Folle Amanda

 

Folle Amanda de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, mise en scène de Marie-Pascale Osterrieth

 

(C)PASCAL ITO / DR

(C)PASCAL ITO / DR

Cette pièce, inoxydable comme disent certains, fut créée au Théâtre Marigny dans une mise en scène de Jacques Charron en 1974, et diffusée pour la première fois la même année  dans Au Théâtre ce soir sur la deuxième chaîne, ce qui ne nous rajeunit pas. Et rediffusée en mai 1987, 2006, et 2007 sur France 3.

Une nouvelle version en avait été encore jouée et enregistrée en 1981 avec Line Renaud, ce qui ne nous rajeunit pas non plus. Et, à l’occasion du cinquantième anniversaire de cette émission autrefois culte, Folle Amanda est mise en scène aujourd’hui dans un décor et des costumes qui rappellent les années soixante-dix.

Amanda (Michèle Bernier), une ancienne chanteuse de music-hall, a tendance à vivre au jour le jour et a divorcé d’un riche mari qui ne lui verse plus sa pension alimentaire, et du coup, vit au jour le jour. Elle voit régulièrement sa sœur (Arielle Dombasle) aussi mince qu’elle est enveloppée, aussi maniaque qu’elle est bordélique, avec laquelle elle entretient des relations assez conflictuelles, sans pouvoir se passer d’elle et… réciproquement. Une fois de plus à court d’argent, elle se voit proposer d’écrire ses mémoires. Ce qui la renflouerait, du moins, le croit-elle.

Mais Philippe (Patrick Braoudé), son ex-mari, qui est ministre en exercice, apprécie peu;  cet ambitieux a en effet très peur de révélations qui nuiraient à sa carrière politique. Elle va le tenter de le faire chanter car elle a en sa possession d’anciennes photos assez sexe, donc compromettantes pour lui, qu’il regarde avec horreur. Il tente d’en déchirer une mais elle, effet prévisible et gros comme une maison, lui précise aimablement que les originaux sont en sécurité! Amanda arrivera à tirer quand même un peu d’argent de son ex-mari mais pas autant qu’elle l’espérait un peu naïvement.

Un de ses amis compositeur veut relancer sa carrière de vedette de music-hall, il lui a même écrit une nouvelle chanson, avec un unique récital… à Limoges. Elle finit par accepter mais patatras, elle  retombe amoureuse de son ex-mari après une nuit très chaude. Il veut l’emmener en week-end mais annule au dernier moment ce beau projet! Amanda tente alors de se suicider;   coup du destin, sa jeune voisine désespérée et en larmes sonne à sa porte: elle veut se jeter par la fenêtre, ce qu’elle ne peut faire chez elle car elle habite au premier étage! Amanda, en femme généreuse, veut s’occuper d’elle, ce qui met fin à ses idées de suicide à elle. Et, deuxième et heureux coup du destin, son amant de ministre arrive avec sa valise…

Voilà. Comme on peut le voir, Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy ne font pas dans la dentelle, ils savent mener un dialogue mais leurs ficelles ressemblent à des câbles! Et on sait, vingt minutes avant, ce qui va se passer! Tous les codes du boulevard sont ici respectés: les trois coups frappés au début (mais bon, il doit s’agir d’un clin d’œil de la metteuse en scène), le public, surtout des couples, salue chaque entrée et chaque sortie de personnages ou presque, il y a un décor unique, hyperréaliste, avec de vraies portes qui claquent, une cheminée, une vraie porte-fenêtre qui s’ouvre sur un balcon, un presque vrai paysage des toits de Paris avec, au loin, la Tour Eiffel, un grand canapé, des petits meubles vieillots comme ce « bonheur du jour » et une lampe en plastique orange, puisque cela se passe dans les années 70.

Et il y a aussi une vedette-la pièce avait été écrite par ses auteurs pour Jacqueline Maillan- presque toujours en scène et qui change plusieurs fois de robe. Côté texte, situations comme personnages appartiennent aux stéréotypes du genre, comme entre autres: le grand ami d’Amanda, un antiquaire qui est, bien entendu, une grande folle; les mots d’auteur, souvent des plus faciles, se succèdent en rafale. Et cette suite de petites scènes,qu’elle soient principales ou secondaires, a pour axe principal, un personnage haut en couleurs, celui d’Amanda…

Quelque quarante ans après, cela fonctionne encore? Oui, si on n’est vraiment pas difficile: le scénario est en effet des plus minces et la pièce parait longuette:  deux heures sans entracte!  Au lieu de deux heures et demi déjà à l’époque. Et Pascale Osterrieth aurait pu couper encore mais  respecte scrupuleusement ce texte qui n’est pas un des meilleurs des célèbres auteurs boulevardiers, et qu’elle aurait pu traiter avec un peu plus de distance. Mais bon!

