un « bon Démon »  le pousse à  battre ce mendiant. Ce qu’il fait mais  ce dernier lui donne une bonne correction.
Le narrateur reconnaît alors que le vieillard pour son  égal,  lui donne la moitié de sa bourse et l’encourage à agir de même avec ses «confrères ». On a pu comme Charles Mauron voir  dans ce texte , une «réfutation sarcastique du socialisme de Proudhon »,  voire une incitation à la lutte des classes  selon Dolf Oehler.

 Le spectacle met en lumière le cynisme et l’égoïsme rampants qui règnent toujours sur notre société depuis plus de cent-cinquante ans, sous couvert de démocratie. Il y a une synthèse remarquable entre les tirades de L’Harmonie du Bazar de la Charité, d’après Léon Bloy, dites par Jacques Pieller et Jean-Marc Hérouin, et les musiques orchestrées par un jeune batteur remarquable Lucas de Geyter,  accompagné par Johan Toulgoat à la guitare, et Jérôme Baudoin à la basse.
On nous distribue à l’entrée des bouchons d’oreilles pour couvrir ces paroles qui nous parviennent malgré tout.

Il y a un joli café où l’on peut ensuite discuter avec les artistes après le spectacle…

Edith Rappoport

Le spectacle s’est joué jusqu’au 29 octobre au Triton, aux Lilas (Seine Saint-Denis) 11 bis rue du Coq Français. T: 01 49 72 83 13.

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Espia a una mujer que se mata

 

Espia a una mujer que se mata  (Il espionne une femme qui se tue), de Daniel Veronese, d’après Oncle Vania de Tchekhov, traduction de Françoise Thanas, mise en scène de Guy Delamotte

 IMG_0466Sous ce titre énigmatique, se cache une curieuse version de la pièce dont Daniel Veronese nous donne la clef : «Il  y  a  une  phrase qui  m’accompagne  depuis  quelque  temps  et que je   trouve   très   tchekovienne:  “L’homme  qui   se   noie,  espionne   une   femme   qui   se   tue ».
 L’adaptation qu’il a faite des Trois  Soeurs s’intitule El hombre que se ahoga. Il considère ces deux pièces comme un diptyque, et veut marquer un décalage  par rapport au texte de son modèle russe. «Il est vrai que j’aime conserver le nerf de la pièce, écrit l’auteur et metteur en scène argentin. (…) J’essaye de retirer tout ce qui est du domaine du paysage, de l’ornement, des feuilles mortes pour laisser la chair à vif. J’ai besoin de dépouiller Tchekhov (…) »
Mais, avant que le drame ne se noue dans un huis-clos étouffant, les situations peinent à s’installer : Daniel Veronese tient à nous rappeler, en préambule, qu’il s’agit ici de théâtre… Et la scénographie de Jean Haas le signifie habilement, en jouant sur le champ/hors champ : autour de l’aire de jeu proprement dite, une simple estrade qui rassemble un modeste mobilier de cuisine en formica, et trois fauteuils années soixante.
Les comédiens s’agitent, entrent les uns après les autres sur le petit plateau pour y poser leurs accessoires ou pour, simplement, prendre possession de l’espace très réduit  de la représentation.

Pendant ces préliminaires, un père et sa fille s’affrontent sur la question du théâtre: lui dénonce les formes nouvelles comme déjà vieilles et le narcissisme des acteurs ; elle, défend la cause de cet art qui constitue son idéal. On aura  vite reconnu le professeur à la retraite Alexandre Serebriakov  et  sa fille d’un premier lit, Sonia. «J’aime parler  théâtre  dans  mes  pièces, se justifie l’auteur.  C’est pourquoi,  j’ai   pensé  que  le  personnage  de  Serebriakov  pouvait  être  un   théoricien   du théâtre. »

Comme s’ils étaient en répétition, les comédiens se lancent alors, sans rupture et sans changer de costumes, dans les scènes d’Oncle Vania, raccourcies de moitié, dégraissées, aux dialogues concis et rajeunis, et qui se succèdent en cascade sans laisser aux personnages le loisir de s’épancher sur leurs frustrations latentes.
Daniel Veronese aime peu les soliloques ! Ici, Vania, beau-frère d’Alexandre et oncle de Sonia, ne ressasse pas à longueur de temps, l’impression d’avoir gâché sa vie à cause de ce vieillard hypocondriaque qu’est devenu le brillant professeur de jadis. Et il est secrètement amoureux d’Elena, seconde épouse d’Alexandre. Pas plus qu’Elena ne traîne inlassablement son mal-être. Seul, Astrov, le médecin de campagne se lance toujours dans de longues considérations alcoolisées sur la disparition des forêts. Ici, la vodka coule à flots…

