Les Rois de la piste, chorégraphie de Thomas Lebrun

Les Rois de la piste, chorégraphie de Thomas Lebrun

Thomas_Lebrun_i1Nous avions quitté les danseurs de Thomas Lebrun évoluant sur le vaste plateau engazonné du Théâtre National de la Danse de Chaillot (voir Le Théâtre du Blog) et nous les retrouvons dans le cadre du Festival Faits d’Hiver…  sur une petite estrade centrale.
 Le Bal, célèbre création collective du Théâtre du Campagnol (1981) et le film éponyme qu’Ettore Scola en avait tiré en 1983, hantent nos mémoires, avec sa succession de bals à travers les époques. Mais ici, la piste de danse est remise au goût du jour, et les musiques couvrent tous les styles, du funk au disco, de la house à la techno. Le danseur devient donc le roi d’un soir.

Dans la première partie, les interprètes évoluent l’un après l’autre, comme pour un défilé de mode des plus bizarres. Se suivent ainsi une femme en fourreau moulant à paillettes, une autre en tenue léopard, un homme avec chemise et chaussures argentées, un autre en costume blanc et chaussures blanches,  rappelant les folles nuits de Saint-Tropez.
Des villages du peuple YMCA aux Claudettes, les références sont multiples. Ces soirées dansantes permettent la libération du corps, loin des rituels du quotidien. Les personnages se caractérisent par une posture et/ou une danse. Peu à peu, la solitude et un certain désarroi se lisent sur les visages et parfois des couples se forment, ou se séparent…

Thomas Lebrun pose un regard tendre sur ces destinées humaines, et incarne, aux côtés de deux danseuses et deux danseurs, l’un de ces personnages fragiles. A la fin du spectacle, tous se retrouvent en costume noir, pour une chorégraphie plus contemporaine. Délivrés des habits qui les différenciaient, ils entament de lentes ondulations, au rythme de I am What I am de Gloria Gaynor.

Une belle démonstration de danse et de vie.    

Jean Couturier

Spectacle dansé au Carreau du Temple, les 17 et 18 janvier.

www.faitsdhiver.com   


Archive pour 19 janvier, 2017

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès

 

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, traduction de Dimitris Dimitriadis, mise en scène d’Angela Brouskou


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Une pièce de théâtre à épisodes…  Même si le spectateur est censé suivre le trajet de Roberto Zucco, ce jeune italien qui va commettre des crimes en série:  étranglement de sa mère, assassinat d’un inspecteur de police, et enfin d’un adolescent, dans des circonstances et un espace particuliers… Comme dans la plupart des pièces de Bernard-Marie Koltès, l’espace est en effet un catalyseur et renforce l’impression que nous avons de dialoguer avec les personnages qui y habitent. L’auteur relate ici la véritable histoire de ces meurtres qui avaient bouleversé la société française vers la fin des années quatre-vingt.

Il se sert de l’appareil mythique, qui évolue en légende, pour enrichir le personnage, avec des éléments  empruntés entre autres, à la liturgie de Mithra. Le but étant de mettre sur pied le discours et la dialectique de son héros. Roberto tue mais sans vouloir tuer: cela arrive d’une façon toute naturelle : il passe, écrase et c’est tout. Ceux voués à la mort, meurent, et les autres survivent pour raconter.

La réflexion du héros koltésien, simple, se complique, quand l’auteur veut rendre moins cruelle la pulsion de l’assassin; il utilise alors certains effets stylistiques, pour soutenir le passage du texte au plateau. Comme si les épisodes s’élevaient en unités théâtrales pour mener à l’extrême le spectacle, à travers les rencontres que fait Roberto Zucco. Bernard-Marie Koltès recourt souvent en effet à des figures de style : litotes, métonymies et surtout métaphores : comme l’apparition,  très shakespearienne, des deux gardiens qui ont un regard attentif sur les signes de la personnalité du meurtrier. Et il met en doute la phénoménologie de la simple apparence : tout être vivant dans le meilleur des mondes possibles serait alors  un éventuel meurtrier !

Angela Brouskou s’appuie sur la théâtralisation d’un thème grave, et cherche à «aliéner» les traits des visages mouvants et caméra à la main sur le plateau, elle filme les scènes pour créer un nouveau masque sur le masque du rôle, et divers miroirs reflétant un regard, une bouche mi-ouverte, une grimace, au moment même de son inscription sur le visage de l’acteur… Ainsi, le discours photographique de la représentation laisse peu de place ici à l’incarnation des symbolismes. Le visage de Parthenopi Bouzouri  (la Mère, la Dame au parc et la patronne du Petit Chicago), demeure un masque unique, presque immobile dans ses nombreuses expressions, souvent moqueuses, avec une sorte de distanciation brechtienne.

