Bibliothèques de l’Odéon /Nouvelles dramaturgies européennes.

Bibliothèques de l’Odéon /Nouvelles dramaturgies européennes.

Pour un moment d’Arne Lygre

 lygre_0Stéphane Braunschweig, récemment nommé à la tête de l’Odéon, poursuit son exploration de nouveaux répertoires dramatiques, avec quatre lectures de pièces cette saison. Premier rendez-vous consacré à Arne Lygre, auteur norvégien-né en 1968-parmi les plus importants en Europe selon le metteur en scène qui a déjà créé trois de ses pièces et qui vient de traduire Pour un moment en collaboration avec la dramaturge Astrid Schenka.
Comme à son habitude, l’écrivain ne déroule pas une trame narrative linéaire, mais décline la thématique de la relation à l’autre, cinq acteurs au moins devant interpréter une vingtaine des figures anonymes à la présence parfois éphémère, dont la personnalité se dessinera au fil des dialogues. Ils se rencontrent “pour un moment“, se quittent, trouvent d’autres partenaires, avec la hantise contradictoire de perdre leur autonomie  et de rester seul .

Deux femmes se racontent leurs relations amoureuses : l’une, plus jeune a pris le mari de l’autre: elles se sont détestées puis sont devenues amies…  Au tableau suivant, une bande de jeunes  les agresse:  l’une  est blessée et sombre dans le coma,  et l’autre, plus jeune, meurt noyée. L’actrice  qui l’incarne,  va alors  se glisser dans la peau du mari  veillant son ex-femme à l’hôpital, en compagnie de sa belle-sœur…
Ce mari parle avec un ami de leur solitude respective…. Un homme rencontre un inconnu (l’ami du mari ?) qu’il embarque chez lui. Celui-ci le quitte sans retour, et l’homme drague alors un autre inconnu sur Internet, pour ne pas mourir seul… Dans cette sorte de Ronde à la Schnitzler, prend corps, à travers de courtes répliques, une série de rencontres et de départs, les comédiens passant d’un rôle à l’autre.

La nature de leurs échanges se révèle aussi troublante : les dialogues, interrompus par des didascalies et des éléments narratifs, se dédoublent en adresses au partenaire de jeu et en discours introspectif : comme si le personnage prenait du recul et se regardait en train vivre la situation  où il se trouve.
De même, les personnages, instables, s’aiment et se détestent en trois répliques, et ici l’épouse devient le mari. Pour compliquer la structure dramatique, Arne Lygre désigne cinq catégories de rôles : Personne ; Ami(e);  Connaissance ; Inconnu(e) ; Ennemi(e).

Au cours des échanges, personnages et enjeux dramatiques se construisent, et l’on finit par accepter les règles du jeu particulières que l’auteur s’est fixées. Il y a ce qu’on dit à l’autre, et ce que l’on pense en même temps ;  l’amour existe bien entre les êtres mais aussi la méfiance, la peur, la haine, l’attirance et la répulsion. Une dialectique du lien à l’autre, assez paradoxale.

Grâce à une distribution hors-pair dont Marie Rémond et Chloé Réjon, et une direction d’acteur rigoureuse, Stéphane Braunschweig réussit à dénouer tous les écheveaux du texte et à donner une lecture claire d’une œuvre énigmatique mais dont la complexité cache une approche sensible, au plus près des sentiments contradictoires des êtres humains.

Arne Lygre précise que son point de départ pour l’écriture, a été une phrase : « Have Mercy on me » (Aie pitié de moi) et le désir d’exprimer le besoin qu’on a d’autrui. De là, il a imaginé une série de situations, sans envisager la question de la représentation : «Je ne vois pas le théâtre. Il ne me vient pas d’images. Pour moi, c’est une question de rythme. Je me projette dans les voix et les personnages. »

 Mireille Davidovici

Lecture réalisée le 3 octobre, au Théâtre de l’Odéon.
Prochaines lectures  le 12 novembre :Vera Cruz d’Olivier Rolin ;  le 19 novembre: Le Grand Jeu de Céline Minard ; le 21 novembre: Patrice Chéreau à l’œuvre /Soirée dans le cadre de l’événement Chéreau en son temps. Portrait par des artistes qui l’ont accompagné .
le 22 novembre: (Hu)manpower : lecture par des détenus au centre pénitentiaire de Fresnes, résultant d’un atelier de théâtre créatif mené par Sylvie Nordheim;  le 23 novembre : La Fonction Ravel de et par Claude Duparfait.


