Aglaé, texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux

©Alain Richard

©Alain Richard

Aglaé,  texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux

 Pas de scène. On entre dans une salle éclairée par des tubes fluo colorés. Point de quatrième mur.   Un écran blanc, un coin bar, et des petits podiums situés dans deux coins de la pièce et des tabourets répartis ça et là; des bancs le long des murs, offrent aussi quelques places supplémentaires. Claude Degliame, seule, déambule au milieu du public et s’adresse à nous avec les mots d’Aglaé. « C’est, dit Jean-Michel Rabeux, la langue parlée qui nous a amenés à tenter cette extrême proximité. (…) Les rapports que les gens entretiennent avec la prostitution sont plutôt de l’ordre de l’ombre. (…) Nous recherchons une mise en lumière, délicate peut-être mais aussi crue que peut l’être Aglaé «  . 

Mais qui est cette femme au prénom quelque peu désuet ou sorti tout droit d’une bande dessinée ? Ce n’est pas un personnage de fiction théâtrale, au sens classique du terme… Aglaé existe bien et vit à présent à Marseille où «elle travaille toujours comme prostituée, malgré ses soixante-dix ans, et fortune faite». Ce n’est pas non plus une prostituée ordinaire: à 12 ans, tout en ayant une enfance comme les autres, elle a commencé de façon ludique, mais en échange d’un franc, avec ses frères, la pratique du sexe. Pratique devenue petit à petit, une profession à part entière, librement choisie, et non sans joie.  Elle est sa propre patronne, et n’a d’ordre à recevoir de personne, qu’on se le dise !  Et la loi pour la pénalisation des clients ? «Je suis adulte et consentante, non ? Alors, qu’on m’emmerde pas avec la loi ! ».  

«Elle est très crue, Aglaé, mais tout ce qui pèse, tout ce qui porte, dit Jean-Michel Rabeux qui a recueilli ses paroles incroyables; elle nous a livré nombre d’anecdotes et de réflexions». En collaboration avec Claude Degliame, à qui il tenait impérativement pour ce rôle, il a décidé d’adapter son récit pour le théâtre. «On a enregistré. Ce sont ses mots, ou presque, les miens sont de liaison, insignifiants. Ce spectacle participe plus d’un théâtre-témoignage que documentaire où Jean-Michel Rabeux  a mis en lumière, à travers le destin d’Aglaé, le milieu de la prostitution. Mais le public prend vite conscience d’autres enjeux, tout aussi importants aux yeux du metteur en scène et de son actrice : ceux de la différence, et du choix de la liberté, coûte que coûte.

La proximité physique et mentale des spectateurs avec cette femme drôle, intelligente, aurait pu contribuer à faire jaillir théâtralement cette «différence» et cette volonté viscérale que possède Aglaé, de «vivre libre». Mais, au fur et à mesure de la représentation, une certaine déception s’empare de la salle. L’émotion n’arrive pas à prendre sa place dans cette mise en scène, sans doute trop illustrative.  Pourquoi avoir habillé l’actrice avec une combinaison de satin très courte et des bas noirs, et lui avoir imposé un maquillage prononcé? Pourquoi cette voix aux intonations banlieusardes ? Le récit dramatique s’en trouve affaibli ! Ici, fond et forme n’ont pas rendez-vous. Dommage…

Pourtant les mots de cette héroïne, au sens noble du terme, ne manquent pas de force politique et de sensibilité. Comme le dit Jean-Michel Rabeux : « Aglaé s’en fiche qu’on ait fait un spectacle sur elle ». Personnalité rare et désarmante, elle n’a pas ici trouvé son messager avec Jean-Michel Rabeux qui s’est emparé de son univers mais qui n’a pas su faire résonner en profondeur, théâtralité et charme poétique.

Elisabeth Naud

Ce spectacle a été créé au Centre Dramatique National de Montluçon du 29 au 2 décembre.
Les  4 et 5 mai, Scène Nationale de Dunkerque, Le Bateau Feu.

 

 

 

 

 

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Archive pour 2 février, 2017

Initio-Opéra chorégraphique

Festival Faits d’hiver:

Initio-Opéra chorégraphique, livret d’Alexandre Salcède, composition musicale de Pedro Garcia-Velasquez, chorégraphie de Tatiana Julien

®NinaFloreHernandez.

