A vif, un spectacle de Kery James

(C) Giovanni Cittadini Cesi

(C) Giovanni Cittadini Cesi

A vif, un spectacle de Kery James, mise en scène de Jean-Pierre Baro

 

Colonisation puis décolonisation subsistent dans le tissu social des pays qui s’en sont trouvés déstabilisés et cela a ensuite contribué à provoquer les mouvements migratoires actuels. Les conflits entre nations persistent, entre accusations réciproques de colonialisme et d’impérialisme. Le modèle «colonial» s’impose quand les protagonistes tissent une relation de domination militaire et économique, ou culturelle. La fragilisation des Etats les plus faibles à cause   de  cette relation que lui ont fait subir les puissances économiques et politiques qui dominent le monde, prolonge la relation inégalitaire ainsi mise en place

 Redouté par l’opinion via les médias et les politiques, le «jeune» des banlieues et des cités, issu de  récentes générations d’immigrés, incarne et revendique les métissages culturels et ethniques, depuis l’affrontement jusqu’à la réconciliation. Injures, agressions verbales, le «jeune des cités» n’évite ni reproche ni réprobation. Assimilé à la délinquance, trop souvent pourchassé pour trafics illégaux, drogue et violences, il représente toute  une misère intellectuelle, morale et langagière. Or, cette  réalité ne rend pas compte de toute celle de la banlieue.

Deux futurs avocats, dont un étudiant noir, Soulaymaan, issu des quartiers difficiles du 93 a eu une ascension sociale fulgurante avant une chute spectaculaire, et Yann, blond fils de bourgeois du terroir français, s’affrontent publiquement devant la salle comble du concours d’éloquence de la petite conférence de l’Ecole du barreau de Paris.Les jurés sont les spectateurs rassemblés.

 Les adversaires s’affrontent en défendant des causes contraire sur la question suivante: « L’Etat doit-il être jugé coupable de la situation actuelle des banlieues ? »Notre pays serait scindé en deux France, en deux communautés qui ne se côtoient pas et s’ignorent dans le mépris, l’incompréhension et le non-échange.

Décalage ironique: pour Soulaymaan, les citoyens paresseux et passifs sont responsables de leur condition et  Yann, l’Etat est seul coupable de la situation des banlieues. Soulaymaan qui a obtenu une réussite exemplaire,grâce à son engagement et à sa volonté, fustige ses semblables qui se défilent, fuyant l’autonomie et la responsabilité. Quant à Yann, porteur de mauvaise conscience, il accuse le passé colonial de la France, l’hypocrisie d’une Education Nationale qui serait illusoirement égalitaire,  avec de mauvais résultats qui enferment ses élèves dans l’échec.

 Le rappeur Kery James, poète généreux et inventeur d’une langue aiguisée, manie cette arme avec amour et aisance. Joute oratoire, éloquence, improvisation: les mots font mouche, et chacun est sûr de son rythme volubile et de sa cadence particulièrement appuyée.

 Un baptême du feu pour un art audacieux et souriant de la controverse, sous le regard du metteur en scène Jean-Pierre Baro, versé dans l’art et la dialectique. Les combattants servent leur cause personnelle avec conviction et persuasion, provoquant l’émotion et la tension du sentiment.Kery James incarne le flamboyant Soulaymaan et Yannik Landrein, son adversaire, plein d’une éloquence oratoire travaillée et d’un emballement impétueux.

Véronique Hotte

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 28 janvier à 18h30. T : 01 44 95 98 21

 

 


Archive pour janvier, 2017

La Vecchia Vacca, texte et mise en scène de Salvatore Calcagno,

Michel Boermans

Michel Boermans

 

La Vecchia Vacca, texte et mise en scène de Salvatore Calcagno,

 

 De ses itinérances entre Sicile et Belgique, Salvatore Calcagno a tiré plusieurs spectacles avec un goût particulier pour les images et pour une polyphonie où s’entremêlent son direct et enregistré, langues (français et italien) :  « Dans le travail, dit-il, je procède par strates. Je décompose tout. D’abord, nous faisons un travail sur le corps – les acteurs doivent apprendre une sorte de partition de danse-, puis sur le texte… Et  quand nous avons toutes ces strates, nous sommes face à un matériau qui peut “fonctionner“ mais très “ formel“, lisse… Pour qu’il y ait aussi des tripes. Je le dis aux  acteurs : « Dégueulassez cette contrainte chorégraphique, dégueulassez-la ! Crachez dessus.»

Le crasseux ici ne tombe jamais dans le sordide, et reste plutôt dans un chic aseptisé. Le thème de la pièce nous est dévoilé d’entrée : nostalgie et ambigüité des rapports d’un fils avec sa mère. Un bel homme, entièrement nu, représentation sublimée du fils, sera confronté, tout au long du spectacle à diverses figures féminines et maternelles qui s’entrecroisent sur un mode onirique, sur la musique de tubes italiens des années soixante.