Archive pour 25 octobre, 2016

Bibliothèques de l’Odéon /Nouvelles dramaturgies européennes.

Bibliothèques de l’Odéon /Nouvelles dramaturgies européennes.

Pour un moment d’Arne Lygre

 lygre_0Stéphane Braunschweig, récemment nommé à la tête de l’Odéon, poursuit son exploration de nouveaux répertoires dramatiques, avec quatre lectures de pièces cette saison. Premier rendez-vous consacré à Arne Lygre, auteur norvégien-né en 1968-parmi les plus importants en Europe selon le metteur en scène qui a déjà créé trois de ses pièces et qui vient de traduire Pour un moment en collaboration avec la dramaturge Astrid Schenka.
Comme à son habitude, l’écrivain ne déroule pas une trame narrative linéaire, mais décline la thématique de la relation à l’autre, cinq acteurs au moins devant interpréter une vingtaine des figures anonymes à la présence parfois éphémère, dont la personnalité se dessinera au fil des dialogues. Ils se rencontrent “pour un moment“, se quittent, trouvent d’autres partenaires, avec la hantise contradictoire de perdre leur autonomie  et de rester seul .

Deux femmes se racontent leurs relations amoureuses : l’une, plus jeune a pris le mari de l’autre: elles se sont détestées puis sont devenues amies…  Au tableau suivant, une bande de jeunes  les agresse:  l’une  est blessée et sombre dans le coma,  et l’autre, plus jeune, meurt noyée. L’actrice  qui l’incarne,  va alors  se glisser dans la peau du mari  veillant son ex-femme à l’hôpital, en compagnie de sa belle-sœur…
Ce mari parle avec un ami de leur solitude respective…. Un homme rencontre un inconnu (l’ami du mari ?) qu’il embarque chez lui. Celui-ci le quitte sans retour, et l’homme drague alors un autre inconnu sur Internet, pour ne pas mourir seul… Dans cette sorte de Ronde à la Schnitzler, prend corps, à travers de courtes répliques, une série de rencontres et de départs, les comédiens passant d’un rôle à l’autre.

La nature de leurs échanges se révèle aussi troublante : les dialogues, interrompus par des didascalies et des éléments narratifs, se dédoublent en adresses au partenaire de jeu et en discours introspectif : comme si le personnage prenait du recul et se regardait en train vivre la situation  où il se trouve.
De même, les personnages, instables, s’aiment et se détestent en trois répliques, et ici l’épouse devient le mari. Pour compliquer la structure dramatique, Arne Lygre désigne cinq catégories de rôles : Personne ; Ami(e);  Connaissance ; Inconnu(e) ; Ennemi(e).

Au cours des échanges, personnages et enjeux dramatiques se construisent, et l’on finit par accepter les règles du jeu particulières que l’auteur s’est fixées. Il y a ce qu’on dit à l’autre, et ce que l’on pense en même temps ;  l’amour existe bien entre les êtres mais aussi la méfiance, la peur, la haine, l’attirance et la répulsion. Une dialectique du lien à l’autre, assez paradoxale.

Grâce à une distribution hors-pair dont Marie Rémond et Chloé Réjon, et une direction d’acteur rigoureuse, Stéphane Braunschweig réussit à dénouer tous les écheveaux du texte et à donner une lecture claire d’une œuvre énigmatique mais dont la complexité cache une approche sensible, au plus près des sentiments contradictoires des êtres humains.

Arne Lygre précise que son point de départ pour l’écriture, a été une phrase : « Have Mercy on me » (Aie pitié de moi) et le désir d’exprimer le besoin qu’on a d’autrui. De là, il a imaginé une série de situations, sans envisager la question de la représentation : «Je ne vois pas le théâtre. Il ne me vient pas d’images. Pour moi, c’est une question de rythme. Je me projette dans les voix et les personnages. »

 Mireille Davidovici

Lecture réalisée le 3 octobre, au Théâtre de l’Odéon.
Prochaines lectures  le 12 novembre :Vera Cruz d’Olivier Rolin ;  le 19 novembre: Le Grand Jeu de Céline Minard ; le 21 novembre: Patrice Chéreau à l’œuvre /Soirée dans le cadre de l’événement Chéreau en son temps. Portrait par des artistes qui l’ont accompagné .
le 22 novembre: (Hu)manpower : lecture par des détenus au centre pénitentiaire de Fresnes, résultant d’un atelier de théâtre créatif mené par Sylvie Nordheim;  le 23 novembre : La Fonction Ravel de et par Claude Duparfait.

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