Stratos Tzortzoglo tient lui aussi trois rôles : l’Inspecteur, le grand frère et le vieux monsieur  dans le métro. Georgianna Dalara (la Gamine) et Antonis Tsiller et Andréas Antoniadis (les deux gardiens) incarnent leurs personnages de façon exceptionnelle. Angela Brouskou concentre les produits de la mythologie, disons métaphysique, et la cruauté des actes commis par le meurtrier doux et gentil qu’est Roberto Zucco, cet Ange de la mort. Kostas Nikouli a, en lui, l’aspect de ce personnage au beau et charmant visage qui  a aussi un fort instinct de destruction.

Ce mélange de douceur et de cruauté participe à la force de la pièce que l’on pourrait définir par une sorte de «tout ici et maintenant». Une fois la diachronie assurée, la boîte des idées n’est jamais vidée…

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Technis/Karolos Koun, 5 rue Pesmatzoglou, Athènes. T : 0030 210 32 28 706, jusqu’au 7 février.

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Contre les bêtes de Jacques Rebotier

© Pascale Collet

© Pascale Collet

 

Contre les bêtes de Jacques Rebotier, mise en scène d’Emilie Le Roux

 

Le Théâtre Dunois, à Paris, dédié à l’enfance et la jeunesse, situé dans le quartier en pleine mutation de la B.N. F. , déploie sa façade aux vitres colorées au pied d’un grand immeuble. Heureux les jeunes du quartier qui bénéficient de cette programmation au goût toujours sûr. Jacques Rebotier y fait son entrée avec Contre les Bêtes, paru en 2012. Il y est question des bêtes qui paraissent et qui, surtout, disparaissent, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

Un horrible personnage nous explique que «les bêtes sont bêtes», qu’elles sont en trop, qu’il faut les supprimer. Peu à peu, le discours se retourne contre notre « omme »  qui se prend les pattes dans son argumentaire, pour nous dire des vérités qui débordent la question animale : « Le propre de toi ? Etre le seul qui détruise son nid, et avec entrain, et tout le reste avec. La bestialité est le propre de l’omme. » Il nous rappelle aussi quelques scandales sanitaires comme:  » La grippe du poulet qui a tué dans le monde une gigantesque … cinquantaine de personnes. Qui ont été scandaleusement privées de mourir d’autre chose ! Prix : cent millions de poulets, abattus-rabattus. La vache folle a eu la pauvre peau de millions, non de centaines de mille, euh, de milliers, euh! non, finalement : cent quarante-trois personnes. Et de bons millions de vaches, en nette surproduction d’ailleurs, que ça tombait pas trop mal. »

Acerbe, ironique, parfois hystérique, le texte nous malmène, et virevolte à un rythme effréné. Xavier Machault le tient bien en bouche et le porte haut et fort pendant cinquante minutes. Sans jamais savonner, sans jamais tomber dans les pièges des jeux de mots et des consonances de Jacques Rebotier, il nous captive.

Émilie Le Roux travaille beaucoup sur le rythme, apporte des cassures, et des montées en puissance dans un texte pas facile à porter au plateau et à rendre intelligible. Aux côtés du comédien, les virtuoses Valentin Ceccaldi, violoncelliste, et Théo Ceccaldi, au violon. Avec une partition enjouée, rapide et contrastée qui, en phase avec le travail sur le tempo,  apporte des respirations bienvenues et de belles phases improvisées. Véritables partenaires du comédien,ils  s’engagent à fond et s’impliquent dans son jeu. Ils se trémoussent, entrent en transe et sont aussi intéressants à regarder qu’à entendre. Sous de belles lumières, très étudiées.

Retenons le nom d’Émilie Le Roux et de sa compagnie Les Veilleurs. On a déjà pu apprécier son travail et sa finesse d’approche du jeune public (voir dans Le Théâtre du Blog, Mon frère ma princesse et En attendant le petit Poucet). Ce Contre les bêtes est un spectacle salutaire et drôle à aller voir au plus vite !

Julien Barsan.

Théâtre Dunois, 108 Rue du Chevaleret, 75013 Paris. T : 01 45 84 72 00 jusqu’au 22 janvier T. 01 45 84 72 00
Train Théâtre de Portes-lès-Valence,  le 6 avril. T. 04 75 57 14 55.
Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, les 23 et 24 mai T. : 01 55 53 10 60

 

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