 La tension montera après l’entrevue de Sonia (Marion Lubat) avec Astrov qu’elle aime en secret, mais lui n’a d’yeux que pour la jeune et belle Elena. L’action atteint son point culminant dans la dispute entre Serebriakov, qui veut vendre le domaine de sa fille, et Ivan Voïnitski, qui fait mine de tuer son beau-frère. Ce qui précipite le dénouement : Serebriakov et Elena quitteront les lieux pour toujours. On mesure l’efficacité de l’adaptation, dans cette dernière moitié du spectacle, et surtout dans les scènes finales.

 Malgré une distribution inégale et un démarrage un peu laborieux, le spectacle trouve son allure de croisière et nous entraîne vers un Tchekhov revu et corrigé dont on apprécie cependant la complexité. Les curieux inserts des Bonnes de Jean Genet sont des clins d’œil de plus au théâtre, auquel  l’auteur fait de nombreuses allusions, notamment avec des citations d’Ostrovski, et des références à Stanislavski. Les courtes scènes entre Claire et Solange, les deux bonnes, quoique destinées aux initiés, font leur petit effet comique d’anachronisme.
Joliment interprétées par Alain d’Haeyer (Astrov) et François Frapier, elles scellent la complicité entre ces deux cœurs brisés. Ce dernier incarne un Vania inattendu, tout en tension mais non sans nuances.

Le duo final avec  Sonia donne une belle envergure à sa fameuse et dernière réplique « Tu n’as pas eu de joie dans la vie… Mais patience, oncle Vania, patience… Nous nous reposerons… Nous nous reposerons… ». 

 Après Tristesse animal noir d’Anja Hilling (voir Le Théâtre du Blog), le Panta Théâtre poursuit, à Caen, le défrichage des écritures contemporaines. Il faut saluer la traduction de Françoise Thanas qui, depuis vingt ans, nous fait découvrir nombre de dramaturges sud-américains.

 Mireille Davidovici

Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 23 novembre. T. 01 48 08 39 74.

Les Larmes, performance de Pascal Quignard

Les Larmes, performance de Pascal Quignard

 

timthumb.phpComment parler de son livre, sinon en laissant parler le livre lui-même ? Pascal Quignard  ne refuse pas de rencontrer ses lecteurs ou futurs lecteurs. Au contraire, il les invite, en une performance qui touche au théâtre, à l’accompagner dans une découverte extraordinaire, à un  moment de basculement de l’histoire : la naissance de la langue française.
Le 14 février 842, « un souffle humain dans l’air froid change de langue ». Ce sont les Serments de Strasbourg, (autrement dit : sacrements d’Argentaria, ancien nom de la ville). Ce n’est pas tout : « La première œuvre de la littérature française date du mercredi 12 févier 881 à Valenciennes, sur les bords de l’Escaut », et il s’agit d’un poème, la Séquence de Sainte-Eulalie

Voilà la clé du roman, une clé qui ouvre bien des portes, vers des demeures archaïques. Charles  le Magne, celui qui a inventé l’école, ses petits fils, les jumeaux Nithard et Hartnid, la chamane Sar, et bien d’autres personnages, peuplent ce conte, qui croise l’histoire.
La grâce et la sobriété du conteur marchent à côté d’une indiscutable érudition mais vraiment érudite, au sens  de polie comme une hache néolithique à la ligne pure, défaite de toute rudesse, émouvante et drôle.
Le récit, fait de courts textes, parfois sans lien direct visible de l’un à l’autre, et parfois  aussi avec sauts et gambades dans la chronologie, fait penser, plus qu’à une mosaïque, à un filet aux mailles inégales, mais où tout se tient en un équilibre parfait. Voilà donc un conte, un poème, que l’auteur tient à appeler roman.

 Très simplement, assis sur une chaise, chaussant au besoin ses lunettes, l’auteur nous en lit quelques passages choisis, va jouer, au piano, un moment des Oiseaux d’Olivier Messiaen, puis revient se placer au centre du cercle de lumière dessiné par une poursuite (immobile) et laisse échapper un oiseau que son geste rend visible. En d’autres occasions, un corbeau, une chouette et peut-être une tourterelle ont pu, dit-il, accompagner la performance.

