The Undertaking

The Undertaking, texte et mise en scène de Steve Cosson, collaboration à la mise en scène et psychopompe :Jessica Mitrani

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Richard Termine

 The Civilians, compagnie new-yorkaise de théâtre d’investigation culturelle, sociale et politique, que dirige l’auteur et metteur en scène Steve Cosson, parle de la mort-vaste sujet-à partir d’entretiens et de ce qu’il nomme le « réel ». Les enquêtes de journalistes constituent le matériau de projets variés, depuis les Mouvements Evangéliques conservateurs jusqu’aux « divertissements pour adultes ».
Ses spectacles ne projettent pas la réalité brute. A travers un travail de recherche artistique, le concepteur new-yorkais, en collaboration avec Jessica Mitrani, explore le thème de cette fatalité humaine.
Après avoir réalisé de nombreux entretiens avec des patients en phase terminale, avec des soignants  entourant des mourants, avec des êtres qui ont eu la conscience d’une mort imminente, tout en en réchappant, avec d’autres encore, goûtant à l’expérience cosmique, sous l’emprise de substances hallucinogènes ou de séances de chamanisme, le metteur en scène a fait prendre vie à The Undertaking. Faire face à la mort plutôt que de la contourner, telle est la question.

Sur le plateau, un décor anonyme, blanc et surexposé, quelques plantes, une table, un lit, deux chaises ; rien de plus déshumanisé que ce studio de la collaboratrice du metteur en scène qui accueille les séances de travail. Interprétés avec brio par Irène Lucio et Dan Domingues qui n’en finissent pas de s’étonner de leur folle entreprise : ils en parlent l’un l’autre, dans le temps même de la représentation, tout en mettant en valeur les scènes «rapportées» des interviewés qui narrent les détails d’une angoisse latente.
Ils jouent des êtres conscients de leur acte d’élucidation d’une mort attendue. À cette composition alternée, s’ajoutent des images projetées sur des rideaux de voile, des bribes significatives d’Orphée (1950), film en noir et blanc de Jean Cocteau, avec Maria Casarès, Jean Marais et François Périer.

 La princesse conduit Orphée à la recherche de son Eurydice, secondée encore par le «passeur»,  psychopompe d’aujourd’hui, médiateur entre vie et mort. Le public contemple la scènes de la « psyché », dont on traverse le miroir pour aller dans l’au-delà, après avoir d’abord enfilé des gants symboliques de reconnaissance fatale.
Mais ici, l’approche de la mort reste trop anecdotique, extérieure ou légère, même  si le metteur en scène fait appel, avec une grande rigueur et une belle exigence morale, aux techniciens qui embaument les corps, ou aux candidats  qui demandent que soit à déposée leur dépouille  au pied d’un arbre, pour renaître avec la nature.

Manque à ce spectacle bavard  mais de bonne volonté, une voix intérieure ! Dommage…

Véronique Hotte

 

Théâtre des Abbesses/Théâtre de la Ville, Paris  jusqu’au 8 octobre – en anglais surtitré en français. T: 01 42 74 22 77


Archive pour octobre, 2016

Clouée au sol de George Brant

 

Clouée au sol de George Brant, traduction de Dominique Hollier, mise en scène de Gilles David.

 

547©MarinaRaurellpourlepolemediaGeorge Brant est un auteur américain  dont les pièces : Marie et Rosetta (2016) ,  Bon sur papier (2015),  Banc de Les Pleureuses (2012) , Trois Voyages du Lobotomobile (2012) , Grizzly Mama (2011) et Grounded (2012)  ont été jouées aux Etats-Unis, en Angleterre et en Australie.
Cloué au sol (Grounded) a été traduite en 2014 avec une aide de la Maison Antoine Vitez fait partie des  dix meilleures pièces de l’année selon le Guardian et l’Evening Standard et a reçu de nombreuses récompenses  dont une nomination pour le prix Amnesty International Liberté d’expression. Clouée au sol avait été mis en espace  en juillet dernier à la Chartreuse de Vielleneuve-lès-Avignon.
Ce monologue est la confession intime d’une jeune femme pilote de chasse dans l’Us Air Force,  qui possède une volonté féroce de servir au mieux son pays:  « Je suis dans le bleu pour une bonne raison, J’ai des missiles à lancer, J’ai des Sidewinders, J’ai des Mavericks, Je les fais pleuvoir sur les minarets et le béton en dessous de moi, Ce qui s’élève du désert, Moi je le ratatine, J’en refais du désert, Des fragments, Du sable, Du moins je crois, Au moment de l’explosion, je suis partie depuis longtemps, Tiger et moi on est passés à un autre bout de ciel Boum Boum l’armée de merde de Saddam et puis je suis chez moi en permission. »
A la suite d’une rencontre amoureuse, elle attend un bébé, ce qui la rend folle de joie. Oui mais… ses supérieurs l’ont évidemment déjà écarté du service actif au Moyen-Orient et vont l’affecter, après une formation très pointue et coûteuse, au pilotage d’un avion très performant, lui dit-on!  Mauvaise surprise: plus de ce ciel bleu qui lui manquait déjà :  c’est un drone qu’elle commandera, assise devant un écran gris et à la tête d’une équipe, dans une caravane climatisée d’une base militaire secrète à Las Vegas…

