Drôles de Vampires

Drôles de Vampires,  texte et mise en scène de Richard Demarcy

 

2416739080Dans le cadre de ce sixième parcours jeunesse, le Théâtre de la Ville présente au Grand Parquet le nouveau spectacle de Richard Demarcy, metteur en scène mais aussi auteur de pièces pour enfants ou tout public comme on dit maintenant, où il fait souvent avec bonheur appel aux grands mythes, avec une prédilection pour les contes et légendes du continent africain…
Avec cette fois, le recours à une sorte de fantaisie burlesque/mini-comédie musicale sur le thème d’une jeune ado vampire qui, comme tous les ados, est en rupture avec sa famille dont elle voudrait bien s’émanciper. Cela commence par une scène où, très bcbg, trois vampires un peu inquiétants mais pas trop, à tête caractéristique de vampire-père, mère, et fille (la photo-cidessus) vont se mettre à table après cette prière qui avait pour nom benedicite (une toute autre époque!) et que l’on disait encore récemment dans les familles très catholiques…

Le ton est donné, assez cynique. Le Père : «Remercions nos ancêtres. Donnez du sang à ceux qui n’en ont pas, à ceux qui ont froid et faim. Pour vous, ce sang bien chaud. Ainsi, soit-il. Bon appétit, bonne déglutition.» La Mère : « Bois ton bol de sang, ma petite, il est tiède à souhait. » Le Père : « Un joli résiné, bien oxygéné. T’as pas d’appétit, ce soir? Il faut se nourrir ma petite chérie, sinon tu vas maigrir et dépérir »… « Tu es de plus en plus pâle ? « 

Mais juste après, la vampirette aux airs naïfs-petites couettes et chaussettes blanches-va tenter une sorte de voyage initiatique en solitaire et oser quitter le monde souterrain, pour aller découvrir une autre vie inconnue: celle qui se passe à la lumière du bon vieux et sympathique soleil des vivants… «Je n’en peux plus de cette vie de cloîtrée. Tant pis, je risque le tout pour le tout, je veux savoir ce qui se passe dehors, c’est plus fort que moi, je veux voir.»

Et dans la rue-le hasard fait bien les choses-elle rencontre des collégiens qui préparent une petite comédie musicale rock, intitulée La Parade des vampires. Ces collégiens l’accueillent volontiers dans leur groupe mais elle ne leur dira pas qu’elle est aussi fait partie de la grande famille des vampires… Et elle découvrira aussi l’amour et le plaisir de choisir sa vie, au lieu de se la voir imposée par ses affreux parents… Même si elle sait déjà inconsciemment que la vie et la mort sont de vieux ennemis unis depuis l’éternité, et que le vampire est condamné à évoluer entre les deux. Pour le meilleur et le vent-pire… comme aurait pu dire Jacques Lacan.

Comme dans tous les spectacles de Richard Demarcy, ici, les acteurs sont aussi musiciens et chanteurs : Alvie Bitemo, Antonio Nunes Da Silva, Dima Smirnov, Nadja Maire, Nicolas Lebossé, Théodora Sadek, et de différentes origines : Congo, Portugal, France, Egypte, Russie. Impeccables et particulièrement efficaces dans le second degré, drôles et généreux avec une autre approche de la scène, et qui savent vite mettre le public dans leur poche.

 Et cela donne, sur fond légèrement psychanalytique, une couleur aussi particulière que poétique à cette mini-comédie musicale, très au point, avec orchestre rock (guitare électrique, harmonica, batterie et percussions) et chants en solos, duos et chœurs, qui revisite aussi bien James Brown, Lou Reed, Tom Waits que Bernard Lavilliers… Il y a donc ici une belle énergie, malgré quelques très courts temps morts, dans cette histoire où comédiens/musiciens/chanteurs se permettent aussi quelques pas de danse. A la fin, il y a ainsi un ballet avec une petite forêt de totems avec masques de vampires, tout à fait réussi.

En fait, ce spectacle tout public, mis en scène avec une grande rigueur, est plutôt destiné aux enfants de dix ans et plus, et à leurs parents. (Les petits semblaient moins concernés). Mais malgré une série de représentations en Avignon cet été, il est encore un peu brut de décoffrage: au chapitre des bémols, il y a une bien mauvaise balance entre une musique trop forte qui sature le petit espace du Grand Parquet, et des dialogues que l’on peine à entendre. Mais après quelques mises au point, cela devrait s’arranger, surtout quand le spectacle sera joué sur une plus grande scène. Par ailleurs, Richard Demarcy aurait intérêt à revoir d’urgence sa scénographie: rideaux, accessoires et costumes non signés et pour la plupart franchement laids, voire bricolés, comme ce manteau noir en cuir vite réparé au scotch!

A ces réserves près, dans le froid et la pluie d’un dimanche parisien, cela faisait du bien de se retrouver avec un vrai public, dans cet endroit simple mais chaleureux, à voir jouer et chanter ces six jeunes comédiens… Curieux aller et retour: la fille dans ce conte quitte sa famille pour de nouvelles aventures, mais, et les choses sont bien faites, Emmanuel Demarcy-Motta, directeur du Théâtre de la Ville, a eu raison de contribuer à accueillir le spectacle de son papa au Grand Parquet, dont sa structure est partenaire. Même si la Mairie de Paris a finalement décidé d’en refiler la gestion au Théâtre Paris-Villette. Que la vie est compliquée dans le petit monde du théâtre parisien!

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville au Grand Parquet, jusqu’au 21 janvier à 17h, et le 22 janvier à 15h30.

Espace Paris Plaine 13 rue du Général Guillaumat, Paris 15ème, du 8 au 29 mars. T : 01 40 43 01 82.  espaceparisplaine@wanadoo.fr

 

 

 


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