Et tâchons d’épuiser la mort dans un baiser

Et tâchons d’épuiser la mort dans un baiser, d’après la correspondance de Claude Debussy, conception et mise en scène de Marc Lainé

 

2016-MDT-epuiserLa-nuit-baiserCe spectacle musical, créé à partir d’extraits de la correspondance de Claude Debussy,  comprend aussi quelques mélodies de son opéra inachevé La Chute de la maison Usher, pour un pianiste, deux chanteurs et un acteur: Pauline Sikirdji ou Clémentine Bourgoin, Jean-Gabriel Saint-Martin ou Laurent Deleuil, Nicolas Royez, et Thomas Jubert.

 Ces lettres couvrent la dizaine d’années qui ont précédé sa mort et traduisent l’obsession de Claude Debussy devant les affres de la création musicale et d’une maladie qui, diagnostiquée en 1910, le pousse à s’identifier à Roderick Usher, héros tourmenté par une mélancolie envahissante et déchiré par un impossible amour, dans  La Chute de la maison Usher, nouvelle fantastique d’Edgar Allan Poe (1839), traduite en français, comme la plupart de ses contes, par Charles Baudelaire.
L’amour de Claude Debussy pour sa femme Emma, chanteuse accomplie, le renvoie douloureusement à la passion de Roderick pour sa sœur Madeline qui souffre de transes cataleptiques. Persuadé que les murs de la maison, pourvus d’un sens maléfique sont capables de l’emmurer…

Claude Debussy partage en fait avec Roderick Usher une hyper-acuité des sens et une profonde anxiété. Il en témoigne, comme des  tourments de la création,  dans sa correspondance: il voulait toujours écrire la musique de demain et s’aperçoit ensuite que c’est de la musique d’hier ! Mais il partage aussi la souffrance physique de ses personnages, lui dont la maladie «met les nerfs en triolet »

« Tous ces derniers jours, j’ai beaucoup travaillé à La Chute de la maison Usher… C’est un excellent moyen d’affermir les nerfs contre toute espèce de terreur ; tout de même, il y a des moments où je perds le sentiment exact des choses environnantes ; et si la sœur de Roderick Usher entrait chez moi, je n’en serais pas extrêmement surpris, écrit-il à l’éditeur Jacques Durand, le18 juin 1908.

 Mise en scène, montage de textes et scénographie rendent compte de la parenté profonde  de Claude Debussy avec les symbolistes. Le texte de la correspondance alterne avec les passages chantés de l’opéra et les mélodies écrites pour les poèmes de Baudelaire, Recueillement  et de Verlaine, Colloque sentimental. Pour le compositeur, sa musique jetait un pont avec les autres arts; et la mise en scène comme le montage textuel et musical de Marc Lainé restitue quelque chose de cette ambition.

Heureux va-et-vient entre les passages les plus savoureux et/ou les plus lyriques de cette correspondance, les poèmes et la musique. Il faut savoir gré au pianiste et aux deux chanteurs de délivrer la vibrante émotion de cette musique, tout en assumant la présence et le jeu de comédiens.
 Thomas Jubert, issu de l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, est à la hauteur de l’exigence requise pour endosser le rôle d’un Debussy souffrant, cheminant d’angoisse en désespoir. Ses lettres le montrent, tour à tour plein de tendresse pour sa femme Emma et leur fille Chouchou, travaillé par le désarroi de cette musique révolutionnaire qui naît de son esprit fiévreux, mais révolté aussi par l’incompréhension du public hermétique à ses souffrances comme à ses audaces : « On s’obstine autour de moi à ne pas comprendre que je n’ai jamais pu vivre dans la réalité des choses et des gens, écrit-il en 1910 à Jacques Durand, d’où ce besoin invincible d’échapper à moi-même dans des aventures qui paraissent inexplicables… »

 Avec le choix d’une scénographie minimale : juste un praticable, faisant office de lit, de table, et d’estrade, qui renforce l’intensité du drame. Mais cette petite forme intimiste pour une jauge restreinte, dégage une grande puissance d’émotion…

Michèle Bigot

 

Le spectacle, créé à la Comédie de Saint-Etienne en 2015, fait l’objet d’une reprise à la Comédie de Valence, en décembre.

 

 


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