Les États-Unis, on le sait, disposent plus de 7.000 drones en service depuis plus de vingt ans ! Dont environ 200 appareils de haute altitude comme les  Predator, Repaer, etc.  ce qui nécessite des budgets importants. Amnesty International accuse les États-Unis d’utiliser clandestinement ces drones pour des exécutions en violation absolue du droit international, et en faisant de très nombreuses victimes, comme au Pakistan, civils innocents ou proches des personnes visées… Elimination garantie ou presque de personnalités et chefs de guerre ennemis mais aussi… dommages collatéraux sans réplique possible donc sans aucun danger physique pour les équipes américaines ultra-compétentes et expérimentées qui les commandent bien à l’abri dans un désert, à des milliers de kilomètres de distance.

Mais reste aux pilotes comme cette jeune femme, à concilier vie de famille et de couple (son mari est croupier dans un casino (on est à Las Vegas!) avec cette guerre au quotidien sans état d’âme et à tuer au besoin. Parfaitement efficace, elle surveille une dizaine d’heures par jour, un autre  désert que le sien, en mission comme avant mais sans bouger, face à un ennemi potentiel. Un jour, elle poursuit un homme  souvent accompagné d’une petite fille qu’elle voit très bien sur son écran, une petite fille qui pourrait être la sienne. Et plus que perturbée, elle se refusera à déclencher la mitraillette du drone pour éviter de la tuer, ce que fera pour elle, et sans état d’âme, un de ses supérieurs. Mais la discipline militaire existe et elle passera en cour martiale ! En prison, elle prendra conscience  du crime permanent qu’elle est en train de commettre au nom de son pays, Les Etats-Unis…

 George Brant  a su donner une dimension humaine au personnage de cette jeune femme pilote, avec une grande économie de langage et  avec le rythme nécessaire pour faire vivre ce monologue.  qui, aucun doute là-dessus, remarquablement écrit, va devenir un classique du genre… Le spectacle est sans doute un des meilleurs d’une rentrée théâtrale par ailleurs assez terne. Grâce d’abord à une remarquable scénographie, signée Olivier Brichet, minimale et très efficace-ce n’est pas si fréquent et doit être souligné-soit un cube noir comme dans Le Dépeupleur de Samuel Beckettt joué  sur ce même plateau (voir Le Théâtre du Blog), avec juste, un plateau carré blanc. Bien éclairé (Marie-Christine Soma) et avec un bel accompagnement sonore (Julien Fezans). Pour une fois, tout est donc dans l’axe. On oubliera, seule réserve, le début avec ses phrases projetées sur fond noir un peu laborieux…
Grâce surtout à l’exemplaire rigueur de la direction d’acteurs de Gilles David. Et au jeu de Pauline Bayle, cette jeune comédienne qui, après avoir fait Sciences Po.,  est passée par l’Ecole du Théâtre National de Chaillot puis par le Cons… Et qui, à vingt-six ans, a déjà monté plusieurs spectacles dont cette année une Iliade d’après Homère, unanimement saluée (voir Le Théâtre du Blog).

  Droite dans sa combinaison kaki et ses rangers, avec une diction et une gestuelle impeccables, elle dit aussi bien sa joie d’avoir eu un bébé un peu par hasard, de vivre avec le papa de ce bébé, sa déception de ne plus voler dans le bleu du ciel mais aussi sa grande fierté, elle une jeune femme, de diriger une équipe de spécialistes militaires.
Puis, on la voit devenir la proie d’une sorte de schizophrénie galopante dont elle n’a pas vraiment consciente, et ne plus bien comprendre ce qui lui arrive à elle, l’officier supérieur appréciée… Toujours concentrée, très crédible, et au plus près du public pendant une heure et quart. Bref, un beau travail d’actrice, au service d’un beau texte.

