La Cucina dell’Arte des frères Ronaldo

 La Cucina dell’Arte des frères Ronaldo

213-Bennydegrove_lusterRegrets sur quoi l’enfer se fonde, écrivait Guillaume Apollinaire dans La Chanson du mal-aimé. Donc pour nous éviter des regrets en ce dernier jour de 2016, nous ne voulons pas passer l’occasion de vous parler de cette Cucina dell’Arte  (voir Le Théâtre du blog).

Nous n’avons pu voir ce deuxième spectacle des Ronaldo pour cause d’arrivée tardive dans le chapiteau où au contraire de qui avait nous été dit au téléphone, nous n’avons pu avoir le droit d’entrer.

Mais nous avons finalement vu une partie de cette Cuccina en vidéo et pour ne pas laisser l’année finir sans en parler, voici quelques lignes sur ce très beau spectacle.  Sous le petit chapiteau, un lustre à bougies suspendu au chapiteau qui éclaire quelques tables d’une pizzeria nappées de rouge, une sorte charrette qui tient de l’orgue de barbarie, du four à pizza et d’un bar-orchestre mécanique où des verres font de la musique…

Dans le noir,  sur une petite table, en équilibre sur une pyramide d’assiettes qu’il a cassées Dany  essaye d’allumer les bougies du lustre  mais se retrouve pendu au dit lustre, sans espoir d’en descendre, pendant que le chef dresse les tables. Pas de dialogue autre qu’un gromelot aux bribes de mots dans un italien très approximatif. Le chef insupportable et arrogant (David) donne ses ordres au pauvre Dany, émouvant dans ses maladresses à répétition, mais qui sait aussi aplatir la pâte à pizza, debout sur une planche posée sur un gros rouleau à pâtisserie, puis qui jongle en virtuose avec un disque de pâte au bout d’un doigt.

Ensuite, catastrophe absolue, la pizza mise à cuire va vite dégager une odeur de brûlé dans un nuage de fumée. Un livreur de Pizza Hut viendra heureusement apporter une pizza impeccable que Dany servira à un couple de spectateurs invités sur la piste. En attendant, il se livre à un numéro des plus virtuoses, en faisant tourner des assiettes sur une dizaine d’axes. Il y a ici à la fois du Buster Keaton et du Lapin-Chasseur (1990), ce spectacle-culte de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps où l’on voyait à tour de rôle la cuisine et la salle d’un minable restaurant…

Aucun doute : Dany sait établir une formidable complicité avec le public, adultes comme enfants, emportés par le rire. Le spectacle, si l’on en juge par cette vidéo, n’a peut-être pas tout à fait la même poésie que le précédent (voir Le Théâtre du Blog) mais quelle élégance, quelle maîtrise du corps et quel savoir-faire pour déclencher  les gags ! Bref, des denrées plutôt rares dans le théâtre contemporain.

Décidément le cirque, depuis quelques années et sous les aspects les plus divers, n’en déplaise à M. Laurent Wauquiez qui n’aime guère les écoles de cirque, aura acquis ses lettres de noblesse…La Cucina dell’arte passera bientôt à la Villette. Ne ratez surtout pas ce spectacle fait d’un mélange savoureux  de jonglerie, de gags comiques mais aussi d’acrobatie.

 Philippe du Vignal

 Spectacle vu sur une vidéo et qui s’est joué en décembre à l’Espace-Cirque d’Antony (Hauts-de-Seine) et sera repris à La Villette, Paris  du 22 février au 12 mars.

 

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Archive pour décembre, 2016

Terabak de Kyiv

TERABAK©Marie-Françoise-Plissart-965x1024

Terabak de Kyiv, mise en scène de Stéphane Ricordel, composition musicale de Vlad Troitsky  et des Dakh Daughters

 

C’est une création composite avec les Dakh Daughters, six formidables jeunes musiciennes, chanteuses et  actrices ukrainiennes qui jouaient une sorte de chœur dans Antigone à la Comédie de Caen. (voir Le Théâtre du Blog). A coup de morceaux de rock et chants traditionnels, avec violoncelles, violons, synthé…  Ruslana Khazipova, Tanya Havrylyuk, Solomia Melnyk, Anna Nikitina, Natalia Halanevych et Zo, qui avaient été révélées au Monfort Théâtre en 2014, accompagnent ici des numéros de cirque et de magie.

Installé sous un petit chapiteau jouxtant le Monfort, le spectacle a quelque chose du cabaret et on peut, à prix doux,  grignoter salade, fromages, borch, ou boire bière ou un café, en regardant le spectacle.
Mais ici rien de bobo; grâce en soit rendue à leurs directeurs, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, cofondateur des Arts Sauts, metteur en scène et codirecteur du Monfort qui a mis en scène cet étonnant spectacle. Ils ont su attirer dans ce lieu à l’architecture signée Claude Parent qui n’a rien de sublime, un public jeune, de plus en plus local et fidèle, avec un programme de qualité. 
Les Dakh Daughters, héritières au look déjanté mais grandes professionnelles du Dakh, créé il y a plus de  vingt ans par Vlad Troitsky, producteur, mécène et réalisateur à Kiev qui a voulu mettre l’accent sur ce que l’on pourrait appeler un certain théâtre total.Il y a d’abord un Monsieur Loyal qui en fait parfois un peu trop mais qui est aussi  et surtout champion du monde 2012 de magie… Le grand Yann Frisch que nous avions découvert en 2015 au festival de Briare ( voir Le Théâtre du Blog) fait preuve ici, avec quelques jeux de cartes à jouer, en close-up retransmis sur grand écran, de la même virtuosité  avec des numéros aussi incompréhensibles que brillantissimes.  Comme si notre rapport à l’objet en devenait, d’un seul coup, profondément modifié.

