Blockbuster

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Blockbuster, écriture librement inspirée du roman Invisibles et remuants de Nicolas Ancion par l’auteur et le collectif Mensuel, conception et mise en scène du collectif Mensuel

« Blockbuster », en anglais: qui fait exploser le quartier, du nom d’une puissante bombe utilisée par les armées alliées pendant la seconde guerre, et autrefois, mot du jargon théâtral américain( tiens-tiens!)  pour désigner une pièce remportant un succès important au détriment d’autres spectacles.
Il a qualifié ensuite un film à gros budget, donc à gros bénéfices espérés mais avec une réalisation à risques, comme Quo vadis ? Autant en emporte le vent, Ben-Hur puis plus tard,  Les Dents de la mer (1975), soutenus par de grandes campagnes de publicité. Parfois, aussi en cinémascope, et avec des effets spéciaux, de façon à séduire un public américain attiré de plus en plus à l’époque par la télévision.

Ici, on est un peu loin de tout cela il s’agit-comment dire?-d’une pièce-film, au scénario original, mais à très haute valeur parodique, réalisé à partir de 1.400 plans-séquences! tirés de 160 films hollywoodiens…Avec des vedettes mais dont l’apparition comme dit justement notre amie Christine Friedel est « découpée en rondelles » et leur ôte de facto leur statut de vedettes, même si, comme dans les blockbusters, elles incarnent des héros contemporains qui peuvent attirer le public, avec aussi une histoire simple et accrocheuse, et souvent des catastrophes impressionnantes et des courses-poursuites.
Bien entendu, de petits malins comme Woody Allen, en 1966 déjà avec La Tigresse, avaient compris la mine que pouvait représenter une parodie, dite là-bas »mashup », de ces blockbusters. Il avait détourné un mauvais film d’espionnage  japonais de série B, qu’il avait doublé de manière absurde et burlesque,  avec un décalage efficace entre bande-son et image…
Cela s’appelle au théâtre, comme en arts plastiques, puis au cinéma, un détournement,  à partir de collages divers et variés. Ce qui fera aussi le bonheur d’un situationniste comme  René Vienet,   avec La dialectique peut-elle casser des briques? (1973) où il détourna habilement un film d’aventures.
Vingt ans plus tard, le français Michel Hazanavicius imaginera Le Grand Détournement-La Classe américaine, et Alex Chan réalisera lui The French Democracy, un film tiré lui d’un jeu vidéo, inspiré des fameuses émeutes dans la banlieue de Paris. Et encore un autre français, AMF films a réalisé un film devenu connu dans le monde entier, Terminator versus Robocop. Bref, la veine est riche…

Et au théâtre? La compagnie Grand Magasin de Pascale Murtin et François Hifler qui « copient mal une œuvre » comme ils disent, c’est à dire la détournent et racontent avec un ton persifleur ce qui va se passer sur scène; les deux complices  avaient réalisé un spectacle-récit avec un bruitage plein d’humour et en direct, comme le fait ici le très impertinent collectif Mensuel, une compagnie belge déjà bien connue, qui  a  créé, avec ses airs de ne pas y toucher, ce Blockbuster, en créant un scénario  aussi original que décapant, après un  gigantesque et très rigoureux travail de montage, ou plutôt de re-création…
Nicolas Ancion et le collectif Mensuel ont imaginé un scénario où un certain Mortier, un directeur très sûr de lui, d’une très importante société commerciale aux Etats-Unis et surtout à New York (d’après les images) et joue aussi le rôle d’une sorte de patron des patrons,  qui doit affronter  une situation des plus complexes : le gouvernement veut mettre en place une taxe sur les très hauts revenus, ce qui, pour lui comme pour ses très puissants homologues, a quelque chose d’absolument impensable!

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait, disait récemment et sans état d’âme aucun, l’homme d’affaires Warren Buffet dont la fortune est évaluée à 65 milliards de dollars! mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner » ! Cela ne s’invente pas.

Mais ici les choses vont déraper, sinon il n’y aurait pas de film! En effet, Corinne Lagneau, une jeune et belle journaliste d’investigation se fait remettre d’équerre par son rédac-chef à propos d’un article qu’elle vient de commettre où elle tire à boulets rouges sur ces multinationales qui ne payent pas d’impôts, alors que les gens ont de très bas salaires et que des SDF survivent dans la misère sur les trottoirs des grandes villes. Son article ne paraîtra donc pas-belle illustration de la connivence entre certains organes de presse et les multi-nationales-et elle sera licenciée…
Mais très vite, grâce aux réseaux sociaux, la population, résignée depuis longtemps va enfin prendre conscience des abus et de la violence bcbg impunément exercée par le pouvoir  cynique des  multinationales  dominantes, et va organiser une riposte virulente, en incitant à une rébellion exemplaire contre le capitalisme qui gère l’Etat en sous-main.
Mortier et le jeune premier ministre, en conflit ouvert avec sa Ministre de l’Intérieur qui semble  dépassée, manœuvrent à vue pour arrêter au plus vite, cette insurrection. Pillages, incendies volontaires de grands et luxueux immeubles d’affaires, nombreuses manifs de dizaines de milliers de gens: l’armée est déployée et l’état d’urgence proclamé…

C’est une sorte de fable, à la fois ludique et très  bien construite, parfaitement crédible, jouée sur grand écran par des acteurs célèbres, entre autres Judi Dench,  Mikael Douglas, Julia Roberts, Tom Cruise, Merryl Streep, et Sylvester Stallone, la jeune super-star des années 80 qui, avec ses personnages  Rocky et Rambo, était l’image de l’Amérique fière et patriotique et qui fut brocardée par  les Guignols de l’Info…
Cela commence par une sorte d’appel au public très malin pour enregistrer une phrase dite en commun et une montagne d’applaudissements qui seront utilisés par la suite dans la projection du film. Bien joué; le public, ravi de participer avec cette équipe sympathique, est déjà enthousiaste, même s’il ne connaît rien de ce  qu’il va découvrir..
Ce Blockbuster est revendiqué avec raison par le collectif Mensuel comme un projet vraiment théâtral et politique, ce que ne croient pas certains esprits chagrins… Et cela commence par une répétition d’une phrase et d’applaudissements qu’il demande au public-ravi de participer; et dont l’enregistrement qui sera repris dans le film, comme une bande-son.
Sur le plateau, un incroyable bordel (remarquable scénographie de Claudine Mas) avec des tables, de petites commodes,  une quinzaine de lampes de chevet ou lampadaires de salon très kitch, des consoles électroniques, batteries et instruments de musique mais aussi des accessoires, aussi efficaces que dérisoires, du genre : plateau en bois pour le bruit des pas, caisse pleine de verre cassé, morceaux de draps, papiers, pièces de métal ou de bois, petites sonnettes, etc. pour les bruitages et musiques que réalisent Quentin Halloy et Philippe Lecrenier.
Le doublage lui, est aussi assuré en direct, et  impeccablement, par trois acteurs, très crédibles : Sandrine Bergot, qui joue tous les rôles de femmes et d’enfants (chapeau !), Baptiste Isaia et  Renaud Riga.