®NinaFloreHernandez.

Le titre de cet opéra semble faire référence à la notion de début, d’acte primitif ; construit pour un chanteur et cinq danseurs sur un argument simple, plus poétique que narratif, duquel découlent la musique et la danse. Une troupe d’errants, sous la conduite d’un (faux) prophète, cherche un lieu où s’abriter. Là où le gourou promet eau et vivres, et la protection providentielle d’un dieu bienveillant, ils ne trouvent que mort et désolation… «Dieu n’a pas daigné venir.»

L’action s’exprime par la danse et s’articule autour des personnages principaux, l’Ermite, et la Sibylle. De sa voix chaude de contre-ténor, Rodriguo Ferrera danse et chante la quête de l’absolu, et Tatiana Julien, qui incarne une sorte de nymphe des forêts., danse, accompagnée par la voix off de la soprano Léa Trommenschlager. Les autres  interprètes sont réunis dans un chœur anonyme où chacun se distingue par une gestuelle ritualisée mais minimaliste.
  

Malgré la minceur du livret d’Alexandre Salcède, la musique trouve son rythme et sa modernité par l’addition d’un synthétiseur aux instruments traditionnels: clarinette, saxo, violon, violoncelle et contrebasse. Ces sonorités des années quatre-vingt donnent, surtout dans le deuxième (et dernier) acte, un tour dramatique à une chorégraphie jusque là très statique, et qui avait du mal à occuper le plateau vide.

Au prologue, le contre-ténor, poursuivi dans le noir par des faisceaux de lampes de poche, déplore la société humaine. Il rompt avec ce «lieu du commerce de l’argent» et renonce définitivement, en s’émasculant, à «l’affreuse femme, créature la plus vile». Les deux actes qui suivent proposent une danse décousue, abstraite, où les corps se livrent peu, engoncés dans des costumes peu seyants . Il faut attendre la moitié du spectacle et la gracieuse apparition de la virevoltante Sybille, pour que la scène s’anime de mouvements circulaires et de déplacements sonores.

 Malgré un travail musical et vocal plein de rigueur et d’intelligence et la belle présence de Rodrigo Ferrera, très à l’aise en chant comme dans ses mouvements, cet opéra ambitieux, créé en novembre dernier à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, n’est pas encore abouti. Il trouvera peut-être son allure de croisière dans une autre version pour cinq danseurs, deux chanteurs et les sept instrumentistes d’un ensemble de musique électronique-prévue à la rentrée à Chaillot. À suivre donc.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu au Théâtre de la Cité Internationale, boulevard Jourdan Paris XIVème le 31 janvier.

Les Quinconces-l’Espal, Le Mans, le 2 février ;

Théâtre National de Chaillot, du 20 au 24 septembre.

 

 

 

 

Meurtres de la princesse juive

Meurtres de la princesse juive, bon titre, publicité mensongère d’Armando Llamas, mise en scène de Michel Didym, avec la collaboration de Luc-Antoine Diquéro

 

 © Eric Didym

© Eric Didym

Quelle bonne idée de mettre en scène cette pièce pour un travail de fin d’études  à l’ENSATT. Pour de jeunes comédiens, un pari aussi risqué que jouissif! Cette réalisation haute en couleurs et en musique emporte le public dans l’univers très original d’Armando Llamas : «Celui ou celle qui a pris parti pour le père, périra par le père. Le père est un leurre. Pourtant, l’humanité entière se fait chier à cause du père. Les princesses font obstacle à toute vie. Mes personnages essayent d’y échapper. Quelques-uns réussissent. D’autres échouent. Des destinées se tissent en pure perte. Mais n’est-ce pas l’amour,  la perte la plus grande à laquelle on puisse prétendre ? »

La pièce, composée d’une succession de tableaux, la plupart introduits par un intermède musical ou chanté, est portée par l’interprétation sensible de ces jeunes comédiens, et le travail soigné et inventif des techniciens, scénographes, costumiers, musiciens… tous fraîchement sortis de cette 75ème promotion Ariane Mnouchkine de l’ENSATT. Mais Armando Llamas renverse les codes classiques de l’écriture théâtrale; ce qui, chez lui, peut aller parfois jusqu’à brouiller l’entendement du spectateur.