Côté interprétation, elle dirige bien et avec précision, ses comédiens; Michèle Bernier, humoriste et actrice, a heureusement une excellente diction, mais en fait des caisses. A-t-elle vraiment le choix! « On est dans le paroxysme de la drôlerie », dit-elle. C’est un rôle vraiment amusant à incarner. Amanda est je-m’en-foutiste. J’aime sa liberté. Elle n’a aucune amertume, même si elle a arrêté sa passion. » On veut bien, mais, pour le paroxysme de la drôlerie, à moins d’être vraiment bon public, il faudra repasser et on sourit mais on ne rit pas vraiment: on est toujours en effet quand même à la limite de la vulgarité et des effets faciles au théâtre.

Patrick Braoudé (le ministre, ex-mari d’Amanda), Pierre Cassignard (Loulou, le musicien et accompagnateur) eux, jouent juste et avec sobriété; il y a aussi Arielle Dombasle dont on se souvient, brillante chez Eric Rohmer au cinéma et au théâtre, chez Raoul Ruiz, etc. Mais là-et on la comprend-elle ne semble pas très à l’aise, minaude, et semble avoir quelque mal à incarner ce personnage un peu inconsistant. Enfin, c’est toujours un plaisir de l’entendre chanter… Les acteurs qui jouent les personnages secondaires: Philippe Lelièvre (un antiquaire), Roland Marchisio (M. Felix, le patron du restaurant), Djibril Pavadé (le jeune voisin africain) et Tiphaine Daviot (la jeune voisine) sont malgré tout crédibles. Chapeau.

Voilà, vous pouvez regarder une demi-heure cette petite chose sur TF1 ce soir, comme si vous alliez à une découverte quasi-ethnologique et in vitro du théâtre contemporain de boulevard. Mais de là, à aller voir cette petite chose in vivo deux heures durant, on ne vous le conseille pas trop, l’épreuve est quand même un peu rude! De toute façon, cela ne se joue que quelques jours…

Philippe du Vignal

Théâtre de Paris jusqu’au  22 janvier.  Sur TF1,  le 21 janvier  à 20h55.

 

 

 

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Archive pour 21 janvier, 2017

Folle Amanda

 

Folle Amanda de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, mise en scène de Marie-Pascale Osterrieth

 

(C)PASCAL ITO / DR

(C)PASCAL ITO / DR

Cette pièce, inoxydable comme disent certains, fut créée au Théâtre Marigny dans une mise en scène de Jacques Charron en 1974, et diffusée pour la première fois la même année  dans Au Théâtre ce soir sur la deuxième chaîne, ce qui ne nous rajeunit pas. Et rediffusée en mai 1987, 2006, et 2007 sur France 3.

Une nouvelle version en avait été encore jouée et enregistrée en 1981 avec Line Renaud, ce qui ne nous rajeunit pas non plus. Et, à l’occasion du cinquantième anniversaire de cette émission autrefois culte, Folle Amanda est mise en scène aujourd’hui dans un décor et des costumes qui rappellent les années soixante-dix.

Amanda (Michèle Bernier), une ancienne chanteuse de music-hall, a tendance à vivre au jour le jour et a divorcé d’un riche mari qui ne lui verse plus sa pension alimentaire, et du coup, vit au jour le jour. Elle voit régulièrement sa sœur (Arielle Dombasle) aussi mince qu’elle est enveloppée, aussi maniaque qu’elle est bordélique, avec laquelle elle entretient des relations assez conflictuelles, sans pouvoir se passer d’elle et… réciproquement. Une fois de plus à court d’argent, elle se voit proposer d’écrire ses mémoires. Ce qui la renflouerait, du moins, le croit-elle.

Mais Philippe (Patrick Braoudé), son ex-mari, qui est ministre en exercice, apprécie peu;  cet ambitieux a en effet très peur de révélations qui nuiraient à sa carrière politique. Elle va le tenter de le faire chanter car elle a en sa possession d’anciennes photos assez sexe, donc compromettantes pour lui, qu’il regarde avec horreur. Il tente d’en déchirer une mais elle, effet prévisible et gros comme une maison, lui précise aimablement que les originaux sont en sécurité! Amanda arrivera à tirer quand même un peu d’argent de son ex-mari mais pas autant qu’elle l’espérait un peu naïvement.

