Ce qu’on a de meilleur

Ce qu’on a de meilleur, texte et mise en scène Ludovic Pouzerate

 

IMG_0540 Il était une fois une forêt millénaire, où vivait simplement, dans une ferme partagée, un  groupe d’hommes et de femmes. Ce n’est pas le début d’un conte : ça se passe aujourd’hui, dans un  forêt menacée d’être déchirée par une inutile autoroute.  Une ZAD, et sur un champ de bataille entre le consensus d’un progrès du toujours plus et la dissidence de quelques « décroissants », qui ont réfléchi sur la valeur de la vie.

C’est vraiment la guerre, avec ses victimes : un jeune homme tabassé à mort par les nervis des grands groupes intéressés à l’affaire, ou peut-être même par la face cachée d’une police dévoyée. La menace monte, l’inquiétude aussi, dans cette petite communauté qui devient nerveuse. Evidemment, on pense à Notre-Dame des Landes, au barrage de Sivens et aux «terroristes» du groupe Tarmac. Ou au documentaire d’Olivier Azam La Cigale, le corbeau et les poulets.

«Dans des bouts de campagne qui mélangent autochtones gens de passage et nouveaux arrivants, j’ai rencontré, dit Ludovic Pouzerate, des hommes et des femmes libres qui inventent concrètement leurs vies, dégagés des injonctions du libéralisme contemporain (…) Une autre approche de l’existence que la lutte solitaire pour la reconnaissance sociale, l’enrichissement matériel et l’exercice d’un pouvoir.

L’auteur contourne ce que le  thème pouvait avoir de tragique –il y a mort d’homme-, ou de trop unilatéralement militant, d’abord par la complexité de l’écriture, qui fait parfois se chevaucher en simultané plusieurs pensées, plusieurs niveaux d’échanges. Les didascalies, écrites comme dans un scénario : “extérieur nuit“, “la cuisine“-, sont aussi une évocation poétique de la forêt, de ce monde à l’écart du monde. Dans son dispositif dramatique, « la plus libre des radios libres » est partie prenante du groupe et en même temps, en donne le commentaire et en crée la légende. Une astucieuse mise à distance qui ne casse pas la fiction.

Plus important encore, essentiel, le choix de production du spectacle. Comment parler de ce qui émerge, de ce qui vit, avec des moyens anciens, hors d’usage ? Chiche, utilisons ce qu’on a de meilleur. On ne tombera pas dans le piège, comme le paysan ligoté par l’endettement dès la première aide reçue. On fera avec les moyens du bord : deux tables de bois, des chaises récupérées, un vieux canapé (même si c’est celui du bureau de Travaux 12), une machine à fumée dérisoire et à vue.

Mais précisément ce pari instaure un rapport direct et réel aux choses et au propos de la pièce. Libre. Oui, la nature des objets, leur vérité fait partie de la pensée du spectacle. Et cela, sur le fond d’une band-son sobre et précise, dope  le jeu des comédiens, excellents. Mélina Bomal, Stéphane Brouleaux, Antoine Brugière, Frédéric Fachena, Elsa Hourcade, Etienne Parc, Bryan Polach ont mis leurs forces en jeu : tous jouent dans des productions plus « riches »,  et ont accepté un salaire au ras des pâquerettes parce qu’ils croient à la cohérence du projet qui donne au spectacle sa qualité : le public ne s’y trompe pas qui retient son souffle avant d’applaudir avec jubilation.

Un spectacle radical dans sa fabrication, convivial et généreux, qui pose des questions d’actualité pas gaies, mais avec une joyeuse énergie. Heureux hasard de l’actualité : Ce que nous avons de meilleur s’est joué en même temps qu’à la maison des Métallos : L’Avaleur, présenté par les Tréteaux de France (voir Le Théâtre du blog), portrait sans concession (et drôle) de l’ennemi numéro-un, la finance incarnée. En deux volets, le public a une image forte de la réalité de monde. Et il n’attend que ça, et ne demande pas qu’on lui bande les yeux. Mesdames et messieurs les directeurs de salle, vous voyez ce qu’il vous reste à faire. 

