Carte blanche au Grand Colossal Théâtre

 

 

Carte blanche au Grand Colossal Théâtre, théâtre politico-divertissant, textes et mise en scène d’Alexandre Markoff

Chienlit1Cette carte blanche permet à la compagnie de revenir sur dix années d’existence; elle avait été accueillie à plusieurs reprises au Théâtre 13. Et, ce samedi, le public a pu voir, à partir de 16 h, l’intégralité d’un feuilleton de 7 h 30,  mais nous n’avons pu assister qu’aux deux derniers.

Dans une grande ville, il y a la grève des éboueurs. Les manifestations n’ont rien résolu et les poubelles n’ont toujours pas été ramassées. À la mairie, on tente de se réunir, une stagiaire voudrait rencontrer les responsables de chaque service, mais chacun est occupé sur son ordinateur dans un bâtiment flambant neuf, au sein d’une ville couverte par les ordures.
Seul, un conseiller municipal, responsable des anciens combattants, est disponible! La décharge est fermée, tout le monde se réfugie dans le hall, devant la machine à café. On déambule, c’est la crise, tout le monde donne son avis en même temps, et il n’y a pas un service qui sache ce que fait l’autre.

Des journalistes tentent de filmer  ce qui se passe, tout le monde court dans tous les sens. Mais on est en pleine campagne électorale: « Nous ne prenons pas de décision en pleine campagne ! (…) la mairie est responsable mais on n’a toujours pas retrouvé les éboueurs, dit le maire qui déclare vouloir se mettre au service de la collectivité, mais, affirme-t-il, le problème, c’est les gens ! ».

Le dernier épisode se déroule dans un parking, la nuit, le maire est allongé, face contre terre, les bras en croix : «Le merdier, c’est moi qui l’ai fait !» Les riverains en colère de la Cité Fleurie tabassent celui qui tente de leur poser des questions. « Nous aimerions comprendre qui tire sur qui ? Pas de menace, pas de société (…) avec les écolos, c’est pas rigolo ! ». Mais survient la mort du maire…
Interprétée par douze acteurs qui passent d’un personnage à l’autre, en changeant un élément de costume, cette pièce, à l’humour caustique,  se joue sur un plateau nu, avec quelques chaises.

Edith Rappoport

L’intégrale de ce spectacle a eu lieu le 5 novembre au Théâtre 13/Seine, à Paris.
T: 01 45 88 62 22


Archive pour 7 novembre, 2016

La Résistible Ascension d’Arturo Ui

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La Résistible  Ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht, adaptation de Daniel Loayoza, mise en scène et scénographie de Dominique Pitoiset

Qui dit Bertolt Brecht démodé ? Le voici, revu au goût du jour, dans une mise en scène sobre qui trouve des résonances dans l’actualité, tant mondiale qu’hexagonale. Dominique Pitoiset  a en effet sorti la pièce du contexte historique de son écriture, en 1941, quand son auteur était en exil aux États-Unis.
  Philippe Torreton, glacial, campe un Arturo Ui, bandit technocrate qui n’emprunte pas à ses modèles Hitler et Al Capone leurs gesticulations. L’acteur retrouve ici Dominique Pitoiset  qui l’avait mis en scène dans un remarquable Cyrano de Bergerac  hors-normes (voir Le Théâtre du Blog),  pour une performance à sa mesure.

En ouverture, assis dos au public devant un grand écran et des moniteurs de surveillance  où sont transmis les images de Va pensiero, chanté par le chœur des Hébreux dans Nabucco, grandiloquent morceau où Giuseppe Verdi orchestre la déploration des Juifs en exil à Babylone : « Ô ma Patrie si belle et si perdue ».
On reconnaît Ricardo Mutti au pupitre de l’Opéra de Rome, ovationné par le public lors d’une première mémorable, en mars 2011 : une pluie de tracts  contre les coupes du budget de la culture par Silvio Berlusconi, lancés des loges, s’était abattue sur le parterre…  D’autres images récentes seront aussi projetées : violences lors des manifestations contre la loi El Kohmri, incendie du Reichtag, vaste provocation des nazis pour accéder au pouvoir. Comprendra qui veut.