Un de ses amis compositeur veut relancer sa carrière de vedette de music-hall, il lui a même écrit une nouvelle chanson, avec un unique récital… à Limoges. Elle finit par accepter mais patatras, elle  retombe amoureuse de son ex-mari après une nuit très chaude. Il veut l’emmener en week-end mais annule au dernier moment ce beau projet! Amanda tente alors de se suicider;   coup du destin, sa jeune voisine désespérée et en larmes sonne à sa porte: elle veut se jeter par la fenêtre, ce qu’elle ne peut faire chez elle car elle habite au premier étage! Amanda, en femme généreuse, veut s’occuper d’elle, ce qui met fin à ses idées de suicide à elle. Et, deuxième et heureux coup du destin, son amant de ministre arrive avec sa valise…

Voilà. Comme on peut le voir, Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy ne font pas dans la dentelle, ils savent mener un dialogue mais leurs ficelles ressemblent à des câbles! Et on sait, vingt minutes avant, ce qui va se passer! Tous les codes du boulevard sont ici respectés: les trois coups frappés au début (mais bon, il doit s’agir d’un clin d’œil de la metteuse en scène), le public, surtout des couples, salue chaque entrée et chaque sortie de personnages ou presque, il y a un décor unique, hyperréaliste, avec de vraies portes qui claquent, une cheminée, une vraie porte-fenêtre qui s’ouvre sur un balcon, un presque vrai paysage des toits de Paris avec, au loin, la Tour Eiffel, un grand canapé, des petits meubles vieillots comme ce « bonheur du jour » et une lampe en plastique orange, puisque cela se passe dans les années 70.

Et il y a aussi une vedette-la pièce avait été écrite par ses auteurs pour Jacqueline Maillan- presque toujours en scène et qui change plusieurs fois de robe. Côté texte, situations comme personnages appartiennent aux stéréotypes du genre, comme entre autres: le grand ami d’Amanda, un antiquaire qui est, bien entendu, une grande folle; les mots d’auteur, souvent des plus faciles, se succèdent en rafale. Et cette suite de petites scènes,qu’elle soient principales ou secondaires, a pour axe principal, un personnage haut en couleurs, celui d’Amanda…

Quelque quarante ans après, cela fonctionne encore? Oui, si on n’est vraiment pas difficile: le scénario est en effet des plus minces et la pièce parait longuette:  deux heures sans entracte!  Au lieu de deux heures et demi déjà à l’époque. Et Pascale Osterrieth aurait pu couper encore mais  respecte scrupuleusement ce texte qui n’est pas un des meilleurs des célèbres auteurs boulevardiers, et qu’elle aurait pu traiter avec un peu plus de distance. Mais bon!

Côté interprétation, elle dirige bien et avec précision, ses comédiens; Michèle Bernier, humoriste et actrice, a heureusement une excellente diction, mais en fait des caisses. A-t-elle vraiment le choix! « On est dans le paroxysme de la drôlerie », dit-elle. C’est un rôle vraiment amusant à incarner. Amanda est je-m’en-foutiste. J’aime sa liberté. Elle n’a aucune amertume, même si elle a arrêté sa passion. » On veut bien, mais, pour le paroxysme de la drôlerie, à moins d’être vraiment bon public, il faudra repasser et on sourit mais on ne rit pas vraiment: on est toujours en effet quand même à la limite de la vulgarité et des effets faciles au théâtre.

Patrick Braoudé (le ministre, ex-mari d’Amanda), Pierre Cassignard (Loulou, le musicien et accompagnateur) eux, jouent juste et avec sobriété; il y a aussi Arielle Dombasle dont on se souvient, brillante chez Eric Rohmer au cinéma et au théâtre, chez Raoul Ruiz, etc. Mais là-et on la comprend-elle ne semble pas très à l’aise, minaude, et semble avoir quelque mal à incarner ce personnage un peu inconsistant. Enfin, c’est toujours un plaisir de l’entendre chanter… Les acteurs qui jouent les personnages secondaires: Philippe Lelièvre (un antiquaire), Roland Marchisio (M. Felix, le patron du restaurant), Djibril Pavadé (le jeune voisin africain) et Tiphaine Daviot (la jeune voisine) sont malgré tout crédibles. Chapeau.

Voilà, vous pouvez regarder une demi-heure cette petite chose sur TF1 ce soir, comme si vous alliez à une découverte quasi-ethnologique et in vitro du théâtre contemporain de boulevard. Mais de là, à aller voir cette petite chose in vivo deux heures durant, on ne vous le conseille pas trop, l’épreuve est quand même un peu rude! De toute façon, cela ne se joue que quelques jours…

Philippe du Vignal

Théâtre de Paris jusqu’au  22 janvier.  Sur TF1,  le 21 janvier  à 20h55.

 

 

 

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