Philippe du Vignal

Théâtre de Déchargeurs 3 rue des Déchargeurs 75001 Paris. T : 01 42 36 00 50

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Il peint si bien la vieille tante à verrues, que chacun l’a vite reconnue

 

Il peint si bien la vieille tante à verrues, que chacun l’a vite reconnue (Titre provisoire), réalisation d’Odile Darbellay et Michel Jacquelin

ilpeintsibien Pas de trompe-l’œil, tout est réel. Pas de «parce que». La vieille tante ? On ne la verra jamais. Pourtant, le titre a un sens et nous envoie du côté du cabaret satirique traditionnel. La compagnie Arsène a trouvé en Alsace, son terrain et son objet d’études. Ça a l’air très sérieux ? C’est très sérieux. Mais, avec la méthode Arsène : humour surréaliste, poil à gratter, palindromes, calembours et jeux de mots.
En inventant, il y a quelques années, l’artiste Duchamp Duchamp, frère oublié de Marcel, puis l’Art Tangent et quelques autres concepts tout aussi opératoires,  la compagnie Arsène a fait de la critique vivante de l’art, un art en soi. Avec, entre autres performances, spectacles, expositions: Tout seul je ne suis pas assez nombreux, Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs, et diverses publications dont Duchamp Duchamp, Du lard à l’art, L’Art Tangent (Actes Sud-Papiers).
Il s’agit, en allant chercher du côté du cercle Saint-Léonard (mouvement alsacien contemporain du Jugendsthil en Autriche, ou de l’école de Nancy), de «faire une synthèse entre des traditions locales et des influences extérieures (comme, par exemple, la découverte de l’art japonais) pour travailler, aussi bien dans le domaine des arts décoratifs que dans celui du théâtre, à l’élaboration d’œuvres totales ».

Le spectacle participe donc d’un laboratoire concret. Aux deux initiateurs, se sont joints, pour cette expérience, Régine Westhenhoeffer, Hubertus Biermann et Luc Fontaine. Un savant non fou, poursuivant ses recherches, s’entoure ici d’une équipe polyglotte (parfois muette ou parlant une langue inconnue), pour élucider l’origine, le développement et les effets collatéraux de l’humour alsacien.
Ainsi, les frères Marx (Groucho et Harpo surtout) d’origine alsacienne, comme Campbell, l’inventeur de la soupe en boîte, dont on connaît le destin dans l’art “pop ». Ne pas oublier l’impeccable démonstration du lien entre l’Alsace et les Indiens Hopi.
On a l’air d’ironiser, mais pas du tout. Le spectacle a une façon délicate, tendre, de “déconstruire » le théâtre, de conduire le public à réviser ses certitudes sur la question.  Par exemple, peut-on tout comprendre d’une représentation ? On savait déjà que non, et la petite communauté que nous avons devant nous, le prouve. Un spectacle doit-il être ouvert ou fermé ? Réponse : ouvert, bien sûr, comme celui-là.

Mais l’Alsace proprement dite n’est pas oubliée, ne serait-ce que par sa langue, dont l’équipe tire chansons, acrobaties verbales et gustatives-la langue ne sert pas qu’à parler-entre autres expérimentations.  Un enfant apprend par le jeu mais nous constatons ici que l’adulte aussi. Et en en tirant les conséquences linguistiques, culturelles, identitaires du balancement bien involontaire de l’Alsace entre une nation et une autre, l’équipe du laboratoire nous fait réfléchir à sa place particulière dans l’histoire européenne. Sans cela, aurait-elle inventé le Hans em Schnokeloch (transcription exacte), qui a tout ce qu’il veut mais veut ce qu’il n’a pas ?

Inutile de s’inquiéter : même si vous n’avez pas assisté aux expériences précédentes de la compagnie Arsène, et même si, à certains moments, il ne se passe rien, vous aurez plaisir et surprise à être les témoins et cobayes de celle-ci.