 Une femme apparaît seins nus, et lentement se dirige vers une table ; bientôt son corps se tord, son visage grimace. Une autre mutine, extraie du lait de ses seins juvéniles avec un aspirateur. Plus tard, une assemblée de commères bavardera bruyamment, comme le font, sur le seuil de leur maison,  les mamas italiennes … Le spectateur reçoit sons et images en rafales, dans une mise en scène saturée par un empilement de signes visuels, sonores et textuels…Et un nuage de fumée contribue à renforcer cette atmosphère étouffante.

 Ce spectacle qui a reçu plusieurs prix en Belgique est pourtant loin d’être convaincant: son esthétique très léchée frise le maniérisme…

 Mireille Davidovici

Spectacle vu au Centre Wallonie-Bruxelles, 127-129 rue Saint-Martin, Paris (4ème). T : 01 53 01 96 96.

Europe Connexion

Europe connexion d’Alexandra Badea, mis en scène de Matthieu Roy

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Un spectacle bilingue franco-chinois où l’on peut suivre le chemin d’un jeune énarque, ancien assistant parlementaire (il connaît donc la musique des milieu politiques) auprès d’une députée de la commission environnement santé publique et sécurité alimentaire;  il intègre un des plus gros lobbies sur le marché des pesticides. Séduit par les sirènes du « loobying », il va, sans aucun état d’âme, se mettre au service de multinationales qui, grâce à l’agriculture industrielle, fait des bénéfices colossaux  à coup d’engrais, pesticides, herbicides et autres gâteries.

Ce beau jeune homme, pas très sympathique, se souvient de sa grand-mère qui avait son jardin avec son compost bien à elle. Mais il a vite compris que ces temps-là étaient bien révolus: gloire à l’uniformisation céréalière ! Qu’importe la vie des abeilles, le mépris affiché de la terre nourricière, les intoxications subies par les agriculteurs, les obésités et cancers développés par les consommateurs, pourvu que le profit soit au rendez-vous. Avec, au besoin, interdiction faite d’échange de semences pour mieux cadenasser le marché, le monopole devant rester aux multinationales. Grâce à d’efficaces groupes de pression qui mettent tout en œuvre auprès des gouvernements et assemblées parlementaires…

Reste à inventer un argumentaire convaincant où règne la plus subtile mauvaise foi, comme on apprend à le faire aux futurs énarques. Il faut ce qu’il faut et cela, le beau jeune homme sait le faire brillamment, mais tout se paye, et  côté vie privée  moins sa vie privée : sa femme, plus lucide que lui sans doute, le quitte et on le verra, seul dans une chambre d’hôtel, en proie à une terrible dépression.

Scénographie quadri-frontale avec, au centre du plateau, une chambre d’hôtel luxueux-moquette  feutrée et champagne-au très design épuré, avec grand lit et baignoire, et de l’autre côté un salon avec canapé, aussi anonyme et  au même design, tout aussi épuré.  Le public est prié de se coiffer d’un casque lourd et peu confortable pour entendre Chih Wei Tseng, Wei-Lien Wang et Shih-Chun Wang,  (Europe connexion a été créé en octobre  dernier au festival des Arts de Taipei) jouer en mandarin, et Brice Carrois et Johanna Silberstein, jouer en français. Au cas où vous n’auriez pas compris, on n’arrête pas le progrès!

Scénario simplet, et dialogues style téléréalité qui ne sont pas du bois dont fait les flûtes. Quant à la mise en scène, Matthieu Roy a sans doute cru que système audio-visuel pour transmettre  une voix intérieure et scénographie quadri-frontale pour mieux donner à voir les tribulations du héros, rimaient avec avant-garde théâtrale. Que nenni, rien de cela ici!

Mais  comment faire passer ce texte d’Alexandra Badea, qui avait obtenu avec Pulvérisés, le grand Prix de littérature dramatique 2012 ; (voir Le Théâtre du Blog) ? Il aurait pu être écrit en deux jours par un étudiant de Sciences Po disposant de quelques bons dossiers, et ces dix séquences  à la deuxième personne du singulier, avec lesquelles l’écrivaine, si on a bien compris, voudrait placer le public dans la tête du personnage, ne fonctionne pas. Passées les cinq premières minutes, les soixante qui suivent, sont bien longuettes. Et y manque aussi sans doute une petite louche d’humour, ce qui n’est jamais un luxe quand on parle de choses sérieuses…

Moralité, comme disait Frank Capra : «L’écriture du scénario est la partie la plus difficile… la moins comprise, et la moins remarquée ». Ce qui préoccupait aussi beaucoup le grand Alfred Hitchcock. Même combat au théâtre, et là, on est vraiment très loin du compte. Et, comme le disait justement François Truffault, à propos du cinéaste anglais : « Ces artistes de l’anxiété nous aident à mieux nous connaître, ce qui constitue un but fondamental de toute œuvre d’art”.

Mais d’évidence, ce n’est pas le cas ici, même si le thème de cette pièce, encore une fois nous concerne tous. Donc, aucun remord avant l’oubli… vous pouvez rester au chaud.