Côté acrobatie, ce n’est pas mal non plus!, Il y a d’abord Julieta Martin au mât chinois puis Benoît Charp remarquable sur un monocycle et il sait prendre de sacrés risques- sur une  trampoline ! Oscar Nova de la Fuente, les jambes repliées, essaye de nous faire croire à sa condition d’homme-tronc, mais on est un peu mal l’aise; il est plus convaincant ensuite  aux sangles ; il y a surtout Matias Pilet qui, à partir d’une sorte de passerelle, tombe égaré sur une trampoline pour rebondir après quelque sauts périlleux sur cette même passerelle. Il a quelque chose du grand Buster Keaton dans son impassibilité.  Et enfin, un sublime duo de cadre aérien, Daniel Ortiz & Josefina Castro, lui, porteur et elle, voltigeuse. Quelle beauté! Quelle intelligence du corps et quelle exemplaire solidarité !

Un spectacle intelligent et fin, parfois légèrement répétitif mais d’une rare qualité. Loin des variations wilsoniennes esthétisantes ; on sort vraiment heureux de ces quatre vingt dix minutes où les gens n’hésitent pas à se parler sous ce petit chapiteau. Vous avez dit populaire ?

Une belle réussite pour toute l’équipe du Monfort. N’hésitez pas surtout pas. Et on ne vous le dira pas deux fois ni trois fois: dans la pénurie ou la vulgarité de spectacles en cette période de maudites fêtes, ce cabaret vaut le déplacement.
Vous pouvez y emmener sans risques votre vieille nounou mais aussi vos enfants mais pas M. Laurent Wauquiez qui, de toute façon, n’aimerait sans doute pas cela. Il a sans aucune doute d’autres chats à fouetter: « « Si jamais, quand vous tombez malade, cela n’a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n’est pas très responsabilisant. Du coup, on a un peu l’impression que la Sécurité sociale est quelque chose sur lequel on peut tirer sans qu’il y ait un impact . »

Philippe du Vignal

Le Monfort  106 Rue Brancion, 75015 Paris. T : 01 56 08 33 88 jusqu’au 14 janvier.

 

 

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Molly S., d’après Molly Sweeney de Brian Friel

Molly S., d’après Molly Sweeney de Brian Friel, adaptation et mise en scène de Julie Brochen

 

molly-s-julie-brochen-crc3a9dit-franck-beloncle-7 La metteuse en scène a fait ici le choix d’une adaptation musicale de la pièce qui avait été mise en scène par Jorge Lavelli. On connait surtout ce remarquable auteur irlandais (1929-2015) par cette autre pièce, absolument fabuleuse, Danser à la Lughnasa (voir Le Théâtre du Blog). «Nous avons travaillé, dit Julie Brochen, à élaborer une partition musicale à trois voix avec Olivier Dumait, ténor, Ronan Nédélec, baryton, et  NikolaTakov, pianiste».

 Côté cour, quelques chaises alignées dos à dos, et, en fond de scène, un petit rectangle blanc sur fond gris mauve, tel un écran vide ou une feuille vierge. Dans un des tableaux suivants, des bouteilles envahissent le plateau, disposées au sol les unes derrière les autres : leur présence provoque un effet dramatique, et un espace de haute tension visuelle et psychique.  Elles entrent en résonance avec l’état mental du personnage de Molly mais aussi avec son corps qui semble danser, parfois dialoguer avec elles qui peuvent aussi figurer le jardin, dont elle, petite fille aveugle, faisait le tour avec son père à l’haleine chargée de whisky, comme un souvenir chéri de cette promenade rituelle… Ici l’éclairage habile de Louise Gibaud renforce la souffrance qui s’installe au fur et à mesure en faisant passer le plateau du noir à la lumière, et de la pénombre à des couleurs chaudes.

Le point de départ de cette fable, pouvait laisser prévoir une évolution plus heureuse et libératrice. Molly S. raconte sous forme de monologues, le destin d’une femme tombée aveugle à dix mois et qui retrouve la vue. Non par miracle mais grâce au progrès et à un chirurgien, le docteur Rice, et au désir de Frank, son mari. Mais pas d’elle! Molly vit en effet cette réparation comme un traumatisme profond. «Perdue, dit-elle, dans le monde des voyants», elle aurait simplement souhaité aller dans «le pays de la vision» puis «ensuite rentrer chez moi». Et, si elle retrouve la vue, son rapport au monde et aux autres, eux, perdent pied : «Comment peuvent-ils savoir ce qu’ils m’enlèvent ?».

