Ultimes Cérémonies de Catherine Zambon

Ultimes Cérémonies de Catherine Zambon, lecture dirigée par Thibault Rossigneux

 Catherine Zambon apprécie les situations d’écritures contraintes ou insolites. En 2008, elle s’était enfermée dans des maisons vides pour écrire Les Z’habitants. Elle aime s’immerger dans des univers méconnus pour les rendre avec plus de réalisme mais, au-delà d’un simple documentaire, la poésie chez elle, reste toujours présente, et elle sait mêler son expérience et  le ressenti avec ce qu’elle côtoie.

 Dans Pièces détachées (2013), elle sonde le monde ouvrier en souffrance. Pour Les Agricoles, en 2014, elle se rend chez des agriculteurs, pour mieux reconstituer la chaîne de l’élevage, de la naissance à l’assiette, en passant par l’abattage. Ultimes Cérémonies répond à une commande de la compagnie Le Sens des Mots dirigée par Thibault Rossigneux. Il s’agit de mettre en présence dans un Binôme, un auteur dramatique et un scientifique, selon une procédure précise.

 Ils se rencontrent une première fois, et  le moment est filmé  au cours de cinquante minutes où ils  font connaissance, et pour que l’auteur(e) comprenne la discipline du scientifique. Il aura ensuite un mois et demi pour écrire un texte à partir de cette rencontre, sans entrer de nouveau en contact avec elle ou lui. Cinquante minutes donc capitales !

Il existe aujourd’hui vingt-neuf Binômes. Avec des auteurs  comme Daniel Danis, Léonore Confino, Gustave Akakpo, Alexandra Badea, David Lescot, Gérard Watkins, Christian Siméon, Elizabeth Mazev…
Les scientifiques, eux, sont biologistes, climatologues,  mathématiciens, spécialistes de génomique, de nano et neuro-sciences, physiciens…

Ultimes Cérémonies commence par le film de la rencontre entre Catherine Zambon et Anne-Virginie Salsac, chargée de recherche en biomécanique des fluides au C.N.R.S qui, très chaleureuse et diserte, montre combien la passionne son travail qui a des applications, au quotidien, de la mécanique des fluides. Par exemple, l’écoulement des liquides,  comme le sang dans le corps.

Catherine Zambon, elle, est très concentrée mais certaines mimiques traduisent (ou trahissent !) une compréhension… partielle. On sent chez elle la volonté de saisir la discipline d’Anne-Virgine Salsac mais surtout son parcours. Confrontation drôle et touchante: chacune faisant des efforts pour aller vers un domaine qui lui est étranger.

Puis, vient le temps de la mise en espace, jouée par Sandrine Lanno, Paola Secret et Thibault Rossigneux. Comme avec Les Agricoles, Catherine Zambon réalise ici un savant mélange entre d’autofiction et de reportage, toujours avec humilité et curiosité. Elle dit  avoir écrit pendant la grève des trains : il n’y avait plus d’essence et une représentation de son spectacle avait été annulée pour cause d’inondations : les fluides étaient plus que contrariés !

Il y a aussi beaucoup d’émotion, quand l’auteure fait parler sa mère, décédée récemment. Un texte drôle et fin montrant les enjeux de cette discipline scientifique et surtout une rencontre entre ces deux femmes. Mais la distribution inégale, et certains choix de mise en scène sont ici contestables (accent italien et chapeau de paille de la mamma!). Difficile de mettre en espace une pièce qui n’est plus seulement un texte lu à la table…

Cette lecture constitue en effet une partie seulement  de cet  excellent projet. La soirée se termine par une vidéo où on voit Anne-Virgine Salsac découvrir le texte et le trouver  très juste. Binôme rapproche deux formes de poésie qui s’ignorent, sous une forme amusante et efficace. (Voir Sourire Chaos dans Le Théâtre du Blog).  Une belle rencontre entre sciences et théâtre !

 

Julien Barsan

 

 Onze Binômes seront présentés du 26 au 28 janvier au Festival Binôme, Carreau du Temple, Paris .T. 01 83 81 93 30

http://www.carreaudutemple.eu/2016/10/14/binome


Archive pour 14 décembre, 2016

La Femme rompue de Simone de Beauvoir

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La Femme rompue de Simone de Beauvoir, mise en scène d’Hélène Fillières

 C’est le réveillon ! Les rues illuminées grouillent de monde, et l’agitation règne avec cris de joie, stress, et bruit… Mais, venus d’un appartement, d’autres cris se font entendre. Ceux d’une femme révoltée. Abandonnée sentimentalement et socialement, elle laisse éclater souffrance et rage.

 Cela commence dans l’obscurité sur une musique angoissante de Mako, moment un peu trop long mais qui revient plus justement, à la fin. Sur le sol nu, un lit étroit, recouvert de tissu corail. Seules les lumières d’Eric Soyer accompagneront le voyage intérieur et le déchirement existentiel de cette femme qui sort de la pénombre et se dirige lentement vers ce lit, espace symbolique pour elle, de repos mais aussi d’angoisse, de rêve et volupté, et  seule présence à ses côtés: personne n’écoute ni regarde cette femme cassée, mais qui reste forte.

 Josiane Balasko, sous la direction fine d’Hélène Fillières, s’empare de Monologue, tiré d’un recueil de nouvelles La Femme rompue (1967). Pour la metteuse en scène, le choix correspondait aussi à une volonté esthétique: «Ce texte est une partition sublime pour une actrice. Cette femme, c’est Josiane Balasko». Jusqu’à la fin, seule en scène, elle retient, pendant une heure vingt, l’attention d’un public très attentif. La blessure  se révèle de plus en plus dure, et l’actrice, sensible et dévorante, donne à la souffrance enfouie, avec des cris jetés dans le vide, une beauté et une vérité rares.

 Le public vit pleinement le parcours d’une femme au plus profond de son être, démoli mais révolté : «Lucide, trop lucide. Ils n’aiment pas qu’on voie clair en eux, dit-elle, moi je suis vraie, je ne joue pas le jeu, j’arrache les masques.»Les mots de Simone de Beauvoir et la voix de Josiane Balasko qui résonnent dans le lieu mythique du théâtre contemporain qu’est le Théâtre des Bouffes du Nord, nous ont bouleversé.

Elisabeth Naud

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, 75010 Paris, jusqu’au 31 décembre. T : 01 46 07 34 50.

Le texte de cette pièce est publié aux Editions Gallimard.  

 

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