Un travail cohérent de bout en bout, d’une grande intelligence, mené par toute une équipe,  avec un excellent montage signé Juliette Achard, pour  créer un spectacle hors-normes- et ce qui n’est si fréquent dans le théâtre contemporain- à l’humour cinglant… Le ton  rappelle parfois l’excellent documentaire Merci patron de François Ruffin (2016) fondateur du journal du journal Fakir qui avait piégé Bernard Arnault qui avait décidé de délocaliser sa production en Pologne après avoir, ironie du sort, demandé la nationalité belge…

Le collectif Mensuel a repris avec une grande intelligence mais au second degré, voire au troisième, tout ce qui fait le succès de ces films américains célèbres : personnages iconiques incarnant le bien et le mal, actions d’une violence extrême avec incendies et explosions au cœur même des grandes capitales, courses-poursuites, mise en scène de centaines de figurants…Mais avec un détournement permanent et une radicalité absolue.
Et c’est vraiment jubilatoire. On retombe à la fin sur une scène de vrai théâtre  avec effets pyrotechniques et dérouleur que l’on ne vous dévoilera pas. Très longs applaudissements debout d’un public pour une fois aussi, assez jeune. Un grand merci à M. Roussillon d’avoir invité ce  Blockbuster.

Mais, seul bémol,  le spectacle n’est pas là pour longtemps à Malakoff, donc courez-y. Sinon, il y a peut-être un endroit proche de chez vous dans la longue liste publiée ci-dessous.

Philippe du Vignal

Théâtre 71 de Malakoff Scène Nationale  jusqu’au 15 octobre. T:  01 55 48 91 00 jusqu’au 15 octobre.

En Belgique:

du 18 au 19 octobre au Huy, Centre Culturel T : +32 85 21 12 06 ;les 27 et 28 octobre au centre culturel de Verviers T: +32 87 39 30 60; du 23 novembre au 4 décembre : Théâtre National de Bruxelles T : 32 (2) 203 53 03;  et le 6 décembre :  Dinant Centre Culturel T: +32 82/21 39 39

Puis le 9 décembre. : Cournon d’Auvergne-La Coloc’ de la Culture. T: 04 73 77 36 10; les 13  et 14 décembre : Valence Lux. T: 04 75 82 44 15

 En Belgique : le 17 décembre : Barvaux – Centre Culturel de Durbuy. T: +32 86 21 98 71 ; le 12  et 13 janvier : Welkenraedt au Centre Culturel T : +32 87/89 91 70. Les 27 et 28 janvier : Centre Culturel d’Ottignies-Louvain la Neuve. T: +32 10 421302. Le 23 février : Liège – Festival Paroles d’Homme. T : +32 87 78 62 096;  le 10 mars : Eden-Centre Culturel Régional de Charleroi. T : +32 71 20 29 95.

Du 14 au 17 mars : Scène Nationale de Besançon. T: 03 81 87 85 85

En Belgique, le 21 mars : Bertrix Centre Culturel T : +32 61 41 23 0.

Le 25 mars :  Le Quartz-Scène Nationale de Brest. T: 02 98 33 70 70; les 30 et  31 mars : Bruxelles-Wolubilis T:+32 2 761 60 30. Et le 4 avril  : Belfort-Le Granit, Scène Nationale. T: 03 84 58 67 67; les 6 et  7 avril. : Le Nest-C.D.N de Thionville-Lorraine. T:03 82 53 33 95.
Les 11 et 12 avril : Chambéry-Espace Malraux T:04 79 85 55 43. Le 14 avril : Théâtre de Vénissieux T 04 72 90 86 68.

En Belgique:  les 19 et 20 avril : Nivelles – Waux Hall T:+32 67 88 22 77. Du 26 au 28 avril : Namur Théâtre T: +32 81 226 026.

Et enfin du 30 mai au 1er juin : Maison de la Culture de Bourges. T:02 48 67 74 70

 

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Archive pour octobre, 2016

Blake Work I, In Creases, The Seasons’s Canon

 

IMG_3182Blake Work I de William Forsythe, In Creases de Justin Peck, The Seasons’s Canon de Crystal Pite, et une  performance de Tyno Sehgal,  avec le Ballet de l’Opéra de Paris

 Nous avons vécu un moment unique  avec le  plaisir de revoir d’abord Blake Work I de William Forsythe créé ici en juillet dernier avec le Ballet de l’Opéra, sur la musique envoûtante de James Blake. Et In Creases de Justin Peck, présenté en mars sur une partition de Philip Glass, qui met en valeur la précision des gestes des danseurs.

Ensuite,  deux créations: d’abord The Seasons’ Canon de Crystal Pite, qui a fait son entrée au répertoire; cette ancienne interprète canadienne de William Forsythe nous offre, sur une réécriture musicale par Max Richter des Quatre Saisons de Vivaldi, un spectacle d’une grande beauté, mêlant sensualité et animalité.
Avec des danseurs, torse nu et en treillis, et des danseuses en haut de body transparent, une marque verte de part et d’autre de leur cou témoignant de leur appartenance à une communauté animale.
  En effet, tels des insectes, par petits gestes saccadés des bras et de la tête, ils ondulent  sur le sol, se touchent, se caressent et s’éparpillent brutalement. Quelques-uns dominent parfois le groupe, comme ou François Alu, Marie-Agnès Gillot, ou Alice Renavand. Lumineux dans la pénombre, les cinquante-quatre danseurs de cette tribu qui investit la scène pendant une demi-heure, sont en communion physique permanente  et  bouleversent nos sens : un choc visuel intense, semblable à notre première découverte du fameux Sacre du Printemps de Pina Bausch.
Le public, debout, les a longuement acclamé.

 Autre création: avant son exposition au Palais de Tokyo, le 12 octobre, Tino Sehgal a travaillé sur une performance avec les danseurs de l’Opéra. Comme avec Boris Charmatz la saison dernière, (Voir Le Théâtre du Blog), ils s’égayent ici dans le grand foyer, la Rotonde du glacier, et les couloirs menant aux  loges.
Nous croisons, au plus près, un  jeune couple en fusion, une danseuse ou un danseur qui rampe au sol, et un trio chantonnant. A la fin de cette soirée mémorable, Tino Sehgal fait danser la salle entière: pendrillons, rideau de scène, lustre central, loges, s’animent alors grâce aux éclairages qui suivent le rythme de la musique d’Art Benjamin Meyers, jouée en direct.

Le fantôme de l’Opéra semble s’être réveillé! Et à la fin, la troupe accompagne  par des vocalises, la sortie du public dans le grand escalier…

 Jean Couturier

Le spectacle s’est joué à l’Opéra-Garnier, Paris, du 26 septembre au 9 octobre. Operadeparis.fr             

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Rencontre avec un homme hideux

Rencontre avec un homme hideux d’après Brefs entretiens avec des hommes hideux, une nouvelle de David Foster Wallace, adaptée par Rodolphe Congé, Joris Lacoste, Julie Etienne

 

151659-entretien-avec-un-homme-hideux_laura_bazalgetteEst hideuse toute laideur repoussante, toute impression désagréable de dégoût ou de peur. Or, l’abjection morale d’un monde de bassesse et d’hommes irresponsables, c’est le propos de David Foster Wallace qui ne cesse de fustiger avec un regard moqueur et ironique la monstruosité de la condition humaine.
Il propose une mise en abyme somptueuse des pouvoirs multiples et scintillants de l’art de la narration,  qu’interprète  ici, un bel acteur singulier, Rodolphe Congé qui nous donne
le récit horrible de l’expérience féminine d’une agression sexuelle, inséré dans un premier récit masculin d’une aventure amoureuse, plutôt désinvolte, et  initialement enchâssé dans le texte d’un entretien dont le public ne discerne pas l’intervieweur, mais le seul interviewé et narrateur rayonnant, le protagoniste. 