 Christine Friedel

 Théâtre de l’Échangeur, Bagnolet 92. T : 01 43 62 71 20 , jusqu’au 7 octobre. Puis tournée en Alsace

Vera de Petr Zelenska

Vera de Petr Zelenka, traduction de Pierre Notte, mise en scène d’Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo

Vera ©Tristan Jeane-VallèsVéra, dernière pièce du dramaturge et cinéaste tchèque Petr Zelenka.. reprend un thème d’actualité, celui de l’admirable film de  Maren Ade Toni Erdmann. Mais ici le texte souffre de la comparaison !
On confronte Véra, une femme d’affaires ambitieuse à son père, vieux sage et chantre de l’humanisme qui s’inquiète  de la voir intoxiquée par la logique néolibérale ; dévorée par le système, elle sera victime de la machine infernale du capitalisme mondialisé.
Mais autant, le film, subtil, tout en nuances, plein d’empathie pour ses personnages, joue sur les non-dits, autant cette pièce donne dans la caricature, les excès en tout genre et une simplification outrancière. Avec de effets cousus de fil blanc et  un déroulement implacable mais… téléphoné de l’intrigue !
Et ni la mise en scène, bien décevante ni l’interprétation ne relèvent le texte. Karin Viard ne réussit pas à tenir la scène où il faut une bonne voix, une parfaite maîtrise de la gestuelle et des déplacements. Sans doute mal dirigée, elle pousse sa voix, sur-joue, se livre à quelques bouffonnerie et sa diction finit par déraper…
La scénographie accumule les stéréotypes actuels :trois écrans en fond de scène pour une vidéo abondante  mais non justifiée, et un écran translucide qui sert à projeter les images et à séparer des espaces.
On ne nous a pas non plus épargné les cadreurs qui filment en gros plan le visage des acteurs. Sans doute les metteurs en scène ont-ils voulu représenter sur le plateau l’univers du cinéma, avec ses agents de casting et ses photographes, ici tous plus pervers les uns que les autres ! Mais tout cela est tellement attendu et grotesque que cela en devient ennuyeux. Alors que Serebrennikov réussissait une mise en scène exemplaire des Âmes mortes d’après Nicolas Gogol, au dernier festival d’Avignon, avec quelques objets et des comédiens qui savent tout faire, à commencer… par occuper l’espace. Mais ici, on a une impression de bricolage, comme si l’on comptait sur la célébrité de la vedette pour sauver la mise! Dommage…

Michèle Bigot

Théâtre des Célestins, Lyon, jusqu’au 8 septembre.

TOURNÉE 2016 | 2017 L’Avant Seine, Colombes: Samedi 17 septembre Anthéa, théâtre d’Antibes du 22 au 24 septembre Théâtre des Célestins, Lyon du 27 septembre au 8 octobre Théâtre de Cornouaille, Quimper 22 et 23 octobre Théâtre du Gymnase, Marseille du 29 novembre au 3 décembre Théâtre de Nîmes du 7 au 9 décembre Scène nationale d’Albi mardi 13 décembre Théâtre de la Ville, Paris du 23 mars au 8 avril

 

 

Le Dernier testament

 

Le Dernier testament, d’après Le Dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey, adaptation de Mélanie Laurent et Charlotte Farcet, mise en scène de Mélanie Laurent

Michèle Bigot a bien dit (voir ci-dessous) la grande faiblesse de cette adaptation et l’insuffisance du scénario (il faudrait analyser cette obsession actuelle  qu’il y a à adapter des romans connus à la scène!). « Il est ensuite évident qu’il fallait en faire une pièce, dit naïvement Mélanie Laurent, qui précise qu’elle a fait « un travail de débroussaillage pendant trois ans pour garder l’essentiel! » (sic). On se demande avec effroi, ce qui serait advenu si elle y avait passé seulement un an! Et, si on a bien compris, elle voulait adapter ce roman au cinéma mais, faute d’avoir les droits, elle s’est rabattue sur le théâtre. Merci pour le théâtre…

Il faut dire la grande prétention de cette première mise en scène qui tourne à vide et n’évite aucun des poncifs du théâtre contemporains, comme entre autres, un plateau nu, l’emploi d’images vidéo, des projecteurs bien visibles à cour et à jardin pour des éclairages latéraux, un sol couvert de tourbe marron, etc. Et Mélanie Laurent emprunte beaucoup à Wouajdi Mouawad, en ce qui concerne la dramaturgie, en particulier à Incendies, ce qu’elle reconnaît honnêtement! Mais on est loin du compte, et à des années-lumière de l’univers du dramaturge libano-québécois dont a pu voir nombre de spectacles d’une poésie flamboyante sur ce même plateau.

