Les Journées Théâtrales de Carthage 2016

Les Journées Théâtrales de Carthage ( JTC) 2016 

 

 “ Jusqu’en 2011, nous avons été dans la connivence. L’État doit se taire et soutenir notre liberté d’art et d’artiste. Sinon nous allons rater encore une fois, proclame, haut et fort, le ministre des Affaires Culturelles,  Mohamed Zine El Abidine. Il est capital pour nous que le Ministère de culture s’assume en rupture totale avec la manière de procéder d’avant… Nous devons nous racheter… La société civile a évolué. Et nous avons perdu trop de temps… »
En effet, depuis cinq ans, cinq ministres de la Culture se sont succédés, et le dernier en date, musicien renommé, entend bien promouvoir l’art et la culture avec leur présence réelle dans la cité : «Vous pouvez compter sur le soutien de vos valeurs par un ministre qui croit, plus que tout, à la démocratisation de la culture et à la liberté des artistes», a-t-il dit au public de professionnels réunis en marge du festival, pour réfléchir ensemble sur la circulation du théâtre entre pays arabes et africains, vocation première des Journées Théâtrales de Carthage, ainsi qu’entre le Nord et le Sud.

 

Adoption de la Déclaration de Carthage au centre le ministre de la Cultute

Adoption de la Déclaration de Carthage au centre le ministre de la Culture à droite le directeur des JTC

Mohamed Zine El Abidine souscrit donc entièrement à la déclaration de Carthage (voir Le Théâtre du Blog), élaborée, dès les J.T.C. 2015, par un collectif d’intellectuels et d’artistes. Pour la protection de ces femmes et de ces hommes en situation de vulnérabilité -mais ne sont-ils pas tous plus ou moins vulnérables, quel que soit leur pays ?-  cette charte est portée en Tunisie par plus de 300 associations de la société civile.

Cette déclaration sera présentée à Genève en mars 2017, «pour constituer la première commission officielle au sein du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme», explique Lasaad Jamoussi, actuel directeur de ces Journées Théâtrales de Carthage. Il incite fortement les artistes des nombreux pays présents à se constituer en O.N.G. , afin de s’organiser sur le plan international. Et les professionnels présents s’engagent à diffuser la Déclaration de Carthage.
Lasaad Jamoussi a aussi annoncé, dans la foulée, le projet collectif d’acquérir en Avignon un  lieu, afin d’y présenter des troupes du Sud, arabes et africaines.
Cette belle énergie a animé trois jours de rencontres professionnelles qui rassemblaient des directeurs de festivals africains: MASA en Côté d’Ivoire, CITO et Récréâtrales au Burkina Fasso, mais aussi européens comme Shubbak à Londres, Francophonies en Limousin, Passages à Metz, Sens interdit à Lyon, mais aussi du monde arabe…

Un état des lieux plutôt satisfaisant sur l’évolution des rapports Sud/Sud et Nord/Sud, confirmé par les témoignages de responsables de réseaux, théâtres et compagnies indépendantes, venus de nombreux pays africains, arabes et européens. Les directeurs des théâtres de Tunis, comme le Rio ou El Teatro, accueillent les spectacles du festival mais revendiquent aussi une programmation cosmopolite sur l’année.

La soirée d’ouverture sur la grande scène du Colisée, flanquée de colonnes gréco-romaines, a rappelé, en images, la carrière de l’acteur et metteur en scène Mancef Souissi (1944- 2016), fondateur du Théâtre National Tunisien, et créateur des J.T.C. en 1984. Elève de Roger Planchon et influencé par Bertolt Brecht, il est à l’origine du théâtre populaire dans son pays dans les années soixante, avec un groupe de onze artistes signataires du « Manifeste de Onze ».

Werewere Liking à la soirée d'ouverture

Werewere Liking à la soirée d’ouverture

Bien d’autres hommages  seront rendus au cours de la dix-septième édition de ce festival, notamment à Werewere Liking, écrivaine camerounaise installée en Côte d’Ivoire. Figure importante du renouveau de l’esthétique du théâtre-rituel, elle présenta un numéro époustouflant de vitalité multicolore ce soir-là, avec sa troupe de danseurs et musiciens, majestueuse dans ses costumes traditionnels et portant une coiffe sophistiquée. Personnage mythique de l’Afrique francophone, surnommée la Reine-Mère, elle règne en grande prêtresse sur son village de Ki-Yi (Côte d’Ivoire). En s’abreuvant aux sources de la tradition, elle initie des jeunes gens en difficulté, à la culture africaine sous toutes ses formes. Cette femme aux allures charismatiques, vénérée comme « trésor humain vivant », est, pour ses concitoyens, «magnifiquement panafricaine ; avec sa fondation, elle va tout faire pour que ce village soit le savoir de tous les savoirs, et la culture de toutes les cultures. »

Un personnage très attachant qui a présenté avec sa troupe de danseurs, plasticiens, musiciens et acteurs, Ton pied, mon pied, un spectacle de marionnettes inventif mais assez décevant, où des pieds géants conversent à bâton rompu.

Nous reviendrons sur l’ensemble de la programmation dans un prochain article.

 Lasaad Jamoussi, lors d’un court interview qu’il nous a accordé, a tiré un bilan positif de son deuxième mandat de directeur : 62 spectacles joués à Tunis et en région, la présence de nombreux programmateurs étrangers, un colloque international sur William Shakespeare, des interventions d’artistes à l’Université ou dans des écoles et des ateliers de formation. Il déplore cependant les lourdeurs administratives engendrées par une gestion directement assurée par le Ministère de la culture et ne souhaite pas être reconduit «dans ces conditions funambulesques». Il prône, pour la suite, «la constitution d’une structure indépendante» et a interpellé le Ministre pour qu’il réfléchisse à une refondation nécessaire de ce festival dont l’avenir semble donc en suspens. 

Mais l’engagement formel de  Mohamed Zine El Abidine pendant ses rencontres, et sa connaissance des milieux culturels, laissent bon espoir. Entre un passé prestigieux qui donna sa chance à bien des troupes maghrébines et africaines, les J.T.C. se cherchent un avenir dans un monde multi-et interculturel et dans des conditions politico-économiques difficiles. Telle Carthage, détruite et reconstruite, qui fut le carrefour, de tout temps, entre Afrique, Europe et Moyen-Orient, et qui vit passer tant de civilisations…

Mireille Davidovici

Les Journées Théâtrales de Carthage se sont déroulées du 16 au 28 novembre. Programmation complète du festival : jtcfestival.com.tn

 

 

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