The Undertaking

The Undertaking, texte et mise en scène de Steve Cosson, collaboration à la mise en scène et psychopompe :Jessica Mitrani

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Richard Termine

 The Civilians, compagnie new-yorkaise de théâtre d’investigation culturelle, sociale et politique, que dirige l’auteur et metteur en scène Steve Cosson, parle de la mort-vaste sujet-à partir d’entretiens et de ce qu’il nomme le « réel ». Les enquêtes de journalistes constituent le matériau de projets variés, depuis les Mouvements Evangéliques conservateurs jusqu’aux « divertissements pour adultes ».
Ses spectacles ne projettent pas la réalité brute. A travers un travail de recherche artistique, le concepteur new-yorkais, en collaboration avec Jessica Mitrani, explore le thème de cette fatalité humaine.
Après avoir réalisé de nombreux entretiens avec des patients en phase terminale, avec des soignants  entourant des mourants, avec des êtres qui ont eu la conscience d’une mort imminente, tout en en réchappant, avec d’autres encore, goûtant à l’expérience cosmique, sous l’emprise de substances hallucinogènes ou de séances de chamanisme, le metteur en scène a fait prendre vie à The Undertaking. Faire face à la mort plutôt que de la contourner, telle est la question.

Sur le plateau, un décor anonyme, blanc et surexposé, quelques plantes, une table, un lit, deux chaises ; rien de plus déshumanisé que ce studio de la collaboratrice du metteur en scène qui accueille les séances de travail. Interprétés avec brio par Irène Lucio et Dan Domingues qui n’en finissent pas de s’étonner de leur folle entreprise : ils en parlent l’un l’autre, dans le temps même de la représentation, tout en mettant en valeur les scènes «rapportées» des interviewés qui narrent les détails d’une angoisse latente.
Ils jouent des êtres conscients de leur acte d’élucidation d’une mort attendue. À cette composition alternée, s’ajoutent des images projetées sur des rideaux de voile, des bribes significatives d’Orphée (1950), film en noir et blanc de Jean Cocteau, avec Maria Casarès, Jean Marais et François Périer.

 La princesse conduit Orphée à la recherche de son Eurydice, secondée encore par le «passeur»,  psychopompe d’aujourd’hui, médiateur entre vie et mort. Le public contemple la scènes de la « psyché », dont on traverse le miroir pour aller dans l’au-delà, après avoir d’abord enfilé des gants symboliques de reconnaissance fatale.
Mais ici, l’approche de la mort reste trop anecdotique, extérieure ou légère, même  si le metteur en scène fait appel, avec une grande rigueur et une belle exigence morale, aux techniciens qui embaument les corps, ou aux candidats  qui demandent que soit à déposée leur dépouille  au pied d’un arbre, pour renaître avec la nature.

Manque à ce spectacle bavard  mais de bonne volonté, une voix intérieure ! Dommage…

Véronique Hotte

 

Théâtre des Abbesses/Théâtre de la Ville, Paris  jusqu’au 8 octobre – en anglais surtitré en français. T: 01 42 74 22 77


Archive pour 6 octobre, 2016

Clouée au sol de George Brant

 

Clouée au sol de George Brant, traduction de Dominique Hollier, mise en scène de Gilles David.

 

547©MarinaRaurellpourlepolemediaGeorge Brant est un auteur américain  dont les pièces : Marie et Rosetta (2016) ,  Bon sur papier (2015),  Banc de Les Pleureuses (2012) , Trois Voyages du Lobotomobile (2012) , Grizzly Mama (2011) et Grounded (2012)  ont été jouées aux Etats-Unis, en Angleterre et en Australie.
Cloué au sol (Grounded) a été traduite en 2014 avec une aide de la Maison Antoine Vitez fait partie des  dix meilleures pièces de l’année selon le Guardian et l’Evening Standard et a reçu de nombreuses récompenses  dont une nomination pour le prix Amnesty International Liberté d’expression. Clouée au sol avait été mis en espace  en juillet dernier à la Chartreuse de Vielleneuve-lès-Avignon.
Ce monologue est la confession intime d’une jeune femme pilote de chasse dans l’Us Air Force,  qui possède une volonté féroce de servir au mieux son pays:  « Je suis dans le bleu pour une bonne raison, J’ai des missiles à lancer, J’ai des Sidewinders, J’ai des Mavericks, Je les fais pleuvoir sur les minarets et le béton en dessous de moi, Ce qui s’élève du désert, Moi je le ratatine, J’en refais du désert, Des fragments, Du sable, Du moins je crois, Au moment de l’explosion, je suis partie depuis longtemps, Tiger et moi on est passés à un autre bout de ciel Boum Boum l’armée de merde de Saddam et puis je suis chez moi en permission. »
A la suite d’une rencontre amoureuse, elle attend un bébé, ce qui la rend folle de joie. Oui mais… ses supérieurs l’ont évidemment déjà écarté du service actif au Moyen-Orient et vont l’affecter, après une formation très pointue et coûteuse, au pilotage d’un avion très performant, lui dit-on!  Mauvaise surprise: plus de ce ciel bleu qui lui manquait déjà :  c’est un drone qu’elle commandera, assise devant un écran gris et à la tête d’une équipe, dans une caravane climatisée d’une base militaire secrète à Las Vegas…