Rien à faire, cette mise en scène sans rythme, distille, et de façon irréversible, un ennui de premier ordre! Comme le révèlent les toussotements dans la salle qui se manifestent en permanence. Désolé mais nous serons plus sévères que Michèle Bigot (désolé, il n’y a ici aucune dimension magique!)…  Que peut-on sauver de ce naufrage? Pas grand chose, sinon quelques rares belles images mais très fabriquées, comme cette grande nappe blanche qui dégouline de sang, et les trois minutes d’un chœur surgi du public qui apporte un peu de fraîcheur, moment trop court mais tout à fait bienvenu dans ces deux heures éprouvantes.

Pour le reste, autant en emporte le vent glacé qui balaye la place du Trocadéro. Distribution très inégale: mais heureusement, il y a Lou de Lââge, toujours aussi brillante; mal dirigés, les comédiens semblent un peu perdus sur ce grand plateau nu. Heureusement aussi, l’actrice et réalisatrice de cinéma a une grande chance: pouvoir compter sur une équipe technique très solide comme celle de Chaillot; de ce côté-là, il a au moins un travail impeccable!

Reste une véritable énigme. On se demande pourquoi Didier Deschamps a accueilli cette première mise en scène sur le grand plateau de la salle Jean Vilar, objet de tant de convoitises chez les jeunes metteurs en scène qui en rêvent… sans jamais l’obtenir ?  Soyons clairs: cela ressemble, en tout cas, à un bien mauvais coup porté à l’expression théâtrale dans une maison désormais surtout consacrée à la danse, et où il y a de belles réussites, comme cette reprise du Y Olé! de José Montalvo (voir Le Théâtre du blog) qui a fait salle pleine ce mois-ci. Ce qui ne sera sûrement pas le cas avec Le dernier Testament qui va faire fuir le public!

Vous pouvez donc vous épargner sans regret ce médiocre spectacle, et l’épargner aussi, si vous êtes enseignants, à vos lycéens ou étudiants: ils ont droit à l’excellence et cela risque de les dégoûter à jamais du théâtre contemporain.

Philippe du Vignal

Théâtre National de la danse Chaillot, Place du Trocadéro, Paris 16ème. T: 01 53 65 30 00.

 

 Testament_jeanLouisFernandez5Après une carrière au cinéma bien remplie, comme actrice et réalisatrice (rappelons le tout récent Demain), Mélanie Laurent arrive au théâtre avec un travail sur un roman qui évoque la venue de Ben, un nouveau Messie, dans le New-York d’aujourd’hui. Comme celui de Galilée, il doit faire face à toutes les formes de la misère humaine, et le XXIème siècle lui en offre une large palette : violence, racisme, solitude, chômage, drogue, cynisme généralisé, et large territoire propice aux miracles ! Lui aussi est juif, issu d’une famille orthodoxe convertie à l’évangélisme. Lui aussi aura à lutter contre le fanatisme des nouveaux pharisiens.  Mais  seul, fort de sa seule humanité, face à la misère des corps et des cœurs !

Mélanie Laurent avoue sa fascination pour ce texte qui parle la puissance de l’amour et elle a su s’entourer de comédiens et techniciens remarquables. Mais cette adaptation se révèle d’une grande faiblesse. Tout le monde ne s’appelle pas Julien Gosselin qui a su adapter un roman de Houellebecq mais aussi le fameux 2666 de Roberto Bollano… Que faire d’un narrateur qui ne sait quoi faire de ses bras ?  En fait, manque ici une véritable adaptation du texte au régime énonciatif, et une pluralité de voix… La scène exige en effet  une variété d’événements dans la narration, sauf  chez Claude Régy, aux mises en scène très dépouillées, voisinant avec le silence, et proches de l’incantation poétique.

Mais Mélanie Laurent situe dans un entre-deux maladroit, et la musique, aussi pertinente soit-elle, ne suffit pas à éviter un enchaînement linéaire des scènes. Les choses s’améliorent pourtant, quand surviennent des personnages qui en racontent un épisode. Il y a même de très beaux moments  comme la chute de Ben, de son échafaudage.  Poignante et poétique utilisation de la vidéo qui, comme l’exceptionnelle création-lumière de Philippe Berthommé, qui donne au spectacle une dimension magique…

Un autre épisode, pourtant bien humble dans sa facture, est aussi très réussi : Ben, le nouveau messie, incarcéré et  menotté, se trouve en tête à tête avec son geôlier, et réussit, par la seule force de son empathie à arracher cet homme à sa profonde détresse.
Scène essentielle, presque silencieuse et très économe en moyens qui en fait ressortir la pure humanité.