Dans la magie du plateau à la lumière (extrêmement raffinée, merci au concepteur de la Maison de la Poésie), ce qui se passe ici est en effet autre chose que du théâtre, mais une de ces «recitationes» qu’aimaient les anciens romains lettrés. Si l’on a déjà lu le roman, on le reconnaît avec joie, si l’on ne l’a pas encore lu, le charme de la performance en fait déjà un ami.

Christine Friedel

 Spectacle vu à la Maison de la Poésie, dans le cadre des Lectures musicales.

Les Larmes, éditions Grasset, octobre 2016.

La Rage, ou À la fin nous serons tous heureux

La Rage, ou À la fin nous serons tous heureux

Comment se rencontrer dans une société où l’on ne se rencontre pas ? Il faut, comme David Costé et Maëlle Faucheur, emmener le théâtre sur les lieux d’enfermement, hôpital, maison d’arrêt…Portes fermées et barrières solides : quand le théâtre et la danse s’invitent dans cette clôture, pourtant, quelque chose bouge et s’ouvre dans les esprits.

Avec deux duos qui feront un quatuor, dans un dispositif aussi ouvert et mobile que possible, mais aussi contraignant. Sur le plateau, une petite structure en forme de maison enferme l’interprète. Bouger là-dedans, tester des murs invisibles, replier, déplier son corps, laisser tomber, lutter plus tard contre la force sournoise d’un film plastique : Maëlle Faucheur, accompagnée par  Sabine Balasse au violoncelle, nous donne une belle danse contrainte. Elle s’enfermera à un autre moment dans le tissu d’un agrès aérien, et sa danse verticale, entre lutte et abandon, illustre d’une autre façon ce qu’est l’enfermement.

En parallèle, Damien Houssier et David Francillette jouent une délicate entrée de clowns. Ils sont le théâtre et s’enfarinent le visage, « pour un spectacle dont on ne sait pas ce qu’il sera », revêtent de grotesques robes de mariée, mais sont contrariés par les objets : la table descendue des cintres vacille, la chaise rappelée dans les hauteurs par un contrepoids, condamne le comédien à lui courir après…
Cela n’interrompt pas leur dialogue. Entre le comédien et l’ancien taulard, lui aussi forcément comédien, questions et réponses circulent avec calme, presque en tapinois. Vie, bonheur, bagarres violentes, origine de l’un et l’autre…, tout cela circule avec pudeur et désinvolture.

  Aucun pathos ni leçon de morale, mais il faut tendre l’oreille pour capter l’échange. On nous objectera sans doute que, vu la somme de travail que représente une création de ce type, par improvisations et trouvailles collectives, le spectateur à son tour peut faire un effort…

Le spectacle, à la fois très conceptuel (et compliqué), et sensible, se tricote ainsi avec maîtrise, et non sans charme. À suivre…

Christine Friedel

Spectacle vu à Mains d’Œuvres, lieu de création et de diffusion, de recherche et d’expérience à Saint-Ouen ( Seine-Saint-Denis).

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Déclaration de Carthage

 

Déclaration de Carthage, pour la protection des artistes en situation de vulnérabilité

 «Considérant que l’Art est une activité indispensable  permettant à l‘Homme de réaliser ce qui est proprement humain en lui, une puissance de révélation et un pouvoir d’influence, une pratique complexe et multidimensionnelle qui lui offre un champ de possibilités inattendues qui peuvent changer sa perception du monde (…) »,  expose en préambule, cette Déclaration de Carthage portée par un groupe d’artistes, universitaires et militants tunisiens réunis pour défendre les droits des artistes .

