Blockbuster

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Blockbuster, écriture librement inspirée du roman Invisibles et remuants de Nicolas Ancion par l’auteur et le collectif Mensuel, conception et mise en scène du collectif Mensuel

« Blockbuster », en anglais: qui fait exploser le quartier, du nom d’une puissante bombe utilisée par les armées alliées pendant la seconde guerre, et autrefois, mot du jargon théâtral américain( tiens-tiens!)  pour désigner une pièce remportant un succès important au détriment d’autres spectacles.
Il a qualifié ensuite un film à gros budget, donc à gros bénéfices espérés mais avec une réalisation à risques, comme Quo vadis ? Autant en emporte le vent, Ben-Hur puis plus tard,  Les Dents de la mer (1975), soutenus par de grandes campagnes de publicité. Parfois, aussi en cinémascope, et avec des effets spéciaux, de façon à séduire un public américain attiré de plus en plus à l’époque par la télévision.

Ici, on est un peu loin de tout cela il s’agit-comment dire?-d’une pièce-film, au scénario original, mais à très haute valeur parodique, réalisé à partir de 1.400 plans-séquences! tirés de 160 films hollywoodiens…Avec des vedettes mais dont l’apparition comme dit justement notre amie Christine Friedel est « découpée en rondelles » et leur ôte de facto leur statut de vedettes, même si, comme dans les blockbusters, elles incarnent des héros contemporains qui peuvent attirer le public, avec aussi une histoire simple et accrocheuse, et souvent des catastrophes impressionnantes et des courses-poursuites.
Bien entendu, de petits malins comme Woody Allen, en 1966 déjà avec La Tigresse, avaient compris la mine que pouvait représenter une parodie, dite là-bas »mashup », de ces blockbusters. Il avait détourné un mauvais film d’espionnage  japonais de série B, qu’il avait doublé de manière absurde et burlesque,  avec un décalage efficace entre bande-son et image…
Cela s’appelle au théâtre, comme en arts plastiques, puis au cinéma, un détournement,  à partir de collages divers et variés. Ce qui fera aussi le bonheur d’un situationniste comme  René Vienet,   avec La dialectique peut-elle casser des briques? (1973) où il détourna habilement un film d’aventures.
Vingt ans plus tard, le français Michel Hazanavicius imaginera Le Grand Détournement-La Classe américaine, et Alex Chan réalisera lui The French Democracy, un film tiré lui d’un jeu vidéo, inspiré des fameuses émeutes dans la banlieue de Paris. Et encore un autre français, AMF films a réalisé un film devenu connu dans le monde entier, Terminator versus Robocop. Bref, la veine est riche…

Et au théâtre? La compagnie Grand Magasin de Pascale Murtin et François Hifler qui « copient mal une œuvre » comme ils disent, c’est à dire la détournent et racontent avec un ton persifleur ce qui va se passer sur scène; les deux complices  avaient réalisé un spectacle-récit avec un bruitage plein d’humour et en direct, comme le fait ici le très impertinent collectif Mensuel, une compagnie belge déjà bien connue, qui  a  créé, avec ses airs de ne pas y toucher, ce Blockbuster, en créant un scénario  aussi original que décapant, après un  gigantesque et très rigoureux travail de montage, ou plutôt de re-création…
Nicolas Ancion et le collectif Mensuel ont imaginé un scénario où un certain Mortier, un directeur très sûr de lui, d’une très importante société commerciale aux Etats-Unis et surtout à New York (d’après les images) et joue aussi le rôle d’une sorte de patron des patrons,  qui doit affronter  une situation des plus complexes : le gouvernement veut mettre en place une taxe sur les très hauts revenus, ce qui, pour lui comme pour ses très puissants homologues, a quelque chose d’absolument impensable!

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait, disait récemment et sans état d’âme aucun, l’homme d’affaires Warren Buffet dont la fortune est évaluée à 65 milliards de dollars! mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner » ! Cela ne s’invente pas.

Mais ici les choses vont déraper, sinon il n’y aurait pas de film! En effet, Corinne Lagneau, une jeune et belle journaliste d’investigation se fait remettre d’équerre par son rédac-chef à propos d’un article qu’elle vient de commettre où elle tire à boulets rouges sur ces multinationales qui ne payent pas d’impôts, alors que les gens ont de très bas salaires et que des SDF survivent dans la misère sur les trottoirs des grandes villes. Son article ne paraîtra donc pas-belle illustration de la connivence entre certains organes de presse et les multi-nationales-et elle sera licenciée…
Mais très vite, grâce aux réseaux sociaux, la population, résignée depuis longtemps va enfin prendre conscience des abus et de la violence bcbg impunément exercée par le pouvoir  cynique des  multinationales  dominantes, et va organiser une riposte virulente, en incitant à une rébellion exemplaire contre le capitalisme qui gère l’Etat en sous-main.
Mortier et le jeune premier ministre, en conflit ouvert avec sa Ministre de l’Intérieur qui semble  dépassée, manœuvrent à vue pour arrêter au plus vite, cette insurrection. Pillages, incendies volontaires de grands et luxueux immeubles d’affaires, nombreuses manifs de dizaines de milliers de gens: l’armée est déployée et l’état d’urgence proclamé…