Dans cette comédie, où burlesque, absurde et étrange se côtoient, il est question, avant tout, d’amour sous toutes ses formes, et non de sexe, dans un contexte de mondialisation et de métissage. La pièce commence par une déception amoureuse: Serge, quitté par son amant, décide, pour combattre sa douleur, de s’envoler pour le Pakistan.
Ce voyage, existentiel et géographique, sera pour lui l’occasion de rencontrer d’autres couples très fantasques, et des intrigues aux situations diverses vont se nouer: comiques, caricaturales au meilleur sens du terme, crues ou romantiques. La richesse de l’écriture, inventive et bigarrée, laisse l’imagination du spectateur libre de cheminer vers des horizons surprenants mais inscrits dans un réalisme social et contemporain. Ce que confirme Michel Didym: «Il s’agit d’une œuvre extraordinairement ouverte et il faudra de nombreuses générations pour épuiser les richesses de ce texte magique… ».

Les jeunes acteurs s’emparent avec fougue et sincérité de ces histoires d’amour,  joyeuses ou cruelles, de ces couples aux destins multiples, poétiques, voire délirants, qui laissent certains spectateurs un peu déroutés, mais heureux. Cet atelier donne aux élèves sortants une matière forte à explorer et un riche terreau de création. Il y a ici un rythme enthousiasmant et nous (re)découvrons  un grand auteur contemporain (1950-2003), visionnaire quant à l’avenir de notre humanité. Une belle performance de cette équipe déjà très professionnelle!

Elisabeth Naud

Ce spectacle, créé à l’ENSATT de Lyon en 2016, a été joué à La Manufacture-Nancy. Puis au Théâtre Le Manège de Maubeuge, au NEST de Thionville, au Théâtre National Populaire Villeurbanne et à  l’Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry.

 

La nouvelle saison danse 2017-2018 de l’Opéra de Paris

 

La saison danse 2017-2018 de l’Opéra de Paris

1op_garn_esc5 OperaDevant le public accueilli, cette fois-ci, à l’Opéra-Bastille, Stéphane Lissner a dressé un portrait élogieux de la vénérable institution forte de ses mille cinq cent  employés. Plus d’un million de billets vendus pour 405 représentations, avec 92 % de fréquentation: monsieur le directeur a de quoi se réjouir!

Aurélie Dupont, nouvelle directrice de la danse, a présenté les treize chorégraphies du programme, et a insisté sur l’unité du corps de ballet. Et ont été projetées  les photos des étoiles dont deux partiront en cours de saison: Marie-Agnès Gillot qui reprendra Orphée et Eurydice, un opéra dansé de Pina Bausch, et Hervé Moreau qui dansera à nouveau Roméo et Juliette, un ballet de Sacha Waltz, musique d’Hector Berlioz.

Trois séries de créations contemporaines seront à l’affiche : Saburo Teshigawara-qui a fait danser  à Tokyo, Aurélie Dupont, il y a trois ans (voir Le Théâtre du Blog)-est associé à un programme Georges Balanchine, et Pina Bausch avec Le Sacre du printemps. Alexander Ekman, avec Play, promet de belles  surprises scénographiques pour les fêtes de fin d‘année. Enfin, au printemps, trois nouveaux créateurs : James Thierrée, Ivan Pérez, et Hofesh Schechter seront associés à la reprise de The Seasons canon de Crystal Pite qui a bouleversé le public de l’Opéra Garnier en septembre dernier.

Les passionnés de danse classique ou néoclassique pourront (re)découvrir Joyaux de Georges Balanchine avec les magnifiques costumes de Christian Lacroix, un Don Quichotte de Rudolf Noureev qui n’avait plus été présenté depuis quinze ans, et Onéguine, un ballet de John Cranko. Et on pourra voir les pièces autrefois dansées par Aurélie Dupont et Daphnis et Chloé, chorégraphie de Benjamin Millepied, et le Boléro de Maurice Béjart sur les musiques de Maurice Ravel.

A cela, s’ajoute le gala d’ouverture de saison, les présentations de l’école de danse, le retour d’Anne Teresa De Keersmaeker et une chorégraphie de Frederick Ashton, La Fille mal gardée qui terminera la saison. «Je crois qu’on danse pour s’évader de quelque chose», dit une voix off dans le film de Clémence Poésy sur le ballet de l’0péra de Paris. Le moment est en effet venu de voyager ailleurs

Jean Couturier

Operadeparis.fr

       

 

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