Monologue du nous de Bernard Noël

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Monologue du nous, de Bernard Noël, mise en scène de Charles Tordjman

 Bernard Noël est un poète. Il ne travaille donc pas dans le joli, mais cherche, jusqu’au bout, le vrai, l’exactitude du regard et de l’écriture. La beauté naît de cette attention extrême au monde, jusqu’à toucher le point sensible de ses douleurs, révoltes, misères, hontes, ce qui n’exclut ni la joie ni la liberté.
Dans ce Monologue du nous, il vise deux de ces points. Le «nous» existe-t-il encore en ces temps, où l’on tambourine d’autant plus un «vivre ensemble» qu’il disparaît «dans les eaux glacées du calcul égoïste » (Manifeste du parti communiste de Karl Marx) ? Où est le commun, la commune ?
Autre point : la question de la violence : comment monte-t-elle, s’alimente, jusqu’au désespoir, la plus grande force négative qui soit. Bernard Noël inscrit sa fiction (parue  en 2014, donc antérieur aux attentats de Charlie et du 13 novembre dernier), dans les années noires, au temps des Brigades rouges en Italie, de la Fraction Armée rouge en Allemagne, et, en France, d’Action directe.

Assassinats de dirigeants économiques puissants, banquiers ou patrons d’entreprises mondiale : la violence se veut ciblée, pour le bien de la communauté… Jusqu’à faire tache d’huile : avec des groupes activistes bien cloisonnés, mais l’action s’émiette, échappe au noyau initial –le « nous » qui s’adresse ici au public-.
La récupération d’un premier assassinant presque accidentel finit par conduire, de proche en proche, à l’attentat aveugle qui dépasse et anéantit tout projet, et qui rend absurde le sacrifice. La violence peut-elle être légitime ? Bernard Noël nous laisse à notre propre réponse, ou à notre interrogation.

Il ne condamne ni ne sacralise la violence mais en analyse en profondeur les ressorts et le moteur. Et l’avancée implacable de son analyse qui suit, pas à pas, la montée de la violence, a une grande force dramatique. Les quatre filles qui incarnent ce chemin -jamais en dialogue entre elles, mais prenant le relais de la parole, la communication entre elles passant par le spectateur-, sont devant nous comme autant d’Antigones, d’Electres et  de Cassandres. Autant de noms d’héroïnes seules contre tous qui ne devraient pas se décliner au pluriel et qui est pourtant ici une évidence :  ce Monologue du nous,est  leur “commun“.

Sous une fragile cathédrale de bois à claire-voie, Elissa Alloula, Loulou Hansen, Celine Carrère, et Sophie Rodrigues, exemplaires, portent, avec une parfaite rigueur et  l’énergie du défi, cette cérémonie des adieux.
Créée dans une ancienne chapelle à Béziers, cette marche «jusqu’au bout», dans la droite ligne que Charles Tordjman leur indique, chacune est également forte et responsable .

Un spectacle exigeant qui serait presque sévère sans la vitalité et l’intelligence des comédiennes, sans le pari réussi du metteur en scène de faire jouer l’une sur l’autre, l’émotion et l’analyse. À voir d’urgence.

Christine Friedel

Maison des Métallos, 75011 Paris, jusqu’au 13 novembre. Métro Parmentier. T: 01 48 05 88 27, le samedi à 19h et le dimanche à 16h.

 

 

 

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Archive pour 11 novembre, 2016

Monologue du nous de Bernard Noël

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Monologue du nous, de Bernard Noël, mise en scène de Charles Tordjman

 Bernard Noël est un poète. Il ne travaille donc pas dans le joli, mais cherche, jusqu’au bout, le vrai, l’exactitude du regard et de l’écriture. La beauté naît de cette attention extrême au monde, jusqu’à toucher le point sensible de ses douleurs, révoltes, misères, hontes, ce qui n’exclut ni la joie ni la liberté.
Dans ce Monologue du nous, il vise deux de ces points. Le «nous» existe-t-il encore en ces temps, où l’on tambourine d’autant plus un «vivre ensemble» qu’il disparaît «dans les eaux glacées du calcul égoïste » (Manifeste du parti communiste de Karl Marx) ? Où est le commun, la commune ?
Autre point : la question de la violence : comment monte-t-elle, s’alimente, jusqu’au désespoir, la plus grande force négative qui soit. Bernard Noël inscrit sa fiction (parue  en 2014, donc antérieur aux attentats de Charlie et du 13 novembre dernier), dans les années noires, au temps des Brigades rouges en Italie, de la Fraction Armée rouge en Allemagne, et, en France, d’Action directe.

Assassinats de dirigeants économiques puissants, banquiers ou patrons d’entreprises mondiale : la violence se veut ciblée, pour le bien de la communauté… Jusqu’à faire tache d’huile : avec des groupes activistes bien cloisonnés, mais l’action s’émiette, échappe au noyau initial –le « nous » qui s’adresse ici au public-.
La récupération d’un premier assassinant presque accidentel finit par conduire, de proche en proche, à l’attentat aveugle qui dépasse et anéantit tout projet, et qui rend absurde le sacrifice. La violence peut-elle être légitime ? Bernard Noël nous laisse à notre propre réponse, ou à notre interrogation.

Il ne condamne ni ne sacralise la violence mais en analyse en profondeur les ressorts et le moteur. Et l’avancée implacable de son analyse qui suit, pas à pas, la montée de la violence, a une grande force dramatique. Les quatre filles qui incarnent ce chemin -jamais en dialogue entre elles, mais prenant le relais de la parole, la communication entre elles passant par le spectateur-, sont devant nous comme autant d’Antigones, d’Electres et  de Cassandres. Autant de noms d’héroïnes seules contre tous qui ne devraient pas se décliner au pluriel et qui est pourtant ici une évidence :  ce Monologue du nous,est  leur “commun“.

Sous une fragile cathédrale de bois à claire-voie, Elissa Alloula, Loulou Hansen, Celine Carrère, et Sophie Rodrigues, exemplaires, portent, avec une parfaite rigueur et  l’énergie du défi, cette cérémonie des adieux.
Créée dans une ancienne chapelle à Béziers, cette marche «jusqu’au bout», dans la droite ligne que Charles Tordjman leur indique, chacune est également forte et responsable .

Un spectacle exigeant qui serait presque sévère sans la vitalité et l’intelligence des comédiennes, sans le pari réussi du metteur en scène de faire jouer l’une sur l’autre, l’émotion et l’analyse. À voir d’urgence.

Christine Friedel

Maison des Métallos, 75011 Paris, jusqu’au 13 novembre. Métro Parmentier. T: 01 48 05 88 27, le samedi à 19h et le dimanche à 16h.

 

 

 

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