 Cette initiative a vu le jour, en novembre 2015 aux Journées Théâtrales de Carthage. Lassaad Jamoussi, le directeur de ce festival explique :«Constatant l’errance des artistes de Syrie, d’Afrique, d’Ukraine et d’ailleurs, il est important que la communauté internationale s’engage à les protéger.»
« Nous vivons dans “la  nuit du monde“, selon les mots de Martin Heidegger, et dans un système capitaliste sauvage,  ajoute Meriam Bousselmi, avocate et dramaturge, qui a contribué avec lui à la rédaction de ce projet ( avec l’universitaire Hamadi Redissià ). L’expression artistique est fabuleuse dans les pays au bord du chaos. Face à  la sauvagerie, c’est elle qui peut ramener à l’humain », c’est pourquoi, l’artiste doit être protégé par la communauté humaine ! Il convient de réfléchir, et non de réagir (…) réfléchir dans un monde de violence et de répression c’est possible en Tunisie. »

Pour Souhayr Belhassen, il  faut  multiplier des statuts spécifiques pour des catégories spécifiques (femmes, enfants, journalistes, etc. ). Bête noire du Président Ben Ali, cette journaliste et militante a dirigé la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) de 2007 à 2013 et, dans ce contexte, elle a rédigé, en 2012 le courageux Appel des femmes arabes pour la dignité et l’égalité. Cette charte selon elle, jette les bases d’un statut international pour les artistes et s’inscrit en droite ligne de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948.

L‘exception tunisienne, soulignent les trois intellectuels réunis à la table ronde, a jusqu’ici permis de sauvegarder la liberté d’expression et d’élaborer ce projet, au sein de la société civile. Qu’est ce qu’un artiste ? Qui a droit à cette protection ?  Ils répondent : «Est artiste toute personne qui créée et participe à la création ou à la recréation d’une œuvre d’art. La communauté artistique reconnaîtra les siens, et non les distributeurs de cartes qui créent des artistes “officiels“». Dans la charte, cette protection inclut la propriété intellectuelle, telle que l’UNESCO l’a définie.

 Validée par le gouvernement, et signée par nombre de personnalités et institutions du monde de la culture, la Déclaration est actuellement soumise à l’Organisation des Nations Unies en vue d’une reconnaissance internationale. Dans ce sens, des réunions avec des artistes tunisiens et la rapporteuse spécialisée dans les droits culturels, au Conseil des droits de l’homme sont prévues d’ici 2017.

Il faut maintenant d’élaborer une stratégie bien claire, faire un travail national et international  de mobilisation de la société civile dans les différents pays. Pour Souhayr Belhassem, ces démarches passent par l’Europe mais il faut surtout retenir l’attention de personnalités de renommée mondiale comme Wei Wei, artiste chinois, qui sont, à elles seules, de puissants médias.

 Mireille Davidovici

La Déclaration de Carthage pour la protection des artistes en situation de vulnérabilité a été présentée, le 15 octobre à l’Institut des cultures d’islam à Paris, en présence de Lassaad Jamoussi, Meriam Bousselmi et Souhayr Belhassen.

Pour signer en ligne : http://jtcfestival.com.tn/declaration-de-carthage/

Journées Théâtrales de Carthage 2016 du 18 au 26 novembre

La pluie, de Daniel Keene

La pluie, de Daniel Keene, traduction Séverine Magois, conception et jeu Alexandre Haslé

 

la-pluie-2-Copyright-Marinette-Delanné-2Un conte triste, et qui dit la vérité. Il était une fois une jeune fille qui habitait près d’une ligne de chemin de fer. Un jour, elle vit dans la plaine une file immense de voyageurs, très pressés de prendre le train, semblait-il. Et ce fut encore ainsi le lendemain, et encore, et encore, et puis soudain ce fut fini.
Ces voyageurs pressés, avant de partir lui donnaient tous quelque chose, une photo, un objet, qu’elle leur promit de garder jusqu’à leur retour. Elle en avait tant que sa maison fut bientôt pleine, et qu’elle dut dormir dehors. Ils ne revinrent jamais et elle devint vieille. Les photos pâlirent,  les objets tombèrent en poussière. Sauf un : une fiole qu’un enfant lui avait remise, avec de la pluie, la pluie bienfaisante du ciel.

Peut-on raconter froidement cette histoire terrible et pudique ? Alexandre Haslé ne pouvait choisir que la marionnette, le masque, pour leur poésie, pour garder leur part d’enfance, et surtout pour l’émotion qu’ils dégagent. «Leur grâce» disait Kleist.
À l’effigie de la vieille Hanna, de taille presque humaine,  le comédien donne ses mains, son regard attentif, presque soucieux. Il l’accompagne, veille sur elle, l’aime assez pour la laisser se détacher de lui, pour un instant hallucinant de vie autonome.

