Un Fil à la patte de Georges Feydeau

Un Fil à la patte de Georges Feydeau, mise en scène d’Anthony Magnier

 un_fil_a_la_patte_3148-890x395Le succès de la pièce ne s’est jamais démenti, grâce à un formidable scénario, grâce aussi à la mise en scène de Jacques Charon où Robert Hirsch jouait Bouzin, et à celle, tout aussi remarquable, de Jérôme Deschamps,  avec Christian Hecq en 2010 (voir Le Théâtre du Blog), et transmise en direct depuis la Comédie-Française, avec plus  de trois millions de téléspectateurs;  en 1990, dans les misse en scène pour la Une de Pierre Mondy; avec Christian Clavier et Jacques Villeret, et en 2005  sur France 2,  de Francis Perrin avec cinq millions de téléspectateurs. Bref, ce Fil à la patte, cousu main, reste, depuis sa création en 1884, un moment inoxydable du théâtre comique français!

Fernand de Bois d’Enghien  annonce à sa maîtresse, la chanteuse de cabaret Lucette Gautier qu’il va la quitter. Il a en effet décidé de se marier avec Viviane, fille de la baronne Duverger, ce qui est en effet annoncé dans Le Figaro : il doit donc à tout prix empêcher que Gontran de Chenneviette, le père de l’enfant de Lucette, Ignace de Fontanet, un ami à la trop forte haleine, et Marceline, la sœur de Lucette, n’apprennent la nouvelle…

Par ailleurs Bouzin, un pauvre et ridicule clerc de notaire mais aussi auteur (plus qu’amateur!) de chansons, vient apporter une de ses œuvres à Lucette Gautier; resté dans l’antichambre, il va glisser sa carte de visite dans un gros bouquet de fleurs anonyme qu’on vient de livrer. Et la baronne Duverger, future belle-mère de Fernand, va convier Lucette à venir chanter le soir même au mariage de sa fille. Lucette accepte, sans imaginer évidemment que le futur marié est Bois-d’Enghien. Lucette Gautier a trouvé stupide la chanson et Bouzon, vexé, s’en va…

Irrigua, un général argentin, ex-ministre condamné à mort pour avoir perdu au jeu, le budget destiné à acheter des bateaux de guerre, offre à Lucette un bouquet de fleurs et une bague; il lui déclare son amour. Mais elle voit la carte de visite au nom de Bouzin  et une belle bague, et fait alors rappeler Bouzin pour le remercier. Alors que le bouquet et la bague ont, bien sûr, été envoyés par Irrigua…

Bouzin revient donc mais est nouveau chassé, quand on s’aperçoit de la supercherie. Le Général demande à Bois d’Enghien qui est son rival, car, dit-il, il veut sa mort. Bois d’Enghien prétend avec lâcheté que c’est Bouzin, revenu avec sa chanson pour Lucette. Le général et Bouzin échangent leurs cartes mais le général furieux lui annonce qu’il le tuera le lendemain matin. Terrorisé, Bouzin s’enfuit

Chez la baronne Duverger, Lucette va découvrir son amant caché dans une armoire. Bois d’Enghien a dit à Lucette qu’il y avait un vent coulis dans le salon, Lucette affolée en informe la baronne. La baronne intriguée va vérifier et n’en trouve pas. Bois d’Enghien expliquera à la baronne et à sa fille Viviane, de ne pas dire les mots : «fiancé», « futur », «gendre », car Lucette s’évanouirait.