Philippe du Vignal.

Théâtre Ouvert Cité Véron 75018, Paris. jusqu’au 4 février 2017 à 20 h.T: 01 42 55 74 40.
Centre Dramatique de Poitiers du 6 au 10 février. Théâtre de Thouars, le 16 février. Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, du 21 au 25 février.

Salle Jacques Brel,  à Pantin, les 2 et 3 mars. Théâtre du Nord à Lille/Tourcoing, du 16 au 25 mars.

 

 

Le Rêve d’un homme ridicule de Fiodor Dostoievski

 

Le Rêve d’un homme  ridicule de Fiodor Dostoievski, mise en scène d’Olivier Ythier, adaptation de Jean-Paul Sermadiras, compagnie du PasSage.

Publiée en 1877, cette nouvelle de Fiodor Dostoïevski a connu de très nombreuses mises en scène. Olivier Ythier, diplômé de l’INSAS de Bruxelles, a travaillé au Théâtre Varia autour de Franck Wedekind, Werner Schwab, Georg Kaiser.
Jean-Paul Sermadiras qui interprète ce Rêve d’un homme ridicule, a lui a monté Pour un oui et pour un non de Nathalie Sarraute, Voix de garage et L’Absent, soutenus entre autres par la Fondation Beaumarchais.

Cet homme ridicule, athlète aux longs cheveux, rêve de son suicide qu’il a longuement préparé. Il erre dans les rues et croise une petite fille en détresse qui l’appelle au secours. Il la rejette méchamment, mais, pris de remords, rentre chez lui, se déshabille et s’endort. Ses rêves le conduisent dans une contrée heureuse où les gens partagent leurs biens et vivent sans agressivité. Il se mêle à eux, d’abord pris d’extase, puis leurs comportements se transforment et finissent par ressembler à ceux qui s’exercent dans une société normale. Jalousie, agressivité, meurtres n’épargnent pas les enfants. Et il se réveillera après avoir  abandonné toute idée de suicide.

Cette nouvelle du grand auteur russe a souvent été adaptée avec succès au théâtre, et on écoute sans ennui Jean-Paul Sermadiras mais pourquoi cet éloge appuyé de Philippe Tesson sur les vertus d’un spectacle qui n’a tout de même rien de prodigieux?

Edith Rappoport

Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 Boulevard du Montparnasse, 75006 Paris. T: 01 45 44 50 21,  le dimanche à 15 h et le lundi à 19 h.

Tetris, chorégraphie d’Erik Kaiel

Tetris, chorégraphie d’Erik Kaiel 

(c)Jeroen Bosch

(c)Jeroen Bosch

On se plaint assez de ces jeux qui font écran : lettres, bonbons et briques envahissent le moindre temps mort,se glissent entre nous et le monde, mais surtout, entre nous et les autres. Heureusement, Tetris, chorégraphie imaginée par l’artiste américano-libanais globe-trotter, ne nous montre jamais d’images du célèbre et obsédant jeu vidéo des années 80. Souvenez-vous : il s’agissait de construire des murs à partir de formes colorées de tailles différentes ; si la pile devenait trop élevée, la partie était perdue… Ici, le fond de scène reste blanc. Seule la silhouette humaine est à l’honneur.

Sur le plateau, clin d’œil à l’étymologie de tetra»: deux  danseurs et deux danseuses  qui arborent tee-shirt ou pantalon de couleur vive, et cherchent toutes les combinaisons possibles pour emboîter ou superposer les corps. Rapidement, on comprend que ce jeu de «pousse-toi de là que je m’y mette» évoque moins les lois de la géométrie, que celles de la vie en groupe.

Comment trouver sa place ? On se glisse dans le moindre interstice, on passe timidement un bras ou une tête puis on s’impose, jusqu’à prendre la place d’un autre. On se découvre, on s’ajuste, on s’éclipse. Comme un être chimérique à quatre têtes, les pyramides humaines ainsi composées sont en perpétuelle mutation. Personne ne se perd, et tous se transforment.

Cela fait beaucoup rire les jeunes spectateurs qui, dès cinq ans, peuvent  observer ce drôle de manège qui va se poursuivre autour d’un autre jeu de logique combinatoire, le Rubix Cube. Et là, le corps est sollicité dans tous ses possibles, comme le proposait le logiciel d’écriture du mouvement de Merce Cunningham qu’il utilisa dans Biped.

Membres tordus, gestes coordonnés, sauts, et tremblements enchantent … puis cela lasse. Il n’y a en effet rien de spectaculaire, c’est tout l’intérêt de la chose : remettre le corps, la «simple» mécanique du vivant, au cœur de la scène. Sans performance sportive ni technique. Le sourire aux lèvres. Quand on se prend à rêvasser (on se souvient du phénomène de persistance rétinienne du jeu Tetris), c’est juste le moment où les règles du jeu changent !