Le jeu littéraire et scénique  consiste à passer alternativement d’un récit à l’autre, le sien et celui de la jeune fille que le narrateur a séduite lors d’un festival de musique; il décrit avec condescendance les codes rebattus et mièvres d’une hippy attardée, vêtue d’un poncho sud-américain, se nourrissant fibres et céréales bio et pratiquant une méditation altière, prônant le partage et l’écoute.«Elle a tout misé, dit-il, sur la conviction à priori ridicule que la connexion, la générosité et la compassion sont des composantes de l’âme humaine plus cruciales et primaires que la psychose et le mal. »
Le  séducteur, sexiste quoiqu’il en dise, est sûr de lui,  et possède un regard distant sur  le monde selon lui médiocre représenté par les jeunes gens  envers lesquels il manifeste une dépréciation cinglante et un mépris arrogant.

 Il n’en exige pas moins l’estime de l’auditeur, quand il justifie son point de vue, nuance ses propos et devance les réactions : «Je ne vous ferais pas l’insulte de m’assurer que vous comprenez de quoi je parle, quand j’évoque la difficulté de réprimer l’impatience, voire le mépris que l’on… l’hypocrisie, l’auto-contradiction décomplexée, comment dès le départ, vous savez qu’il faudra essuyer l’enthousiasme de rigueur pour la forêt amazonienne, la chouette tachetée, la méditation créative, la psychologie de complaisance, la macrobiotique, la défiance fanatique manifestée à l’égard de toute autorité identifiée comme telle… » Ce qui est honni : le narcissisme profond, l’autosatisfaction et le conformisme de ces anticonformistes occupés d’abord d’eux-mêmes, «des gosses de riches en jean déchiré qui n’ont pas eu l’obligation de financer leurs années de thèse en travaillant ».                                                                                 

Sous prétexte de ne pas se laisser piéger par les valeurs de l’Amérique moyenne, ces pacifistes sont certains d’être différents, ce qui les rend semblables. La joute narrative passe alors de plus en plus insidieusement au récit sur le violeur. Grâce à sa concentration, à sa foi en l’amour, et à sa puissance méditative, la belle étudiante a réussi à renverser le rapport de force avec le violeur, «les yeux calmement plantés dans les siens ». Expérience intérieure mystique à travers états d’extase, ravissement et émotion, dans une clarté cosmique de la vie.
Avec une expérience paroxystique de l’existence menée jusqu’à l’absurde, elle intrigue la suffisance du narrateur qui avoue verser dans la tristesse de se savoir vain. Séducteur solitaire, il va alors reconsidérer sa vision du monde à travers cette vaillance féminine.

Un moment ludique de théâtre littéraire, une partition entre suspens et effroi, à travers un jeu musical de va-et-vient entre le violeur et la jeune fille mutique, dans une tension ménagée de temps de silence, face à l’admiration incertaine du public pour un être énigmatique dont il ne perce pas le mystère  et qui peut-être se réapproprie la psychose du violeur…

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité internationale/Festival d’Automne à Paris, jusqu’au 18 octobre. T : 01 43 13 50 60/ 01 53 45 17 17
La nouvelle est publiée aux éditions Au diable vauvert.

 

Du désir d’horizons et Kawral, deux chorégraphies de Salia Sanou

Deux chorégraphies de Salia Sanou :

 Du désir d’horizons

salia sanou-5-maisonneuveDepuis 2014, Salia Sanou et ses danseurs de la Termitière, centre chorégraphique qu’il a fondé avec Seydou Boro, à Ouagadougou (Burkina Faso) en 1995,  ont créé des ateliers dans les camps  de réfugiés maliens au nord du pays. «Pour eux habitant dans ces endroits d’enfermement, il faut faire quelque chose, dit-il. La danse peut réparer les corps et, grâce à elle, on peut se reconstruire, penser et rêver l’avenir. »

Le chorégraphe s’inspire de ces rencontres avec des hommes, femmes et enfants en transit,  pour nous offrir un voyage poétique dont les cinq tableaux retracent les étapes. Pas facile de quitter son pays! Les danseurs, bras lourds et jambes hésitantes, entament une longue marche avant de gagner le camp, d’y trouver leur place dans un quotidien étouffant et, avec l’énergie de la danse, de repartir.

Nourri des «états de corps» observés auprès de ces naufragés de l’espoir : attente, lenteur, mais aussi vitalité, le chorégraphe réunit, autour de sa compagnie, implantée à Montpellier, huit danseurs professionnels venus de tous horizons. Parfois en petits groupes, en file ou en ronde, les interprètes retrouvent les gestes simples de la marche, de la fatigue, de l’inaction, mais aussi de la solidarité.
 On trébuche mais on se rattrape : le groupe s’émeut d’un bruit, et tente d’échapper à la promiscuité. La musique, tour à tour harmonieuse ou heurtée, rend compte de ces vies piégées dans le « marécage de l’entre-deux ».

Il y a aussi les mots pour le  dire, empruntés à Nancy Huston : « Les gens à peine gens, tous frappés d’immobilité, de stupeur, d’irréalité, plongés dans le noir le silence, incapables de bouger parler voir, de purs esprits s’efforçant de découvrir les premiers mots et surtout un raison de les prononcer. Pas de monde pas d’époque pas de pays (…)  » Des phrases ponctuent le spectacle, tirées de Limbes/ Limbo. Un hommage à Samuel Beckett traitant de l’exil linguistique que l’auteur irlandais évoque  dans son roman minimaliste, Cap au pire.

Du désir d’horizons n’est pas un documentaire sur la misère des camps, mais, sobre et loin de tout naturalisme, une aventure humaine poignante qui s’ouvre sur l’espoir d’une nouvelle vie. Dans un bel épilogue, chacun s’embarque vers un ailleurs, en mobylette…

Mireille Davidovici

 Spectacle vu à Limoges, le 23 septembre  aux Francophonies en Limousin (voir Le Théâtre du blog).
Le 13 octobre, à Saint-Brieuc/La Passerelle ; les 18, 19 et 20 novembre au Théâtre Louis Aragon deTremblay-en-France; les 28 novembre à Ouagadougou (Burkina Faso) pour la Triennale l’Afrique Danse.
Et le 17 janvier: Mulhouse /La Filature ; le  24 janvier : Foix, L’Estive; le 9 févrierL’Arc-Scène nationale  du Creusot,.

le 5 mai à Annecy/Bonlieu-Scène nationale; et le 13 mai à L’Archipel-Scène nationale de Guadeloupe. 

