Assoiffés de Wajdi Mouawad

 

Assoiffés de Wajdi Mouawad, mise en scène de Brice Coupey

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© Jean-Yves Lacôte

 L’auteur libano-franco- québécois explore, dans ce récit labyrinthique destiné aux adolescents, le douloureux passage de l’enfance au monde adulte. Sur le mode du réalisme fantastique, il mêle passé et présent, personnages quotidiens et figures de fiction.

Nous sommes en février 1991, le jour de la Saint- Gaston, la guerre d’Irak vient de commencer, comme en témoigne la télévision allumée par intermittence. Dès le matin, Murdoch pète les plombs : il parle, parle sans discontinuer, chez lui, dans le bus,  en classe, et dans le bureau du proviseur… criant sa rage et son dégoût du monde adulte.

Après un grand saut dans le temps, la pièce nous amène quinze plus tard. Boon raconte: spécialiste en médecine légale, il doit examiner les corps enlacés de deux jeunes noyés, et il se souvient alors de cet hiver 1991. Tout était parti à l’école, d’un devoir demandé à son grand frère : «Au moyen d’un appareil enregistreur audio-visuel, enquêtez auprès des gens de votre quartier afin de mieux connaître leur perception de la beauté, et tirez-en votre propre conclusion sous une forme théâtrale.» Boon s’attelle alors, à la place de son aîné, à cette rédaction et invente la figure de Norvège, une jeune fille qui s’enferme dans le silence de sa chambre effrayés par la laideur du monde. À la lecture,  toute la classe de son frère se moque de cette histoire, sauf Murdoch …

Pour distinguer tous les registres dramatiques de ce texte-puzzle, Michel Gueldry a imaginé une scénographieavec plusieurs plateaux et le metteur en scène utilise trois techniques : jeu d’acteur,  vidéo, et marionnettes en chiffon manipulées à vue sur une table puis dans les casiers de l’école et autres espaces du quotidien; elles incarnent Boon et Murdoch, adolescents. Réalisées par Ombline de Benque, celle de Boon est ronde et blanche, avec une face lunaire, lisse et, par contraste, celle de Murdoch, est, elle, anguleuse, cabossée et rafistolée.

Pour l’histoire de Norvège, théâtre dans le théâtre, de petites découpes de carton retranscrivent au plateau des personnages fictifs, dans un espace minimaliste. Sur la table de dissection de Boon, une sculpture à taille humaine réalisée par Anne Bothuon en ouate façonnée avec des fils de couleurs, représente les deux corps enlacés, comme momifiés. Elle devient aussi un terrain de jeu accidenté où les marionnettes évoluent. Ladislas Rouge multiplie les temporalités avec des images vidéo: extraits d’archives télévisuelles de 1991 à nos jours, en alternance avec des séquences du spectacle, filmées en direct ou retransmises en différé… Et, sur grand écran en fond de scène, s’esquissent des figures plus énigmatiques.

Brice Coupey qui signe la mise en scène, et Fanny Catel manipulent les  marionnettes et interprètent aussi les personnages en jeu direct. Et nous passons facilement d’une convention dramatique à l’autre, tenus en haleine par le rythme et l’écriture de Wajdi Mouawad dont on retrouve ici l’univers romanesque. La mise en abyme du récit fonctionne jusqu’à la fin, et on suit avec bonheur, marionnettes et comédiens, jusqu’au bout de la quête de beauté qui anime les protagonistes de ce spectacle kaléidoscopique. Une réussite sur tous les plans.

Mireille Davidovici

Mouffetard/Théâtre des arts de la marionnette 73 Rue Mouffetard, 75005 Paris. T : 01 84 79 44 44, jusqu’au 28 janvier.
ciealinea.blogspot.fr

 Assoiffés est publié chez Actes Sud -Papiers

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