La Règle du Jeu, mise en scène de Christiane Jatahy

 

La Règle du Jeu, d’après le scénario de Jean Renoir, version scénique, réalisation et mise en scène de Christiane Jatahy

 

©AGATHE POUPENEY

©AGATHE POUPENEY

Cela commence par un film de vingt-six minutes, tourné entièrement dans les coulisses loges, etc. de la Comédie Française, place Colette. Après tout,  ce théâtre ressemble à un palais, et au somptueux hôtel particulier de Robert Le Chesnay. Invitée à la Maison de Molière, Christiane Jatahy  a trouvé le matériau idéal pour monter une comédie sociale d’après La Règle du jeu de Jean Renoir.

Une bande de gens riches et célèbres qui en font un peu trop dans les effusions d’un début de soirée, à moins que ce ne soient les comédiens du Français, excités comme des puces de jouer dans un film tourné dans les extérieurs de leur théâtre…. Après quoi, naturellement, ils s’emparent de la salle Richelieu et de son plateau.

For me, for me, formidable : ils lancent un karaoké avec Charles Aznavour. Plus tard, il y aura Paroles, Paroles de Dalida, et un piano plus ou moins bastringue, pas toujours gai. Les hauts et les bas d’une soirée : l’excitation monte, puis retombe et il y a des moments d’épuisement. Si l’on voulait résumer cette soirée, on citerait Marivaux,  Beaumarchais ou Musset, mais aussi Tchekhov. Il manque à cette société un médecin pour dire, comme à la fin du premier acte de La Mouette : « Comme tout le monde est nerveux ! Et que d’amour ! »

L’envers de cette légèreté un peu amère ? Une inquiétante chasse au lapin, sado-maso filmée dans les couloirs et la salle, en raccord avec le “direct“, audacieux défi pour adapter au théâtre, la fameuse séquence de la chasse. Ce sont les cuisines (filmées) étroites et fonctionnelles : à l’exception de Lisette, plus proche de sa patronne que de son mari jaloux, les domestiques, nous dirions plus pudiquement, le personnel, n’ont pas droit à une identité privée.

Marceau, un  braconnier, poursuivi par Schumacher, le garde-chasse, et immortalisé par Carette chez Jean Renoir,  illustre l’inconséquence de Robert La Chesnay qui l’a embauché par caprice et le renvoie par caprice, ce qu’on voit clairement dans le spectacle, bien que le personnage ne soit pas développé. Mais c’est  tout à fait clair… pour qui connaît le film : Marceau est ici transformé en vigile africain (un rôle pour Bakary Sangaré!)  L’adaptation est donc parfois entrée un peu au chausse-pied…

Peu importe et le plus intéressant : l’enfermement d’une société de l’entre-soi.  Nous savons comme ces riches peuvent se rendre inaccessibles, nous voyons comment la violence d’un simple vigile (Bakary Sangaré en Schumacher, époux frustré de Lisette), et la mort du « héros du jour » n’en troublent qu’un moment le mécanisme.

La vraie réussite de Christiane  Jatahy : avoir pris la Comédie-Française à bras le corps, comme un tout.  Du genre : chiche que le bâtiment me serve de décor et de terrain de jeu. Et je veux tout : la colonnade, les escaliers, la place, les balcons… Et pour mon film, la salle, les loges, la scène et ses découvertes, pour le théâtre vivant qui y fait irruption. Et je récupère aussi les costumes des précédents spectacles, pour le bal masqué du spectacle.

Des «effets de réel», un défi, secouent les acteurs et le public : tout le monde est content. Avec un sens précis du rythme ? Christiane Jatahy ménage des moments d’émotion, des attentes : qui ose aujourd’hui mettre en scène un vrai temps d’attente ? Chiche que les jouets de Robert (caméra ultra-légère sophistiquée…) fabriquent réellement devant nous,  et avec nous, ce qui se passe au cours de cette soirée ? Chiche encore : on  parie sur le jeu de la troupe, avec la distribution donnée au générique final projeté à l’écran.

Au second rang dans la loge d’avant-scène, on peut voir les visages déformés sur l’écran (effet d’art ?), les trois quarts de la scène, et le reste relayé  sur l’écran. Pas de quoi se plaindre. Et on peut aussi revoir le film…

Christine Friedel

Comédie-Française, salle Richelieu 1 Place Colette Paris 1er, en alternance jusqu’au 15 juin. T : 01 44 58 15 15

 

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