  Julie Brochen a elle-même vécu un choc physique violent, en perdant pendant plus d’un mois l’usage de l’oreille gauche. Sous le choc, elle s’est mise à écrire un texte, J’entends plus rien à gauche. Et les travaux d’Olivier Sacks, neurologue et écrivain l’ont poussé à faire cette création. Brian Friel, lui-même, s’était aussi inspiré de To See and not see d’Olivier Sacks. Orchestration du texte avec la musique, chants de toute beauté, voix et  jeu dramatique d’Olivier Dumait et Ronan Nédélec cette mise en scène est remarquable. Et Julie Brochen qui joue Molly, réussit à nous faire ressentir à quel point «Tout cela était terrifiant, c’était un monde étranger» «Apprendre à voir, ce n’est pas comme apprendre une nouvelle langue. C’est comme apprendre le langage pour la première fois », écrivait Diderot. Molly, en se pliant au désir de son mari, espérait, en fait, trouver «un monde enthousiasmant ».

Un hymne à l’imaginaire, à la puissance de la poésie et à la liberté de choisir la différence, pour entrer en communion avec le monde et les êtres. On se sent à la sortie, comme rempli d’une grande émotion mais aussi d’une certaine force…

Elisabeth Naud

Théâtre Trévise, 14, rue de Trévise, 75009 Paris, jusqu’au 31 décembre. T : 01 45 23 35 45.
Molly S. a été traduite par Alain Delahaye à L’Avant-scène théâtre (2009).

Moeder par le collectif Peeping Tom

Moeder par le collectif Peeping Tom

 

Dans le cadre du Monaco Dance Forum proposé chaque année en décembre par Jean-Christophe Maillot, chorégraphe et directeur des Ballets de Monte-Carlo, le public a pu découvrir ce  théâtre dansé à la mode surréaliste avant Paris qui accueillera en janvier la dernière création de ce collectif, créé à Bruxelles en 2000 autour du couple Gabriela Carrizo et Franck Chartier. Moeder fouille, de façon à la fois intense, décalée et narquoise, les rapports humains découpés en fines lamelles psychodramatiques.
Le choix du titre (en anglais : voyeur)  annonce déjà le programme! Après avoir joué une trilogie «immobilière» (Salon, Jardin et Sous-sol), le groupe en a entamé une autre, cette fois «familiale» dont Moeder (en flamand : mère) est le second volet, après Vader (père) en 2014 et avant Kinderen (enfants) qui sera créé en 2018.

L’action des pièces de Peeping Tom a souvent lieu en vase clos, que ce soit dans le mobile-home de Caravana, dans la cave de Sous-sol ou dans la maison de retraite de Vader. Cette fois, il s’agit d’un musée où sont conservées des bribes du passé familial mais, ici, Gabriella Carrizo signe seule mise en scène et chorégraphie.

Au début du spectacle, une veillée funèbre, se déroule dans ce qui ressemble à un aquarium installé en fond de scène. Le couvercle du cercueil se referme sur le corps de l’aïeule, entouré  par la famille. Après avoir assisté au désespoir de sa fille, se jetant au sol de façon compulsive, au rythme d’un bruit d’eau savamment accordé à sa gestuelle acrobatique, le plateau s’éclaire et s’ouvre sur un espace devenu muséal. Un groupe de visiteurs suit avec intérêt les explications du guide qui, mari de la fille, présente les différents membres de ce « musée familial » : parents, grands-parents, enfants.

Toutes les scènes seront autant de rappels des moments-clés de leur existence, filtrés par une mémoire incertaine, prompte à trahir la réalité; à force de tresser ensembles souvenirs, fantasmes, craintes, espoirs et obsessions, la vérité devient insaisissable. Surtout, quand l’inconscient s’en mêle, comme, par exemple, dans la scène où la sculpture d’un homme nu, exposé dans le musée s’avère finalement vivante : après la fermeture des portes et le départ des visiteurs, on la voit en effet se transformer en jeune homme descendant de son piédestal.

Gabriela Carrizo, excellente danseuse autant que metteuse en scène, manie le drame aussi bien que la fantaisie ; avec elle, l’humour noir côtoie l’émotion, quand une femme de ménage, pensant n’être vue par personne, essaye d’escalader la sculpture de l’homme nu. La partition musicale, elle aussi, est très soignée: les sons, toujours intimement liés aux personnages, à la danse et aux objets, se transforment en matière tangible. Et il faut saluer les interprètes qui, avec une précision d’horloger, atteignent un accord parfait entre les partitions chorégraphique et musicale.

Sonia Schoonejans

Spectacle vu le 12 décembre à la Salle des Princes, Grimaldi Forum,  10 Avenue Princesse Grace, 98000 Monaco. T : 3777 99 99 20 00

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La Ronde d’Arthur Schnitzler

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La Ronde d’Arthur Schnitzler, traduction et adaptation de Guy Zilberstein, mise en scène d’Anne Kessler

La Ronde, que l’écrivain autrichien (1864-1931) publia à compte d’auteur en 1903, fut créée  en 1920 seulement à Berlin. D’abord intitulée La Ronde d’amour, Arthur Schnitzler accepta d’en modifier le titre pour éviter les risques de censure. Ce qui n’empêcha pas de provoquer un grand scandale !

