Une longue peine, mise en scène de Didier Ruiz

© Emilia Stéfani-Law

© Emilia Stéfani-Law

 

Une longue peine, mise en scène de Didier Ruiz

 

Le titre ne comporte pas de nom d’auteur, mais pas de hasard : les cinq personnes sur scène ne sont pas en quête d’auteur, puisqu’elles le sont elles-mêmes, avec  leurs témoignages terribles que Didier Ruiz a mis en scène avec une clarté, une force et une modération exemplaires. À peine quelques projections vidéo, une bande-son d’une constante discrétion (et sans le pathos d’usage quand on parle des prisons), des éclairages soignés : bref, du beau travail.
Le principal, ces hommes et cette femme. Cinq personnes normales, graves, parfois drôles, qui racontent les horreurs de la prison. Pas trop de détails sur leur parcours mais un arrière-fond social, familial, qui, sans y mener fatalement, a savonné la pente…  André, Eric, Alain, Louis, et aussi Annette , ont effectué de longues peines. L’un d’eux plaide toujours son innocence, les autres ont, comme ont dit, payé leur dette à la société.

Tout le propos de ce témoignage mis en forme (difficile de parler de spectacle) est de montrer la réalité vécue du système carcéral. On en connaît la surpopulation, l’enfer du mitard, le manque scandaleux de soins médicaux, et mille autres tortures et souffrances infligées en toute illégalité et en toute injustice aux prisonniers. Comme s’il ne suffisait pas de surveiller et punir,  pour reprendre le titre du livre bien connu de Michel Foucault.

La réalité prend ici un nouveau sens, quand on entend la voix de  ceux qui ont enduré tout cela. On entend aussi comment l’un s’en est sorti grâce aux études et à l’écriture, l’autre par une belle-mais courte-évasion, comment certains gardiens ferment les yeux sur des parloirs très intimes, comment là-bas on avale couleuvres, honte et dignité.

 Dignité retrouvée ici, sur le théâtre. Ces anciens taulards,  racontent et l’affirment de telle façon, qu’ils existent d’abord sous cette étiquette. Ce moment de représentation (est-ce le terme juste ?), avec des bons moments partagés, révèle une évidence : la prison est leur histoire, non leur nature.

Reste une gêne : à l’exception de la victime d’une erreur judiciaire (autorité de la chose jugée, pesanteurs administratives et négligences criminelles du système), on ne peut s’empêcher de penser que,  derrière les horreurs de la prison, il y a eu l’ombre du sang. Et, en même temps, il est juste de ne plus en parler : affaire close, dette payée.

 On est dans cette contradiction : le public, ici, écoute André, Eric, Alain, Louis et Annette avec le respect qu’ils méritent. Soit. Qu’il les applaudisse avec fougue est une autre affaire. La souffrance, qu’ils ont vécue de façon inutile et injuste, ne fait pas d’eux des êtres christiques, et n’ajoute rien au pardon. Ceux qui le croiraient, donneraient paradoxalement raison au système actuel. Restons-en à sa dénonciation : il reste inacceptable d’un point de vue moral, judiciaire et politique.

Christine Friedel

Spectacle joué du 11 au 15 janvier à la Maison des Métallos, 94, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris. T : 01 48 05 88 27

 

 

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