Nid de Coucou par le Footsbarn Theatre

Nid de Coucou par le Footsbarn Theatre.

 

Le spectacle est librement inspiré du roman mythique de la contreculture de Ken Kesey (1961) qui avait été adapté au cinéma par Milos Forman  en 1976. Cuckoo désigne en anglais, à la fois le coucou mais aussi un sujet instable sur le plan  psychique. Ce film dénonçait à l’époque une psychiatrie castratrice et glorifiait le combat contre une médecine qui faisait de la maladie mentale, un objet de répression. Mais il ne faut pas oublier que McMurphy, joué de façon magistrale par Jack Nicholson, est un délinquant, condamné pour viol, qui cherche à éviter la prison, en se faisant interner.

La troupe du Footsbarn a intégré, autour de Paddy Hayter, quelques jeunes artistes dont l’engagement est digne de ses anciens comédiens. Cette adaptation mobilise toutes les recettes du théâtre : jeux de masques, théâtre d’ombres, marionnettes à taille humaine, musique et chant sans micro, et travestissement dans le style du théâtre élisabéthain. La scénographie de Fredericka Hayter nous transporte dans un hôpital psychiatrique, où des chaises d’enfant accueillent les patients ; en fond de scène, trône la guérite de contrôle de l’infirmière en chef,  Mildred Ratched , interprétée avec ironie par Paddy Hayter. Nous retrouvons ici toutes les scènes mythiques du film, jouées avec justesse et  avec un bel entrain.

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MG_0051-min-492x354Du théâtre authentique, sans artifice  ni gags électroniques, comme au temps de Molière, avec des artistes qui, faute d’un budget conséquent, dorment dans les roulottes de la compagnie… Un théâtre où souffle l’élan d’une de jeunesse retrouvée, et qui  mérite  vraiment qu’un nouveau public vienne le découvrir.  Le Footsbarn  programmé par exemple au Montfort, deviendrait vite à la mode !

Pendant que sa troupe joue à Bègles, Alexandre Romanès l’accueille sous son chapiteau. Il a écrit dans un de ses livres : «Le monde fait peur, l’indifférence partout. Combien de poètes méritent les pages impeccables des livres. Heureusement, il y a encore des gestes qui rapprochent et le cri strident de l’oiseau de paradis suspendu dans le ciel». Fasse que la troupe du Footsbarn qui a fêté en 2016, ses quarante cinq ans d’existence,  reste définitivement suspendue dans le ciel !  Elle nous a fait rêver, nous l’avons tant aimé et nous l’aimons encore aujourd’hui.

Le chapiteau, chauffé, est situé devant le métro, donc aucune excuse  pour ne pas y aller.

Jean Couturier

Cirque Romanès, square Parodi, boulevard de l’Amiral Bruix, 75016 Paris T: 04 70 06 84 84. Métro: porte Maillot, jusqu’au 26 février, avec, en alternance, Nid de coucou : les jeudi et vendredi à 20h30, le samedi à 15h30, durée 1h45.
Shakespeare Celebration : les samedi à 20h30, et dimanche à 15h30, durée 1h30.

www.footsbarn.com  

 

 

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Archive pour 23 janvier, 2017

Assoiffés de Wajdi Mouawad

 

Assoiffés de Wajdi Mouawad, mise en scène de Brice Coupey

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© Jean-Yves Lacôte

 L’auteur libano-franco- québécois explore, dans ce récit labyrinthique destiné aux adolescents, le douloureux passage de l’enfance au monde adulte. Sur le mode du réalisme fantastique, il mêle passé et présent, personnages quotidiens et figures de fiction.

Nous sommes en février 1991, le jour de la Saint- Gaston, la guerre d’Irak vient de commencer, comme en témoigne la télévision allumée par intermittence. Dès le matin, Murdoch pète les plombs : il parle, parle sans discontinuer, chez lui, dans le bus,  en classe, et dans le bureau du proviseur… criant sa rage et son dégoût du monde adulte.

Après un grand saut dans le temps, la pièce nous amène quinze plus tard. Boon raconte: spécialiste en médecine légale, il doit examiner les corps enlacés de deux jeunes noyés, et il se souvient alors de cet hiver 1991. Tout était parti à l’école, d’un devoir demandé à son grand frère : «Au moyen d’un appareil enregistreur audio-visuel, enquêtez auprès des gens de votre quartier afin de mieux connaître leur perception de la beauté, et tirez-en votre propre conclusion sous une forme théâtrale.» Boon s’attelle alors, à la place de son aîné, à cette rédaction et invente la figure de Norvège, une jeune fille qui s’enferme dans le silence de sa chambre effrayés par la laideur du monde. À la lecture,  toute la classe de son frère se moque de cette histoire, sauf Murdoch …

Pour distinguer tous les registres dramatiques de ce texte-puzzle, Michel Gueldry a imaginé une scénographieavec plusieurs plateaux et le metteur en scène utilise trois techniques : jeu d’acteur,  vidéo, et marionnettes en chiffon manipulées à vue sur une table puis dans les casiers de l’école et autres espaces du quotidien; elles incarnent Boon et Murdoch, adolescents. Réalisées par Ombline de Benque, celle de Boon est ronde et blanche, avec une face lunaire, lisse et, par contraste, celle de Murdoch, est, elle, anguleuse, cabossée et rafistolée.

Pour l’histoire de Norvège, théâtre dans le théâtre, de petites découpes de carton retranscrivent au plateau des personnages fictifs, dans un espace minimaliste. Sur la table de dissection de Boon, une sculpture à taille humaine réalisée par Anne Bothuon en ouate façonnée avec des fils de couleurs, représente les deux corps enlacés, comme momifiés. Elle devient aussi un terrain de jeu accidenté où les marionnettes évoluent. Ladislas Rouge multiplie les temporalités avec des images vidéo: extraits d’archives télévisuelles de 1991 à nos jours, en alternance avec des séquences du spectacle, filmées en direct ou retransmises en différé… Et, sur grand écran en fond de scène, s’esquissent des figures plus énigmatiques.

Brice Coupey qui signe la mise en scène, et Fanny Catel manipulent les  marionnettes et interprètent aussi les personnages en jeu direct. Et nous passons facilement d’une convention dramatique à l’autre, tenus en haleine par le rythme et l’écriture de Wajdi Mouawad dont on retrouve ici l’univers romanesque. La mise en abyme du récit fonctionne jusqu’à la fin, et on suit avec bonheur, marionnettes et comédiens, jusqu’au bout de la quête de beauté qui anime les protagonistes de ce spectacle kaléidoscopique. Une réussite sur tous les plans.

Mireille Davidovici

Mouffetard/Théâtre des arts de la marionnette 73 Rue Mouffetard, 75005 Paris. T : 01 84 79 44 44, jusqu’au 28 janvier.
ciealinea.blogspot.fr

 Assoiffés est publié chez Actes Sud -Papiers

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