La pièce, chose rare, comprend dix courts dialogues entre, à chaque fois, un homme et une femme qui ont une relation sexuelle. Avec des jeux de séduction et/ou de pouvoir chez ces personnages  qui tiennent presque parfois de silhouettes. Mais géniale  trouvaille dramaturgique de l’auteur: chacun d’eux apparaît dans la scène qui suit la précédente, et le dernier de cette ronde a une relation avec celui du tout début, la jeune prostituée. Cette ronde se referme ainsi, toujours  sur fond de sexualité obsédante…

On peut voir défiler: Léocadia, une jeune prostituée avec un  soldat, Franz. Puis ce soldat et Marie, une femme de chambre, que l’on verra ensuite avec Alfred, un jeune  homme de bonne famille. Celui-ci rencontre ensuite une femme mariée, Emma. Que l’on retrouve ensuite avec son mari Karl,  qui après, a un rendez-vous avec une «grisette», c’est à dire une jeune ouvrière, prostituée occasionnelle. Que l’on revoit avec Robert, un auteur. Ce même auteur rencontrera une comédienne. Laquelle retrouve ensuite un comte qui, dans la dernière scène, voit Léocadia, la jeune prostituée du début…

Arthur Schnitzler sait dire comme personne, le désir sexuel aussi bien masculin que féminin, la prostitution sous toutes ses formes, mais aussi les maladies vénériennes, la guerre, la mort qui plane, et surtout les interférences entre les classes sociales viennoises, qui ont toujours été un des grands ressorts des théâtres classiques et modernes. Et La Ronde, devenue célèbre en France, grâce surtout au film de  Max Ophüls (1950) avec Gérard Philipe et Simone Signoret, fait toujours le bonheur des écoles et conservatoires de théâtre : elle offre en effet un nombre et une variété exceptionnels de personnages, ce qui permet de caser tous les élèves  avec des rôles à peu près équivalents… La pièce est évidemment moins facile à monter et à programmer en tournée, même en réduisant le nombre d’acteurs ! Mais Alfredo Arias et Marion Bierry, entre autres, l’avaient mise en scène avec bonheur.

Guy Zilberstein en a fait une adaptation-on se demande bien pourquoi-et inventé le personnage d’un plasticien, Ludwig Höeshdorf : »Le spectacle, dit-il, prend la forme d’une installation, (…) dans laquelle le plasticien fait jouer par des acteurs les dix dialogues de Schnitzler. (…) C’est dans ce Berlin des années 1960 qui l’a vu naître que le plasticien Ludwig Höeshdorf choisit en 1988 d’aller rechercher ses parents biologiques, et qu’il échafaude dix hypothèses pour y parvenir, dans le cadre d’une installation… d’une performance intitulée Les chromosomes énigmatiques (…) Le personnage s’insère ainsi entre chaque scène, dans une mise en abyme ludique, qui décuple l’étrange mécanique et les ressorts théâtraux qu’offre une telle circulation du désir. » Ce personnage rappelle celui du narrateur dans le film de Max Ophüls mais il a ici quelque chose d’artificiel.

Côté scénographie, on ne comprend pas non plus les intentions pléonastiques  de Guy Zylberstein qui a imaginé un plateau tournant avec, sur la tranche, un palindrome dont Guy Debord s’est servi comme titre de film, repris dans un essai. Une phrase en latin, à lire de gauche à droite ou de droite à gauche : « In girum imus nocte et consumimur igni » (Nous irons un soir sur un cercle et nous nous y consumerons par le feu). Ce plateau tournant illustre, bien sûr, le cercle de La Ronde, et, au cas où on n’aurait pas compris, de temps à autre, les personnages entrent par une porte à tambour !
Côté mise en scène, libre à Anne Kessler de penser de façon curieuse, que «le contexte de la performance permet aussi de sortir de l’anecdotique. Cela donne de la profondeur sans rien enlever au mystère du texte.» Mais cette liaison entre théâtre et art contemporain, malgré une référence à Joseph Beuys, ne fonctionne pas du tout. Libre aussi à Anne Kessler de trouver que «la performance met en relief la façon novatrice dont La Ronde interroge le statut du spectateur » (sic).  Tous aux abris!

Heureusement, il y a ici, un peu livrés à eux-même, de bons comédiens, comme entre autres, Françoise Gillard (la femme mariée), Laurent Stocker (le Comte) Julie Sicard (la grisette), Pauline Clément (la prostituée), ou Hervé Pierre (l’auteur) qui arrive à apporter un peu d’air frais à cette mise en scène qui ronronne pendant deux heures vingt sans entracte et qui, sauf à de trop rares moments, laisse indifférent!

