Charlotte Delbo, la vie retrouvée

Charlotte Delbo, la vie retrouvée, rencontre avec Ghislaine Dunant, lecture par Sophie Bourel

 

timthumb.php« C’est, écrivait Charlotte Delbo (1913-1985), parce que tu as tenu un jour encore, que tu reviendras, si un jour tu reviens. » Ghislaine Dunant, sa biographe, a travaillé sept ans à explorer la vie et l’œuvre de celle qui, revenue d’entre les morts, put ainsi témoigner. Elle a fouillé dans les archives nouvellement accessibles et recueilli des témoignages, mais ne s’est pas contentée de mettre en ordre sa documentation, elle est entrée en symbiose avec le texte imagé et rythmé de cette femme qui a su trouver les mots pour dire les camps de la mort et réparer les vivants : «J’ai rencontré dans les livres de Charlotte Delbo une écriture qui crevait la surface protectrice de la vie, pour toucher l’âme, dit-elle. Le trou que faisait dans mon humanité la catastrophe d’Auschwitz, un écrivain me donnait le moyen de le raccommoder avec une œuvre qui en faisait le récit. Elle avait cherché la beauté de la langue dans le terrible des mots, ciselés en arrêtes coupantes.»

 Au cœur de cet ouvrage, prix Fémina 2016 de l’essai, la relation de Charlotte Delbo avec le théâtre et son mentor, Louis Jouvet. Tout au long de sa captivité, le théâtre et ses personnages l’habitent et l’aident à tenir: «Electre et moi seule, savons ce qu’est l’attente (…) Chaque minute était une victoire mais pour si peu d’entre nous (…).  Don Juan était là pour pester contre l’enfer (…) Antigone avait une grandeur qu’elle n’a jamais eu ailleurs…» Son premier livre fut édité dix-neuf ans après sa rédaction (1946) et les suivants trouvèrent leurs lecteurs encore plus tard. Cette biographie tente aussi d’en donner les raisons.

Depuis quelques années, on a mis en scène ses textes. Mais rares sont ceux qui ont trouvé, comme Ghislaine Dunant, le ton juste pour entrer dans la vie de cette résistante communiste qui, pendant l’Occupation, partit en mai 1941 avec Louis Jouvet et la troupe de l’Athénée pour une tournée en Amérique du Sud mais décida de rejoindre Georges Delbach son mari resté en France et d’entrer avec lui dans la Résistance clandestine. Mais elle sera arrêtée avec lui; il sera fusillé au mont Valérien en 1942, et elle, déportée à Ausch­witz puis à Ravensbrück jusqu’en avril 1945.

A travers sa propre écriture, la biographe nous transporte au cœur d’une œuvre magistrale restée trop longtemps confidentielle. Elle nous a transmis son enthousiasme, le temps de cette rencontre, soutenue par la lecture de Sophie Bourel. La Maison de la poésie de la Ville de Paris, lieu de création, de diffusion et de rencontres créé en 1983, consacré initialement à la poésie, s’avère, une fois encore, un lieu privilégié d’écoute et de transmission des textes contemporains.

Mireille Davidovici

Maison de la poésie, 157 Rue Saint-Martin, 75003 Paris T : 01 44 54 53 00, le 7 février.

Charlotte Delbo, La vie retrouvée de Ghislaine Dunant, éditions Grasset, 2016
Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo, éditions de Minuit (1ère éd. : 1965.)  

 

 


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