Kawral chorégraphie de Salia Sanou direction musicale de Laurent Blondiau

Kawral-16-Centre-Wallonie-Bruxelles-01b-Salia-Sanou-768x743 Entre jazz et danse, entre Belgique et Burkina, cinq danseurs et cinq musiciens se partagent la scène : un échange  à jet continu. D’abord, une voix surgit dans la pénombre où l’on devine les instrumentistes disséminés sur le plateau. Les danseurs apparaissent  et chacun vient alors, en pleine lumière, défier un musicien comme pour un «battle». Guitare basse (Norberto Lobo), batterie (Joao Lobo), clavier (Giovanni Di Domenico), chant (Lynn Cassiers) et trompette (Laurent Blondiau) répondent à l’invite. 
S’ensuit un chassé-croisé: tantôt la musique prend le dessus, tantôt la danse conquiert l’espace. Plus mobiles, les danseurs se regroupent puis se dispersent à l’envie et, pour élargir leur champ d’action, n’hésitent pas à déplacer les musiciens rivés à leurs machines montées sur roulettes… Ceux-ci prennent, dans les rets de leurs sons, les corps, qui sont contraints à suivre la spirale de la musique, et vice-versa. Un danseur saisit le guitariste et, sans qu’il cesse de jouer, le porte à bout de bras dans un insolite pas-de-deux.

Le Fender Rhodes va proposer une tendre mélodie, en accompagnant une scène de groupe. Le souffle de la trompette se mêle à un filet de voix, quand les danseurs s’abandonnent au sol et se relèvent… Issu d’improvisations communes, le spectacle, dit Laurent Blondiau,  est «un chaos organique qu’on a peu a peu formalisé ». Avec une liberté de mouvement qui alterne avec des moments plus chorégraphiés. Mais toujours en lien avec la musique : « L’état dans lequel elle nous place, l’atmosphère qu’elle dégage, les regards qu’elle suscite, remarque la danseuse Lucie Ouédraogo, une connexion permanente mais pas forcément mimétique. Comme une énergie qu’on partage sur le même mode, ou dans son contraire : par exemple, un mouvement très lent mais sur des rythmes soutenus. »

Free jazz et free dance réunis pourraient engendrer le désordre, mais non : rythmes et sons, gestes et mouvements se rapprochent ou s’éloignent les uns des autres, selon une dramaturgie précise et une constante maîtrise de l’espace et du temps  Mais le spectacle, habité d’une grande énergie, reste fragile, car les artistes ont eu, à  Ouagadougou et à  Bruxelles, un temps très court de répétitions.
Cette pièce en devenir, avec des moments forts et des passages plus flous, est en tout cas une belle rencontre.

 M. D.

Spectacle vu au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, le 5 octobre, dans le cadre du festival Francophonie métissée jusqu’au 17 octobre.
Biennale de la danse du Val-de-Marne : le 17 mars  au Théâtre de Saint-Maur et  le 19 mars au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine
Et le 24 mars au De Kriekelaar, Schaerbeek  (Bruxelles). T : 32 2 245 75 22

 

Djihad

Bruno Coutier/obs

Djihad d’Ismaël Saïdi

 

Le spectacle avait rencontré un succès inattendu  en Belgique après seulement cinq représentations qui en ont déclenché plusieurs centaines d’autres. Cette comédie remplit maintenant une des salles dont l’une aux murs de pierres apparentes, du Théâtre des Feux de la Rampe.

Ben, Reda et Ismaël, trois copains, des jeunes Bruxellois d’origine marocaine mais nés en Belgique, décident pour faire face à l’oisiveté, de partir pour la Syrie au nom de leur religion, pour combattre aux côtés des autres djihadistes…Petit ennui : ils n’ont aucune expérience des armes, et se sont seulement réfugiés dans les fausses valeurs d’un Coran fantasmé. 
 Ils ont tous les trois échoué dans leurs projets professionnels : Reda avait envie de faire une carrière de dessinateur, Ben souhaitait devenir musicien, et  Ismaël voulait épouser Valérie que sa mère lui refusait.

La religion semblait leur offrir un bras secourable, et les voilà arrivés dans le désert syrien rejoindre les autres djihadistes ! Mais ils ont très peur,  en proie à la faim et à la soif : l’ennemi invisible rôde et l’un après l’autre, ils vont se faire descendre. L’un d’eux insiste pour donner une sépulture aux disparus, et reste seul pour la cérémonie.  Et reste Ben qui les a entraînés.
 Paradoxalement, on rit beaucoup des contradictions de ces trois copains joués par Reda Chebboubi, Shark Carrera et Ben Hamidou, piégés par les impératifs d’une religion prêchée par de faux prophètes.
De Schaerbeek, un quartier de Bruxelles à Homs, en passant par Istanbul où ils ont atterri pour déjouer les soupçons,  ce Djihad fait rire des clichés mal digérés de toutes les religions…

Edith Rappoport

Les Feux de la Rampe 34 Rue Richer, 75009 Paris. T : 01 42 46 26 19 les jeudis, vendredis et samedis à 19 h 45, T : 01 42 46 26 19.

 

 

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Volver, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta

IMG_3060Volver, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta (spectacle surtitré en anglais)

Une histoire romancée, dansée et chantée, tirée du passé de la chanteuse Olivia Ruiz.  Celui d’une immigrée, venue d’Espagne qu’elle partage avec Jean-Claude Gallotta, originaire, lui, d’Italie. Claude-Henri Buffard effectue ici un riche travail de dramaturgie pour rendre lisible ce voyage dans le temps et ses chansons…

A partir d’entretiens entre l’écrivain et Olivia Ruiz, entrecoupés de chansons provenant de ses anciens albums, le spectacle nous transporte dans l’univers mythique des cabarets parisiens des années soixante.
 Joséphine Blanc entame sa carrière au Lapin Agile, après une histoire d’amour douloureuse avec Raphaël, un jeune résistant espagnol, (le danseur Thierry Verger). A la fois narratrice et personnage, Olivia Ruiz, qui n’appartient évidemment pas à cette époque, est très crédible. Tandis qu’elle chante, les danseurs de Jean-Claude Gallotta évoluent entre les deux podiums où cinq musiciens les accompagnent.

 Elle a parfaitement intégré le vocabulaire d’une chorégraphie toute en douceur et tendresse, et réalise ici une performance étonnante, dansant et chantant, sans aucune trace de souffrance et de fatigue. Mouvements fluides et spontanés, voix claire,  pas d’essoufflement. Danse, chant et récit en voix off alternent se mêlent.  Avec un début émouvant : les danseurs, par le mouvement, font littéralement naître la chanteuse,.
 On pense alors aux remarquables mises en scène de comédies musicales  par Jérôme Savary dans cette même salle Jean Vilar. La dernière et très belle chanson évoque la fracture des artistes, fracture dont leur art se nourrit : «Parce que, si on n’a pas d’histoire, on est quoi ? »
Voilà, révélé juste avant le final, le secret de ce spectacle… Une création originale,  où on découvre Olivia Ruiz dans un répertoire plein de fragilité, un beau moment de vie, teinté de nostalgie, auquel  le public pourra facilement s’identifier

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot jusqu’au 21 octobre.
www.theatre-chaillot.fr

 

La Vie, un concert de et avec François Morel

 

La Vie (titre provisoire), un concert de et avec François Morel et Antoine Sahler, mise en scène de Juliette

 

(C)Christophe Manquillet

(C)Christophe Manquillet

Un hommage, bon enfant et moqueur, au music-hall d’hier.  François Morel  apparait dans un rond de lumière, devant un rideau de tulle cachant les musiciens pour mettre en vedette le chanteur comme dans les années cinquante. Avec des chansons d’hier composées par ses amis.
Son troisième récital a été réalisé avec Antoine Sahler  qui a eu la responsabilité des arrangements  mais  qui joue aussi du piano, des claviers et de la trompette. Sophie Alour est aux saxophones, à la flûte, au trombone et aux claviers, en alternance avec Lisa-Cat Berro et Tullia Morand. Muriel Gastebois, à la batterie, et au vibraphone. Et Amos Mah au violoncelle, à la contrebasse et aux guitares.

