Le Grand Trou

 
Le grand trou, texte et mise en scène de Benjamin Abitan, chansons  d’Iannis Plastiras

« Je me souviens du trou. J’ai toujours du mal à parler après un spectacle et je ne suis pas sûre d’avoir tout compris! » On pourrait mettre en exergue, la phrase de ce spectacle à la fois énigmatique et clair, avec des images choc.
Benjamin Abitan, réalisateur d’émissions à France Culture a réuni avec lui une nombreuse équipe: Raffaëlle Bloch, Antoine Dusollier, Thomas Horeau, Barthelémy Meridjen, Aurélie Miermont, Ondine Trajer, Bernard Bloch, et en  vidéo, Aurélia Grigonet et Nathalie Lacroix. Le metteur en scène s’interroge ici sur la politique d’enfouissement des déchets menée par AREVA.

Le grand Trou s’ouvre sur des ordures qui tombent  des cintres: bouteilles, sacs plastiques, boîtes de conserve,  objets au rebut qui s’accumulent dans nos poubelles ou bien souvent jetées dans la rue. Le spectacle est rythmé par une émission sur grand écran où une équipe de scientifiques parle de l’exploration des ressources d’énergie. «Osons casser la coquille de l’avenir, AREVA nous abandonne, ensemble, nous reprendrons le contrôle des stocks (…) Ce qui nous préoccupe, c’est notre avenir. »

Les protagonistes font une prière à AREVA : «Veille sur eux, jusqu’à l’avènement de la grande croissance ! ». Un couple, nu sous une couverture, évoque la contamination des travailleurs et celle des habitants. «L’heure est venue de creuser le grand trou ! ». Un couple de femmes hurle : «Je pense au protocole, je reviens de l’endroit où est tombé le météorite, le trou c’est monstrueux, on a peut-être ce qu’on mérite !  (…) L’amour doit faire mal, il doit creuser quelque chose en nous !».« Maintenant on fait quoi, je veux qu’on me voie telle que je suis », dit une  femme enceinte qui ne veut pas garder son enfant..
Bernard Bloch bardé d’objets a un rôle central et se réincarne à plusieurs reprises: Bernard I, Bernard II, Bernard III, pontifiant et sentencieux, il braille : «Notre démarche est purement documentaire, il y a beaucoup d’invention et de poésie».

Ce centre de stockage de déchets radioactifs est soigneusement déblayé à la fin, pour laisser un plateau intact…

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet (Hauts-de-Seine) le 10 décembre.


Archive pour 16 décembre, 2016

Suite N°2, conception de l’Encyclopédie de la parole

Suite N°2, conception de l’Encyclopédie de la parole, composition et mise en scène de Joris Lacoste

 21482-encyclopediedelaparole4_c_beaborgers-lightMême si on a déjà vue cette Suite N°2 , on la revoit toujours et encore, avec le plus grand plaisir, malgré quelques variations apparentes. Nous devenons difficiles car nous  nous attendons  à être toujours surpris en mieux par cette ligne scénique éloquente, que forment les cinq comédiens et déclamateurs.

 Une partition tirée au cordeau : silences, pauses, attentes avec les moindres sons qui emplissent le volume du plateau, dans l’évidence d’une vérité. On voit sur un écran, au lointain, les titres de différents événements, avec documentaires et reportages dans le monde qui nous proposent un bruissement immédiat et vivant: un prédicateur dans un stade en Afrique du Sud,  un entraîneur de rugby en France avec l’accent du sud dans les vestiaires, ou une femme à Bogota, pendue vainement à son téléphone pour une histoire de ligne téléphonique coupée, qui n’arrive pas à s’expliquer avec un interlocuteur impuissant à l’aider, le discours monotone d’un ministre de l’économie portugais, un jeune homo aux Etats-Unis qui tente de raisonner sa mère indigne le déshéritant, ou bien encore les dernières minutes de conversation entre un contrôleur aérien et le pilote d’un avion qui va s’écraser au sol.

Ces textes successifs traduits en français, s’enchaînent, se dépassent et se chevauchent… comme le compte-rendu en russe d’un procès,  la parole d’un lycéen anglais qui se révolte contre un monde faillible et qui rêve de le changer… Les performeurs en colère parlent toutes les langues et lancent leurs mots cinglants et stridents, face public; précis comme des percussionnistes, ils jouent avec le son et le rythme, les consonnes et les voyelles, tapent le mot, le répètent, dentales et labiales mêlées.

Cette Suite N°2 convie le public à un concert serré et tendu et sans répit. Ici, le cours de la vie ne suit pas un long fleuve tranquille et on reçoit en pleine figure le souffle des jours…

 Véronique Hotte

Le spectacle a été présenté au Nouveau Théâtre de Montreuil, du 13 au 15 décembre dans le cadre de Mesure pour Mesure/Festival de Théâtre musical qui a eu lieu du 17 novembre au 16 décembre.

 

 

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