 Cela montre une fine connaissance de la capacité d’attention du jeune public bercé très précocement par Internet, les applications ludiques des tablettes et téléphones intelligents … Un objet ludique est confié à leurs petites mains pour leur permettre de manipuler les danseurs. Et elles s’y prêtent avec grand plaisir. Faire du corps de l’autre une marionnette, quelle aubaine ! On ne vous en dira pas plus, mais, passée la gêne initiale, tout le monde s’y adonne à cœur joie. Et les gradins sont envahis par les corps dégingandés.

Les tableaux finaux mettent aussi à contribution les spectateurs qui, cette fois-ci, passent de l’autre côté de l’écran. Invités sur scène à jouer ensemble. On sent qu’Erik Kaiel, qui affectionne les lieux publics, rêve d’un monde comme grand terrain de jeu collectif. Quand il se saisit d’espaces en intérieur, il bouscule la rituelle frontière regardants/regardés. Nous en ressortons  tout revigorés, contents qu’un spectacle de danse nous propose, pour une fois, de rencontrer physiquement nos sœurs et frères humains. Quel plaisir stimulant de sortir de notre passivité de consommateurs !

Stéphanie Ruffier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75016 Paris, jusqu’au 20 janvier. T : 01 53 65 30 00

La Source des saints de John Millington Synge

La Source des saints de John Millington Synge, texte français de Noëlle Renaude, mise en scène de Michel Cerda

©Jean-Pierre Estournet

©Jean-Pierre Estournet

 En 1905, John Millington Synge (1871-1909) est allé dans les Îles d’Aran, pour y apprendre le gaélique et vivre avec les paysans mais il y restera plus longtemps que prévu. Sa vie, rappelle Françoise Morvan, traductrice de son  s’est organisée en deux temps : avant la rencontre avec Yeats, en 1896 à Paris ; et après, quand il décidera de partir pour les îles d’Aran, et non de rentrer en Irlande après de longues années passées là-bas; l’auteur se sent maintenant étranger dans son pays, vivant une «figure inversée du retour» : sentiment d’exil, usage de l’anglais maternel malgré le gaélique qu’il a appris, origine bourgeoise, éducation protestante : l’œuvre du dramaturge irlandais procède de cette époque. Troublé, il perçoit aussi alors la solitude éprouvée par tous les malheureux jetés sur les bords de route par la famine, artisans, journaliers agricoles … Une situation inhumaine familière aux migrants actuels.

 La réalité des temps est d’une dureté aigüe : l’anglo-irlandais oral, mêlé de gaélique qui ourle l’écriture de John Millington Synge comme le grain du parler paysan, réinvente sa sonorité, à travers des détails pris sur le vif, de la vie de ces miséreux.  Humour et pessimisme, la teneur de ce parler décalé recrée poésie et résistance. Pour Noëlle Renaude, qui a traduit cette pièce  que met en scène Michel Cerda avec rudesse et sensualité mêlées, l’aventure qui consiste à traverser les landes  dans le froid sec hivernal ou sous le vent doux printanier, provoque chez le locuteur une  difficulté respiratoire, avec mots courts, halètements de bêtes, bribes de vent sifflé ou de terre essuyée. Une façon de parler qui ne va pas droit, et qui révèle l’homme, la bête, l’organisme vivant : « Le sens est au bout de l’énigme… Il se gagne par la difficulté à dire. »

Pour le metteur en scène, La Source des Saints rejette sur l’échiquier les pions égarés de la clairvoyance dans un monde hagard. Les deux vagabonds qui marchent sur la lande, sont aveugles et un saint leur propose de retrouver la vue, grâce à l’eau sacrée d’une source. Marché conclu, mais déçus, ils se séparent dès qu’il peuvent apprécier la laideur du monde… Et quand ils ont recouvré leur cécité, ils déclineront l’offre du saint de les faire à nouveau retrouver la vue.

 La scénographie d’Olivier Brichet jette l’ombre infinie et la nuit noire, dans un silence inquiétant et le sentiment d’une attente lancinante. Un projecteur, sur le lointain, éblouit de sa lumière blafarde, sans qu’on ne puisse distinguer quiconque, avant que n’apparaissent les ombres d’Anne Alvaro (Mary Doul et d’Yann Boudaud (Martin Doul), des figures de cécité mises à mal, incroyablement inventives dans leur démarche et leur élocution ludique, pantins animés maugréant, effigies vivantes déséquilibrées, se soutenant l’une l’autre et qui arpentent le plateau avec  précaution. Ces exclus, magnifiques, déclament à leur manière, en se répondant, entre soliloques et dialogues, à l’écoute de leur âme repliée dans la douleur, la souffrance et leur cruelle solitude: «Viens avec moi, là on va aller tout au sud, car on en a trop vu d’eux tous à cet endroit-ci, puis c’est petite joie qu’on aurait à vivre près d’eux ou écouter les baratins qui font du gris, de l’aube à la nuit. »