La griffe François Morel est perceptible d’emblée ; entre sourire et nostalgie, le comédien chante la teneur quotidienne et populaire du temps qui passe. Avec Amalia, la diva du fado avec son cri profond et déchirant chante encore pour lui, l’auteur mélancolique qui peut aussi avoir l’impression que Nino Rota joue La Strada à son intention: et un instant, son cœur se serre :«C’est trois fois rien qui s’écoule … un résumé de la vie. »
Et demande le Petit Prince, l’enfant éternel en nous : «Dessine-moi quelque chose, un mouton, un ministre, je m’en fous, un petit enfant triste devant un chapiteau, un chômeur avec un Père Noël, un ado trop saoulé par son père… un élève un instit’, un prophète un curé, une oie, une autruche. »
Ou ce baiser qui résonne encore : «Vous souvenez-vous… vous m’aviez un jour donné… Ce cadeau de roi… Ce doux baiser… J’aimerais un jour pouvoir vous le restituer. »
Et Populaire égraine sa ritournelle : «Pardon, y a pas plus chic qu’une chanson populaire… c’est un poème chanté sur un échafaudage », un vers de Victor Hugo, un refrain de 10 mai, un pichet de bordeaux, un verre de muscadet, une glace à l’eau, juste quelques notes, un refrain tout bête qui trotte dans la tête…

François Morel traque les instants de grâce, quand un grand soleil brille là-haut et, qu’à l’aise dans des espadrilles, on regarde passer les filles : «Le temps s’en va nonchalant et on ne sait pas trop pourquoi, on est content d’être là. »

 Et malgré une existence ressentie souvent comme dépréciée, à l’extérieur ou à l’intérieur des manifs, au-delà du paradoxe entre chiffres de la police et ceux des organisateurs : «Elle est pas belle, la vie ? », François Morel reste attentif à l’autre, à ses musiciens et au public, à l’écoute d’un monde citoyen, dont, par-delà les malheurs, il distille la tendresse, la pudeur et la poésie…

Véronique Hotte

Théâtre du Rond-Point, Paris,  jusqu’au 6 novembre, à 21h. T : 01 44 95 98 21.

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Amphitryon d’Heinrich von Kleist

Amphitryon d’Heinrich von Kleist, mise en scène de Sébastien Derrey

amphytrion036Voilà une histoire, un mythe qui a fait de deux noms propres, des noms communs : on dit un « sosie », on disait autrefois un amphitryon: celui qui a le même visage que vous, mais qui n’est pas vous, et celui qui vous invite et vous offre à dîner. Le général Amphitryon  n’a pas invité Jupiter : au contraire, le dieu a dû prendre ses traits pour se glisser dans la maison et jouir de l’amour légitime d’Alcmène. On doit cet emploi à Sosie: « Le véritable Amphitryon est celui chez lequel on dîne » dit-il, affamé.

Cela semble futile mais c’est très important. Dans cette histoire où chacun doute de qui est “moi“, et “je“, et de l’existence des choses et des êtres, et où les visages  deviennent des masques, le corps et ses appétits font apparemment référence. Encore que…
Donc, ce soir de victoire, Sosie rentre à la maison porter la nouvelle à Alcmène et annoncer le retour d’Amphitryon son époux. Mais un autre Sosie, le dieu Mercure, lui en interdit la porte, tandis qu’Apollon retient ses chevaux pour que la nuit dure.
Sosie a été battu : voilà une réalité, son dos en atteste. Par qui ? Par lui-même, apparemment. Il s’y perd, accepte de renoncer à son identité, tout en s’accrochant à un noyau dur : la certitude de son existence. Le maître de maison est secoué par une autre épreuve : après ses tendres adieux à Amphitryon-Jupiter, Alcmène s’étonne en toute innocence et avec légèreté du prompt retour d’Amphitryon-le général. D’où soupçons, jalousie aveugle à la Othello, et désespoir de l’épouse injustement soupçonnée. Il faudra l’aveu final de Jupiter et l’étrange cadeau qu’il fait à Amphitryon (le futur Hercule que porte Alcmène), pour que les choses s’apaisent.

Tel quel, on peut croire à une pure comédie. Et c’est souvent une pure comédie, avec l’écho trivial des valets sur les questions d’honneur conjugal : Sosie s’en tire mieux qu’Amphitryon, le mauvais caractère de Charis (la Grâce !) aidant, Mercure-Sosie n’a pas insisté pour profiter de la nuit avec elle. L’honneur reste sauf ! Mais on n’est ni chez Molière, ni même chez Marivaux, qui n’a pas traité le mythe d’Amphitryon mais qui a souvent mis en parallèle la vie des maîtres et celle des valets, avec la chance pour ces derniers d’être plus terre-à-terre, donc moins heureux  mais aussi moins malheureux.
Kleist exprime dans ses comédies le même tourment que dans ses drames, avec des enjeux comme ici beaucoup plus graves. Être ou ne pas être, là est la question. L’existence vacille en un rêve qui a la force du réel,  ou inversement, quand un objet matériel vient attester de la force du songe. On retrouve l’histoire de la couronne de laurier du Prince de Hombourg, de l’enfant de La Marquise d’O… Perte de soi, effritement de toute certitude : l’amour même ne peut être le garant du vrai, et la plus grande émotion peut aveugler. Reste le corps, et tout au fond quand même, l’amour prêt à flamber à nouveau. Certes, mais jamais «comme avant».

Scénographie simple, directe et “fonctionnelle“, autour de l’indispensable porte centrale. Quelques marches l’ouvrent vers le  public, pris à témoin  comme peuple des Thébains. Sébastien Derrey et ses acteurs ont trouvé le style de jeu qui convient à cette implacable expérimentation du double, dédoublé, déquadruplé et ainsi de suite. Tout cela dessiné comme à l’encre de Chine, et plein, sensible : l’émotion dit la vérité, et peut tromper.
Avec Nathalie Pivain (Alcmène) particulièrement touchante, dans son rôle d’innocente aimante et blessée. Mais citons plutôt tous les comédiens : les deux machos sincèrement amoureux et malheureux, l’un d’être trompé, fût-ce par lui-même (Frédéric Gustaedt), l’autre de n’être pas aimé pour lui-même (Fabien Orcier, Jupiter) -bien fait, il est pris à son propre piège-, le faux Sosie (Charles Zeavaco), dieu devenu homme de main, destin peu flatteur, et les serviteurs :Charis et Sosie (Catherine Jabot et Olivier Horeau) qui offrent l’énergie de leurs querelles à cette histoire vertigineuse.

