Le Vivier des noms, de Valère Novarina

Le Vivier des noms, texte, mise en scène et peintures de Valère Novarina

 

©pierre_grosbois

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Reprise d’un spectacle créé en juillet 2015 au Cloîtres des Carmes en Avignon (voir Le Théâtre du Blog)…Ça déborde, ça bouscule, ça renverse, ça se déverse : on n’est plus face à un vivier, mais à un océan de mots, de noms, et la langue remue au rythme des grandes marées d’équinoxe. L’écriture de Valère Novarina est tout aussi chargée et régulière que la mer. Il y a l’assaut continu des vagues, et les profondeurs, diverses, sondables et insondables. Il y a le reflux du récit donné par L’Historienne-qui dans d’autres pièces s’appelait L’Evangéliste ou La Voix d’Ombre-et les flux de parole des comédiens entrant en scène.

Et «cela ne veut pas rien dire», comme dirait Arthur  Rimbaud. On ne donnera pas de citation du texte : pourquoi prélever une  goutte d’eau dans un pareil vivier ? On ne donnera pas non plus un impossible résumé. Mais on saura qu’il y a tout, là-dedans : le souvenir d’anciennes pièces, des blagues, jeux de mots, calembours et même revue d’actualité : oui, le monde est là, sous la forme de satire. De la métaphysique, aussi, et de la religion : au commencement était la parole, peut-on dire sans être croyant, ou le Verbe, si l’on se veut plus formaliste et respectueux.

On apercevra Adam (et Ève ?) et beaucoup de monde avec lui, et on n’oublie pas leurs cousins du Drame de la vie. Dira-t-on que la pièce est un palimpseste ? En tout cas, Valère Novarina écrit par dessus ce qu’il a écrit auparavant,  sans l’effacer. Les comédiens, eux aussi, gardent fidèlement les traces de ce qu’ils ont dit et joué naguère. Certains s’y sont fait presque un nid trop confortable, d’autres y ont trouvé un épanouissement, un renouveau. Tous puisent dans le texte une énergie qui ne faiblit pas durant presque deux heures et demi.

Plus que jamais, un public jeune et admiratif se demande : comment font-ils pour retenir tout ça ?  Il apprendra que la mise en scène y est pour beaucoup. Comme Cicéron se souvenait de la structure de son discours en imaginant une maison : introduction, la porte d’entrée, première partie, fenêtre de la pièce de gauche, au rez-de-chaussée, deuxième partie, fenêtre de la pièce à droite, et ainsi de suite…, Ici,  l’installation des peintures de l’auteur organise le fil du temps. D’abord, ses figures légèrement tracées, plutôt organiques, animent des panneaux verticaux, chausse-trappes pour magiciens des apparitions et disparitions. Et puis des panneaux au sol, à la géométrie régulière et aux dessins libres et respirants, que les «ouvriers du drame» soulèvent, déplacent et replacent, comme les enfants cherchent un trésor, ou un insecte, sous les cailloux.

Mais trop de parole tue la parole : nous entrons dans ce Vivier des noms avec bonheur, avec soif, puis nous nous essoufflons et aimerions bien respirer un peu… Le texte perd petit à petit de sa fluidité et devient étouffant. Deux heures et demi, c’est trop.  Le public ne demande pas une durée standard, valable pour tout spectacle mais attend que ce qui se dit et agit sur le plateau lui soit nécessaire et vital jusqu’au bout. Dommage …

Christine Friedel

Théâtre 71 Malakoff,  place Du 11 Novembre, Malakoff 92240 jusqu’au 26 janvier.

 


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