Les États-Unis, on le sait, disposent plus de 7.000 drones en service depuis plus de vingt ans ! Dont environ 200 appareils de haute altitude comme les  Predator, Repaer, etc.  ce qui nécessite des budgets importants. Amnesty International accuse les États-Unis d’utiliser clandestinement ces drones pour des exécutions en violation absolue du droit international, et en faisant de très nombreuses victimes, comme au Pakistan, civils innocents ou proches des personnes visées… Elimination garantie ou presque de personnalités et chefs de guerre ennemis mais aussi… dommages collatéraux sans réplique possible donc sans aucun danger physique pour les équipes américaines ultra-compétentes et expérimentées qui les commandent bien à l’abri dans un désert, à des milliers de kilomètres de distance.

Mais reste aux pilotes comme cette jeune femme, à concilier vie de famille et de couple (son mari est croupier dans un casino (on est à Las Vegas!) avec cette guerre au quotidien sans état d’âme et à tuer au besoin. Parfaitement efficace, elle surveille une dizaine d’heures par jour, un autre  désert que le sien, en mission comme avant mais sans bouger, face à un ennemi potentiel. Un jour, elle poursuit un homme  souvent accompagné d’une petite fille qu’elle voit très bien sur son écran, une petite fille qui pourrait être la sienne. Et plus que perturbée, elle se refusera à déclencher la mitraillette du drone pour éviter de la tuer, ce que fera pour elle, et sans état d’âme, un de ses supérieurs. Mais la discipline militaire existe et elle passera en cour martiale ! En prison, elle prendra conscience  du crime permanent qu’elle est en train de commettre au nom de son pays, Les Etats-Unis…

 George Brant  a su donner une dimension humaine au personnage de cette jeune femme pilote, avec une grande économie de langage et  avec le rythme nécessaire pour faire vivre ce monologue.  qui, aucun doute là-dessus, remarquablement écrit, va devenir un classique du genre… Le spectacle est sans doute un des meilleurs d’une rentrée théâtrale par ailleurs assez terne. Grâce d’abord à une remarquable scénographie, signée Olivier Brichet, minimale et très efficace-ce n’est pas si fréquent et doit être souligné-soit un cube noir comme dans Le Dépeupleur de Samuel Beckettt joué  sur ce même plateau (voir Le Théâtre du Blog), avec juste, un plateau carré blanc. Bien éclairé (Marie-Christine Soma) et avec un bel accompagnement sonore (Julien Fezans). Pour une fois, tout est donc dans l’axe. On oubliera, seule réserve, le début avec ses phrases projetées sur fond noir un peu laborieux…
Grâce surtout à l’exemplaire rigueur de la direction d’acteurs de Gilles David. Et au jeu de Pauline Bayle, cette jeune comédienne qui, après avoir fait Sciences Po.,  est passée par l’Ecole du Théâtre National de Chaillot puis par le Cons… Et qui, à vingt-six ans, a déjà monté plusieurs spectacles dont cette année une Iliade d’après Homère, unanimement saluée (voir Le Théâtre du Blog).

  Droite dans sa combinaison kaki et ses rangers, avec une diction et une gestuelle impeccables, elle dit aussi bien sa joie d’avoir eu un bébé un peu par hasard, de vivre avec le papa de ce bébé, sa déception de ne plus voler dans le bleu du ciel mais aussi sa grande fierté, elle une jeune femme, de diriger une équipe de spécialistes militaires.
Puis, on la voit devenir la proie d’une sorte de schizophrénie galopante dont elle n’a pas vraiment consciente, et ne plus bien comprendre ce qui lui arrive à elle, l’officier supérieur appréciée… Toujours concentrée, très crédible, et au plus près du public pendant une heure et quart. Bref, un beau travail d’actrice, au service d’un beau texte.

Philippe du Vignal

Théâtre de Déchargeurs 3 rue des Déchargeurs 75001 Paris. T : 01 42 36 00 50

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