Mais le texte lui-même n’échappe pas à une certaine naïveté : on aurait aimé qu’il soit plus corrosif pour évoquer la misère qui s’abat sur la cité. Mais ici la peinture sociale sert de prétexte à un discours lénifiant, inspiré de l’évangélisme, alors que l’on serait en droit d’attendre un tableau virulent et acide. Et le discours qui conviendrait le mieux  n’est sans doute pas le prêche ! On a envie de répondre comme Amos Oz dans son dernier roman, Judas : «Aimer tout le monde, finalement, c’est n’aimer personne ! ».

Et on est ainsi très partagé devant la superbe image du dernier tableau, où l’amour se répand sur le monde, comme les langues de feu de l’Esprit-Saint sur la tête des apôtres à la Pentecôte, grâce à la création-lumière et à la grande beauté de la comédienne-danseuse, Nancy Nkusi. Et en même temps, cette vision béate  provoque l’agacement…

 Michèle Bigot

Spectacle vu au Théâtre du Gymnase, à Marseille, le 20 septembre.

 

 

 

 

Les Vagues

 Les Vagues, d’après le roman de Virginia Woolf, traduction de Marguerite Yourcenar, conception et réalisation Pascale Nandillon et Frédéric Tétart

 

VAGUES_procession_2 C’est une sorte de récit que se partagent six amis, pour un repas autour de l’absence d’un énigmatique septième convive dénommé Perceval. Des voix intérieures revisitent l’enfance et la vie des uns et des autres, tels les mouvements de la mer qui vont et viennent, selon l’attraction régulière de la lune.

 

Dans la chambre où se tient ce repas, la totalité du réel semble contenue, espaces et temps mêlés, avec des paravents, cadres et portes mobiles qui font penser aux mises en scène de François Tanguy. Six personnages se sont réunis pour deux repas autour de Perceval absent, l’ami fédérateur qu’ils attendent pour un premier repas, à l’occasion de son départ pour les Indes,  puis pour un le second, après l’annonce de sa mort.

 

Rhoda, Jinny, Suzanne, Neville, Louis et Bernard font circuler entre eux un monologue dont la prose poétique est  un trésor en soi, et qui distille les visions du monde : « Certains s’embarqueront pour la France, d’autres pour l’Inde. Quelques-uns, sans doute, voient cette chambre pour la dernière fois. L’un de nous mourra peut-être cette nuit. Un autre fera  un enfant. Toutes sortes d’aventures, de combinaisons politiques, de tableaux, de poèmes, d’architectures, d’usines et de nouveau-nés nous doivent l’existence. La vie vient ; la vie s’en va. Nous créons la vie… »

 La table représente le lieu de convivialité, support proche de ces figures présentes ou ombres disparues, temps partagés et scènes évanouies : « Je ne crois pas à la valeur des existences séparées. Aucun de nous n’est complet en lui seul. » À travers ce beau spectacle de théâtre et l’installation plastique de Pascale Nandillon et Frédéric Tétart, surgit un bel enthousiasme existentiel… Avec le paysage intérieur et onirique d’un imaginaire, surpris par la caméra de Frédéric Tétart qui capte les moindres détails du tableau : natures mortes, bouquet de fleurs colorées, feuillages, coquillages, colliers, carafes d’eau et verres à pied.

 Le rêve des personnages tient à la sensation fugace d’être au monde – impressions désordonnées et sensuelles, visuelles, auditives, tactiles, gustatives, olfactives dans l’échange d’un jeu de couleurs chaudes et incessantes -, fleurs séchées, jeux d’ombre et de lumière, émerveillement  devant la vie mais aussi sentiment de solitude .

 Sur l’écran, des images de foule indienne, des vols d’oiseaux aux ailes immenses, avec des mouvements amples et silencieux dans une musique assourdie. Visions, images, éblouissements, paysages mouvants et changeants, le monde appartient à tous. Le Nil, l’Inde, Londres… Fantômes, ombres, présences indistinctes. C’est l’effort – le principe de ténacité dans l’expérience constante des jours qui passent, soutenu par la profondeur incontournable du désir vivace  qui domine  ici,  une force de vie qui s’éloigne toujours d’une déception résignée.
Appétit de la vie et fascination de la mort sont étroitement solidaires, entre ténèbres et lumières. La mort de Perceval est significative ; elle délivre et  sauve. Elle donne au fugitif la liberté, hors de lui-même et hors du temps, et, accorde aux survivants la plénitude absolue du sentiment de la vie et la force des rêves. .