Anne Kessler qui veut sans doute faire mode,  aurait pu aussi nous épargner des costumes assez laids (qu’elle a aussi conçus!) et d’inutiles vidéos de combats, et du discours de J.F. Kennedy avec son fameux: « Ich bin ein Berliner« , sans doute pour resituer la pièce dans le Berlin des années 60! Puisque, dit Guy Zilberstein, « le plasticien réalise sa performance en 1988, les années 1960 correspondent à l’époque de ses parents. Ce Berlin est celui d’une ville qui réapprend à vivre, on est dans une imagerie de transition, de renaissance à tous les niveaux de la société. » Là, on ne comprend plus du tout, et une mise en scène de La Ronde n’avait pas besoin de ces suppléments sans intérêt!

 C’est un peu ennuyeux : le public, pas jeune, toussote souvent et somnole mais, comme il est, bizarrement, patient, il y a peu de désertions. Soyons clairs: cette version ainsi revue et corrigée de la pièce et cette mise en scène approximative, à l’actualisation prétentieuse et où le temps  et l’espace sont mal gérés, n’a rien de fascinant, et on ne voit aucune raison de vous conseiller le déplacement.

Philippe du Vignal

Comédie-Française/Théâtre du Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris 6ème jusqu’au 8  janvier. T : 01 44 58 15 15.

 www.comedie-francaise.fr

 

Une Maison de Poupée d’Henrik Ibsen

Une Maison de poupée d’Henrik Ibsen, traduction de Régis Boyer, adaptation et mise en scène de Philippe Person

 

1612UneMaisonDePoupeeMesPerson2992x300DpiPhotoPierreFrancoisDSCF1829À propos de Nora, Georg Groddeck (1866-1934) parle de Nora, cette jeune épouse qui a falsifié une signature pour procurer à son mari gravement dépressif, les moyens d’une guérison et d’une convalescence en Italie. Si son crime est découvert, Nora pense qu’Helmer «prendra sur  lui» mais elle devient consciente son incompréhension et le quitte. Pour le psychanalyste allemand : «Nora mène une double vie : l’une avec Helmer et les enfants, l’autre pour elle toute seule, une vie rêvée» : la fierté d’avoir sauvé son mari.

 Le dramaturge norvégien, lui, écrit,  au moment de l’écriture de sa pièce, jugée plus tard subversive et scandaleuse, « qu’une  femme ne peut pas être elle-même dans la société actuelle, exclusivement une société masculine, avec des lois écrites par des hommes … » Le mari choisit le terrain de la loi et estime les faits avec un œil masculin.

 Dans ce huis-clos oppressant, la tension progresse ici de façon inéluctable et avec une acuité douloureuse. Philippe Person a écarté du quatuor, le personnage du  docteur Rank. Et le public, placé dans  un salon à l’ameublement nordique et à l’arbre de Noël illuminé, assiste en ces temps, apparemment festifs, de Noël, au bonheur de cette famille, décuplé par la promotion de l’heureux époux qui va devenir directeur de banque. Par ailleurs, la dette de la jeune femme  est juste sur le point d’être remboursée.

 Mais s’installe une anxiété déstabilisante avec la venue d’un maître-chanteur, Krogstad, qui menace Nora de tout révéler, si elle ne le soutient pas auprès de son mari qui veut le licencier parce qu’il qui a commis des irrégularités. Même la belle présence de Madame Linde, amie d’enfance qu’Helmer vient d’embaucher  pour remplacer Krogstad  ne suffit pas à rassurer Nora.
Le danger des aveux s’accélère et les craintes s’accumulent avant que tout ne puisse s’arranger merveilleusement, comme dans un conte. Peut-être… Mais Helmer apprend tout; cette catastrophe blesse  la jeune femme mais la révèle à elle-même : «Je ne peux plus me contenter de ce que les gens disent, et de ce qu’il y a dans les livres. Je dois penser par moi-même et tâcher d’y voir clair. » Elle quittera son mari.

La  pièce fait office de parcours initiatique jusqu’à l’obtention d’une maturité âcre, enfin atteinte par Nora qui aura joué les «alouettes » ou les «petits oiseaux» pour son mari, Helmer, amusé, et attendri à la fois par l’ingénuité confondante de la mère de ses enfants. Florence Le Corre (Nora) pépie, tremble et danse sur la scène avec grâce, perdant parfois le juste contrôle de sa voix posée. Philippe Person est Krogstad, un homme peu recommandable mais humain. Nathalie Lucas, l’amie de Nora lui apporte une présence réconfortante. Et Philippe Calvario, mari attentif, ouvert et attachant, ne fait référence qu’aux seules et vaines apparences sociales.

Un spectacle convaincant, serré et tendu sur le fil du rasoir…

 Véronique Hotte

 Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 21 janvier, du mardi au samedi à 21h. T : 01 45 44 57 34

 

Livres et revues

Livres et revues:

Jeu n° 161
Au sommaire de cette revue canadienne bien connue, un dossier sur les paradoxes du comédien, sous la direction de Gilbert Turp qui pose la question de savoir si on joue comme il y a quarante ans, et si la formation du comédien et la pratique du jeu ont changé; sommes-nous meilleurs, moins bons, pareils, différents ? Masque, improvisation, travail sur soi,  affirmation, goût de ruer dans les brancards… autant de thèmes abordés par entre autres: Guy Nadon acteur québécois, Sophie Cadieux, Gilbert Sicotte, Anne-Marie Cousineau, Gilbert Turp.