 À l’exception de ces quelques images, le décor est d’un dépouillement absolu: seules, de longues tables figurent les différents lieux de l’action : salle de réunion du syndicat des commerçants, siège du parlement, villa du Président, cimetière… Sur le mur du fond, sous les écrans de surveillance, de nombreux casiers se révèlent être les tiroirs d’une morgue, dont certains s’ouvrent, exhibant cadavres, couronnes et urnes. Gag funèbre : un corps brûle dans un crématorium. Nous sommes dans l’antichambre du crime…

 »  Il faut dire aux natures faibles, qu’il s’agit d’être ou de ne pas être (…) J’y croyais, comme un fanatique. C’est avec la foi que je suis entré au Parlement(…) «   : Arturo Ui cynique sur fond de musique classique, annonce au public, son plan de conquête du pouvoir, rappelant, en cela, le fameux monologue de Richard lll pièce dont Brecht s’est inspiré. Meurtres et ruses jalonnent son ascension, et l’on reconnaît la confrontation entre Richard et Lady Ann dans la scène où Arturo Ui  essaye de séduire la veuve Dollfoot.
En ces temps de crise, le criminel va jouer, pour prendre le pouvoir, sur la peur des commerçants et des industriels, et sur la corruption des politiques, faisant chanter les uns, assassinant les autres, flanqué d’une  bande de malfrats aux noms de triste mémoire : Gori, Gobbola et Roma.

Il reste ici peu d’allusions au Chicago de la prohibition où Bertolt Brecht, dans cette farce historique, avait transposé la situation allemande. Dans l’adaptation, la ville Cicero (Chicago) est redevenue l’Autriche, et les acolytes d’Arturo Ui évoluent dans une ambiance plus germanique, avec, en arrière-fond, la musique  du groupe allemand « métal » Ramstein.
Peu de vers subsistent de la version originale qui a subi quelques coups de rabot… On entend d’autant mieux, dans le discours d’Arturo Ui, les arguments des mouvements nationalistes qui fleurissent en Europe et aux États-Unis, surfant sur la peur du terrorisme et le désarroi du peuple, pour s’orienter vers la politique d’un tout sécuritaire.640_philippe_torreton_par_baltel_sipa

De la farce imaginée par Brecht, Dominique Pitoiset a conservé aussi quelques intermèdes où les protagonistes se livrent à des danses grotesques. Malgré les nombreux clins d’œil adressés au public, à qui le metteur en scène demande parfois d’applaudir (au risque de paraître un peu racoleur), les  rires se coincent très vite dans l’atmosphère électrique, créée par le jeu sec de Philippe Torreton.
Les tensions sont vives entre les trois lieutenants du dictateur en herbe, qui optent cependant  pour une interprétation plus parodique. Et Roma sera finalement éliminé pour faciliter la conquête du pays voisin dans une scène plus comique que sordide. Les gangsters assassineront ensuite Dollfoot, assurant ainsi à Arturo le pouvoir total sur le commerce du chou.

Tout est désormais en place pour que le dictateur étende son hégémonie, et, dans la  scène finale, Arturo Ui, devant un pupitre aux couleurs nationales, entouré de ses sbires, adresse au public, sur fond de musique classique, un discours muet qui rappelle ceux de nos ténors nationaux, en cette période préélectorale.
Image finale ironique, les mots AUTORITÉ INÉGALITÉ IDENTITÉ s’affichent, projetés sur un grand drapeau bleu-blanc-rouge. « Alors, c’est qui Ui ? » Un dernier jeu de mot, en forme de question, tente de désamorcer ce trait forcé.