Mais la baronne dit que Bois d’Enghien est le fiancé de Viviane. Lucette s’évanouit, puis revenue à elle, dit qu’elle se suicidera avec un revolver. Fernand dit qu’il l’aime toujours mais  se déshabille pour enlever un épi de blé que Lucette lui a malicieusement glissé dans le dos. Le piège fonctionne : tout le monde va voir Fernand en slip… avec une  Lucette très entreprenante.
Et Bois d’Enghien, lui, se retrouve par mégarde à la porte de chez lui, en ne sachant plus où se cacher… et appelle à l’aide pour qu’on lui ouvre. Après avoir pris de force ses vêtements à Bouzin, il rencontre Viviane qui a fait chanter sa mère, afin de se marier avec Bois d’Enghien. Et Bouzin, au motif répréhensible de nudité dans un lieu public sera emmené au commissariat!

La pièce  continue à être souvent montée, notamment par la compagnie Viva qui l’a déjà beaucoup jouée. Scénographie approximative, signée du metteur en scène, comme cela se fait de plus en plus! Un plateau blanc, presque nu, avec deux petits lustres et un fond en rideau de voile, ce qui permet parfois un jeu d’ombres chinoises qui ne manque pas d’élégance, et une quinzaine de chaises tubulaires noires servant aussi d’armoire ou de canapé. Bref, un décor pratique sans portes ni construction, donc facilement transportable en tournée, mais ni très beau ni très efficace.

Anthony Magnier, directeur de la troupe, réussit mieux son coup quand il emmène ses neuf comédiens avec lui, même s’il a tendance à forcer parfois un peu le trait, avec, on se demande bien pourquoi, une distanciation brechtienne. Il a mis des chaises sur le côté, comme le faisaient déjà il y a une quarantaine d’années les metteurs en scène voulaient paraître dans le vent…  Et les acteurs vont s’y asseoir quand ils ne jouent pas dans une scène; il a aussi imaginé des claquements de portes ou coups de sonnette figurés par des voix… «Le travail du comédien et la mise en scène de son corps dans l’espace, dit-il, sont au centre de mon travail et cela retrouve dans Un Fil à la Patte, matière à explorer : des personnages démesurés en situation de crise permanente. Je veux donner un coup de pied à ce texte de répertoire, pour faire voler en éclat la folie qu’il contient. »

On veut bien mais la direction d’acteurs manque souvent de nuances: les acteurs ont tendance à criailler, Mikaël Taïeb dans Bouzin en fait des tonnes et Marie Le Cam (Lucette Gautier), souvent d’une excellente férocité, pourrait être plus provocante. Mais il y a une belle surprise : Eugénie Ravon compose une excellente Marcelline, sœur de Lucette avec ce qu’il faut de sottise et d’ingénuité. Ce qui n’est pas si facile. Chapeau…
Toute la mise en scène a un bon rythme et la fameuse machinerie comique de Georges Feydeau d’une précision absolue, fonctionne bien, avec ces personnages délirants, sans morale aucune et assez peu sympathiques mais tous crédibles, malgré une suite d’événements qui s’enchaînent dans une logique de folie pure qui fait froid dans le dos: comme dans cette petite pirouette finale de l’auteur, quand le pauvre Bouzin est arrêté par les flics…

Et le public ne cesse de rire aux mésaventures inextricables de ce pauvre Bois d’Enghien qui, par sa seule présence, semble attirer les catastrophes qui augmentent généralement dès que Bouzin arrive.
Rire? Cela devient assez rare dans le théâtre contemporain, et là, Anthony Magnier sait très bien faire, même si sa mise en scène ne fera sans doute pas date.
Ce soir-là, en tout cas, une bande de collégiennes, très attentives, riaient sans arrêt, et ont ensuite applaudi debout et chaleureusement les acteurs ! C’est toujours bon signe, comme dirait notre amie Christine Friedel.
Les temps et les mœurs ont bien changé, Georges Feydeau est mort, il y a déjà presque cent ans, peu avant Marcel Proust, mais vous pouvez chercher: il reste peu de pièces, de cette époque, surtout comiques, qui  reçoivent encore un tel accueil… Que demande le peuple? 

Philippe du Vignal

Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier Paris XIV ème. T : 01 45 45 49 77 jusqu’au 31 décembre.

 

 

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