Dans  ce riche numéro, il y aussi un article de Gabriel Plante sur le sous-financement chronique du théâtre, un texte sur le travail de Joël Pommerat et sur celui du chorégraphe et performeur italien Alessandro Sciarroni. A  la rubrique: danse, un article sur la plus récente création de Dana Michel, Mercurial George  et  un autre sur le Dictionnaire amoureux du théâtre de Christophe Barbier.

Frictions Hors série n°7

Ce numéro est consacré au Théâtre des Quartier d’Ivry qui, au terme de négociations entre les partenaires et les bonnes fées concernés (Mairie, Etat, Région; Département…) mais cela n’aurait pu se faire sans la ténacité des directeurs actuels, Elisabeth Chailloux et Adel Hakim, qui, avec toute leur équipe, ont enfin pu cs jours-ci, s’installer dans les salles qui leur sont dévolues dans la prestigieuse Manufacture des Oeillets, un ancien bâtiment industriel où Patrice Chéreau présenta autrefois un Shakespeare et où, dans une annexe, l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs  trouva refuge pendant la réhabilitation de son site d’origine, rue d’Ulm.

Comme le souligne justement Jean-Pierre Han dans son éditorial,  ce Centre Dramatique National est le seul en banlieue sud de Paris et a donc valeur de symbole fort, dans la théâtre et la culture d’aujourd’hui. C’est tout cela que disent les articles de Jean Cholet, Sidonie Han, Caroline Châtelet…

Il y a aussi un texte passionnant, à savourer Histoire d’une naissance d’Adel Hakim qui commence ainsi:  » Naître au pied des Pyramides a forcément un impact. C’est mon cas, et ce n’est pas une mince affaire. » Adel Hakim parle aussi avec beaucoup d’humour et d’intelligence  de l’origine de son nom mais aussi de la vie de sa famille égypto-italienne et sur son destin théâtral.

Jean-Pierre Han revient lui, sur deux créations d’Adel Hakim: la tout à fait remarquable Antigone dont nous vous avions parlé (voir Le Théâtre du Blog) et qui a été jouée à Ivry et ailleurs, plus de cent cinquante fois, et des Roses et du jasmin, créations qui ont redonné un véritable élan au Théâtre national Palestinien.

Revue Frictions. France 12 € et Etranger 14€.

Philippe du Vignal

Jouer  à la Borde, Théâtre en psychiatrie d’Henri Cachia, dessins de René Caussanel

On connaît bien La Borde, lieu mythique de la nouvelle psychiatrie  dès 1953, sous la houlette de Jean Oury, le psychiatre récemment décédé qui, ne trouvant pas d’hôpital qui lui convenait, avait décidé d’en créer un: des centaines  d’articles et de livres ont été consacrés à cette expérience qui a eu beaucoup d’influence.

Ce petit  ouvrage est différent et intéressant à plus d’un titre: Henri Cachia, comédien, a en effet vécu et a donc pratiqué cette institution de l’intérieur. Institution qu’il avait découverte, grâce au beau film (1996), La Moindre des choses de Nicolas Philibert.

Henri Cachia a ainsi pris une grande part à l’atelier-théâtre et à la création annuelle d’un spectacle, moment fort de la vie à La Borde, puisqu’il mobilise une centaine de personnes dont une trentaine de comédiens, tous amateurs bien entendu: il raconte cette riche expérience, notamment ses rencontres avec les patients, et leur rapport, exempt de hiérarchie, avec les médecins.

Le comédien se souvient de ce moment entre autres, où il rencontra un jeune malade atteint de schizophrénie, connaître impeccablement son texte mais aussi celui de son partenaire…
Un petit livre, bien écrit, qui complète ce que l’on sait-ou croit savoir-de la célèbre expérience de La Borde, connue dans le monde entier et où la pratique théâtrale joue un rôle important.

Ph. du V.

Les Editions libertaires. 13€

La Princesse d’Arnold Schönberg, illustrations  de Peter Schössow

Arnold Schönberg (1874-1951) qui fut le compositeur qui influença une grande partie de la musique moderne dont celle de John Cage son élève,  était aussi peintre, et écrivit des  essais  sur la situation sociale et historique du peuple juif,  sur la musique, quelques pièces de théâtre et des contes comme celui-ci. C’est l’histoire d’une princesse qui se blesse en jouant au tennis- le compositeur en était passionné et y jouait avec George Guershwin. Un loup, serviteur de la princesse, doit lui apporter une bouillotte pour qu’elle puisse soigner ses bleus. Mais elle ne le voit pas revenir du drugstore où il est censé être allé…

Une sorte de remodelage intelligent du Petit Chaperon rouge, « en jonglant avec les règles de l’art pour aller plus loin  dans l’inconnu, c’est cela qu’il n’aura cessé de faire toute sa vie dans sa musique » , comme le dit très bien Esteban Buch dans une post-face.
C’est un texte assez court, plutôt une historiette comme il en racontait à ses enfants. Avec un humour assez féroce. Le loup s’adresse d’abord à Goupil, puis à Mère-Grand:  » Trouve-moi quelque chose à manger, ou je me croque moi-même à pleines dents. »

Le conte est ici soutenu par  de  merveilleux dessins de Peter Schössow, tout à fait en phase avec le texte, d’abord en rose et marron, pour les intérieurs de la maison et de la pharmacie puis  dans des teintes pastel: marron pour la terre et vert très pâle pour le ciel. Ce beau conte est aussi suivi d’un texte de la fille du compositeur: Quand Arnold Schönberg inventait des histoires. Conseil d’ami: ne laissez pas traîner ce petit livre: il risque d’être très convoité…

Ph. du V.