Il fait aussi apparaître et vivre quelques-uns de ceux qui prenaient ce train : une jeune veuve, un gros gitan, un violoniste. Sur un plateau toujours en vie,  ce disciple et partenaire d’Ilka Schönbein fait et défait la scénographie, les images, change d’échelle, met la maison d’Hanna dans une valise… Alexandre Haslé fait corps avec les objets et les visages qu’il a créés et qu’il anime, presque dans un même geste, unique. Ce qui donne à ces figures une grande humanité, portée par le texte de Keene.

Le spectacle avait été créé il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, dans une époque hantée par les groupes de réfugiés-autres “déportés», dont on feint de croire qu’ils ont eu le choix-sa fidélité à une forme artisanale, à ce jeu si près du corps lui donnent une nouvelle force, poignante.
On n’a pas besoin, au théâtre, de la violence froide de la technologie : la marionnette est plus vivante, plus réelle que l’image filtrée par un écran…

 

Christine Friedel

 

Lucernaire – 01 45 44 57 34 – jusqu’au 26 novembre – 19h

 

Bibliothèques de l’Odéon /Nouvelles dramaturgies européennes.

Bibliothèques de l’Odéon /Nouvelles dramaturgies européennes.

Pour un moment d’Arne Lygre

 lygre_0Stéphane Braunschweig, récemment nommé à la tête de l’Odéon, poursuit son exploration de nouveaux répertoires dramatiques, avec quatre lectures de pièces cette saison. Premier rendez-vous consacré à Arne Lygre, auteur norvégien-né en 1968-parmi les plus importants en Europe selon le metteur en scène qui a déjà créé trois de ses pièces et qui vient de traduire Pour un moment en collaboration avec la dramaturge Astrid Schenka.
Comme à son habitude, l’écrivain ne déroule pas une trame narrative linéaire, mais décline la thématique de la relation à l’autre, cinq acteurs au moins devant interpréter une vingtaine des figures anonymes à la présence parfois éphémère, dont la personnalité se dessinera au fil des dialogues. Ils se rencontrent “pour un moment“, se quittent, trouvent d’autres partenaires, avec la hantise contradictoire de perdre leur autonomie  et de rester seul .

Deux femmes se racontent leurs relations amoureuses : l’une, plus jeune a pris le mari de l’autre: elles se sont détestées puis sont devenues amies…  Au tableau suivant, une bande de jeunes  les agresse:  l’une  est blessée et sombre dans le coma,  et l’autre, plus jeune, meurt noyée. L’actrice  qui l’incarne,  va alors  se glisser dans la peau du mari  veillant son ex-femme à l’hôpital, en compagnie de sa belle-sœur…
Ce mari parle avec un ami de leur solitude respective…. Un homme rencontre un inconnu (l’ami du mari ?) qu’il embarque chez lui. Celui-ci le quitte sans retour, et l’homme drague alors un autre inconnu sur Internet, pour ne pas mourir seul… Dans cette sorte de Ronde à la Schnitzler, prend corps, à travers de courtes répliques, une série de rencontres et de départs, les comédiens passant d’un rôle à l’autre.

La nature de leurs échanges se révèle aussi troublante : les dialogues, interrompus par des didascalies et des éléments narratifs, se dédoublent en adresses au partenaire de jeu et en discours introspectif : comme si le personnage prenait du recul et se regardait en train vivre la situation  où il se trouve.
De même, les personnages, instables, s’aiment et se détestent en trois répliques, et ici l’épouse devient le mari. Pour compliquer la structure dramatique, Arne Lygre désigne cinq catégories de rôles : Personne ; Ami(e);  Connaissance ; Inconnu(e) ; Ennemi(e).

Au cours des échanges, personnages et enjeux dramatiques se construisent, et l’on finit par accepter les règles du jeu particulières que l’auteur s’est fixées. Il y a ce qu’on dit à l’autre, et ce que l’on pense en même temps ;  l’amour existe bien entre les êtres mais aussi la méfiance, la peur, la haine, l’attirance et la répulsion. Une dialectique du lien à l’autre, assez paradoxale.

Grâce à une distribution hors-pair dont Marie Rémond et Chloé Réjon, et une direction d’acteur rigoureuse, Stéphane Braunschweig réussit à dénouer tous les écheveaux du texte et à donner une lecture claire d’une œuvre énigmatique mais dont la complexité cache une approche sensible, au plus près des sentiments contradictoires des êtres humains.