 Rideau tiré sur une société du spectacle et du mensonge. En échange, revient l’éblouissement d’un bien-être à deux, dans une sérénité intérieure qui fait rempart contre l’isolement, l’effroi du dehors et des vastes espaces qui ne protègent pas. Chloé Chevalier interprète la blonde et rieuse Molly Byrne dont rêve le séducteur Martin Doul, et Christophe Vandevelde joue Timmy, un forgeron libre et joyeux. Arthur Verret, est un saint à la belle figure et à la prestance active, un serviteur du Ciel, jeune et affairé dont le temps est compté quand il s’agit d’argent. Avec humour, verve et  aisance, il fait le bruiteur, prestidigitateur à vue, des éléments de l’hiver ou du printemps. Il arrête sa carriole face public, avant de faire entendre le vent dans les branches, le pépiement des oiseaux ou leur vol saccadé. Une façon de restituer la sensation poétique déclamée par Mary Doul : «ça c’est les trilles d’un de ces oiseaux paille qui nous arrivent au printemps de par là-loin de la mer, ça va en faire une belle chaleur là au soleil, puis une douceur dans l’air … »

L’aube peut alors se lever sur les ombres de la nuit, et la Nature revit ragaillardie. Un spectacle-performance tenu par des comédiens férus de rupture et de déconstruction.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de Vitry, du 13 au 17 janvier: La Commune-Centre Dramatique d’Aubervilliers, du 25 janvier au 2 février; Théâtre de Dijon-Bourgogne, Centre Dramatique National, du 7 au 10 février.

Le texte de la pièce est publié aux Editions Théâtrales. Le Théâtre de John Millington Synge, dans la traduction de Françoise Morvan, est  édité chez Folle Avoine et Actes Sud.

 

Drôles de Vampires

Drôles de Vampires,  texte et mise en scène de Richard Demarcy

 

2416739080Dans le cadre de ce sixième parcours jeunesse, le Théâtre de la Ville présente au Grand Parquet le nouveau spectacle de Richard Demarcy, metteur en scène mais aussi auteur de pièces pour enfants ou tout public comme on dit maintenant, où il fait souvent avec bonheur appel aux grands mythes, avec une prédilection pour les contes et légendes du continent africain…
Avec cette fois, le recours à une sorte de fantaisie burlesque/mini-comédie musicale sur le thème d’une jeune ado vampire qui, comme tous les ados, est en rupture avec sa famille dont elle voudrait bien s’émanciper. Cela commence par une scène où, très bcbg, trois vampires un peu inquiétants mais pas trop, à tête caractéristique de vampire-père, mère, et fille (la photo-cidessus) vont se mettre à table après cette prière qui avait pour nom benedicite (une toute autre époque!) et que l’on disait encore récemment dans les familles très catholiques…

Le ton est donné, assez cynique. Le Père : «Remercions nos ancêtres. Donnez du sang à ceux qui n’en ont pas, à ceux qui ont froid et faim. Pour vous, ce sang bien chaud. Ainsi, soit-il. Bon appétit, bonne déglutition.» La Mère : « Bois ton bol de sang, ma petite, il est tiède à souhait. » Le Père : « Un joli résiné, bien oxygéné. T’as pas d’appétit, ce soir? Il faut se nourrir ma petite chérie, sinon tu vas maigrir et dépérir »… « Tu es de plus en plus pâle ?  »

Mais juste après, la vampirette aux airs naïfs-petites couettes et chaussettes blanches-va tenter une sorte de voyage initiatique en solitaire et oser quitter le monde souterrain, pour aller découvrir une autre vie inconnue: celle qui se passe à la lumière du bon vieux et sympathique soleil des vivants… «Je n’en peux plus de cette vie de cloîtrée. Tant pis, je risque le tout pour le tout, je veux savoir ce qui se passe dehors, c’est plus fort que moi, je veux voir.»

Et dans la rue-le hasard fait bien les choses-elle rencontre des collégiens qui préparent une petite comédie musicale rock, intitulée La Parade des vampires. Ces collégiens l’accueillent volontiers dans leur groupe mais elle ne leur dira pas qu’elle est aussi fait partie de la grande famille des vampires… Et elle découvrira aussi l’amour et le plaisir de choisir sa vie, au lieu de se la voir imposée par ses affreux parents… Même si elle sait déjà inconsciemment que la vie et la mort sont de vieux ennemis unis depuis l’éternité, et que le vampire est condamné à évoluer entre les deux. Pour le meilleur et le vent-pire… comme aurait pu dire Jacques Lacan.

Comme dans tous les spectacles de Richard Demarcy, ici, les acteurs sont aussi musiciens et chanteurs : Alvie Bitemo, Antonio Nunes Da Silva, Dima Smirnov, Nadja Maire, Nicolas Lebossé, Théodora Sadek, et de différentes origines : Congo, Portugal, France, Egypte, Russie. Impeccables et particulièrement efficaces dans le second degré, drôles et généreux avec une autre approche de la scène, et qui savent vite mettre le public dans leur poche.

