Il peint si bien la vieille tante à verrues, que chacun l’a vite reconnue

 

Il peint si bien la vieille tante à verrues, que chacun l’a vite reconnue (Titre provisoire), réalisation d’Odile Darbellay et Michel Jacquelin

ilpeintsibien Pas de trompe-l’œil, tout est réel. Pas de «parce que». La vieille tante ? On ne la verra jamais. Pourtant, le titre a un sens et nous envoie du côté du cabaret satirique traditionnel. La compagnie Arsène a trouvé en Alsace, son terrain et son objet d’études. Ça a l’air très sérieux ? C’est très sérieux. Mais, avec la méthode Arsène : humour surréaliste, poil à gratter, palindromes, calembours et jeux de mots.
En inventant, il y a quelques années, l’artiste Duchamp Duchamp, frère oublié de Marcel, puis l’Art Tangent et quelques autres concepts tout aussi opératoires,  la compagnie Arsène a fait de la critique vivante de l’art, un art en soi. Avec, entre autres performances, spectacles, expositions: Tout seul je ne suis pas assez nombreux, Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs, et diverses publications dont Duchamp Duchamp, Du lard à l’art, L’Art Tangent (Actes Sud-Papiers).
Il s’agit, en allant chercher du côté du cercle Saint-Léonard (mouvement alsacien contemporain du Jugendsthil en Autriche, ou de l’école de Nancy), de «faire une synthèse entre des traditions locales et des influences extérieures (comme, par exemple, la découverte de l’art japonais) pour travailler, aussi bien dans le domaine des arts décoratifs que dans celui du théâtre, à l’élaboration d’œuvres totales ».

Le spectacle participe donc d’un laboratoire concret. Aux deux initiateurs, se sont joints, pour cette expérience, Régine Westhenhoeffer, Hubertus Biermann et Luc Fontaine. Un savant non fou, poursuivant ses recherches, s’entoure ici d’une équipe polyglotte (parfois muette ou parlant une langue inconnue), pour élucider l’origine, le développement et les effets collatéraux de l’humour alsacien.
Ainsi, les frères Marx (Groucho et Harpo surtout) d’origine alsacienne, comme Campbell, l’inventeur de la soupe en boîte, dont on connaît le destin dans l’art “pop ». Ne pas oublier l’impeccable démonstration du lien entre l’Alsace et les Indiens Hopi.
On a l’air d’ironiser, mais pas du tout. Le spectacle a une façon délicate, tendre, de “déconstruire » le théâtre, de conduire le public à réviser ses certitudes sur la question.  Par exemple, peut-on tout comprendre d’une représentation ? On savait déjà que non, et la petite communauté que nous avons devant nous, le prouve. Un spectacle doit-il être ouvert ou fermé ? Réponse : ouvert, bien sûr, comme celui-là.

Mais l’Alsace proprement dite n’est pas oubliée, ne serait-ce que par sa langue, dont l’équipe tire chansons, acrobaties verbales et gustatives-la langue ne sert pas qu’à parler-entre autres expérimentations.  Un enfant apprend par le jeu mais nous constatons ici que l’adulte aussi. Et en en tirant les conséquences linguistiques, culturelles, identitaires du balancement bien involontaire de l’Alsace entre une nation et une autre, l’équipe du laboratoire nous fait réfléchir à sa place particulière dans l’histoire européenne. Sans cela, aurait-elle inventé le Hans em Schnokeloch (transcription exacte), qui a tout ce qu’il veut mais veut ce qu’il n’a pas ?

Inutile de s’inquiéter : même si vous n’avez pas assisté aux expériences précédentes de la compagnie Arsène, et même si, à certains moments, il ne se passe rien, vous aurez plaisir et surprise à être les témoins et cobayes de celle-ci.