Editions Chandeigne. 14 €

 

 

Le petit pauvre, François d’Assise de Jacques Copeau

 

Le petit pauvre,  François d’Assise de Jacques Copeau

afficheLes Tréteaux du Monde, une compagnie fondée par Djamel Guesmi il y a vingt-cinq ans, présentent La Tragédie de la Foi, soit un programme de quatre spectacles : Le petit Pauvre, François d’Assise, Les Loups de Romain Rolland, L’Affranchi de Martin de  Tours et Bernard de Clairveaux de Djamel Guesmi, dans la chapelle Saint-Louis de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

« Les Tréteaux du Monde accueille comédiens professionnels et gens exclus, le temps de retrouver une place digne dans la société, dit Djamel Guesmi,  et la pièce est « une plongée dans la tension entre justice et raison politique, entre pouvoir et abandon  de soi, entre nécessité du temps historique et quête universelle de l’âme humaine. (…) L’œuvre pose de véritables actes de foi : l’extrême simplicité de la vie de François qui croit autant en l’homme qu’en Dieu, la pauvreté comme richesse intérieure, la pureté du cœur qui triomphe des tentations des ténèbres. (..) Message poétique, nourri de ferveur mystique. »

En 1925, Jacques Copeau s’était converti au catholicisme, sous l’influence de Paul Claudel. Ce qui orientera sa vie et son œuvre. Il avait été impressionné par le personnage de Saint-François d’Assise, qu’il interpréta dans La Vie profonde de Saint-François d’Assise d’Henri Ghéon et il  commença à écrire Le Petit pauvre  en 1929, puis fit publier la pièce en 1944 seulement.

Les représentations ont lieu dans ce lieu de culte construit sur les plans de Le Vau à la fin du XVIIème sur ordre de Louis XIV; il possède quatre chapelles et quatre nefs reliées à une rotonde coiffée d’un dôme octogonal. Pour dire la messe au centre, avec des  chapelles adjacentes  afin de ne pas mélanger les différentes catégories de population: malades, prostituées, mendinats, etc.  Fonctionnel! C’est là que Klaus-Michael Grüber avait monté en 1976 un très remarquable Faust-Salpétrière d’après Goethe.

Donc Djamel Guesmi qui a créé ce spectacle voici quatorze ans, a, cette fois, investi une de ses chapelles, dotée pour l’occasion d’un gradin d’une centaine de places. Aucun décor, sinon celui des murs en belle pierre calcaire, quelques petits projecteurs et six candélabres avec de grosses bougies: impressionnant de beauté et de rigueur… Bien sûr, on pense aux tableaux de Georges de la Tour, du Caravage mais aussi à Barry Lyndon de Stanley Kubrick… Cette scénographie minimale aurait sans doute plu à Jacques Copeau qui avait conçu avec Louis Jouvet pour le plateau du Vieux-Colombier, une structure très stricte en béton pouvant servir avec quelques pendrillons et rideaux à tous les spectacles.
 
Oui, mais… malgré les grosses couvertures  offertes à l’entrée, il faisait plus froid que dehors, de ce froid qui vous pénètre insidieusement, dix minutes à peine après avoir être entré. Et, comme nous n’étions qu’une poignée de spectateurs sur ces gradins, la réverbération sonore était telle qu’on entendait une sorte d’insupportable brouhaha mais sans arriver à comprendre ce texte qui retrace la vie spirituelle de Saint-François d’Assise!

Malgré un côté parfois moralisateur et préchi-précha, la pièce semble avoir une certaine ampleur, du moins à en juger par les quelques phrases que l’on pouvait glaner. D’autant plus que la diction  des comédiens, surtout celui qui joue François (la distribution n’est pas indiquée), est des plus approximatives, à part l’interprète de l’Evêque qu’on entend lui très bien mais qui a un petit rôle. A l’impossible, nul n’est tenu quand il faut jouer-certains acteurs étaient pieds nus-dans des conditions pareilles! Et transmettre quelque chose au public.

  Tenir dans ce froid de plus en plus pénétrant et deux heures durant, relève de l’héroïsme! Le texte nous a semblé déjà bien bavard et aurait mérité quelques coupes! On comprend mal le metteur en scène qui devait bien se douter que la température d’une grande église, en hiver la nuit, n’est pas celle d’une après-midi ensoleillé sur la Côte d’Azur! Nous avons vu nombre de spectacles dehors sous un froid relatif, dont le Macbeth du Théâtre de l’Unité dans une forêt près d’Audincourt, mais là, impossible de résister et, désolé, nous nous sommes donc enfuis le plus discrètement possible après soixante-dix minutes.