 Et cela donne, sur fond légèrement psychanalytique, une couleur aussi particulière que poétique à cette mini-comédie musicale, très au point, avec orchestre rock (guitare électrique, harmonica, batterie et percussions) et chants en solos, duos et chœurs, qui revisite aussi bien James Brown, Lou Reed, Tom Waits que Bernard Lavilliers… Il y a donc ici une belle énergie, malgré quelques très courts temps morts, dans cette histoire où comédiens/musiciens/chanteurs se permettent aussi quelques pas de danse. A la fin, il y a ainsi un ballet avec une petite forêt de totems avec masques de vampires, tout à fait réussi.

En fait, ce spectacle tout public, mis en scène avec une grande rigueur, est plutôt destiné aux enfants de dix ans et plus, et à leurs parents. (Les petits semblaient moins concernés). Mais malgré une série de représentations en Avignon cet été, il est encore un peu brut de décoffrage: au chapitre des bémols, il y a une bien mauvaise balance entre une musique trop forte qui sature le petit espace du Grand Parquet, et des dialogues que l’on peine à entendre. Mais après quelques mises au point, cela devrait s’arranger, surtout quand le spectacle sera joué sur une plus grande scène. Par ailleurs, Richard Demarcy aurait intérêt à revoir d’urgence sa scénographie: rideaux, accessoires et costumes non signés et pour la plupart franchement laids, voire bricolés, comme ce manteau noir en cuir vite réparé au scotch!

A ces réserves près, dans le froid et la pluie d’un dimanche parisien, cela faisait du bien de se retrouver avec un vrai public, dans cet endroit simple mais chaleureux, à voir jouer et chanter ces six jeunes comédiens… Curieux aller et retour: la fille dans ce conte quitte sa famille pour de nouvelles aventures, mais, et les choses sont bien faites, Emmanuel Demarcy-Motta, directeur du Théâtre de la Ville, a eu raison de contribuer à accueillir le spectacle de son papa au Grand Parquet, dont sa structure est partenaire. Même si la Mairie de Paris a finalement décidé d’en refiler la gestion au Théâtre Paris-Villette. Que la vie est compliquée dans le petit monde du théâtre parisien!

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville au Grand Parquet, jusqu’au 21 janvier à 17h, et le 22 janvier à 15h30.

Espace Paris Plaine 13 rue du Général Guillaumat, Paris 15ème, du 8 au 29 mars. T : 01 40 43 01 82.  espaceparisplaine@wanadoo.fr

 

 

Le Temps et la chambre de Botho Strauss

Le Temps et la chambre de Botho Strauss, texte français de Michel Vinaver, mise en scène d’Alain Françon

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© Michel Corbou

  En 1991, Michel Dubois, avec une solide vérité, et la même année,  Patrice Chéreau avaient mis en scène cette pièce qui, à l’époque, faisait figure d’ovni dans le monde théâtral français: disparition de l’intrigue traditionnelle et mise en place d’un tempo aléatoire à mesure que le pièce avance, et où est privilégiée, non une suite de scènes bien reliées entre elles mais des moments particuliers comme le cinéma contemporain nous y habitués. Patrice Chéreau avait choisi Anouk Grinberg pour jouer Marie Streuber; l’actrice est ici la voix de la grosse colonne.  Gorgia Scaliett lui succède assez exceptionnelle dans ce rôle difficile de Marie;  avec un rare présence, elle irradie le plateau d’affection et d’amour mais peut aussi faire preuve d’espièglerie, voire même de dureté et de violence. La jeune actrice sait jouer sur une belle palette de sentiments quand elle rencontre d’autres personnages dans la seconde partie qui est jouée par les mêmes acteurs que dans  la première assez statique.

Alain Françon sait bien rendre cette temporalité, sans chronologie confortable, chère à Botho Strauss, en particulier dans des scènes la plupart très courtes,  et «cut», quand Marie  Streuber rencontre des inconnus qui sonnent à la porte. Et il y a une belle scène, très vivante, où  elle remet les clés de son appartement à celui auquel elle l’a loué provisoirement.
Les autres personnages comme les deux hommes âgés ou d’autres ainsi désignés dans le texte comme L’Impatiente, La Femme sommeil, L’Homme en manteau d’hiver ou Le Parfait Inconnu sont interprétés par Gilles Privat, Jacques Weber,  tous les deux formidables en Julius et Olaf, vieux messieurs désabusés qui, dans la première partie, regardent la cour et ses pigeons, et parlent entre eux de choses insignifiantes! Impeccables. Comme le sont tous aussi, Dominique Valadié, Wladimir Yordanoff, Charlie Nelson, Antoine Mathieu, Aurélie Reinhorn et Renaud Triffault.  Sous la direction d’Alain Françon, toujours d’une rare qualité.

