Une légère blessure de Laurent Mauvignier

Une légère blessure de Laurent Mauvignier , mise en scène d’Othello Vilgard

 

UNE-LEGERE-BLESSURE_GiovanniCittadiniCesi_055-2000x1333Après Trois Ruptures (voir Le Théâtre du Blog), on retrouve le duo Othello Vilgard/Johanna Nizard,  avec ce monologue écrit par le romancier pour cette comédienne. Une femme fait préparer un dîner à son employée de maison. On situe vite le cadre  bourgeois de l’action.
Un dialogue à sens unique s’établit avec cette «autre femme» qui ne peut évidemment pas se placer sur un pied d’égalité avec sa patronne et qui ne répond pas. Cette domestique d’origine étrangère a fui son pays dans des conditions périlleuses.
Sa patronne l’utilise pour monologuer, la tutoie, et lui parle sans pudeur ni barrières. Et lui pose même des questions sur ses relations intimes avec son mari!

Cette bourgeoise se laisse aussi aller à une confession quand elle évoque ses rapports difficiles avec les hommes et sa sexualité, jusqu’à l’évocation d’une «légère blessure», qui ne l’est pas tant que ça. Dans cette sorte de psychanalyse à ciel ouvert d’une heure,  Johanna Nizard ne cesse presque jamais de parler. Avec un talent manifeste pour capter un public…
On sent ce personnage au bord d’un précipice, avant ce dîner qui réunira sa famille qu’elle aime, autant qu’elle la hait.

Malheureusement, charisme et précision de jeu ne suffisent pas : le texte, très littéraire, passe difficilement au théâtre. Et on reste assez indifférent à cette femme, autant blessée que blessante, parfois même un peu agaçante.
Le metteur en scène s’est concentré sur la direction-plutôt réussie-de son actrice. Johanna Nizard s’agite beaucoup, étale une nappe sur la table, met le couvert, change de robe, se promène en sous-vêtements et s’adresse au public comme à sa domestique…
Procédé un peu simple et sans fantaisie, visant à valoriser le texte et à éviter de trop personnaliser cette femme, pour la rendre universelle.
Cette traversée dans la vie d’une bourgeoise traumatisée confirme malgré tout le talent d’une comédienne qu’on a hâte de revoir.

 Julien Barsan

Théâtre du Rond-Point, Paris jusqu’au 27 novembre. T: 01 44 95 98 21 www.theatredurondpoint.fr


Archive pour 15 novembre, 2016

Les Caprices de Marianne (version 1833) d’Alfred de Musset

 

 


Les Caprices de Marianne  (version 1833) d’Alfred de Musset, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

 101712-les_caprices_58_brigitteenguerand---copieEn dépit d’un sous-titre ironique: « comédie »,  remarque Frank Lestringant, spécialiste de l’auteur, la pièce est bien une «tragédie», genre théâtral majeur qui règle le sort des hommes par le caprice, en se jouant de leurs désirs et de leur vie.
Une histoire  simple et cruelle : dans une Naples imaginaire, Cœlio, un jeune amoureux, rêve de conquérir Marianne, l’épouse du juge Claudio. Mais il n’ose l’aborder et fait  appel à son ami Octave, viveur et libertin, cousin du mari de Marianne, pour la rencontrer.
Octave plaidera donc  la cause du timide Coelio auprès d’elle mais n’obtient de faveur, sous-entendue, que pour lui-même. Par caprice, la belle lui annonce en effet sa décision de prendre un amant, avouant son amour. Octave hésite mais ne cède pourtant pas et envoie loyalement son ami rejoindre Marianne.
Mais Coelio perdra la vie dans le guet-apens organisé par le mari furieux. Octave ne s’en remettra pas, et refusera à jamais les avances de  la belle jeune femme.

 Le décor éloquent de Jacques Gabel relève d’un matérialisme épicurien: ce mont de cendres grises et noirâtres pourrait être le Vésuve, proche de Naples: les comédiens ne cessent de l’escalader et de le descendre, avant de glisser et de s’effondrer devant tant d’obstacles à franchir, ou à éviter.
L’existence ne se montre en effet guère aisée dans cette fin de monde, avec un cadre de scène effondré ou à moitié enterré,  des repères perdus et des portes à moitié enterrées. L’éruption menaçante volcanique a parlé, métaphore de la vie des hommes sur un sol apparemment plus solide, mais friable encore et toujours.

Une vie politique, sociale et économique a eu lieu mais c’en est fini, et rien ne va plus; même si une table longue nappée de blanc, à l’avant-scène, est prête pour des agapes qui font tout oublier, couleurs et éclats.
« Pourquoi, demande Octave, la fumée de cette pipe va-t-elle à droite plutôt qu’à gauche. » On ne sait, et si Marianne fait un caprice, l’entêté Coelio aussi (Sébastien Eveno, romantique sombre et malheureux), comme Claudio, le juge jaloux, (Jan Hammenecker, convaincant et attachant), sans compter les frasques d’Octave : ces Caprices sont ceux de la vie-même: le théâtre d’Alfred de Musset s’amuse à merveille des allées et venues du sentiment humain, et se délecte des échanges de paroles, en jouant des non-dits et des silences. Les jeunes gens, écorchés vifs, ont des passions ultimes et débattent de la vie et de la mort, de l’amour et du mépris, avec des accents romantiques ineffables.
Octave, pourrait être l’auteur lui-même avec ses amours houleuses, saltimbanque des émotions, funambule des sensations, et David Migeot séduit  Marianne et le public:  aisance naturelle, folie et mélancolie. Quand on ne veut voir la réalité en face, on rêve et on philosophe, on songe et on s’amuse,  un verre de vin de Lacrima Christi à la main, près de sa chandelle.
Sarah-Jeanne Sauvegrain est une Marianne dans toute sa splendeur, quoiqu’elle fasse : quand elle va à l’église ou  s’abandonne à son désir. Elle se moque et tourne en ridicule les poncifs masculins : «Qu’est-ce qu’après tout une femme ? … Ne pourrait-on pas dire, quand on en rencontre une : Voilà une belle nuit qui passe ? »Libre de sa parole existentielle, corps et désir, elle affirme sa présence, pleine et sûre de ses droits, loin de toute pruderie, et Octave a maille à partir avec celle qu’il pensait peu tournée vers une vie sentie.
Caprices, soubresauts, ricochets, pointes, piqûres:  Frédéric Bélier-Garcia engage sur le plateau une partie de plaisir ludique, une danse enivrante et joyeuse, dont les épices et les couleurs, les chatoiements et les ombres ne manquent pas, fondés sur le langage comme sur la gestuelle.
Saluons aussi ces comédiens de grand talent: Marie-Armelle Deguy, Laurence Roy, Yvette Poirier et Denis Fouquereau.

Véronique Hotte

Théâtre de La Tempête, Cartoucherie de Vincennes  jusqu’au 11 décembre. T: : 01 43 28 36 36

 

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