Arne Lygre précise que son point de départ pour l’écriture, a été une phrase : « Have Mercy on me » (Aie pitié de moi) et le désir d’exprimer le besoin qu’on a d’autrui. De là, il a imaginé une série de situations, sans envisager la question de la représentation : «Je ne vois pas le théâtre. Il ne me vient pas d’images. Pour moi, c’est une question de rythme. Je me projette dans les voix et les personnages. »

 Mireille Davidovici

Lecture réalisée le 3 octobre, au Théâtre de l’Odéon.
Prochaines lectures  le 12 novembre :Vera Cruz d’Olivier Rolin ;  le 19 novembre: Le Grand Jeu de Céline Minard ; le 21 novembre: Patrice Chéreau à l’œuvre /Soirée dans le cadre de l’événement Chéreau en son temps. Portrait par des artistes qui l’ont accompagné .
le 22 novembre: (Hu)manpower : lecture par des détenus au centre pénitentiaire de Fresnes, résultant d’un atelier de théâtre créatif mené par Sylvie Nordheim;  le 23 novembre : La Fonction Ravel de et par Claude Duparfait.

Tue, hais quelqu’un de bien

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Tue, hais quelqu’un de bien, création collective à propos du Jugement dernier de Jérôme Bosch, mise en scène de Linda Dušková

Cette création est l’aboutissement d’un travail de recherche dans le cadre du SACRE (Sciences, Arts, Création, Recherche) destinés aux créateurs. Un nouveau type de doctorat, qui met donc la création pour valoriser une thèse, et commun au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, à celui de Musique et de Danse mais aussi à L’Ecole Nationale Supérieure des Arts Déco, à l’Ecole Normale Supérieure,et à la FEMIS. Avec des soutenances de thèse pouvant inclure performances, expositions, concerts et projections.
Instrument de recherche artistique, ou usine à gaz et machine à alimenter Pôle Emploi comme le craignent certains ? A suivre…
La thèse qu’a soutenu Linda Dušková, comprend aussi un essai scénique sur Paysage sous surveillance d’Heiner Müller, un soutenance ces jours-ci, et une performance/spectacle sur le thème du Jugement dernier d’après le tableau Jérôme Bosch, avec l’aide de Romain Bigé pour la dramaturgie, Iannis Lallemand pour la composition musicale; Juline Darde-Gervais et Lara Hirzel pour la scénographie et Lena Paugam pour le jeu.

La collaboration entre l’Ecole des Arts Déco et l’Ecole du Théâtre National de Chaillot ou le Conservatoire national ne date pas d’hier et a souvent très été fructueuse. Même si les services de l’enseignement artistique au ministère de la Culture-toujours en retard comme d’habitude de quelques métros-ne s’y intéressaient guère.
En tout cas, les lignes commencent à bouger en France, et ce n’est pas un luxe.
Metteuse en scène et dramaturge, la Tchèque Linda Dušková (28 ans) formée à l’Académie des Arts Performatifs de Prague, a travaillé sur une recherche portant sur: Image et conscience:autour des enjeux de l’image fixe dans la création théâtrale, dirigé par Jean-Loup Rivière. Avec, à la clé un jeu de mots sur le titre, histoire sans doute de ne pas trop se prendre au sérieux… Bien vu!

Sur le plateau nu, couvert d’un tapis de danse blanc, deux appareils photo, et trois châssis sur roulettes avec écran de lames de tissu où est projeté Le Jugement dernier, triptyque  du célèbre peintre hollandais qu’il a peint vers 1500, et exposé à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne.
Il y a d’abord, avec un commentaire en voix off, une remarquable et très fine analyse de détails du tableau comme on ne les voit jamais, montrés en effet très grossis-du triptyque qui se montre sous un nouveau visage, avec ses représentations du Paradis et l’Enfer mais aussi de la souffrance des hommes et des femmes  condamnés dès leur naissance par l’Eglise toute puissante à laquelle il ne faisait pas bon s’opposer, à cet effroyable Jugement dernier qui, comme le dit justement le texte de cette performance, a sans doute traumatisé des dizaines de générations. Et cela dans les trois religions du Livre! Dans un monde où-on l’oublie trop souvent-les images étaient rares et sous le contrôle  absolu de la religion catholique.