Et pourtant l’ensemble de cette mise en scène ne fonctionne pas tout à fait dans l’espace et le temps. La faute à quoi ? D’abord à un texte qui n’a peut-être plus, un quart de siècle après, la même force poétique: celle de La Trilogie du revoir ou de Grand et Petit, naguère sublimement montés par Claude Régy? A  la  scénographie imposante, très picturale de Jacques Gabel mais où les personnages semblent un peu perdus? Aux éclairages de Joël Hourbeigt, réussis mais crépusculaires qui ne favorisent donc pas l’attention? Sans doute, à tout cela à la fois.

Et les spectateurs, pas toujours attentifs comme en témoignaient les petites toux, avait une nette tendance à sommeiller mais il y a eu peu de départs; en tout cas, les applaudissements furent assez chiches pour cette pièce aussi étrange et intéressante sur le plan dramaturgique que décevante, et qui n’en finissait pas de finir, alors qu’elle dure une heure quarante… Un mien confrère qui avait vu cette mise en scène à la création en octobre, au Théâtre National de Strasbourg, nous disait avoir été frappé par l’excellent rapport salle/scène… qui n’existe pas vraiment à la Colline. Ceci explique, du moins en partie, cela.

 On ne dira jamais assez que le théâtre est un art des plus fragiles… « Quand il réussit, écrivait Botho Strauss, quand il utilise les comédiens pour ramener le plus lointain à une inconcevable proximité, le théâtre acquiert une beauté déconcertante, et le présent gagne des instants qui le complètent d’une manière insoupçonnée.» Oui sans doute mais ce ne fut pas le cas le soir où nous avons vu la pièce! Dommage! Mais ainsi va le théâtre.

A voir tout de même, malgré ces réserves, si, du moins, on veut découvrir cet auteur allemand,  sans doute moins joué maintenant, mais qui aura beaucoup compté dans le théâtre de la fin du dernier siècle…

Philippe du Vignal

Théâtre National de la Colline, rue Malte-Brun Paris XXème, jusqu’au 3 février.

Et du 14 au 17 février  à la MC2 de Grenoble ; les 21 et 22 février, au Théâtre Sortie-Ouest de Béziers ; du 28 février au 12 mars, au Théâtre du Nord/Centre Dramatique National de Lille.  Et  du 19 au  21 mai,   à Théâtre en mai à Dijon.

La pièce est publiée,  dans la traduction de Michel Vinaver, chez L’Arche éditeur. 14€.

 

 

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Le Dire de Di, texte et mise en lecture de Michel Ouellette

 

Le DirIMG_0525e de Di, texte et mise en lecture de Michel Ouellette

 

 Des phares alignés en fond de scène nous aveuglent et une voix douce annonce l’arrivée d’une petite tête blonde tout ébouriffée, «Di(ane)», une ado de 16 ans (merveilleuse Céline Bonnier) qui semble sortir lentement de sa boîte noire comme un animal qu’on a enfin libéré. Les phares s’éteignent doucement, elle s’avance, sort de l’ombre, s’approche puis regarde le public furtivement et commence son «dire», en hésitant. Céline Bonnier capte la délicate fragilité de cette jeune fille; elle choisit ses mots, regarde peu son texte puis sa voix va s’affirmer.

On est hypnotisé par les trois couloirs de lumière qui tranchent l’espace au-dessus de sa tête comme un crucifix luisant, signe du grand malheur et du supplice qui va bientôt s’abattre sur la jeune fille. Di, naïve et fraîche, gaie et amoureuse de la nature qui appartient à «la race des in-civilisés humains», est un être profondément ancré dans le miracle de la création, qui nous livre son secret : une belle histoire d’amour avec la terre!

Di se transforme en créature mythique! Un être éternel qui partage son existence, avec tout ce qui vit autour d’elle. La parole de Michel Ouellette est d’abord une sorte de partition où la musicalité de la langue, à la fois populaire et recherchée, devient un jeu de sonorités, avec des moments de respiration, des silences, voir une accumulation de désignations familiales : Makati, Dorémi, Tima, Ine, Paclay, et Mario… Elle nous invite à participer à cette prise de possession de la nature,  comme une plongée dans un monde d’activisme poétique, sorti de la bouche de sa mère car il faut nommer des choses pour leur donner vie.

Sommes-nous dans le panthéon polythéiste d’un peuple animiste? Dans un environnement fondé sur la parole, avec une accumulation de liens rendus mystérieux grâce à la plume de Michel Ouellette? Di retrouve même un lien délicat avec la magnifique mais décevante Peggy Belatus, prospectrice minière et guerrière de la forêt, dont le père représente les grosses machines de destruction!
Bientôt le «dire» prend possession de son jeune corps, découvre les bruits inquiétants de la forêt et surtout le carnage des racines, le ravage des arbres, quand les compagnies forestières font des plaies  à la terre puis la broient, abattent les arbres et laissent leurs carcasses pourrir.

Di, enceinte d’un oiseau, est une magnifique image poétique, comme une fusion entre cette petite créature humaine et les autres espèces du globe. Mais les géants féroces qui font saigner la terre, ne disparaissent pas. Dans le silence de la forêt, Di nous invite à quitter la salle. Ce silence est-il pessimiste, est-ce la confirmation d’une fin qui s’annonce? Di, cherche-t-elle plutôt la solitude dont elle a besoin, puisque Mario, le beau jeune mari de sa mère a « défunté », (clin d’œil à l’écrivain Daniel Danis) ? N’importe. La scène se confond avec la salle, quand le spectacle  nous  aspire dans un monde méconnaissable et troublant!

