Les Cahiers de Nijinski

IMG_3675Les Cahiers de Nijinski, mise en scène de Brigitte Lefevre et Daniel San Pedro

«Il y a, à Saint-Pétersbourg, un danseur, Nijinski, âgé de dix-huit ans ; c’est le Vestris russe, et l’on peut presque dire de lui que, lorsqu’il exécute une pirouette, on ne sait jamais quand il se donnera la peine de redescendre sur terre», écrivait le chroniqueur de la revue Théâtre, en mai 1909. Nijinski a réalisé cette prophétie,  comme danseur d’abord, avec un parcours au sein des Ballets Russes, en France et dans le monde, mais aussi dans son mental : il a fini sa vie dans des cliniques psychiatriques suisses…

 Les Cahiers de Nijinski relatent cette expérience existentielle. Clément Hervieu-Léger, de la Comédie-Française et Jean-Christophe Guerri, ancien danseur de l’Opéra de Paris, donnent à entendre et à voir des extraits de ce texte.
Pour traduire la notion d’instabilité,  les metteurs en scène les font jouer en équilibre sur un plan très incliné. «J’ai vécu cinq ans avec Serge Diaghilev, je suis marié depuis plus de cinq ans» : cette dualité n’a cessé de tourmenter Nijinski dont le médecin était aussi l’amant de sa femme!
«Je me suis enfermé dans moi-même», dit-il,  avec une belle lucidité. Mais quelquefois sa raison s’égare : «Je ne suis pas un abcès, je suis l’amour».

Les Cahiers ont donné lieu à nombre de réalisations scéniques. Ici, Clément Hervieu-Léger, touchant de fragilité, nous transmet les tourments de Nijinski. Et Jean-Christophe Guerri, quand il enlace son partenaire, rompt la tension de ces fractures intimes. Rendre compte, sur une scène, de la maladie mentale est toujours une entreprise délicate…
Un artiste doit-il toujours être un peu fou ? Brigitte Lefèvre répond : «Fou!? Il faut oser, s’oublier, il ne faut pas s’auto-critiquer. La pression est très forte, on demande tout à un artiste mais finalement, c’est à lui-même qu’il demande toujours davantage».

Nijinski reste le symbole du danseur qui sombre dans la psychose, comme  Antonin Artaud,  une pathologie qui garde encore aujourd’hui tout son mystère. Et, contrairement aux préjugés d’un étudiant, entendus avant le spectacle : «C’est un truc pour connaisseurs, pas pour le grand public», ce travail est à découvrir.
Et on pense aux mots d’Auguste Rodin qui écrivait en 1912, après avoir vu L’Après-midi d’un faune que Nijinski interprétait: «Entre la mimique et la plastique, l’accord est absolu : le corps tout entier signifie ce que veut l’esprit ; il atteint au caractère à force de rendre pleinement le sentiment qui l’anime ; il a la beauté de la fresque et de la statuaire antique ; il est le modèle idéal d’après lequel on a envie de dessiner, de sculpter».

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, jusqu’au 24 novembre.

www.theatre-chaillot.fr

         

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