J’ai 17 pour toujours, de Jacques Descorde

J’ai 17 pour toujours, texte et mise en scène de Jacques Descorde

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© photo simon gosselin

Cofondateur en 1989, du Théâtre des Docks à Boulogne-sur-Mer, il crée et met en scène des spectacles qui tournent dans la région Nord-Pas-de-Calais, dont J’aime pas l’été et Cut d’Emmanuelle Marie, et En Live, un spectacle écrit et joué par un groupe de 25 personnes en réinsertion. Il crée en 2005 entre autres, Kid-âme d’après des témoignages et interviews sur le thème de l’enfance, texte d’Emmanuelle Marie et Le Veilleur de nuit de Daniel Keene.
Il créera à Boulogne-sur-mer, Les Marathoniens, son premier texte, à partir de témoignage et paroles d’adolescents, Un thème que l’on retrouve ici, souvent traité dans le théâtre contemporain: le passage de l’enfance à l’adolescence.

Adèle et Stella sont de grandes copines de dix-sept ans qui se retrouvent sur le toit-terrasse d’un grand immeuble. Et Stella compte, hiver comme été et depuis deux ans, les fenêtres illuminées des autres immeubles d’en face dans un sorte d’exorcisme de la réalité quotidienne qui ne doit pas toujours être rose, depuis surtout, dit-elle, la mort de sa mère : «1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17. Jʼai 17 ans. Je suis née et je vis dans une ville plantée en bord de mer dans le nord de la France. Là où certains jours par beau temps, on peut y voir les côtes blanches de lʼAngleterre. Là où il se dit que quand elles se laissent apercevoir, cʼest signe de pluie pour le lendemain et quʼil vaut mieux ne pas les voir ces anglais maudits. Elle cʼest mon amie. (Adèle apparaît) Elle nʼest pas dʼici. Ses parents sont venus sʼinstaller dans la ville pour leur travail il y a 5 ans. Elle dit souvent que la mer, ça lui raconte rien et que ça lʼennuie. Elle dit souvent ça. Mais je sais que cʼest pas vrai. Depuis deux ans, depuis la mort de ma mère, je vis seule avec mon père. Depuis deux ans, je ne lui ai pas dit un mot ».

Soit, comme le dit justement Jacques Descorde, «le monde rêvé de l’adolescent contre le monde réel de l’adulte. C’est une vision du monde contre une autre vision du monde. Un idéal contre un ordre établi. » Et ici, les deux ados qui ne le sont quand même plus tout à fait (à un an de leur majorité…) essayent-on est toujours plus fort à deux-de faire face à un monde qui n’est pas le leur, celui de leurs parents qu’elle disent peu responsables et paraissant dans l’incapacité absolue de jouer leur rôle de parents.

Ce mal de vivre et ce refuge dans l’amitié, ces deux gamines le disent dans leur langage à elles, tel du moins que le voit l’auteur, et parfois un peu caricatural dans sa crudité… Mais on voit bien ici et il dit qu’il a rencontré pas mal d’ados dont ses personnages sont les cousins, assoiffés de donner un véritable sens à leur vie. Souvent même, et quelle que soit leur place dans la société, au mépris de cette vie dont ils n’ont pas les codes. Adèle a un petit ami mais attend docilement qu’il l’appelle. Stella rêve d’échapper à l’univers qu’elle a toujours connu depuis son enfance. Elle sont complices et très intimes mais, en même temps, un peu rivales, comme si elles savaient déjà que leur profonde connivence et leur grande amitié, au sortir de l’adolescence, avaient de grands risques d’être emportées par leur histoire personnelle.

Pour le plateau de la petite salle du Théâtre du Nord, Jacques Descorde a imaginé une scénographie séduisante sur le plan plastique mais assez peu convaincante : un sol de caillebotis métallique industriel et aux murs, un curieux assemblage de tubes fluo bleu. Ce qui donne une lumière qui éclaire mal les deux jeunes comédiennes, Astrid Bayiha et Nathalie Bourg. D’autant plus dommage qu’il les dirige très bien et qu’elle sont toutes les deux impeccables et très crédibles dans des rôles pas faciles, si on ne veut pas tomber dans la caricature ou la mièvrerie : la marge de manœuvre est des plus étroites!.
Un spectacle court (62 minutes) mais souvent intense et de grande qualité dans sa langue et le jeu des jeunes comédiennes, et que le public suit avec une rare attention.

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre du Nord à Lille, le 20 janvier.

 

 

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