Créé à la Scène nationale d’Annecy où Dominique Pitoiset est artiste associé depuis trois ans, le spectacle, avec ses nombreuses allusions à la politique occidentale, voire hexagonale, fera mouche.
Il n’évite pas quelques effets faciles, contrebalancés par la forte personnalité de comédiens, tels que Daniel Martin, Patrice Bornand ou Pierre-Alain Chapuis, mais l’implacable dialectique brechtienne résiste bien aux amalgames osés de la mise en scène qui  feront sans doute polémique…

 Mireille Davidovici

Spectacle vu à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, le 5 novembre.
Théâtre des Gémeaux, à Sceaux (Hauts-de-Seine), du 10 au 27 novembre.
Théâtre de Cornouaille, Quimper, du 1er au 3 décembre.Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, du 7 au 10 décembre ; Espace des Arts, Chalon-sur-Saône, du 13 au 15 décembre.
Maison de la Culture d’Amiens, les 5 et 6 janvier. Le Phenix, Valenciennes les 10 et 11 janvier.
Châteauvallon-Scène Nationale, du 17 au 21 janvier ; Scène nationale de Sète, du 25 au 27 janvier.
Théâtre de Dijon/CDN de Bourgogne, du 31 janvier au 4 février.

Théâtre du Gymnase, Marseille, du 7 au 11 février ; Comédie de Saint-Etienne, du 15 au 17 février ; Théâtre de Sénart,  du 24 au 26 février.
Théâtre de L’Archipel, Perpignan, les 2 et 3 mars ; MC2  de Grenoble, du 7 au 11 mars ; Espace Malraux, Chambéry du 14 au 16 mars ; La Coursive, La Rochelle du 21 au 24 mars ; Le Quartz, Brest, du 29 au 31 mars.

 La Passerelle, Saint-Brieuc les 26 et 27 avril.

 

Les Cahiers de Nijinski

IMG_3675Les Cahiers de Nijinski, mise en scène de Brigitte Lefevre et Daniel San Pedro

«Il y a, à Saint-Pétersbourg, un danseur, Nijinski, âgé de dix-huit ans ; c’est le Vestris russe, et l’on peut presque dire de lui que, lorsqu’il exécute une pirouette, on ne sait jamais quand il se donnera la peine de redescendre sur terre», écrivait le chroniqueur de la revue Théâtre, en mai 1909. Nijinski a réalisé cette prophétie,  comme danseur d’abord, avec un parcours au sein des Ballets Russes, en France et dans le monde, mais aussi dans son mental : il a fini sa vie dans des cliniques psychiatriques suisses…

 Les Cahiers de Nijinski relatent cette expérience existentielle. Clément Hervieu-Léger, de la Comédie-Française et Jean-Christophe Guerri, ancien danseur de l’Opéra de Paris, donnent à entendre et à voir des extraits de ce texte.
Pour traduire la notion d’instabilité,  les metteurs en scène les font jouer en équilibre sur un plan très incliné. «J’ai vécu cinq ans avec Serge Diaghilev, je suis marié depuis plus de cinq ans» : cette dualité n’a cessé de tourmenter Nijinski dont le médecin était aussi l’amant de sa femme!
«Je me suis enfermé dans moi-même», dit-il,  avec une belle lucidité. Mais quelquefois sa raison s’égare : «Je ne suis pas un abcès, je suis l’amour».

Les Cahiers ont donné lieu à nombre de réalisations scéniques. Ici, Clément Hervieu-Léger, touchant de fragilité, nous transmet les tourments de Nijinski. Et Jean-Christophe Guerri, quand il enlace son partenaire, rompt la tension de ces fractures intimes. Rendre compte, sur une scène, de la maladie mentale est toujours une entreprise délicate…
Un artiste doit-il toujours être un peu fou ? Brigitte Lefèvre répond : «Fou!? Il faut oser, s’oublier, il ne faut pas s’auto-critiquer. La pression est très forte, on demande tout à un artiste mais finalement, c’est à lui-même qu’il demande toujours davantage».

Nijinski reste le symbole du danseur qui sombre dans la psychose, comme  Antonin Artaud,  une pathologie qui garde encore aujourd’hui tout son mystère. Et, contrairement aux préjugés d’un étudiant, entendus avant le spectacle : «C’est un truc pour connaisseurs, pas pour le grand public», ce travail est à découvrir.
Et on pense aux mots d’Auguste Rodin qui écrivait en 1912, après avoir vu L’Après-midi d’un faune que Nijinski interprétait: «Entre la mimique et la plastique, l’accord est absolu : le corps tout entier signifie ce que veut l’esprit ; il atteint au caractère à force de rendre pleinement le sentiment qui l’anime ; il a la beauté de la fresque et de la statuaire antique ; il est le modèle idéal d’après lequel on a envie de dessiner, de sculpter».

