L’Avaleur, d’après Other People’s Money de Jerry Sterner

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L’Avaleur, d’après Other People’s Money de Jerry Sterner, adaptation d’Evelyne Loew, mise en scène de Robin Renucci

La pièce, montée avec succès en 1986 dans le Off Broadway, puis adaptée à l’écran par Norman Jewison en 1991, avec Danny DeVito et Gregory Peck (dont ce fut l’avant-dernier film), n’a pas pris une ride. Transposée en France au début des années 2000, elle met en scène le PDG vieillissant des Câbles Français de Cherbourg et son équipe de direction, face à un trader de la City de Londres qui a jeté son dévolu sur cette petite entreprise bien portante, pour n’en faire qu’une bouchée. Une jeune avocate ambitieuse va essayer  de contrer l’insatiable gourmandise de cet Avaleur, qui se goinfre de gâteaux  et… d’argent.

 Le dramaturge américain (1938-2001) connaissait bien son sujet, puisqu’il venait du monde de l’immobilier et de la finance. Grossissant le trait, il écrit un conte édifiant et cruel qui dévoile, en une succession de tableaux, les rouages d’une OPA hostile et l’affrontement entre deux univers, celui d’une entreprise familiale et celui la finance. Dans l’un, on parle bilan positif, bénéfices réinvestis dans la production, emplois et développement de la ville, et dans l’autre, restructuration, délocalisation, optimisation des marges et profits…

Robin Renucci joue le narrateur et le directeur de l’usine pris entre deux feux. De vert vêtu, il préfigure le traître qu’il deviendra. Il a choisi d’orienter sa mise en scène vers  la farce et imaginé des personnages affublés de perruques en synthétique, sorte de casques et, pour  Nadine Darmon (secrétaire et maîtresse du PDG) et Xavier Gallais (l’Avaleur), des costumes rembourrés aux entournures; les comédiens sont ainsi proches de héros de la bande dessinée.

Le décor, très simple, déploie, à jardin, l’espace un peu poussiéreux d’une entreprise familiale et, à cour, le bureau du trader, dominant les gratte-ciel de la City. Efficace il sera facile à transporter pour les grandes tournées des Tréteaux de France. Créé en 1959 par Jean Danet, ce Centre Dramatique National ambulant propose depuis 2011, sous la houlette de Robin Renucci, leur nouveau directeur, des saisons thématiques. Après Le Faiseur (voir Le Théâtre du Blog), la troupe continue à s’interroger sur « le travail, la richesse et la création de valeur ». 

Le spectacle emplit sa mission de théâtre populaire avec des adresses au public, et un jeu sobre et direct. Malgré quelques longueurs et baisses de rythme dues à l’écriture mais aussi aux noirs entre les séquences, cette narration, sans faille, décrit le mécanisme implacable de L’Avaleur.

Le côté pédagogique de la pièce s’efface quand les commentaires ou clins d’œil des protagonistes mettent à distance la crudité réaliste du récit. Une belle et instructive démonstration, digne d’un manuel d’économie mais beaucoup plus amusante. Ne la manquez pas, si l’occasion se présente dans votre voisinage.

Mireille Davidovici

Maison des Métallos 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 75011. T: 01 47 00 25 20 , jusqu’au 18 février.
Et en tournée jusqu’au 14 avril :  www.treteauxdefrance.com

 

 

 

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