C’est une sorte de fable, à la fois ludique et très  bien construite, parfaitement crédible, jouée sur grand écran par des acteurs célèbres, entre autres Judi Dench,  Mikael Douglas, Julia Roberts, Tom Cruise, Merryl Streep, et Sylvester Stallone, la jeune super-star des années 80 qui, avec ses personnages  Rocky et Rambo, était l’image de l’Amérique fière et patriotique et qui fut brocardée par  les Guignols de l’Info…
Cela commence par une sorte d’appel au public très malin pour enregistrer une phrase dite en commun et une montagne d’applaudissements qui seront utilisés par la suite dans la projection du film. Bien joué; le public, ravi de participer avec cette équipe sympathique, est déjà enthousiaste, même s’il ne connaît rien de ce  qu’il va découvrir..
Ce Blockbuster est revendiqué avec raison par le collectif Mensuel comme un projet vraiment théâtral et politique, ce que ne croient pas certains esprits chagrins… Et cela commence par une répétition d’une phrase et d’applaudissements qu’il demande au public-ravi de participer; et dont l’enregistrement qui sera repris dans le film, comme une bande-son.
Sur le plateau, un incroyable bordel (remarquable scénographie de Claudine Mas) avec des tables, de petites commodes,  une quinzaine de lampes de chevet ou lampadaires de salon très kitch, des consoles électroniques, batteries et instruments de musique mais aussi des accessoires, aussi efficaces que dérisoires, du genre : plateau en bois pour le bruit des pas, caisse pleine de verre cassé, morceaux de draps, papiers, pièces de métal ou de bois, petites sonnettes, etc. pour les bruitages et musiques que réalisent Quentin Halloy et Philippe Lecrenier.
Le doublage lui, est aussi assuré en direct, et  impeccablement, par trois acteurs, très crédibles : Sandrine Bergot, qui joue tous les rôles de femmes et d’enfants (chapeau !), Baptiste Isaia et  Renaud Riga.

Un travail cohérent de bout en bout, d’une grande intelligence, mené par toute une équipe,  avec un excellent montage signé Juliette Achard, pour  créer un spectacle hors-normes- et ce qui n’est si fréquent dans le théâtre contemporain- à l’humour cinglant… Le ton  rappelle parfois l’excellent documentaire Merci patron de François Ruffin (2016) fondateur du journal du journal Fakir qui avait piégé Bernard Arnault qui avait décidé de délocaliser sa production en Pologne après avoir, ironie du sort, demandé la nationalité belge…

Le collectif Mensuel a repris avec une grande intelligence mais au second degré, voire au troisième, tout ce qui fait le succès de ces films américains célèbres : personnages iconiques incarnant le bien et le mal, actions d’une violence extrême avec incendies et explosions au cœur même des grandes capitales, courses-poursuites, mise en scène de centaines de figurants…Mais avec un détournement permanent et une radicalité absolue.
Et c’est vraiment jubilatoire. On retombe à la fin sur une scène de vrai théâtre  avec effets pyrotechniques et dérouleur que l’on ne vous dévoilera pas. Très longs applaudissements debout d’un public pour une fois aussi, assez jeune. Un grand merci à M. Roussillon d’avoir invité ce  Blockbuster.

Mais, seul bémol,  le spectacle n’est pas là pour longtemps à Malakoff, donc courez-y. Sinon, il y a peut-être un endroit proche de chez vous dans la longue liste publiée ci-dessous.

Philippe du Vignal

Théâtre 71 de Malakoff Scène Nationale  jusqu’au 15 octobre. T:  01 55 48 91 00 jusqu’au 15 octobre.

En Belgique:

du 18 au 19 octobre au Huy, Centre Culturel T : +32 85 21 12 06 ;les 27 et 28 octobre au centre culturel de Verviers T: +32 87 39 30 60; du 23 novembre au 4 décembre : Théâtre National de Bruxelles T : 32 (2) 203 53 03;  et le 6 décembre :  Dinant Centre Culturel T: +32 82/21 39 39

Puis le 9 décembre. : Cournon d’Auvergne-La Coloc’ de la Culture. T: 04 73 77 36 10; les 13  et 14 décembre : Valence Lux. T: 04 75 82 44 15

 En Belgique : le 17 décembre : Barvaux – Centre Culturel de Durbuy. T: +32 86 21 98 71 ; le 12  et 13 janvier : Welkenraedt au Centre Culturel T : +32 87/89 91 70. Les 27 et 28 janvier : Centre Culturel d’Ottignies-Louvain la Neuve. T: +32 10 421302. Le 23 février : Liège – Festival Paroles d’Homme. T : +32 87 78 62 096;  le 10 mars : Eden-Centre Culturel Régional de Charleroi. T : +32 71 20 29 95.

Du 14 au 17 mars : Scène Nationale de Besançon. T: 03 81 87 85 85

En Belgique, le 21 mars : Bertrix Centre Culturel T : +32 61 41 23 0.

Le 25 mars :  Le Quartz-Scène Nationale de Brest. T: 02 98 33 70 70; les 30 et  31 mars : Bruxelles-Wolubilis T:+32 2 761 60 30. Et le 4 avril  : Belfort-Le Granit, Scène Nationale. T: 03 84 58 67 67; les 6 et  7 avril. : Le Nest-C.D.N de Thionville-Lorraine. T:03 82 53 33 95.
Les 11 et 12 avril : Chambéry-Espace Malraux T:04 79 85 55 43. Le 14 avril : Théâtre de Vénissieux T 04 72 90 86 68.

En Belgique:  les 19 et 20 avril : Nivelles – Waux Hall T:+32 67 88 22 77. Du 26 au 28 avril : Namur Théâtre T: +32 81 226 026.

Et enfin du 30 mai au 1er juin : Maison de la Culture de Bourges. T:02 48 67 74 70

 

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