Voyage à Tokyo

Voyage à Tokyo, d’après Voyage à Tokyo d’Yasujiro Ozu, d’après le scénario d’Yasujiro Ozu et Kogo Noda, adaptation et mise en scène de Dorian Rossel

ccaroleparodi_hd-6235Cette comédie fit connaître chez nous le grand réalisateur japonais, et on y retrouve les leitmotivs de ses films: mémoire de la défaite impériale après la seconde guerre mondiale, mutation de son pays, bouleversement des codes et de la cellule familiale, solitude des gens âgés…
Avec un contraste criant entre les vêtements traditionnels d’intérieur et ceux, occidentaux, de la vie professionnelle: les enfants et petits-enfants qui ont réussi socialement, sont en costume pour les hommes, et robe fleurie pour les femmes… Et le quotidien d’une bourgade diffère de l’activité trépidante des rues de Tokyo  et quand les parents vont rendre visite à leurs enfants, ils éprouvent l’indifférence, l’anonymat et le peu de contacts entre les êtres. Dorian Rossel transpose en une représentation sonore et visuelle les aventures existentielles que traverse un couple. Salutations, politesses, considérations météorologiques et sanitaires, réunions de famille, et beuveries… entre hommes : la vie va et vient, puis s’échappe, par-delà les malentendus.

Avec une interprétation fluide : les comédiens ont de multiples rôles, et l’un d’eux  joue, avec un tablier de cuisine, une femme au foyer. Les enfants sont représentés par des vignettes colorées de bande dessinée que porte un  acteur en salopette qui déclame fortement.
Yoshi Oïda, que l’on a beaucoup vu chez Peter Brook,  interprète,  avec un grand talent, un vieil homme réservé, à l’aspect fragile et au comportement décalé,  alors que son épouse très sensible (Élodie Weber) goûte à tous les instants. Ils sont bien accompagnés par Fiona San Martin, Rodolphe Dekowski, Xavier Fernandez-Cavada, Delphine Lanza.

Scénographie de Manon Fantini, Clémence Kazémi et Sybille Kössler, délicatement japonisante avec, repliés et suspendus par des fils, des lais clairs et unis ou des imprimés aux tons pastel, signes de l’habitat japonais. Les paravents glissent doucement et, derrière une paroi, les musiciens Axel Muller Ramirez et Immanuel de Souza  jouent une musique électro.
Il y a de belles inventions dans cette mise en scène: par exemple, quand la belle-fille, dont le mari mort à la guerre, accueille ses beaux-parents dans son appartement : une valise éclairée laisse apparaître alors, en miniature, le foyer de cette employée, plus sensible que ses beaux-frères et belles-sœurs, et attentive à la présence du couple âgé à ses côtés.

Ici, comme souvent dans le théâtre extrême-oriental, les vivants et les morts se côtoient: on voit ainsi le fils tué au front, rejoindre en silence sa famille! Les grands-parents, eux, restent à l’écoute des choses de la vie : le temps qu’il fait, le bruit des vagues se fracassant sur les rochers dans leur villégiature.

Un spectacle tout en nuances qui révèle les ratés du temps inexorable qui s’enfuit…

Véronique Hotte

Maison des Arts de Créteil, jusqu’au 15 octobre. T : 01 45 13 19 19.
Et Théâtre Paris-Villette, du 5 au 19 novembre.

 

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