Le Quatrième Mur, adaptation du roman de Sorj Chalandon

Le Quatrième Mur, adaptation du roman de Sorj Chalandon et mise en scène de Julien Bouffier

IMG_0327Dans la salle aux lumières éteintes, nous sommes  invités se frayer un chemin dans l’obscurité, l’ombre et l’incertitude. Sur la scène, un homme au crâne rasé, torse nu, debout, est éclairé, avant qu’une femme ne  vienne le rejoindre.

A travers la caisse de résonance voulue des micros HF, ils dialoguent sur le théâtre, la guerre et formulent le souhait d’ultimes retrouvailles malgré la maladie. Narratrice et metteuse en scène imprévue, l’amie parisienne qui surgit ici, porte sur ses épaules le projet d’un ami juif libanais qui, condamné par la maladie, ne pourra  créer l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth, dans un cinéma désaffecté, situé sur la ligne de démarcation de la guerre civile (1975-1991 qui sépare le pays en deux.

La militante pro-palestinienne partage l’amour du théâtre avec le mourant, comme son rêve utopique de réconcilier un jour toutes les parties hostiles du conflit. Comme une étudiante (Vanessa Liautey) qui a le même désir d’un accord. On ne reverra plus cet homme, instigateur du songe: Alex Jacob enfile son T-shirt et redevient alors le musicien qui, à la guitare basse, recrée une musique atypique à partir, entre autres, des refrains de Sounds of silence, la célèbre chanson   de Simon and Garfunkel.

 Comme dans un rêve audacieux, apprécié parce qu’impossible, sont ici réunies des communautés  qui, sans jamais se fréquenter, nourrissent entre elles une haine permanente. La belle actrice et metteuse en scène libanaise Diamond Abou Abboud joue Antigone, celle qui dit non et refuse l’intolérable, au nom d’une vérité existentielle et d’une justice universelle. Autour d’elle, des comédiens druzes, juifs, maronites et chiites dont cette rebelle porte implicitement le message de reconnaissance.

 La mise en scène de Julien Bouffier et la scénographie d’Emmanuelle Debeusscher pour cette   adaptation du roman du grand reporter de guerre et écrivain Sorj Chalandon (prix Goncourt des lycéens 2013) s’articulent bien, entre projections de documents d’archive : façades d’immeubles blessées par des tirs incessants,  et images du Beyrouth d’aujourd’hui, peu à peu reconstruit  avec  des images colorées et oniriques, entre films de répétitions-fictives-des comédiens libanais et français sur une terrasse au-dessus de la ville, et tirs de roquettes et snipers.

La petite esplanade s’incline, simulant l’inconfort de la guerre, et le glissement de la station debout à l’affaissement des corps. Un grand écran/drap blanc qui monte ou descend, devient un linceul pour les victimes civiles et militaires de furieux et aveugles conflits. Les comédiens libanais filmés dans leur double rôle-avec masque de théâtre mais aussi masque de la réalité guerrière-sont très émouvants, tendus par une loi intérieure avec, à l’image, Raymond Hosni, Yara Bou Nassar, Joyce Abou Jaoude, Mhamad Hjeij, Elie Youssef, Joseph Zeitouny, et, à la voix, Stéphane Schoukroun.

Première partie lumineuse avec des enjeux bien dessinés: la metteuse en scène occidentale analyse les positions de chacun et prétend régler tous les conflits, à travers des acteurs théâtralement et politiquement engagés qui observent avec patience les hostilités et la pratique quotidienne des snipers. La seconde partie a pour thème, les massacres en 1982 de Sabra et Chatila, camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth-Ouest, encerclés par l’armée israélienne et détruits par les Phalangistes : poussière, carnage inacceptable et gratuit par des civils, et elle est forcément dramatique. La comédienne qui rapporte les faits  et les reçoit, joue Antigone, un personnage réaliste de Sorj Chalandon, mais n’a ni le recul ni la distance nécessaires à la respiration du théâtre.

Le monde se fige, interloqué par tant d’horreurs  mais la présence d’une fillette occidentale avec ses soucis d’enfant résonne faussement, en décalage du récit porté. Julien Bouffier signe ici un beau travail qui met en voix un récit magnifique de Sorg Chalandon entre fiction et réalité.

Véronique Hotte

Spectacle vu au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, le 2 février. Le Tarmac-Scène internationale francophone à Paris, les 1er, 2, 3 et 4 mars. Théâtre du Vésinet, le 7 mars. Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines/Scène nationale, les 29 et 30 mars. Et Théâtre Paris-Villette du 9 au 26 mai.

 

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