Les histoires d’amour ne finissent pas forcément mal, mais font mal, en général…

Christine Friedel

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, jusqu’au 13 octobre dans le cadre de la programmation décentralisée de la MC93. T : 01 41 60 72 72

 

A Floresta que anda (La Forêt qui marche)

A Floresta que anda (La Forêt qui marche) conception, création et mise en scène de Christiane Jatahy, librement inspiré de Macbeth de Shakespeare, vidéo-installation en portugais, surtitrée en français, performance en français, anglais et portugais

 cr,820,475-q,70-550f56Après Julia et What if they Went to Moscow (voir Le Théâtre du Blog), inspirés de Mademoiselle Julie d’August Strindberg et des Trois Sœurs d’Anton Tchekov, la metteuse en scène brésilienne  a conçu le troisième volet de son triptyque à partir d’une des  tragédies les plus violentes de William Shakespeare.
La forêt qui marche ? Une des plus fortes images que voit Macbeth, mais ici pas d’hallucination : le public entre dans une galerie pour le vernissage d’une exposition de documentaires-vidéos projetés sur quatre grands écrans… Mais avec, à chaque fois, une plongée dans l’horreur à base de témoignages de victimes, telle que seuls les représentants de l’humanité peuvent en concevoir. Au programme: mauvais traitements, tueries en tout genre, tortures mentales et physiques…

 Soit, comme en écho direct au monde de Shakespeare, un trop plein de saloperies liés aux pouvoirs dictatoriaux les plus durs sur fond de capitalisme et à l’immigration forcée sur fond d’intérêts capitalistes (merci M. Poutine!). On peut voir ainsi des moments de la réalité contemporaine socio-politique la plus tragique, et bien récente !
Ainsi au Brésil, Igor, un étudiant en histoire qui a organisé une manifestation politique et qui a ensuite été jeté dans une des plus horribles prisons de Rio.
Il a aussi Prosper, un jeune congolais, lui aussi jeté en prison et torturé, dont le père a été assassiné dans son pays et qui a trouvé refuge au Brésil. Il y a aussi Michelle qui vit dans une favela où son oncle a été assassiné sans état d’âme par des flics.
Ces témoignages de vidéos-documentaires d’une sobriété exemplaire, tout à fait impressionnantes, sont d’autant plus glaçantes qu’elle sont présentées comme des œuvres d’art contemporain : là, Christiane Jatahy fait très fort dans le second degré. Et, si on a bien compris, elle a voulu percer les frontières entre une installation vidéo avec des entretiens de victimes ancrés dans la réalité  et une partie plus «théâtrale».
Il y a dans le fond un bar noir avec jus d’orange, eau et vins, et derrière un miroir sans tain, on voit parfois apparaître nue, Julie Bernat, la jeune et remarquable actrice-fétiche de la metteuse en scène ; en même temps, des caméras enregistrent les allées et venues du public de ce vernissage, de façon à constituer un film évidemment différent chaque soir, qui sera ensuite  projeté à la fin sur les quatre écrans réunis en un.
On voit aussi Julie Bernat glisser sur le bar que les maîtres d’hôtel ont inondé d’eau puis s’écrouler sur le côté, les mains pleines de sang, parmi les spectateurs à qui elle demande de l’aide. Théâtre et cinéma documentaire, performance et théâtre, réalité et fiction : ce sont les thèmes sur lesquels a travaillé Christiane Jatahy pour cette performance.

Et cela fonctionne ? Oui, et non. On est très vite  impressionné et remué par ces témoignages de ces victimes, hommes et femmes; qui en disent long, en une dizaine de minutes, sur la barbarie qu’ils ont subie. Témoignages rendus encore plus efficaces grâce à quatre grands écrans. C’est toute l’horreur de ce premier quart de siècle que nous envoie en plein visage, la metteuse en scène, à nous les Européens nantis (mais pour encore combien de temps?): l’émigration de Syriens, d’Africains et Nord-Africains, tous âges confondus pour cause de misère alimentaire et/ou d’insupportable dictature, les noyades par milliers dans le beau bleu de la Méditerranée.

Côté performance/théâtre: aucun doute là-dessus, tout est parfaitement orchestré sur le plan technique par Christiane Jatahy, artiste associée au CentQuatre et au Théâtre de l’Europe-Odéon… On remarque, entre autres, cette très forte image, que ne renierait aucun musée d’art contemporain, comme ce découpage de poisson cru projeté sur les quelque huit mètres de l’écran final. Sentiment de malaise garanti…
Mais on est moins convaincu en général par cette théâtralisation entre fiction et réel qui s’appuie sur de gros moyens techniques mais qui  ne fait pas vraiment sens. Elle aurait aussi pu nous épargner l’intrusion de Julie Bernat aux mains ensanglantées après une belle glissade sur le bar couvert d’eau, ou de (faux) billets de banque tout aussi  couverts de sang (faux). Et ces lectures de quelques répliques de Macbeth par des spectateurs, tout à fait inutiles. Quant à ce genre d’installation qui se voudrait radicale, on en a déjà beaucoup  donné dans les musées d’art contemporain, et celle-ci sonne assez  branchouille… mais à un prix parisien: 20 et 15€, 12€ quand même !

A quelques centaines de mètres du 104, lieu impeccablement rénové, presque luxueux, on peut voir un autre spectacle, gratuit celui-ci mais bien triste… l’entassement de centaines de petites tentes et matelas sur les trottoirs où dorment des émigrés, ce que le public venu à cette performance,  ignore peut-être…

Philippe du Vignal

Le CentQuatre-Paris, 5 rue Curial 75019 Paris. T: 01 53 35 50 00, les mardi, mercredi et jeudi à 19h30 et 21h, le samedi à 18h et à 19h30 et 21h, et le dimanche à 16h, 17h30 et 19h, jusqu’au 22 octobre.

http://www.dailymotion.com/video/x4t5kk5

 

 

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Livres et revues

Judith, Théâtre de Sh. Saskia Cohen Tanugi

Il s’agit d’un recueil de deux pièces écrites par une écrivaine-pédagogue qui vit en Israël. Dans Judith, il y a Niki, un attaché au ministère des Affaires étrangères, Suzanne, une compositrice, Olga, la jeune sœur de Judith, violoncelliste, Ismaël, un journaliste hostile au Djihad dont les fils ont été assassinés, et Judith, une actrice, son ancienne compagne, qui répète une pièce: La Princesse perdue, au Théâtre de l’Odéon. Mais elle va s’effondrer sur le plateau malgré l’aide son partenaire.
Ce qui va déclencher une crise: Suzanne rompt son contrat avec le Liban et part pour Israël avec Judith. Ismaël n’obtint pas l’aide de la France pour sauver sa famille, victime du Djihad. Thème brûlant d’actualité mais difficile à traiter. Le dialogue est souvent habile mais bavard! Et Sr. Saskia Cohen-Tanugi n’évite pas les poncifs comme le théâtre dans le théâtre qu’elle aurait pu nous épargner…
Judith fait souvent penser à un scénario de cinéma (pas de hasard, l’auteure a collaboré à plusieurs films) mais n’est pas inoubliable…

L’autre pièce de ce recueil La Princesse perdue, version pour enfants de la pièce précédente , est une adaptation théâtrale d’un conte de Rabbi Nahman de Breslev (XVIIIème siècle), écrite en français mais qui a été en partie traduite en hébreu.
C’est l’histoire de la fille d’un roi qui a été injustement réprimandée par son père. Le chambellan et son valet partent à sa recherche… Point de départ à un voyage comme dans nombre de spectacles pour enfants.
L’auteure donne le rôle de la Princesse à « sept jeunes  filles de style et d’état différent ». Les scènes se passent dans un désert, un champ de blé ou devant un arbre magique, ou encore sur le parvis du château du Roi. Bref, il y a ici souvent tout le charme des contes orientaux adaptés pour la scène. Et Sr. Sakia Cohen-Tanugi semble être plus à l’aise que dans la pièce précédente, même si  on n’échappe pas là aussi au
théâtre dans le théâtre!!!
Cette Princesse perdue, avec sa simplicité et son charme poétique, pourrait intéresser plus d’un metteur en scène de théâtre pour enfants, malgré le nombre d’acteurs nécessaire pour jouer les quatorze personnages! Sr. Saskia Cohen Tanugi indique « dix acteurs ou six acteurs » (sic). Par les temps qui courent?