 Christine Friedel

 Théâtre de l’Échangeur, Bagnolet 92. T : 01 43 62 71 20 , jusqu’au 7 octobre. Puis tournée en Alsace


Archive pour 5 octobre, 2016

Il peint si bien la vieille tante à verrues, que chacun l’a vite reconnue

 

Il peint si bien la vieille tante à verrues, que chacun l’a vite reconnue (Titre provisoire), réalisation d’Odile Darbellay et Michel Jacquelin

ilpeintsibien Pas de trompe-l’œil, tout est réel. Pas de «parce que». La vieille tante ? On ne la verra jamais. Pourtant, le titre a un sens et nous envoie du côté du cabaret satirique traditionnel. La compagnie Arsène a trouvé en Alsace, son terrain et son objet d’études. Ça a l’air très sérieux ? C’est très sérieux. Mais, avec la méthode Arsène : humour surréaliste, poil à gratter, palindromes, calembours et jeux de mots.
En inventant, il y a quelques années, l’artiste Duchamp Duchamp, frère oublié de Marcel, puis l’Art Tangent et quelques autres concepts tout aussi opératoires,  la compagnie Arsène a fait de la critique vivante de l’art, un art en soi. Avec, entre autres performances, spectacles, expositions: Tout seul je ne suis pas assez nombreux, Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs, et diverses publications dont Duchamp Duchamp, Du lard à l’art, L’Art Tangent (Actes Sud-Papiers).
Il s’agit, en allant chercher du côté du cercle Saint-Léonard (mouvement alsacien contemporain du Jugendsthil en Autriche, ou de l’école de Nancy), de «faire une synthèse entre des traditions locales et des influences extérieures (comme, par exemple, la découverte de l’art japonais) pour travailler, aussi bien dans le domaine des arts décoratifs que dans celui du théâtre, à l’élaboration d’œuvres totales ».

Le spectacle participe donc d’un laboratoire concret. Aux deux initiateurs, se sont joints, pour cette expérience, Régine Westhenhoeffer, Hubertus Biermann et Luc Fontaine. Un savant non fou, poursuivant ses recherches, s’entoure ici d’une équipe polyglotte (parfois muette ou parlant une langue inconnue), pour élucider l’origine, le développement et les effets collatéraux de l’humour alsacien.
Ainsi, les frères Marx (Groucho et Harpo surtout) d’origine alsacienne, comme Campbell, l’inventeur de la soupe en boîte, dont on connaît le destin dans l’art “pop ». Ne pas oublier l’impeccable démonstration du lien entre l’Alsace et les Indiens Hopi.
On a l’air d’ironiser, mais pas du tout. Le spectacle a une façon délicate, tendre, de “déconstruire » le théâtre, de conduire le public à réviser ses certitudes sur la question.  Par exemple, peut-on tout comprendre d’une représentation ? On savait déjà que non, et la petite communauté que nous avons devant nous, le prouve. Un spectacle doit-il être ouvert ou fermé ? Réponse : ouvert, bien sûr, comme celui-là.

Mais l’Alsace proprement dite n’est pas oubliée, ne serait-ce que par sa langue, dont l’équipe tire chansons, acrobaties verbales et gustatives-la langue ne sert pas qu’à parler-entre autres expérimentations.  Un enfant apprend par le jeu mais nous constatons ici que l’adulte aussi. Et en en tirant les conséquences linguistiques, culturelles, identitaires du balancement bien involontaire de l’Alsace entre une nation et une autre, l’équipe du laboratoire nous fait réfléchir à sa place particulière dans l’histoire européenne. Sans cela, aurait-elle inventé le Hans em Schnokeloch (transcription exacte), qui a tout ce qu’il veut mais veut ce qu’il n’a pas ?

Inutile de s’inquiéter : même si vous n’avez pas assisté aux expériences précédentes de la compagnie Arsène, et même si, à certains moments, il ne se passe rien, vous aurez plaisir et surprise à être les témoins et cobayes de celle-ci.

 Christine Friedel

 Théâtre de l’Échangeur, Bagnolet 92. T : 01 43 62 71 20 , jusqu’au 7 octobre. Puis tournée en Alsace

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