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, jusqu’au 24 novembre.

www.theatre-chaillot.fr

         

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La Cuisine d’Elvis de Lee Hall

La Cuisine d’Elvis de Lee Hall, mise en scène de Pierre Maillet, traduction Louis-charles Sirjacq, Frédérique Revus

 

Elvis©Sonia BarcetSous le signe de l’art culinaire, du rock-and-roll et d’Elvis Presley -qui, on le sait, était porté sur la nourriture-, le dramaturge anglais nous fait pénétrer dans un foyer de la classe moyenne anglaise.

Pierre Maillet et ses acteurs se sont emparés avec gourmandise de cette pièce un peu déjantée où le réalisme quotidien côtoie un monde fantasmagorique. Une plongée au sein d’une famille ordinaire, mais pas comme les autres : Jill, adolescente à problèmes et sa mère, l’une gourmande et passionnée de cuisine, l’autre anorexique et en mal de sexualité depuis l’accident de son mari devenu un légume. Tétraplégique, il  hante le plateau dans un fauteuil  roulant…

Mam drague dans un bar le jeune et beau Stuart qui deviendra son amant à demeure,  et qui séduira Jill. Entre les scènes d’une vie bousculée par cette intrusion, le mari, déguisé en  Elvis Presley, se lève et se lance dans l’imitation du King (c’était son métier avant son accident). Ces intermèdes de music-hall, rêveries de l’infirme, rompent avec le vérisme de la mise en scène qui montre Jill s’affairant aux fourneaux, dans le parfum d’une tourte cuisant à vue, et  la famille  attablée autour d’un vrai repas .

 Les deux femmes, frustrées, se disputent les faveurs de Stuart pris en otage et en étau entre les petits plats, les rondeurs de la fille et le sex-appeal de la mère. Il ira même jusqu’à accorder la faveur d’une masturbation à l’infirme, séquence où le comique l’emporte sur le sordide…
Le spectacle oscille entre humour décapant et tendresse pour les personnages, dans un équilibre savamment dosé…

Marie Payen, à la fois vulgaire et distinguée, femme mûre à la longue chevelure peroxydée, nous émeut, luttant pour vivre une existence que la paralysie de son mari lui a dérobée :  « Trente-huit ans, et déjà à la casse », se plaint-elle. 

Cécile Bournay campe avec nuances une adolescente rebelle à qui l’auteur confie aussi le rôle de nous conter cette histoire. Il lui appartient donc de réfléchir au sens de l’existence, et elle se penche sur la philosophie de la nourriture : « Pourquoi on est ici ? À quoi ça rime ? Il faut bien quelque chose pour nous remplir « .
Quant à Stuart, il se contente d’être un appétissant garçon au corps d’athlète, sans malice ni culture, qu’incarne avec grâce, Matthieu Cruciani.

Le scénographe, Marc Lainé, a réservé l’avant-scène à la cuisine, et le deuxième niveau, à un living-room qui devient un podium où se produit Pierre Maillet. La mèche en bataille, en habit de lumière blanc et or, crooner à souhait, il nous transporte à Graceland  et chante Jailhouse Rock, In the Ghetto et autres tubes d’Elvis, sans pourtant en faire des tonnes. La mise en scène, tempérée de Pierre Maillet ne réduit en rien la folie du texte mais en évite l’éventuelle vulgarité.

Elle offre une saveur d’humanité à déguster pendant une heure quarante.

 Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, Paris 8ème  T. 01 44 95 98 21 jusqu’au 26 novembre.
Théâtre Universitaire de Nantes du 7 au 9 mars. Comédie de Caen, du 13 au 15 mars. Théâtre de Nîmes du 19 au 21 avril.

 

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