Mais ici, Jérôme Bosch, plus moderne, s’interroge sur la responsabilité des hommes, ce le qui distingue  de ses contemporains Memling ou les frères Van Eyck plus soumis  à l’Eglise. photo spectacle LindaSur le panneau de gauche, le Jardin d’Eden aux prés verdoyants, où les hommes vivent nus et sereinement en harmonie avec les animaux. On voit Eve tentée par le serpent qui, avec Adam, sera finalement chassée par un ange dans la forêt assimilée au péché. Sur le panneau central, Dieu, encore et toujours, entouré par des saints. Sous son trône, un monde terrifiant de gens nus entourés de feu, où les démons hideux s’emparent des âmes. En haut, Dieu assis au Paradis préside entouré d’anges autour de lui.
Sur le panneau de droite, l’enfer où les âmes damnées sont transformées en insectes genre fourmi géantes aux pattes monstrueuses; il y a aussi dans ce tableau des oiseaux  inquiétants  et  des corps humains nus, des machines et instruments de torture ou de mort, comme ce grand couteau hors échelle…

Le spectacle de l’enfer, comme toujours, est des plus intéressants qui soient, avec hommes et bêtes qui  se déchirent, avec un feu ravageur en haut du tableau et un déluge en bas. Bref, un univers étrange et inquiétant qu’admiraient beaucoup les  surréalistes, comme André Breton qui considérait Jérôme Bosch comme un « visionnaire intégral « .
On retrouve souvent ce thème du jugement des âmes, à la fois dans la peinture et la sculpture médiévales depuis le XIIème siècle et à la Renaissance (Michel-Ange, Léonard de Vinci), comme dans le célèbre et formidable tympan de la basilique de Conques (Aveyron) qui avait aussi inspiré le Théâtre de l’Unité pour un spectacle sur le Moyen-Age dans le cloître attenant. Comme d’autres artistes, peintres, sculpteurs, cinéastes et metteurs en scène …

Dans une  deuxième partie, Julien Daillère, David Lelièvre et Mayya Sanbar prennent des photos d’eux-même,  ou plutôt de parties de leurs corps qui  sont ensuite  retransmis sur  les écrans, voire sur leurs corps eux-mêmes et y font l’objet de montages, et agrandissements démesurés, sur fond de musique électronique et de Lou Reed, pour finir avec une fresque de toute beauté, composée d’étonnantes photos de corps entremêlés, inspirés de Jérôme Bosch: la boucle est ainsi bouclée, si on a bien compris, avec un clin d’œil prononcé au body art dont Gina Pane, sa principale représentante en France et qui enseignait dans une Ecole d’art aurait sans doute apprécié ce spectacle.
On oubliera vite les petits jeux à la José Montalvo entre corps virtuel et corps réel que l’on déjà beaucoup vus un peu partout, depuis que le chorégraphe les a mis au point il y a déjà plus d‘une dizaine d’années… Mais, p
our une fois, on échappe, comme on pouvait le craindre, à l’image vidéo! Et les trois comédiens, en particulier David Lelièvre, ont une belle présence, et se sortent bien, grâce aussi à leur remarquable gestuelle, de cet exercice périlleux, mis en scène avec beaucoup de rigueur et d’intelligence par Linda Dušková. Les démarches de recherche comme celle-ci, à la fois dramaturgique et de mise en scène hors des cadres habituels, est un moteur essentiel au théâtre qui a un besoin vital de laboratoires.

Cette collaboration entre disciplines scéniques et plastiques, comme celle que l’on voit ici-on ne le répétera jamais assez et n’en déplaise à Laurent Wauquiez (oui, vous savez, celui qui n’aime guère les écoles de cirque, ni les migrants dans sa région Auvergne-Rhône-Alpes!-s’avère essentielle pour préparer le théâtre de demain…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 21 octobre, salle Maria Casarès au Nouveau Théâtre de Montreuil.