Philippe du Vignal

Les Editions Persée. 19, 80 €.

Parages/01 – La revue du Théâtre National de Strasbourg

 

parages-01Premier numéro de cette revue, initiée par son directeur, l’acteur et metteur en scène Stanislas Nordey,  qui a souhaité la consacrer aux auteurs vivants et en a confié la conception à Frédéric Vossier.
Le titre: Parages correspond à cet espace indéfini et mouvant qui tourne autour de la scène, un espace où siège l’auteur dramatique, ni trop près ni trop loin.  Avec des signatures comme celles de Mohamed El Khatib, Claudine Galea, Joëlle Gayot, Lancelot Hamelin, Bérénice Hamidi-Kim et David Lescot.

Les approches de l’écriture contemporaine : articles de fond, lettres, correspondances, entretiens, rencontre, inédit, enquête, portrait …marquent les orientations de la revue. En avant-propos, quelques lignes de Laurent Gaudé sur la disparition d’Emmanuel Darley (1963-2016), éloge d’un écrivain sur un autre-amour du théâtre et présence vivante de personnages d’aujourd’hui.

Christophe Pellet, lui écrit une lettre pleine de sensibilité à la rayonnante actrice Dominique Reymond: souvenirs et partages, et n’en continue pas moins, avoue-t-il, de réfléchir à l’éternelle histoire du masculin et du féminin dont il ne sort pas, englué dans sa masculinité car, pour lui, la plupart des hommes restent des garçons à vie : « hystériques (mais oui!), batailleurs et avides de prendre ». Toutefois, certains auteurs-garçons sont immenses, comme Henrik  Ibsen, traversant le temps, grâce à leurs personnages féminins. D’autres sont androgynes, comme Tennessee Williams au chemin chaotique. Mais « les acteurs dépassent ce clivage : le temps de leur présence sur scène, une révolution androgyne s’opère dans l’éclat et la lumière. Ainsi marches-tu, Dominique, dans l’éclat et la lumière, et bien longtemps après que tu as quitté la scène… »

 Claudine Galea se penche de son côté sur L’Écrire, devenu au fil du temps, concept d’objet en soi, et non plus concept du travail d’un sujet ni d’un sujet au travail. «L’Écrire-rien d’un miroir, peut- être un autoportrait/qui n’est rien d’autre qu’un portrait/pris dans l’objet de sa peinture/et de son mouvement/renvoie encore/à l’étonnement premier/renvoie à la qualité d’enfance/ qui seule fait front face à la mort/ à égalité de vie/ça commence là où ça recommence/ça commence avant – avant la langue/avec le VOIR –yeux grands ouverts/avec l’image qui monte/qui s’étend qui crée d’autres images/ car la main est d’abord muette. » L’Écrire, un objet à lire.

 La conversatio-par courriels-de l’écrivain/metteur en scène et plasticien Mohamed El Khatib avec l’auteure et performeuse Sonia Chiambretto avance entre crudité et spontanéité, le premier tentant de répondre à la question de la seconde, sur la possibilité d’accueil d’un Syrien chez soi, lui qui, de son côté, quelques mois auparavant, imaginait précisément une performance intitulée Hospitalité.
Qu’il s’agisse des articles de Marie-Christine Soma sur la lumière, de la réflexion ironique sur la parité de David Lescot, des textes d’Olivier Neveux et David Lescot pour qui le travail de l’imagination consiste toujours à mettre en forme le réel… encore et surtout après l’ère des attentats, la lecture de ces artisans du théâtre est passionnante.

 Véronique Hotte

Parages /01  en librairie, et en  abonnement: 40 € pour 4 numéros; prix à l’unité : 15 €.  Les Solitaires intempestifs – www.solitairesintempestifs.com .
Par abonnement : TNS n.trotta@tns.fr

 

Le Motif dans le tapis/Ambiguïté et suspension du sens dans le théâtre contemporain de Michel Corvin

 Le_Motif_dans_le_tapis_editions_Theatrales«Bien voir, être bien assis, bien entendre, trois conditions élémentaires mais rarement réunies dans les théâtres traditionnels », écrit, non sans humour, Michel Corvin (1930-2015) : voir Le Théâtre du Blog).
 « On s’assoit à l’endroit que votre billet vous a assigné. Avec la (mal)chance, dans un de ces respectables lieux dits « à l’italienne », d’être trop à gauche, ou à droite, d’être placé derrière une carrure ou une crinière qui vous obstrue la moitié de la scène… », persifle ce spectateur assidu, observateur aigu de la scène contemporaine, et esprit universel avec son Dictionnaire encyclopédie du théâtre à travers le monde (Bordas)  souvent  dit « Le Corvin ».  « Michel Corvin a parcouru en infatigable géomètre tous les lieux où ça joue, où ça écrit, où ça pense le théâtre (…) », souligne dans sa préface, Céline Hersant, qui a contribué à établir l’édition finale de cet ouvrage posthume.

 Cet ultime essai vient compléter La Lecture innombrable des textes du théâtre contemporain (Théâtrales 2015), conçu comme une boîte à outils pour aider praticiens, enseignants et étudiants à s’approprier les textes les plus « récalcitrants“ en déjouant les pièges qui peuvent se cacher, parmi les  éléments de toute pièce : langage, espace, temps, action, personnages pour une lecture active et ouverte au sens.
« Il s’agissait de débroussailler le terrain : comment procéder face à un texte qui déroute effraye, rebute. » Moins pédagogique mais tout aussi clair, ce second opus aborde la réception par le lecteur, le metteur en scène et le spectateur, des œuvres théâtrales d’hier et d’aujourd’hui, et la question de leur sens à l’aune des critères actuels.

