La pluie, de Daniel Keene

La pluie, de Daniel Keene, traduction Séverine Magois, conception et jeu Alexandre Haslé

 

la-pluie-2-Copyright-Marinette-Delanné-2Un conte triste, et qui dit la vérité. Il était une fois une jeune fille qui habitait près d’une ligne de chemin de fer. Un jour, elle vit dans la plaine une file immense de voyageurs, très pressés de prendre le train, semblait-il. Et ce fut encore ainsi le lendemain, et encore, et encore, et puis soudain ce fut fini.
Ces voyageurs pressés, avant de partir lui donnaient tous quelque chose, une photo, un objet, qu’elle leur promit de garder jusqu’à leur retour. Elle en avait tant que sa maison fut bientôt pleine, et qu’elle dut dormir dehors. Ils ne revinrent jamais et elle devint vieille. Les photos pâlirent,  les objets tombèrent en poussière. Sauf un : une fiole qu’un enfant lui avait remise, avec de la pluie, la pluie bienfaisante du ciel.

Peut-on raconter froidement cette histoire terrible et pudique ? Alexandre Haslé ne pouvait choisir que la marionnette, le masque, pour leur poésie, pour garder leur part d’enfance, et surtout pour l’émotion qu’ils dégagent. «Leur grâce» disait Kleist.
À l’effigie de la vieille Hanna, de taille presque humaine,  le comédien donne ses mains, son regard attentif, presque soucieux. Il l’accompagne, veille sur elle, l’aime assez pour la laisser se détacher de lui, pour un instant hallucinant de vie autonome.

Il fait aussi apparaître et vivre quelques-uns de ceux qui prenaient ce train : une jeune veuve, un gros gitan, un violoniste. Sur un plateau toujours en vie,  ce disciple et partenaire d’Ilka Schönbein fait et défait la scénographie, les images, change d’échelle, met la maison d’Hanna dans une valise… Alexandre Haslé fait corps avec les objets et les visages qu’il a créés et qu’il anime, presque dans un même geste, unique. Ce qui donne à ces figures une grande humanité, portée par le texte de Keene.

Le spectacle avait été créé il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, dans une époque hantée par les groupes de réfugiés-autres “déportés», dont on feint de croire qu’ils ont eu le choix-sa fidélité à une forme artisanale, à ce jeu si près du corps lui donnent une nouvelle force, poignante.
On n’a pas besoin, au théâtre, de la violence froide de la technologie : la marionnette est plus vivante, plus réelle que l’image filtrée par un écran…

 

Christine Friedel

 

Lucernaire – 01 45 44 57 34 – jusqu’au 26 novembre – 19h

 

 


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