Christine Friedel

Collectif 12 à Mantes-la-Jolie jusqu’au 4 février- T : 01 30 33 22 65

contact@collectif12.org

 

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Archive pour 3 février, 2017

Antoine et Sophie font leur cinéma

Antoine et Sophie font leur cinéma, création du collectif ildi, textes d’Olivia Rosenthal, Bambi dans la jungle, d’après Bambi et Le Livre de la jungle de Walt Disney et Tous les hommes sont des vampires, d’après plusieurs films de vampires, mise en scène de Sophie Cattani et Antoine Oppenheim

Chaque soirée est composée de deux épisodes choisis parmi les cinq d’une série entre théâtre et cinéma. Sur le plateau, un grand canapé beige confortable mais qui a des heures de vol, avec de  vaguement style Louis XVI, quelques accessoires et tout le petit  bazar technique ordinateurs etc. nécessaire au son (voix inutilement  amplifiées, les dieux savent pourquoi!!!!) et à la projection sur grand écran . «C’est l’histoire d’un garçon et d’une fille qui ont vu trop de films. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui confondent le cinéma et la vie. C’est l’histoire de deux amoureux qui aimeraient être Cary Grant et Ingrid Bergman, mais qui s’appellent Antoine et Sophie », dit Olivia Rosenthal.

Sur scène, un couple s’amuse et s’interroge un peu sur leur relation amoureuse, à propos de films célèbres;  Antoine et Sophie (mais dommage! avec une voix inutilement amplifiée, ) vont donc commenter ces extraits de films.Gros plan, arrêt sur image et analyse/dézinguage des films de Walt Disney;  Bambi créé en 1942, donc en pleine seconde guerre mondiale et sous  la terreur nazie mais en Europe, dont Antoine  une analyse lucide mais teintéée de noir.

Sophie elle, analyse Le Livre de la jungle (1967) donc pendant la révolution sexuelle au Etst-Unis puis en Europe; et bien entendu, à des années-lumière, de la gentille morale des productions Walt Disney. On voit ici-mais c’est loin d’une découverte-que, sous couvert de ces  fables pour enfants, plane l’ombre de tous les méchants -isme : capitalisme surtout mais aussi machisme, totalitarisme, sexisme etc. soit une bonne dose de bêtise planent sur les fleurons des dessins animés américains concoctés par le célèbre studio. On voit ici que la perception et la représentation du réel  est biaisé par une poétique  à deux sous. Et apparaît bien ici, avec ces arrêts sur image, toute la vulgarité d’un dessin  sommaire qui participe, bien entendu, à cette intoxication de masse. Cette mise à mort, assez habile, parfois drôle mais aussi un peu facile, est bien jouée par Antoine Oppenheim et Sophie Cattani dont le costume est des plus laids: jean serré peu seyant, chemisier ouvert sur un soutien-gorge fait de deux grandes coquilles Saint-Jacques…

Après quarante cinq minutes, arrive un entracte-trop long-histoire sans doute de laisser modifier le plateau: quelques projecteurs latéraux dispensant une lumière rouge, le même gros canapé,une table basse et à proximité, une fontaine de vin rouge où Antoine Oppenheim maintenant seul en scène, en scène va souvent remplir son verre. Le rouge, élémentaire mon cher public, nous sommes chez les vampires au cas où on l’aurait oublié! Vous avez dit: surligner, du Vignal?

Et cette seconde partie marche nettement moins bien: il y a un côté préchi-précha du genre : moi je sais et vais vous expliquer. Antoine Oppenheim parle bien mais son personnage suffisant et cynique a quelque chose d’antipathique, et l’analyse d’Olivia Rosenthal participe souvent d’une démonstration universitaire au mauvais sens du terme.Et erreur de mise en scène, le comédien assis sur le canapé, n’est guère mis en valeur :nous avons tendance à regarder, plus que lui, les extraits bien choisis des films, d’autant plus qu’ils sont servis par des vedettes: Tom Cruise, Catherine Deneuve, Brad Pitt, etc. Et, à la fin, on se demande bien pourquoi le comédien se met à parler de sa famille et de de ses enfants…

Bref, une soirée hybride trop longue, mais avec un public jeune-cela est exceptionnel pour les spectacles de théâtre à Paris (mais pas au 104). Ce qui fait toujours du bien. A voir? Oui, si on n’est pas trop exigeant! Mais où cette synthèse un peu rigide théâtre/cinéma, considérée comme un principe, ne fonctionne pas bien. A mi-chemin entre une sorte de performance où on aurait aimé plus de folie, et une action théâtrale qui nous a laissé sur notre faim. Ce spectacle revendiqué comme “série originale” n’est pas si original que cela et, côté mariage cinéma et théâtre, on a fait mieux notamment avec le merveilleux et si inventif Blockbuster (voir Le Théâtre du Blog).

 Philippe du Vignal

 Le 104 5 rue Curial, 75019 Paris T : 01 53 35 50 00, jusqu’au 5 février.

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