 Le titre, emprunté à la nouvelle d’Henry James The Figure in the carpet, renvoie au constat ironique du romancier anglo-américain : il n’y a d’autre motif (dessin et dessein) dans un texte littéraire que le fait même de croire, ou de faire croire qu’il cache un secret.
Pour  Michel Corvin: « Il n’y a d’autre secret que la recherche déceptive du sens secret. L’épingler, c’est être sûr de se tromper. Il ne peut qu’y avoir des manœuvres d’approche, d’un horizon à la fois bien réel et insaisissable. »  La quadrature du cercle ! C’est à cette quête infinie qu’il nous invite : «Continuons à regarder le tapis et à émettre des hypothèses. »

 Après une introduction et un “avant-dire », où il expose sa philosophie et des principes généraux, il entre par étapes dans le vif du sujet, et souligne l’ambiguïté et la polysémie inhérentes à toute œuvre, a fortiori au théâtre, fait à la fois pour être lu et porté au plateau. Il montre la créativité requise chez le récepteur : « Un texte est plein de non-dits que le lecteur/spectateur actualise avec tout son bagage personnel, culturel et social ». Effort d’autant plus difficile que la pièce est complexe et que la tentation est grande de ramener l’inconnu au connu. «Un texte veut que quelqu’un l’aide à fonctionner », remarquait Umberto Eco. Ce qui est d’autant plus vrai d’un texte dramatique.

Michel Corvin analyse toutes les embuches qu’on peut rencontrer en voulant interpréter drames, tragédies ou comédies à l’aune de vieilles grilles de lecture et de partis-pris univoques (symbolique, politique, psychanalytique, etc. ), ou en leur collant une étiquette : théâtre de l’absurde, comme on l’a fait à tort pour le théâtre d’Eugène Ionesco ou de Samuel Beckett. Il rappelle, moqueur, à propos de toutes les questions sur qui est Godot, la réponse toute simple de l’auteur, au metteur en scène américain Alain Schneider: « Si je le savais, je l’aurais dit dans le pièce ».
On parcourt un très vaste corpus de textes : de Roland Dubillard à Arthur Adamov, de Bernard-Marie Koltès à Noëlle Renaude, de Valère Novarina à Heiner Müller, en passant par Eugène Labiche, Molière ou Marivaux. Et aussi nombre d’auteurs étrangers. D’un chapitre à l’autre, il débusque, au sein des écritures et de leur mise en jeu, de nouvelles pistes d’analyse. Polémique, il relève bien des contresens sur les œuvres, à force d’exégèses fautives.

Il épingle au passage, exemples à l’appui: «Les esprits paresseux mais tranchants que sont le plus souvent les critiques professionnels, alors qu’ils devraient être les dénicheurs perspicaces de talents insolites » (…)« Il faut rester humble quand on parle au nom du public, en s’appuyant sur des références que le public n’a pas à avoir : le spectacle théâtral appartient au domaine public et, dans cette mesure, peut prétendre à être accessible à n’importe qui (…) On est toujours en droit de jauger la mise en scène au trébuchet de son rapport avec le texte, selon les deux critères de la richesse d’interprétation et de son intelligibilité, mais il en est un autre qui les domine : la réceptivité. Laquelle résulte de tant de paramètres (lieu, occasion, nature et attente du public, intérêt actuel de l’œuvre, personnalité des artistes, etc. ) »

On retrouve dans ce livre l’empreinte de Michel Corvin : «les fulgurances, la vivacité, la phrase énergique (…) fortement théâtralisé par la ponctuation, souligne Céline Hersant (…)  L’argumentaire se construit avec une armada d’exclamations, d’incises et d’interrogations (…) »Ce traité foisonnant s’avère un outil précieux, savant mais abordable, pour qui veut pénétrer plus avant dans la jungle touffue des dramaturgies de toute époque. Il nous apporte clefs et méthodes pertinentes.
Laissons à Michel Corvin le mot de la fin, un rien provocateur : « Vivent donc les textes et les spectacles incompréhensibles !  »

Mireille Davidovici

Editions Théâtrales, 300 pages, 24,90 euros.

 

Pour Koltès de François Bon

002404824À l’aide de courts extraits qu’il commente, l’écrivain et biographe entre dans le vif de la matière textuelle : « Non pas parler directement du sens et de ce que disent les livres, plutôt comment ils se forment et comment ils présentent forme. »
François Bon s’attache à décrypter les pièces et à déterminer leur spécificité théâtrale :  » le rituel déployé où on fixe dans l’écriture ce qui précèdera qu’on la profère sur scène.  » Il analyse finement la composition des paragraphes, unités constituantes, selon lui, de cette prose et, à l’intérieur de ceux-ci, la métrique :  » une cadence : avancée et suspens » ;  la syncope:  » le battement qui fait que, inexorablement on avance ». Il compte faux et vrais alexandrins, alternance d’heptasyllabes et d’octosyllabes, césures, répétions, ouvrant à la phrase déployée par nappes, un espace poétique qu’il compare à celui de Baudelaire… Il tente d’esquisser le solfège de cette langue.

Il revient aussi sur les thématiques, les influences (Marivaux, Honoré de Balzac, William Faulkner, Joseph Conrad), évoquant les lieux récurrents et les hors-champ tout aussi présents, soulignant les procédés de disjonction temporelle… François Bon examine au microscope ce qui fait l’originalité sémantique du dramaturge, sa géographie intime. La lecture de l’ouvrage nous plonge, par bonds successifs, d’un court extrait à un autre, au cœur des ténèbres de cette matière résistante. Elle nous en donne quelques clefs d’entrée mais requiert une bonne connaissance du corpus à laquelle elle nous renvoie obligatoirement.

Ce brillant mais modeste exercice d’admiration, d’une écriture exigeante, constitue une sorte de duo : la voix de celui qui n’est plus à laquelle répond celle d’un écrivain vivant. Il ouvre au lecteur des pistes pour aller plus loin et lui demande une participation active.

M. D.

Les Solitaires Intempestifs. 76 pages, 13 euros

 Le Théâtre de Victor Hugo de Florence Naugrette

ic_theatrede_hugo_v4 » Au XlXème siècle, c’est au théâtre que l’on conquiert la célébrité, c’est donc sur les scènes parisiennes que Hugo, dès ses débuts, cherche le succès, avec un théâtre populaire mais de haute qualité littéraire. Une entreprise semée d’embûches : sa carrière théâtrale a tout d’une aventures avec de multiples épisodes… »

L’auteur des Misérables écrit ses premières pièces à dix ans : comédies, tragédies, tout y passe… Cromwell  sera sa première publication dramatique dont on a surtout retenu la préface, qui, selon  Florence Naugrette:  » ne saurait être comme le premier manifeste du théâtre romantique « , mais veut implicitement  abolir le la hiérarchie des genres et des publics.
De même, elle minore l’importance de la fameuse bataille d’Hernani, et montre que cet épisode littéraire a été monté selon elle, en épingle. Spécialiste du théâtre romantique, elle fréquente assidûment l’auteur de Marie Stuart et elle  prépare un livre sur Juliette Drouet, à partir des vingt-deux mille lettres qu’elle a écrites  à son célèbre compagnon. Elle nous propose donc une plongée dans la vie théâtrale du XIXème siècle, fait revivre le dramaturge et procède à une fine analyse de ses textes avec un regard neuf sur cet auteur tant de fois commenté.

Édité dans une nouvelle collection prometteuse et bon marché, dont nous vous signalerons les prochaines publications, cet ouvrage nous éclaire à la fois sur l’homme, son théâtre et son temps.

M.D.

Ides et Calendes 112 pages, 10 euros. Dans la même collection : Le Théâtre de Georg Büchner par Jean-Louis Besson ; Le Théâtre de Tennesse Williams par Christophe Pellet; Le Théâtre d’Anton Tchekhov par Georges Banu.

 

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