 

Violence(s)

 

Violence(s) de Jalila Baccar, mise en scène de Fadhel Jaïbi (en arabe, surtitré en français)

 

violence« Un terrible constat : la révolution tunisienne, par beaucoup d’aspects, au lieu de porter l’espoir, a engendré peurs inédites, angoisses, dépressions, gestes désespérés, violences multiples au quotidien, voire crimes atroces. Pourquoi, par milliers, des jeunes gens se sont-ils jetés dans la mer pour gagner «le monde libre» ? Pourquoi tant de suicidés ( … ) Pourquoi tant de vols,  braquages,  saccages, viols, meurtres, homicides, et en progression exponentielle? » Violences s’annonce sous ces sombres auspices.
En prise directe sur la société tunisienne, la compagnie Familia Prod s’est faite le sismographe, spectacle après spectacle, des soubresauts qui agitent son pays. Amnesia (2011) anticipait la chute d’un dictateur. Et dans Tsunami, en 2013 (voir Le Théâtre du blog ), Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi craignaient la montée en puissance  d’une «théocratie fascisante» ; il n’en fut rien mais, pour eux, l’après « printemps tunisien » n’annonce pas forcément  des lendemains qui chantent. Plutôt un monde chaotique traversé par une violence sous-jacente qui explose dans une série d’actes, passés au crible de la plume habile et labile de l’auteure.

Nous voici plongés dans un monde en noir et gris: le décor dépouillé de Fadhel Jaïbi. En ouverture, une jeune femme se glisse, hésitante sur le plateau nu. Seule. Un silence interminable s’installe quand elle avance prudemment, recule, puis sort et revient. Un mouchoir sur le nez, Lobna Mlika qui joue son propre personnage, suffoque : elle vient de pénétrer -on le comprend bientôt- dans les geôles de la République tunisienne, pour rendre visite à Fatma, détenue pour le meurtre de son mari.

Sous le regard muet de Jalila Baccar  (ou plutôt de son double cauchemardé, ébouriffé et livide), Fatma Ben Saidane  (c’est aussi le nom de l’actrice), hagarde et en haillons, dialogue avec sa visiteuse: elle ne se souvient plus de rien.
Séquence après séquence, les détenus, hommes et femmes, errent comme des ombres devant le haut mur gris en fond de scène où, au milieu, un couloir s’enfonce au cœur des ténèbres. Quelques bancs, une table meublent ce lieu tour à tour parloir, cave de torture ou salle d’audience. S’y  énoncent des crimes plus atroces les uns que les autres. L’un a tué son amant, l’autre, sa mère, un autre encore a violé une voisine…

La structure fragmentée de la pièce où les drames s’accumulent et se mêlent, reflète la confusion d’êtres déboussolés qui avouent leur crime, sans en élucider le pourquoi et, souvent, sans avoir les mots pour le dire. Où est leur humanité dans cette avalanche de faits divers ?
Ces lycéens, qui ont défenestré leur enseignante puis se sont acharnés sauvagement sur elle, ont oublié les mots d’Albert Camus : «Un homme, ça s’empêche ».  La violence qui s’exerce dans la sphère privée et familiale trouve son apogée dans les attentats terroristes. « Un homme, ça s’empêche de laisser surgir la bêtes immonde en lui » : la phrase revient comme un leitmotiv en contrepoint de ces horreurs.

Créé au Piccolo Teatro de Milan, en septembre 2015, Violence(s) est un spectacle courageux qui va à l’encontre de la bonne parole et explore une société en pleine dépression, à l’instar de la nôtre. « Mais, au-delà de l’explication culturelle, sociale, économique, politique, psychiatrique…, n’y a-t-il pas un grand mystère, un trou noir insondable lié au « passage à l’acte » ? », s’interrogent Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi lequel dirige, depuis 2014, le Théâtre National Tunisien et son école. Une question brûlante qu’ils portent à la scène de façon magistrale, servis par la troupe du Jeune Théâtre national tunisien. Les comédiens, très expressifs, engagent leur corps entier. D’autant qu’ils ont donné leur nom aux personnages qu’ils incarnent et se projettent en quelque sorte en leur double criminel. L’auteure elle-même, jongle avec cette double identité, et compose sur scène une figure étrange et singulière.

La pièce s’est élaborée à partir d’improvisations mais, une fois de plus, l’écriture de Jalila Baccar, tantôt puissante et incantatoire, tantôt laconique, nous emporte, relayée par la mise en scène, au-delà du réalisme, dans un théâtre de la cruauté. Un spectacle étouffant mais où des pointes d’humour (noir) apportent quelques respirations salutaires. Les quelques rires s’étouffent. Mais  on n’en sort pas indemne… car, ne nous voilons pas la face, réfléchir à la violence est devenu, partout, une nécessité.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu à Bonlieu/Scène nationale d’Annecy le 19 octobre.

Journées Théâtrales de Carthage du 18 au 26 novembre) ; la compagnie Familia Prod y créera aussi un nouveau spectacle.

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