Philippe du Vignal

Chapelle Saint-Louis de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13ème),  les vendredi et samedi à 20h 30 et le dimanche à 15h.

 

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Deux femmes qui dansent

Deux femmes qui dansent, de Josep M. Benet I Jornet, traduction de Denise Boyer, mise en scène d’Hervé Petit

 IMG_0494Un appartement un peu délabré où vit une femme d’un âge certain, pour ne pas dire une vieille, terme inacceptable pour l’intéressée,  qui reçoit  une aide ménagère que lui a envoyée sa fille. Quelle est cette intruse, sans aucun doute indispensable mais dont la réserve et un secret pesant exaspèrent sa patronne, décidée à ce que la communication passe, et à tout prix. Et  qui finira par passer, mais cela coûtera cher à l’une et à l’autre.

 On ne racontera pas le malheur de cette jeune femme. Celui de l’ancienne est banal : son précieux fils ne vient jamais la voir et il lui faudra toute la pièce pour reconnaître son favoritisme mal placé et sa mauvaise foi; quant à sa fille, elle l’exaspère. Et ces deux-là  finiront par s’entendre sur son dos.

 Ces Deux femmes qui dansent  sont une tranche de vie, et l’analyse psychologique se voit plus souvent dans le théâtre actuel anglo-saxon, ou, comme ici, catalan, que dans le théâtre français. La mise en scène, surtout au début,  a quelque chose d’un peu redondant, à cause d’une écriture réaliste mais la pièce s’approfondit ensuite et s’intensifie jusqu’à une fin presque philosophique… que nous ne dévoilerons pas.

Et cela, grâce à la puissance de Catherine Perrotte (la femme âgée) et Béatrice Laoût (l’aide ménagère) qui tiennent, chacune de façon exemplaire, leur “caractère“ (presque au sens anglais de rôle) ; l’une fermée et amère, l’autre volontaire et décidée à faire front, affinent leur duo et les résonances qui s’établissent entre elles. On rit quelquefois, on est touché.

Mieux vaut tard que jamais: il vous reste quelques soirs pour aller découvrir un auteur et ces  deux comédiennes…

 Christine Friedel

 Théâtre de Nesle, rue de Nesle, Paris 6e. T:  01 46 34 61 04

 

Bella Figura,Tar and Feathers, Symphony of Psalms

© Ann Ray | Opéra national de Paris

© Ann Ray | Opéra national de Paris

Bella Figura, Tar and Feathers, Symphony of Psalms, chorégraphies de Jiri Kylian.

On se souvient encore de l’apparition magique au Palais Garnier, en 2001, d’Aurélie Dupont dans cette pièce que nous retrouvons, interprétée aussi par le ballet de l’Opéra, maintenant dirigé par  l’ancienne danseuse-étoile.   Les interprètes doivent ici faire bonne figure «belle figura», et tout est beauté hypnotique : musiques de Pergolese, Vivaldi, Torelli, Lukas Foss, mais aussi costumes de Joke Visser avec, entre autres, de longues jupes à panier au rouge éclatant qui couvrent les jambes des  danseurs et danseuses, tous torse nu, et remarquable création-lumière, avec jeux d’ombres sophistiqués, qui  fait varier les dimensions du cadre de scène ! Ce grand succès de Jiri Kylian, créé en 1995 pour le Nederlands Dans Theater qu’il a quitté en 2004, fascine toujours autant. Une grâce sensuelle habite les interprètes, tous exceptionnels de justesse.

Tar and Feathers (2006) entre aujourd’hui au répertoire de l’Opéra. D’une composition très actuelle, cette pièce révèle la diversité du travail du chorégraphe. À  trois mètres de hauteur, trône un piano sur lequel Tomoko Mukaiyama joue un concerto de Mozart, parasité par des grognements de chiens. Les interprètes se croisent, se perdent, se retrouvent, parfois une danseuse se dresse, en prenant appui sur le dos de deux danseurs qui miment un rugissement animal !

Symphony of Psalms  (1978) entre aussi au répertoire de l’Opéra;  nous l’avions vue au printemps dernier au Bolchoï, à Moscou (voir Le Théâtre du Blog). Avec les mêmes références : prie-Dieu des catholiques sur le sol, tapis de prière des musulmans descendant des cintres. Les danseurs sont d’une grande précision et leurs portés parfaits. Mouvements lents et rapides alternent ici sur la magnifique musique d’Igor Stravinsky. Mais déception : ici, pas d’orchestre ni chœur comme au Bolchoï…

À la fin de son livre Bon qu’à ça, Jiri Kylian, qui aura soixante-dix ans l’an prochain, conclut : «Je pourrai dire ce que la vie signifie pour moi, c’est vivre, ni plus ni moins. Comme un Aborigène. Ou  une calligraphie. Un signe que fait le corps dans l’espace, qui déjà disparaît. Un signe éphémère». Bel exemple d’humilité…

Jean Couturier

Opéra de Paris, Palais Garnier, Paris, jusqu’au 31 décembre.

Operadeparis.fr

 

     

 

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