Un spectacle à l’écriture pleine d’originalité  qui devrait être joué partout.

Alvina Ruprecht

Spectacle du Théâtre français du Centre national des Arts. , vu à la Nouvelle Scène, à Ottawa.

Les Amoureux de Carlo Goldoni

 

Les Amoureux de Carlo Goldoni, adaptation et mise en scène de Marco Pisano

IMG_0524Eugénie Pandolfi vit avec sa sœur Flaminia et son oncle Fabrice, un bourgeois qui a perdu de l’argent au jeu. Elle est follement amoureuse de Fulgence, un jeune homme pauvre que son tonton déteste, on ne sait trop bien pourquoi. Sans doute a-t-il d’autres plans…
Il interdit donc à sa nièce de le fréquenter et, pour récupérer l’argent qu’il a gaspillé, veut la marier au riche comte Robert d’Otricoli…  Par ailleurs, Eugénie, très jalouse de Fulgence, à cause de la belle-sœur qu’il doit héberger chez lui, ne cesse de l’asticoter.
Bref un amour partagé, évident mais  assez destructeur… Fulgence lui aussi est jaloux d’Eugénie, et surtout, petite bombe comme sait en fabriquer Carlo Goldoni, il découvre que le comte veut l’épouser avec, bien entendu l’accord de tonton Fabrice…

  Cette pièce mineure de Carlo Goldoni, malgré quelques scènes réussies mais assez répétitives de dépit amoureux, et qui n’a pas les grandes qualités de Barouffe à Chioggia ou de Il Campiello,  est assez peu jouée en France. Ici, l’adaptation et la mise en scène de Marco Pisano, d’une exemplaire médiocrité, frisent le plus mauvais théâtre amateur! Décor très laid, fait de cadres et d’un meuble aux fameuses couleurs primaires de Mondrian. Pour faire plus moderne ? Quelle facilité! Quelle naïveté ! Il y a aussi un gros poste de radio qui diffuse des chansons américaines, et aussi quelques chaises des années cinquante. Comme ces robes en coton imprimé et ces jeans. Tout cela sans doute aussi pour bien signifier qu’on n’est pas au XVIIIème siècle ni au XXIème mais dans un passé récent d’après guerre. Bref, on veut faire rétro sans raison aucune. Pauvre Carlo Goldoni !

Mise en scène sans rythme et direction d’acteurs inexistante : tous se regardent jouer à un point que cela en devient vite insupportable. Ils criaillent souvent, sur-jouent, et rient pour essayer-mais en vain-de nous faire rire, ce qui, tous les apprentis-comédiens l’ont appris-est le pire moyen pour y arriver. Et l’acteur qui joue l’oncle Fabrice et un domestique, a une diction…  très, très approximative. Tous aux abris !

Que sauver de tout cela? Rien de rien, ce qui est rare! Même pas un dialogue, même pas la fin, et sa redoutable petite chorégraphie…! Même pas non plus, l’affiche, bien vulgaire et laide, ce qui aurait dû nous alerter sur le naufrage programmé de cette brillante chose qui semble avoir été produite par Madame Aphrodite de Lorraine, puisqu’elle parle de nos Amoureux… Cette «actrice et productrice de théâtre et cinéma, » (sic) à la tête d’une société milanaise, joue aussi (mais très mal) dans ces Amoureux! « »J’ai dû devenir producteur pour être actrice », dit-elle. Sans commentaires ! Mais que cette « création » ait réussi à trouver le budget nécessaire pour la location d’une salle et s’offrir des affiches dans le métro représente un mystère théâtral bien parisien, ou milanais, ou les deux !

Le public qui, visiblement, s’ennuyait, n’a ri qu’une fois, et n’a pas, ou peu, applaudi à cette  adaptation. Avec raison. Comme l’a dit, à la sortie, une spectatrice lucide à son mari: «Ce n’était vraiment pas bien fameux ! » et lui a répondu : « T’es encore gentille ! ».
La direction du Théâtre Dejazet devrait faire attention à ce qu’il programme ! Bref, une soirée perdue mais, au moins, on vous aura prévenus à temps, et, si cela peut vous épargner l’une des vôtres… nous  n’aurons pas subi pour rien ces quatre-vingt minutes de bêtise théâtrale à vomir. On peut espérer que des enseignants, trompés par l’étiquette Goldoni, n’y emmèneront pas leurs élèves; ce serait les dégoûter à tout jamais du théâtre contemporain qui ne les attire déjà pas beaucoup !

Philippe du Vignal  

Théâtre Déjazet, 41 Boulevard du Temple 75003 Paris. T : 01 48 87 52 55  jusqu’au 1er avril.

 

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