 Bernard s’accepte enfin en  « vieil homme un peu épais, aux tempes grisonnantes qui appuie le coude sur la table, et tient de la main gauche un verre de vieille fine » : « Et en moi aussi la marée monte. La vague se gonfle, elle se recourbe…  C’est contre la Mort que je chevauche, l’épée au clair et les cheveux flottant au vent comme ceux d’un jeune homme, comme flottaient au vent les cheveux de Perceval galopant aux Indes. J’enfonce mes éperons dans les flancs de mon cheval. Invaincu, incapable de demander grâce, c’est contre toi que je m’élance, ô Mort … »

 Un magnifique éloge du hasard d’être ici et maintenant, au bord de soi et de l’autre. Avec des comédiens épris de poésie, Serge Cartellier, Nouche Jouglet-Marcus, Jean-Benoît L’Héritier, Aliénor de Mezamat, Sophie Pernette, Nicolas Thévenot.

 Véronique Hotte

 Théâtre du Soleil, Cartoucherie  de Vincennes,  jusqu’au 9 octobre. T : 06 15 64 11 73/06 19 05 56 89

 

 

 

Don Juan du Pays de Montbéliard

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Don Juan du Pays de Montbéliard, mise en scène de Marta Pazos

 

 La compagnie Voadora de Saint-Jacques de Compostelle qui était venue en France il y a quelques années, a été créée par Marta Pazos, Hugo Torres, compositeur et musicien, et Josino Diaz également musicien.
Comme le dit Marta Pazos, cette compagnie cherche à mettre en place un processus de création avec des artistes confirmés mais dont les acteurs ne sont en rien des comédiens professionnels. A Montbéliard, Yannick Marzin, le directeur de la Scène nationale de Montbéliard, a ainsi recruté vingt-deux participants (quinze hommes et sept femmes, un seul couple), tous âgés de plus de 62 ans, et tous bénévoles pour jouer une seule représentation.
Ils ont les prénoms de leur génération: André, Danièle, François, Jean-Michel, Monique Yolande, Marie-Claude, etc. et étaient ingénieurs, cadres administratifs, etc. ou enseignants comme cette prof de lettres de Montbéliard qui, au début du spectacle, dit magnifiquement la tirade de Don Juan: « Pour moi la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ».

A partir de la pièce de Molière plus connue en Espagne que celle de Tirso de Molina qui l’a inspiré il s’agit ici pour Marta Pazos de concevoir un nouveau processus de création qui flirte avec la performance: une seule représentation, à partir du mythe, plutôt que du texte intégral de Molière, avec un accent mis sur une gestuelle proche de la chorégraphie,  sur les lumières, et avec une musique jouée en direct derrière la scène.

Le tout influencé par une intelligence scénique et une sensibilité  très fines des valeurs picturales… Comme en témoigne dès le début, un remarquable rencontre entre un homme et une femme, très sculpturale avec juste quelques vêtements contemporains.  Aucun doute, il y a  de la peinture classique dans l’air, et des plus sensibles qui soient: Marta Pazos a d’abord en effet été étudiante au département peinture de l’université de Madrid et cela se voit: le spectacle est magnifiquement influencé par les grands artistes du Siècle d’or espagnol: Velasquez, bien sûr, dans la prise en compte de l’espace, les poses et la scène dans la scène, Murillo avec son amour des gens et de la vie quotidienne, son sens aigu du naturalisme, mais aussi Zurbaran pour la mise en scène de ses personnages.

Le spectacle a selon les mêmes principes été créé au Portugal puis à Saint-Jacques de Compostelle. Ces gens de bonne compagnie aux corps marqués par la vie montrent une joie d’accomplir sur le plateau un travail à la fois d’une belle précision et et émouvant. Ils se racontent, soucieux de bien vivre les deux dizaines d’années qui leur restent à vivre: projets de voyages en Amérique du Sud,achat de bonnes crèmes hydratantes pour  l’une,  de trois chemises pour un autre dans les friperies pour un autre, coupe de cheveux correcte, bref, tout ce qui fait les petites joies comme les petites misères d’intellectuels et cadres retraités…
Lle tout entrelardé de chansons populaires, de réflexions métaphysiques, comme celles de certains extraits du fameux monologue de Sganarelle: « L’âme est ce qui nous donne la vie, la vie finit par la mort, la mort nous fait penser au ciel… Et une autre cite Hannah Arendt  et son idée de la liberté: « L’être humain est libre parce que c’est un commencement. « Jouissez chaque jour des joies que la vie vous apporte, disait déjà Eschyle dans Les Perses, remarquable pièce où les dix personnages et la reine sont aussi très âgés, car la richesse est vaine chez les morts. »

Νous avions été conviés à voir vingt minutes d’une avant-dernière répétition de cet étonnant patchwork en même temps qu’une trentaine de lycéens qui pourraient être leurs petits-enfants. Questions tout à fait pertinentes chez ces jeunes gens étonnés de voir une telle énergie et une  telle envie d’en découdre chez ces acteurs-plus âgés qu’eux d’un demi-siècle! et capables de se mobiliser pendant quinze jours autour d’une aventure collective comme celle-ci.

Tout est dit ou presque au cours de ces vingt minutes:  la réalité du quotidien, les amours, le sexe,  mais aussi la cohorte de médicaments personnels que que chacun énumère sans état d’âme: aérius, almax, atarax,primperan, movalis, novotil, sans oublier dit un des hommes, le désormais célèbre Viagra. Dans une sorte d’impeccable  farandole très rythmée;  merci une fois de plus, madame Pina Bausch…

Mais très frustrant!!!! ces vingt minutes de répétition donnaient vraiment très envie de  goûter un louche de plus de cet étonnant spectacle dont  nous n’avons pu voir l’unique représentation du surlendemain. Notre amie Edith Rappoport a eu ce privilège et vous en dira davantage…

 Philippe du Vignal

Scène nationale de Montbéliard le 29 septembre. 

Yohji Yamamoto, défilé

Yohji Yamamoto, défilé de la semaine de la mode, rentrée 2016.

FullSizeRenderLa couleur noire, constante chez ce créateur de mode, lui est directement inspirée par sa mère, Fumi Yamamoto. Couturière et veuve de guerre, elle a précédé son fils unique au Bunka Fashion College de Tokyo. Né en 1943, il crée sa propre marque en 1971 et montre sa première collection à Paris en 1981. Il entretient un lien intime avec l’image d’une femme mythique, qu’il cherche à protéger du regard des hommes. «Tout ce que les hommes cherchent dans le sexe opposé, c’est un chaud réceptacle mettant leur virilité en valeur, … ils ne supportent pas d’être dépassés et n’aiment qu’eux-mêmes, … Les femmes finissent par chérir l’attendrissante faiblesse des hommes…», écrit-il dans son autobiographie My Dear Bomb. En développant des vêtements unisexes, il réalise un mélange de genres antinomiques. Au croisé de différentes disciplines artistiques, grâce à une collaboration étroite avec les cinéastes Wim Wenders et Takeshi Kitano ou la chorégraphe Pina Bausch, il crée des modèles d’une grande théâtralité.

Dans sa collection femme pour l’hiver 2016- 2017, présentée au Théâtre National de Chaillot on retrouve les constantes de son travail: amplitude des formes, asymétrie des coupes, mixité des tissus utilisés pour chaque veste déstructurée et les incroyables maquillage des mannequins : visages blancs sans expression surmontés d’une mèche noire gominée. De longues silhouettes androgynes, avec une tache de sang noir coagulé sur la veste, côté cœur, déambulent dans le grand foyer du théâtre. Ces costumes fluides, proches de tenues de scène, que l’on pourrait croiser dans un opéra de Wagner dirigé par Bob Wilson, habillent des êtres en noir et blanc, mi-anges, mi-fantômes, venus d’un autre monde, séduisants et dangereux. Pour sa présentation de septembre 2016, à la bourse du commerce de Paris, des créations de couleurs rouge et blanche sont apparues.

Après les costumes créés pour Madame Butterfly à l’Opéra de Lyon en 1990, nous attendons impatiemment que ce discret désigner décide de se tourner de nouveau vers la scène.

Jean Couturier

Défilé de la semaine de la mode femme été 2017 le 30 septembre.


www.yohjiyamamoto.co.jp

 

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